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Full text of "Ouvrages inédits d'Abelard : pour servir à l'histoire de la philosophie scolastique en France"

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COLLECTION 



DE 



DOCUMENTS INEDITS 

SUR L'HISTOIRE DE FRANCE 

PUBLIÉS 

PAR ORDRE DU ROI 

ET PAR LES SOINS 

DU MINISTRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE 



DEUXIÈME SÉRIE 
HISTOIRE DES LETTRES ET DES SCIENCES 



OUVRAGES 



NEDITS 



DABÉLARD 



POUR SERVIR A L HISTOIRE 
DE LA PHILOSOPHIE SCOLASTIQUE EN FRANCE 



PAR M. VICTOR COUSIN 




PARIS 

IMPRIMERIE ROYALE 



M DCCC XXXVI 



.;AY 26 1956 



INTRODUCTION 



J'ai fixé ailleurs^ le caractère général, marqué les périodes , 
signalé les grands noms, esquissé les principaux systèmes 
de la philosophie scolastique. J'ajoute ici que la scolas- 
tique appartient à la France, qui produisit, forma ou attira 
les docteurs les plus illustres. L'université de Paris est au 
moyen âge la grande école de l'Europe. Or, l'homme qui par 
ses qualités et par ses défauts, par la hardiesse de ses opinions, 
l'éclat de sa vie , la passion innée de la polémique et le plus 
rare talent d'enseignement , concourut le plus à accroître et à 
répandre le goût des études et ce mouvement intellectuel d'où 
est sortie au treizième siècle l'université de Paris, cet homme 
est Pierre Abélard. 

Ce nom est assurément un des noms les plus célèbres; et 
la gloire n'a jamais tort : il ne s'agit que d'en retrouver les 
titres. 

Abélard , de Palais , près Nantes , après avoir fait ses pre- 
mières études philosophiques en son pays, et parcouru les écoles 
de plusieurs provinces pour y augmenter son instruction , vint 
se perfectionner à Paris , où d'élève il devint bientôt le rival 
et le vainqueur de tout ce qu'il y avait de maîtres renommés : 

^ Cours de 1829, leçon 9', pag. SSS-SSg. On peut aussi consulter Tennemann, Ma- 
nuel de l'histoire de la philosophie, trad. franc,, tom. I, pag. SSi-Sga. 

INTRODUCTION. a 



II INTRODUCTION. 

il régna en quelque sorte dans la dialectique. Plus tard, quand 
il mêla la théologie à la philosophie, il attira une si grande 
multitude d'auditeurs de toutes les parties de la France et 
même de l'Europe, que, comme il le dit lui-même, les hôtel- 
leries ne suffisaient plus à les contenir ni la terre à les nourrira 
Partout où il allait , il semblait porter avec lui le hruit et la foule ; 
le désert où il se retirait devenait peu à peu un auditoire im- 
mense^. En philosophie, il intervint dans la plus grande querelle 
du temps, celle du réalisme et du nominalisme, et il créa un 
système intermédiaire. En théologie, il mit de côté la vieille 
école d'Anselme de Laon ^, qui exposait sans expliquer, et fonda 
ce qu'on appelle aujourd'hui le rationalisme. Et il ne brilla pas 
seulement dans l'école; il émut l'église et l'état, il occupa deux 
grands conciles'', il eut pour adversaire saint Bernard, et un 
de ses disciples et de ses amis fut Arnauld de Brescia ^. Enfin , 
pour que rien ne manquât à la singularité de sa vie et à la po- 
pularité de son nom, ce dialecticien, qui avait éclipsé Guil- 
laume de Ghampeaux, ce théologien contre lequel se leva le 
Bossuet du xii*" siècle, était beau, poëte et musicien; il faisait 
en langue vulgaire des chansons qui amusaient les écoliers et les 

' Abaelard. opp. éd. Amb., Hist. Calamit., pag. 19 : « Ut nec locus hospitiis nec terra 
sufficeret alimentis. » Voyez aussi la lettre de Foulques à Abélard. Ibid., pag. 2 18 : « Roma 
suos tibi docendos transmittebat alumnos.... NuUa terrarum spatia, nuUa montium cacu- 
mina , nulla concava vallium , nuUa via dilTicili licet obsita periculo et latrone , quotninus 
ad te properarent , retinebat. Anglorum turbam juvenum mare interjacens et undarum 
terribilis procella non terrebat... Remota Britannia... Andegavenses.... Pictavi, Vascones 
et Hiberi; Normania, Flandria, Theutonicus et Suevus.... Praetereo cunctos Parisiorum 
civitatem habitantes.... » 

* Ibid.,pag. 28 : «Oratorium quoddam.... ex calamis et culmo primum construxi.... 
Scholares cœperunt undique concurrere, et reliclis civitatibus et castellis solitudinem 
inhabitare. » 

' Histoire littéraire de la France, tome X, page 1 70. 

* Le concile de Soissons en 1 1 2 1 , et celui de Sens en 1 1 4o. 
' Condamné au concile de Sens avec Abélard, 



INTRODUCTION. m 

clames ^ ; et, chanoine de la cathédrale , professeur du cloître, il 
fut aimé jusqu'au plus absolu dévouement par cette noble créa- 
ture qui aima comme sainte Thérèse, écrivit quelquefois comme 
Sénèque, et dont la grâce devait être irrésistible puisqu'elle 
charma saint Bernard ]ui-même^. Héros de roman dans l'é- 
glise, bel esprit dans un temps barbare, chef d'école et presque 
martyr d'une opinion , tout concourut à faire d'Abélard un per- 
sonnage extraordinaire. Mais de tous ses titres celui qui se rap- 
porte à notre objet, et qui lui donne une place à part dans l'his- 
toire de l'esprit humain , c'est l'invention d'un nouveau système 
philosophique et l'application de ce système et en général de la 
philosophie à la théologie. Sans doute avant Abélard on trouve- 
rait quelques rares exemples de cette application périlleuse, 
mais utile , dans ses écarts mêmes , aux progrès de la raison ; mais 
c'est Abélard qui l'érigea en principe; c'est donc lui qui con- 
tribua le plus à fonder la scolastique, car la scolastique n'est 
pas autre chose. Depuis Charlemagne et même auparavant, 
on enseignait dans beaucoup de lieux un peu de grammaire et 
de logique; en même temps un enseignement religieux ne man- 
quait pas; mais cet enseignement se réduisait à une exposition 
plus ou moins régulière des dogmes sacrés : il pouvait suffire 

' Hist. littéraire de la France, tome IX , page 1 78 ; tome XII , page 1 35. — Abael. opp. 
Epistol. Helois., pag. Zi6 : « Duo autem, fateor, tibi specialiter inerant qiiibus fœminarum 

quarumlibet animos statim aliicere poteras, diclancli videlicet et cantandi gratia 

amatorio métro vel rythmo composita reliquisti carmina, quœ prae nimia suavitate tam 
dictaminis quam cantiis sœpius frequentata tuum in ore omnium nomen incessanter 
tenebant. » 

^ Histoire littéraire de la France, tome XII, page 6à2 , article Héloïse : « Les plus grands 
hommes de son temps se firent une gloire d'être en relation avec elle.... Saint Bernard, 
depuis sa rupture avec Abélard, ne cessa point d'estimer Héloïse, malgré l'attachement 
inviolable qu'il lui connaissait pour son époux. Elle , réciproquement, conserva toujours 
les mêmes sentiments de vénération pour l'abbé de Clairvaux. Hugues Metel, autre adver- 
saire d'Abélard, ne fut pas moins zélé partisan de l'abbesse du Paraclet. » Voyez les deux 
lettres de Metel, citées dans cet article, et la Icltre de Pierre le Vénérable. 



IV INTRODUCTION. 

à la foi, il ne fécondait pas Tintelligence. L'introduction de la 
dialectique dans la théologie pouvait seule amener cet esprit 
de controverse qui est et le vice et l'honneur de la scolaslique. 
Abélard est le principal auteur de cette introduction ; il est donc 
le principal fondateur de la philosophie du moyen âge : de 
sorte que la France a donné à la fois à l'Europe la scolastique 
au XII* siècle par Abélard, et au commencement du xvii% dans 
Descartes , le destructeur de cette même scolastique et le père 
de la philosophie moderne. Et il n'y a point là d'inconséquence; 
car le même esprit qui avait élevé l'enseignement religieux ordi- 
naire à cette forme systématique et rationnelle qu'on appelle la 
scolastique, pouvait seul surpasser cette forme même et pro- 
duire la philosophie proprement dite. Le même pays a donc très- 
bien pu porter, à quelques siècles de distance, Abélard et Des- 
cartes; aussi rem arque-t-on entre ces deux hommes une similitude 
frappante, à travers bien des différences. Abélard a essayé 
de se rendre compte de la seule chose qu'on pût étudier de 
son temps, la théologie; Descartes s'est rendu compte de ce 
qu'il était enfin permis d'étudier du sien, l'homme et la nature. 
Celui-ci n'a reconnu d'autre autorité que celle de la raison; 
celui-là a entrepris de transporter la raison dans f autorité. 
Tous deux ils doutent et ils cherchent; ils veulent comprendre 
le plus possible et ne se reposer que dans l'évidence : c'est là 
le trait commun qu'ils empruntent à l'esprit français, et ce 
trait fondamental de ressemblance en amène beaucoup d'au- 
tres; par exemple, cette clarté de langage qui naît spontané- 
ment de la netteté et de la précision des idées. Ajoutez qu'A- 
bélard et Descartes ne sont pas seulement Français, mais 
qu'ils appartiennent à la même province, à cette Bretagne dont 
les habitants se distinguent par un si vif sentiment d'indépen- 
dance et une si forte personnalité. De là, dans les deux il- 



INTRODUCTION. v 

lustres compatriotes , avec leur originalité naturelle , une cer- 
taine disposition à médiocrement admirer ce qui s'était fait 
avant eux et ce qui se faisait de leur temps, l'indépendance 
poussée souvent jusqu'à l'esprit de querelle, la confiance dans 
leurs forces et le mépris de leurs adversaires \ plus de con- 
séquence que de solidité dans leurs opinions , plus de sagacité 
que d'étendue, plus de vigueur dans la trempe de l'esprit et 
du caractère que d'élévation ou de profondeur dans la pensée, 
plus d'invention que de sens commun; abondants dans leur 
sens propre plutôt que s'élevant à la raison universelle, opi- 
niâtres, aventureux, novateurs, révolutionnaires. 

Abélard et Descartes sont incontestablement les deux plus 
grands philosophes qu'ait produits la France, l'un au moyen 
âge, l'autre dans les temps modernes; et cependant, il y a 
douze années , la France n'avait point une édition complète de 
Descartes, et elle attend encore une édition complète d' Abélard. 
Le volume donné en i6i6 par le conseiller d'état François 
d' Amboise^, contient toute l'Histoire des rapports d' Abélard avec 
Héloïse, le Commentaire sur l'épître de saint Paul aux Ro- 
mains et l'Introduction à la théologie; mais les pièces si pré- 
cieuses de ce recueil sont publiées sans aucun ordre, je 
pourrais dire sans aucun soin. Quelques autres écrits d' Abé- 
lard sont épars et presque perdus dans les collections béné- 
dictines ^. Un bon nombre d'ouvrages jadis célèbres sont en- 



' Pour Descartes, voyez le Discours sur la Méthode et toute sa correspondance ; pour 
Abélard, la fameuse lettre , Hist. Calamit., où il s'accuse lui-même d'arrogance, et tous 
ses ouvrages. Othon de Freisingen, son contemporain, qui l'avait connu personnellement, 
s'en exprime ainsi. De Gestis Friderici, lib. I , cap. [xq : « Tarn arrogans suoque tantum in- 
genio confidens, ut vix ad audiendos magistros ab altitudine mentis suœ liumiliatus des- 
cenderet. » 

* Pétri Abaelardi opéra, in-4°, avec des notes de Duchesne. 

' La Theologia Christiana eiY Ilexameron, dans le Thésaurus novus anecdoiorum de Mai- 



VI INTRODUCTION. 

core ensevelis dans la poussière des bibliothèques de la France 
et de l'Europe ^ J'appelle de tous mes vœux, je seconderais de 
tous les moyens qui sont en moi , une édition complète des 
œuvres de Pierre Abélard. Si j'étais plus jeune, je n'hésiterais 
point à l'entreprendre, et je signale ce travail à la fois pa- 
triotique et philosophique à quelqu'un de ces jeunes profes- 
seurs, pleins de zèle et de talent, auxquels j'ai ouvert la car- 
rière, et que j'y suis avec tant d'intérêt. Je veux du 
moins me charger d'une partie de cette tâche, en publiant 
et eu faisant connaître ici quelques ouvrages jusqu'alors iné- 
dits de ce Descartes du xii^ siècle. 

C'est l'application régulière et systématique de la dialec- 
tique à la théologie qui est peut-être le titre historique le 
plus éclatant d' Abélard ; c'est par là qu'il exerça une action si 
vive sur les hommes de son temps. Mais l'instrument de cette 
action était la philosophie d'alors , la dialectique , et il n'ap- 
partenait qu'au plus grand dialecticien de son siècle d'appli- 
quer avec un pareil succès la dialectique à la théologie. Le dia- 
lecticien est en quelque sorte dans Abélard le père du théologien; 
c'est le génie de l'un qui a fait la gloire, les erreurs et Jes in- 
fortunes de l'autre. La dialectique était l'étude chérie d' Abé- 
lard, son goût dominant, son talent suprême; elle avait fait 
l'occupation de sa jeunesse et rempli de ses luttes pacifiques 
toute la première moitié si brillante et si heureuse de sa vie. 

Quelle était donc la dialectique d' Abélard, sa philosophie 
proprement dite ? Il est impossible de supposer qu'il n'ait été 
que professeur : il avait beaucoup écrit. Dans le prologue 

tenne et Durand , 1717, tom. V; YEthica seu Hber : Scito te ipsum, dans le Thésaurus anec- 
dotorum novissimus de B. Pez, 1721, tom. III, pag. 626-688. 

' M. Rheinwald a publié à Berlin, en i83i, le Diahyus inter philosophum, Judœum 
et Christianum. 



INTRODUCTION. vu 

de V Introductio ad Theologiam, il dit lui-même : « Cum enim 
« a nobis plurima de philosophicis studiis et saecularium 
« litterarum scriptis studiose legissent, ac eis admodum lecta 
(«placuissent....^ » Voilà des écrits et même des écrits nom- 
breux de philosophie , plurima, avoués par leur auteur. Plus 
bas, dans cette même Introduction, Abélard cite son traité 
de la quantité : « Sicut de quantitate tractantes ostendimus, 
« cum grammaticam sçriberemus ^. » Dans le quatrième livre 
de la Theoîogia Christiana"^ , il cite encore sa grammaire : « Sed 
« de hoc diligentem , ut arbitror, tractatum in retractatione prae- 
« dicamentorum nostra continet grammatica. » Enfin, au même 
livre de cette même théologie , à l'occasion d'une règle de dia- 
lectique, il s'exprime ainsi : « Sed de qualibus quidem argumen- 
« tationibus in dialectica nostra latius persecuti sumus^. » Ces 
témoignages sont positifs et irrécusables. Abélard avait composé 
plusieurs ouvrages philosophiques, entre autres un traité de 
dialectique; et il paraît que Duchesne avait entre les mains 
ce traité, puisqu'il promet de le publier^. Malheureuse- 
ment, il n'a pas accompli son dessein, et l'on ne sait ni ce 
qu'est devenu le manuscrit qu'il possédait , ni d'où il l'avait 
tiré; de sorte que le public ne connaît pas aujourd'hui le 
plus petit écrit philosophique de l'homme qui a rempli de 
sa dialectique tout le xii** siècle, et que, pour se faire une 
idée de son système , on est réduit à quelques indications rares 
et obscures éparses dans ses autres ouvrages, ou à des témoi- 
gnages étrangers d'une fidélité très - douteuse. Nous nous 

' Abael. opp., pag. 1126. 
' Ibid. 

' Thés. Anccd., tom. V, pag. i34i. 
* Ihid.. pag. iSoy. 
Et haec dialectica, sive logica propediem in philosophiae candidatorum gratiam fa- 
vente Deo seorsim edetur. Abael. opp. not., pag. 1160. 



n" 7493. 



Vin INTRODUCTION. 

sommes donc adressé à la Bibliothèque royale de Paris, et 
nous avons recherché si, parmi les monuments de philosophie 
scolastique dont elle abonde, elle ne possédait pas la dia- 
lectique d'Abélard signalée par Duchesne et dont la trace a 
disparu, ou quelque autre ouvrage du même genre. Nous 
avons trouvé à la Bibliothèque royale trois manuscrits inédits 
d'Abélard, qui ont trait à la dialectique; ce sont : i*" Le 
manuscrit du fonds du Roi n° y^gS; 2° un manuscrit du fonds 
de Saint-Germain , n** 1 3 1 o ; S*' un manuscrit du fonds de 
Saint-Victor, n° 844- Voici les résultats de l'étude attentive et 
scrupuleuse que nous avons faite de ces trois manuscrits. 
Description Lc mauuscrit n° 7^93 est un in-^" en parchemin, aux armes 
du Roi, de France et au chifiFre de Charles IX , comprenant 1 83 feuillets 
numérotés au recto sans aucune interruption , mais écrits de 
différentes mains et à diverses époques. 

Il contient d'abord le traité de Grammaire de Diomède, et 
une table de notes Tyroniennes. Ces deux morceaux sont d'une 
main très-ancienne et comprennent dans le manuscrit jusqu'au 
feuillet 167. Les seize autres feuillets sont d'une tout autre 
main , écrits sur deux colonnes avec de nombreuses abréviations, 
mais en lettres parfaitement tracées et qui présentent tous les 
caractères de l'écriture du xiif siècle. L'ouvrage qu'ils ren- 
ferment est intitulé : Pétri Abailardi super Topica glosœ inci- 
piuntar felici omine. L'Histoire littéraire de la France \ dans la 
notice sur les ouvrages inédits d'Abélard, indique ce manus- 
crit comme étant un commentaire sur les Topiques d'Aris- 
tote. Il n'en est rien. En parcourant ce manuscrit , on recon- 
naît d'abord que c'est tout simplement un commentaire 
sur le traité de Boëce: De differentiis topicis ^. Ce commentaire, 

* Tom. XII, pag. 129. 

* Edit. Bas., in-lbl., x5/l6, pag. 867. 



INTRODUCTION. ix 

comme le titre l'indique, est une glose où, après un assez court 
préambule sur le but , la forme et l'utilité de l'ouvrage de Boëce, 
l'auteur s'attache à son texte, le suit pas à pas, et explique 
plus ou moins longuement chaque phrase , et souvent même 
chaque mot. Cette glose est incomplète et comprend seulement 
le premier livre et le commencement du second livre du traité 
de Boëce , lequel est divisé en quatre livres : il manque donc 
près des trois quarts de cette glose. 

Mais cet écrit est-il d' Abélard , et quelle en est la valeur ? 
Je répondrai à la dernière question qu'un pareil écrit ne 
pouvait servir qu'à des écoliers, auxquels il facilitait l'in- 
telligence littérale du texte de Boëce. Rien d'alambiqué ni 
de subtil , mais en revanche rien d'intéressant. La diction en 
est assez claire et assez correcte , mais de la plus grande sé- 
cheresse. Quant à savoir si cette glose est d' Abélard, le titre, 
qui est ancien et du xiii'' siècle , comme le reste du manuscrit , le 
dit positivement ; et dans le corps de l'ouvrage , s'il n'y a rien qui 
confirme cette inscription , il n'y a rien non plus qui la démente. 
Pour les preuves internes , outre qu'il faut être fort réservé 
sur ce genre de preuves, ici le défaut absolu d'ouvrages ana- 
logues d' Abélard , nous ôtant toute comparaison , rend toute 
induction très-difficile. Le peu de valeur de cette glose , prise 
en elle-même, n'est point une raison pour en révoquer en 
doute l'authenticité. Le genre de la glose admis, il fallait 
bien s'y conformer, et, précisément pour être un bon giossa- 
teur, se borner à expliquer littéralement le texte pour des 
commençants qu'on suppose n'avoir aucune connaissance ni 
du sujet ni de l'ouvrage. C'est d'ailleurs un éloge que Jean 
de Salisbury dans le Metalogicus fait de la manière d'Abélard, 
que dans son enseignement il s'attachait avant tout à être 
compris, qu'il se mettait à la portée de ses auditeurs, et que, 

INTRODUCTION. b 



X INTRODUCTION. 

malgré l'usage contraire de la plupart des professeurs de son 
temps, il évitait dans ses leçons une profondeur déplacée et 
s'en tenait aux explications les plus simples, à des explica- 
tions presque verbales ^ Si telle était la manière d'Abélard dans 
le commentaire et la glose, au rapport de J. de Salisbury, qui 
l'avait entendu lui-même, cette glose, quelque simple qu'elle 
soit, peut très-bien appartenir à Abélard; et nous avons cru 
devoir en publier le prologue, qui en est la partie la moins 
aride. Mais assurément ce n'est pas ce manuscrit qui nous 
donnera les lumières que nous cherchons sur la dialectique 
d'Abélard : tout au plus y apprendrons-nous ce que pouvaient 
être ses leçons à ses plus faibles écoliers. Nous serons plus heu- 
reux avec les deux autres manuscrits. 

Voici ce que disent de ces deux manuscrits les auteurs de 
l'Histoire littéraire de la France : 

« Il y a quatre ouvrages d'Abélard conservés dans la biblio- 
« tlîèque de Saint-Victor, dont le premier est intitulé: Pétri 
u Peripatetici libri cjuatnor Categoriarum , sive super Prœdicamenta 
« Aristotelis. Le second : Pétri Peripatetici Analyticornm liber primus 
« et secundus. Le troisième : Pétri Peripatetici liber Divisionum ( ce 
« même livre se trouve dans la bibliothèque de Saint-Germain- 
« des-Prés). Le quatrième : Pétri Peripatetici liber Definitionum.v 
Description Commeuçous par examiner dans ce peu de lignes ce qui se 
u manuscn p^pp^j^^g ^^ mauuscrit dc Saint-Germain-des-Prés. 

11 semblerait que ce manuscrit renferme un seul ouvrage 



Saint-Germain 
n° i3io 



' Jdi. Sarisb., Metalogicus, lib. III, cap. i. «Quomodo Porphyrium legi oporteat et 
alios auctores. — Equidem ex animi mei sententia sic omnem librum legi opportel ut 
quam facillime potest eorum quae scribuntur habeatur cognitio. Non enim occasio 
quaerenda est ingerendae difficultatis, sed ubique facilitas generanda. Quem morem 

secutum recolo Peripateticum Palatinum malens instiuere et promovere suos in 

puerilibus quam in gravitatephilosophorum esse obscurior; faciebat enim studiosissime 
quod in omnibus praecipit fieri Augustinus, id est rerum întellectui serviebat. » 



INTRODUCTION. xr 

d'Abélard : Pétri Peripatetici liber Divisionum. On va voir que 
rien n'est plus inexact. 

Oudin [de Scriptoribus ecclesiasticis , tome I, c. 1172) fait 
beaucoup mieux connaître ce manuscrit. 

D'abord Oudin fait mention d'un manuscrit de la biblio- 
thèque de Fleury qui contiendrait la logique d'Abélard avec 
celle de Raban-Maur. « In bibliotheca floriacensi , littera A. 4. 
« exstat logica Pétri Abaelardi , una cum logica Rliabani. » Puis 
arrivant au manuscrit de Saint-Germain, il a l'air d'en parler 
comme si c'était un autre manuscrit, avouant d'ailleurs qu'il 
ne l'a pas eu entre les mains. « In bibliotheca Sancti-Germani 
« de Pratis, codice 635, Pétri Abœlardi divini Peripatetici dialec- 
« tica. Paucis autem post titulum carie exesis : intentio de pro- 
« positione categorica una apta catégorie© syllogismo regulari. » 
Il résultera de la description fidèle que nous allons donner 
du manuscrit de Saint-Germain qui est à la Bibliothèque du 
Roi, que celui dont parle si négligemment l'Histoire littéraire, 
celui delà bibliothèque de Fleury et celui dont Oudin rapporte 
le titre et la première ligne , sont un seul et même manuscrit. 

C'est un petit in-4" en parchemin écrit de plusieurs mains , 
presque toujours à deux colonnes. L'écriture est du xiii^ siècle. 
Il a aujourd'hui pour numéro i3io; sur la première page 
est l'inscription : « Sancti Germani à Pratis numéro i3io, 
olim 635. » C'est donc bien évidemment le manuscrit de Saint- 
Germain cité par Oudin. De plus sur le recto du g^ feuillet , 
dans l'intervalle des deux colonnes, est écrit, il est vrai d'une 
main récente : Bibliotheca Floriacensis ; et en effet nous mon- 
trerons tout à l'heure que ce manuscrit contient un écrit de 
logique de Raban-Maur, à la suite de divers écrits du même 
genre d'Abélard, comme Oudin le dit du manuscrit de Fleury. 
L'identité des deux manuscrits est donc évidente. 

b. 



XII INTRODUCTION. 

Notre manuscrit renferme, i° la règle de saint Augustin; 
2° une collection de sentences et de décisions ecclésiastiques; 
3° le dialogue de saint Augustin : de Qualitate et Quantitate 
animœ ; 4" des lettres et extraits de saint Augustin , de saint 
Basile , de saint Jérôme et autres pères : après ces divers écrits 
vient un traité de logique d'Abélard dont le titre est à moitié 

effacé : Pétri Ahœ summi Peripatetici ed , puis , à la ligne, 

en lettres ordinaires: intentio A. est de propositione cathe- 

gor una a cathegorico sillogismo regulari, etc. C'est le titre 

et le début cités par Oudin, qui donne par erreur divini au 
lieu de summi, et qui ajoute gratuitement dialectica, titre qui 
n'est pas dans le manuscrit. En parcourant ce traité , on se 
convainc facilement que c'est un commentaire spécial sur le 
traité d'Aristote , de t Interprétation. Le titre à demi efîacé doit 
avoir été : Pétri Ahœlardi junioris Palatini summi Peripatetici 
« editio super Aristotelem de Interpretatione , et le début : Intentio 
« Aristotelis est in hoc opère tractare de propositione cate- 
« gorica , una ac de categorico syllogismo regulari. » Ce traité 
d'Abélard est une véritable glose du même genre que celle 
du manuscrit du Roi 7^93 sur le traité de Boëce : De differen- 
tiis topicis. Il y a d'abord un petit prologue , puis la citation 
des diverses phrases d'Aristote avec une explication littérale. 
Cette glose n'est pas achevée. 

Au feuillet i8 est une lacune, et au 19 recto commence 
un nouveau traité d'Abélard dont le titre écrit en encre rouge 
est parfaitement lisible : Pétri Ahœlardi junioris Palatini summi 
Peripatetici de Divisionibus incipit. Et cet écrit est évidemment 
celui que citent les auteurs de V Histoire littéraire, lesquels 
dans ce manuscrit n'auront fait attention qu'à ce traité , parce 
que celui-ci y est en effet plus facile à discerner que tous les 
autres. D'où il suit que le manuscrit dont parle l'Histoire 



INTRODUCTION. xm 

littéraire n'est différent ni de celui de la bibliothèque de 
Fleury, ni de celui de la bibliothèque de Saint-Germain 
mentionné par Oudin , et que ces trois manuscrits^^ réduisent 
au nôtre. L'inscription de ce traité d'Abélard de Divisionibus , 
nous a permis de rétablir avec certitude celle de l'ouvrage pré- 
cédent; et nous verrons que partout dans ce manuscrit Abélard 
est désigné sous le nom de junioris Palatini summi peripatetici, 
c'est-à-dire Abélard le grand péripatéticien moderne de Palais, 
ou plutôt Abélard le jeune de Palais. Car Abélard nous ap- 
prend lui-même qu'il avait cédé à ses frères son droit d'aî- 
nesse ^ ; il était donc volontairement devenu junior. Voici la 
première phrase de ce commentaire : « Intentio Boethii est in 
« hoc opère agere de divisionibus et dare praeceptiones ad com- 
« ponendum divisiones. » 

Cette glose est semblable à la précédente; seulement elle 
est complète et s'étend jusqu'au feuillet 29 recto, où se 
rencontre un autre traité d'Abélard : « Pétri Ahœlardi j. (ju- 
«nioris) p. (palatini) s. (summi)/?. (peripatetici) editio super 
'i Porphyrium incipit. — Intentio Porphyrii est in hoc opère 
« tractare de sex vocibus et de génère et de specie et de dilfe- 
« rentia et de proprio et de accidenti et de individuo et de 
« significatis eorum. » C'est encore une glose , mais incomplète, 
qui s'étend jusqu'au feuillet 35 verso, où se présente une 
nouvelle lacune. On pouvait espérer de trouver dans ce com- 
mentaire quelques renseignements sur l'opinion d'Abélard 
touchant les universaux. Loin de là , l'auteur se borne encore 
à l'explication littérale du texte. On ne peut s'empêcher de 
penser , en lisant cette glose , que c'est après l'avoir entendue 
que Jean de Salisbury a tracé le modèle d'une interprétation 
de Porphyre, et qu'il fait allusion à cette glose lorsqu'il 

' Abael. opp. Hist. Calamit., p. Zj. 



XIV INTRODUCTION. 

vante la manière simple, brève et appropriée à l'enfance 
( puerilem ) qu Abélard employait dans ses leçons aux com- 
mençants. We passage du Metalogicus que nous avons cité^ 
si bien d'accord avec le caractère du commentaire que nous 
avons sous les yeux, démontre l'authenticité de ce dernier; et 
en même temps la parfaite conformité de manière de cette 
glose avec les précédentes et avec celles que nous allons 
rencontrer, est une démonstration de l'authenticité de toutes 
et même de la glose sur les Topiques de Boëce, indépen- 
damment de la preuve extrinsèque qui se tire des inscriptions 
de la plupart de ces traités. Mais poursuivons la description 
de notre manuscrit. 

Le feuillet 36 est en blanc : au recto du feuillet 87 , sans 
aucun titre , commence brusquement un autre ouvrage : Prop- 

terea ita determinandum est ; et ce nouvel ouvrage, de la 

même écriture que les précédents, s'étend jusqu'au feuillet 4i ; 
en le lisant on reconnaît que c'est un fragment d'une glose 
sur les Catégories. Elle a le même caractère que les gloses pré- 
cédentes. Il est donc très-permis de supposer qu'elle est éga- 
lement d' Abélard. 

Au feuillet 4 1 recto commence , avec une autre écriture et 
sans aucun titre , un morceau d'un genre tout différent. Ici la 
forme aride de la glose disparaît et fait place à une manière 
plus libre et plus heureuse. Il y est traité du tout et des parties, 
du genre , de l'espèce et des individus ; et , à cette occasion , 
là question des universaux est vivement controversée. Ce frag- 
ment est incontestablement d' Abélard, car l'auteur y parle 
de Guillaume de Champeaux comme de son maître , il combat 
à la fois les réalistes et les nominaux, et expose cette opinion 

' Voyez plus haut, pag. x. 



INTRODUCTION. xv 

intermédiaire qui depuis a été appelée le conceptualisme . 
Ce morceau important s'étend du feuillet k\ recto au 
feuillet 48 verso; au milieu de la première colonne est un 
petit intervalle, indice d'une solution de continuité. Ici se ren- 
contre un nouveau morceau sans titre sur les propositions 
modales, lequel va jusqu'au recto du feuillet 5o , à la fin de la 
première colonne. Ce fragment a le même caractère de style 
que le précédent, mais il n'a pas le moindre intérêt. Il n'y 
a pas de raison pour ne pas le considérer comme appartenant 
aussi à Abélard. 

A la deuxième colonne du recto du feuillet 5o, l'écriture 
ou plutôt l'encre change , et on tombe dans un morceau assez 
insignifiant où il est encore question de la différence , de l'es- 
pèce , du genre et de l'accident , avec des citations de Por- 
phyre. 

Au verso du feuillet 52 vient encore une encre nouvelle et 
un fragment nouveau , comprenant les deux colonnes de ce 
verso, et se rapportant au commencement du traité de l'Inter- 
prétation. Aux trois quarts de la i^ colonne de ce verso est 
une lacune, et au feuillet 53 recto, sans aucun titre, on 
trouve une écriture nouvelle, d'une finesse extrême, remplie 
d'abréviations et presque illisible ; elle s'étend jusqu'au feuillet 
57 : c'est encore un fragment d'une glose assez étendue sur 
ce même traité de l'Interprétation. 

Avant le feuillet 57, au recto du feuillet 56, est encore 
une assez forte lacune. Au feuillet 57 l'écriture change de 
nouveau jusqu'au feuillet 63, où se présente une lacune nou- 
velle. Ces six feuillets contiennent la fin d'une glose sur les 
Catégories, sans nom d'auteur. Ce fragment commence avec 
le commencement des Post-prœdlcamenta et finit à la fin du 
chapitre de motu. Il manque donc la glose sur le dernier cha- 



XVI INTRODUCTION. 

pitre de hahere, et le dernier fragment est terminé par ces 

mots : Finis lobons. 

Au feuillet 63 se rencontre une glose, toujours sans nom 
d'auteur, mais complète, sur le traité des divisions de Boëce. 
Elle commence ainsi, f** 63, 2^ col. : « Intentio Boethii est in 
« hoc opère de regularibus divisionibus disputare » , et au 
verso du feuillet 66, 1'^ colonne, on lit : Eœpliciunt glossœ. 

Le reste du verso est rempli par des règles et des exemples 
de syllogismes hypothétiques, également empruntés à Boëce. 

Au feuillet 67, i""^ colonne , recommence une glose nouvelle , 
continue et complète sur les Catégories d'Aristpte, sans nom 
d'auteur, avec un prologue et les titres des divers chapitres 
du texte, y compris les Post-prœdicamenta. i""^ ligne du pro- 
logue : « Intentio Aristotelis est in hoc opère de primis vocibus 
« prima rerum gênera significantibus disputare. » Et feuillet 8 1 , 
verso, colonne 2 : Explicit de prœdicamentis. Viennent ensuite 
les Post-prœdicamenta, et feuillet 85 verso : explicit. Maintenant 
dé qui est cette glose ? on ne peut guère supposer qu'Abélard 
ait fait deux gloses sur le même ouvrage, et le premier 
fragment de celle que nous avons rencontrée précédemment 
semble bien lui appartenir ; mais il serait possible qu'il y eût 
plusieurs cahiers différents de la même glose, comme nous 
croyons avoir prouvé ailleurs ^ qu'il y a plusieurs rédactions 
différentes du commentaire d'Olympiodore sur le Phédon. 
Il serait possible encore qu'il y eût dans cette collection des 
morceaux de différents auteurs mêlés à des écrits d'Abélard; 
car ce volume paraît être une collection de gloses dialec- 
tiques. 

En effet, après les écrits dont nous venons de parler, vient 
une glose de Raban-Maur, sur l'introduction de Porphyre; 

' Journal des Savants, année i835. 



INTRODUCTION. xvn 

elle porte le titre de Rhabanus super- Porphyrium , et commence 
ainsi : « Intentio Porphyrii est in hoc opère facilem intellec- 
« tum ad Praedicamenta prœparare, tractando de qiMnque rébus 
« vel vocibus, etc. » Le prologue s'étend depuis le, feuillet 86, 
i'''' colonne, jusqu'au feuillet 87 verso, au milieu de la 2" co- 
lonne ; suit la glose avec un titre à chaque nouveau chapitre. 
Cette glose n'est pas complète, et elle s'arrête au folio 9 3 verso. 

Au feuillet g^ recto, i""" colonne, on trouve un fragment 
sans nom d'auteur sur le traité de Boëce, De differentiis 
topicis. 

Enfin, au feuillet 96, recto, 2*^ colonne, nous retrouvons 
une glose de Raban - Maur, sur le traité de l'Interprétation , 
avec ce titre : Rhabanus super terencivaa [sic], et commençant 
ainsi : « Intentio Aristotelis est in hoc opère de simplici enun- 
« tiativa interpretatione et de ejus démentis, nomine scilicet 
« atque verbo , gratia ipsius simplicis enuntiativae interpreta- 
« tionis pertractare. » Cette glose s'étend jusqu'au feuillet 100 
verso, et ne paraît pas achevée. 

Elle est suivie d'un commentaire anonyme sur les psaumes, 
qui termine le manuscrit. 

Pour résumer cette longue et minutieuse description, nous 
croyons avoir établi que notre manuscrit 1 3 1 o est bien 
l'ancien manuscrit de Saint-Germain , mentionné par Oudin 
et l'Histoire littéraire ; que ce manuscrit ne renferme pas seu- 
lement, comme l'Histoire littéraire semble le dire, un traité 
d' Abélard sur les Divisions , mais bien divers écrits dialectiques 
d'Abélard, en totalité ou en fragment, avec ou sans nom 
d'auteur, tantôt sous la forme de glose, tantôt sous une forme 
plus libre et plus développée. Tout ce qui est glose ne ren- 
ferme rien d'important; on y trouve seulement la confirma- 
tion de ce que J. de Salisbury nous apprend de la manière 



INTUODUCTION. 



xvui INTRODUCTION. 

d'enseigner d'Abélard. Il nous a donc paru suffisant de pu- 
blier quelques pages de chacune de ces gloses , et nous avons 
cru devoir a)lacer ces différents morceaux, non dans l'ordre 
qu'ils occupent en ce manuscrit, mais dans celui qui est 
le plus naturel, et que suivait probablement Abélard dans 
son enseignement, à savoir : i** la glose sur l'Introduction de 
Porphyre^; 2** la glose sur les Catégories^; 3° la glose sur le 
traité de l'Interprétation^. Quant à la glose sur le traité des Di- 
visions de Boëce, et quant au fragment de celle sur le traité 
De dijferentus topicis , du même auteur, nous croyons d'autant 
moins les devoir reproduire, que, pour donner une idée du 
manuscrit du Roi 7^93, nous publions'' le prologue de la 
glose que ce manuscrit renferme sur ce même traité De dif- 
ferentiis topicis, et qu'il attribue positivement à Abélard. 

La plupart de ces publications n'auront guère d'autre avan- 
tage que de faire connaître la forme de l'enseigne^rsent d'Abé- 
lard , et encore de la partie de son enseignement qui s'adressait 
aux commençants. Il n'en est point ainsi du fragment sur les 
genres et les espèces. Nous^ le publions en entier^, avec la con- 
viction que nous ne possédons rien de plus important sur la 
philosophie de cette époque, et qu'une fois mis en lumière et 
livré aux historiens de la philosophie , ce fragment sera dé- 
sormais la pièce la plus intéressante du grand procès du 
nominalisme et du réalisme, dans le siècle d'Abélard. 
Description Passous maintenant au manuscrit de Saint-Victor. Ce ma- 

du manuscrit . . , . . ttt* • i* ' • i i t^ 

de Saint-Victor, n usent Contiendrait, selon irlistoire littéraire de la rrance, 
quatre ouvrages : i" Pétri Peripatetici libri quatuor Categoriarum , 
sive super Prœdicamenta Aristotelis ; 2" Pétri Peripatetici Analyticorum 
liber primus et secundus; 3" Pétri Peiipatetici liber Divisionum ; 4° 

' De la présente édition, page 553. — ' Ibid., page 579. — ' Ibid., page 597. — ' Jbid., 
page 6o5. — " Ibid., page 5o7-55o. 



, INTRODUCTION. xix 

Pétri Peripateiici liber Défini tiomim. Il est vraiment inconcevable 
que les auteurs de l'Histoire littéraire aient donné une des- 
cription aussi superficielle et presque toujours aussi fausse du 
manuscrit de Saint-Victor, et cela quand ils avaient sous les 
yeux la description détaillée qu'Oudin a faite de ce manuscrit, 
qu il déclare avoir vu et examiné lui-même. Nous allons re- 
produire la description d'Oudin : 

« In Victorina canonicorum regularium divi Augustini , 
« codex eximius notatus m. m. m. c» ubi omnia fere pliilosophica 
Il Pétri Abœlardi Palatini Peripatetici. In hoc itaque ms. codice 
« Logicalia dicti Abœlardi ordine isto procedunt : 

n Super Prœdicamenta Aristotelis , folio 117. Commentarius 
incipit : Unum vero iiniversaliter in cjeneribus substantiarum acci- 
piendum est, etc. » 

« Ejusdem de modis significandi, folio 127. Evolutus saperius 
textus ad discretionem significationis nominum et rerum, naturas 
auœ vocibus designantur, diligenter secundum distinctionem decem 
Prœdicamentorum aperuit. » 

« Ibid. , folio i32. Pétri Abœlardi Palatini Peripatetici Analy- 
ticorum prioriim liber piimiis. Incipit : Jasta et débita série textus 
exigente , post tractatum singularum dictionum, etc. » 

«Folio 137. Explicit liber primns, incipit secundus eorumdem, 
hoc est Categoricorum : Categoricarum igitur propositionum par- 
tibus sex membris quibus ipsœ componiintur, diligenter pertrac- 
tatis. » 

«Folio i43. Explicit secundus , incipit tertim : Quoniam autem 
propositionum naturas, in his enuntiationibus ostendimus, etc. » 

«Folio 149. Pétri Abœlardi Palatini Peripatetici Topicorum 
primns. Sicut ante categoricorum syllogismorum constitutwnem ipso- 
riim materiam in categoricis propositionibus oportuit prœparari , etc. » 

« Folio i83. Pétri Abœlardi Palatini Peripatetici Topicorum liber 



XX INTRODUCTION. 

explicit. Pétri Ahœlardi Palatini Peripatetici Analyticorum poste- 
riorum primus. Novam accusationis calumniam adversus me de arte 
dialectica scriptitantem œmuli mei novissime excogitaverunt , affir- 
mantes (juidem de his (juœ adfidem non pertinent christiano tractare 
non licere, etc. » 

«Folio 187. Explicit primus hypotheticorum , incipit secandus. 
Omnium autem hypotheticarum propositionum natura dilig enter per- 
tractata, adearum syllogismos discedamus, etc. » 

« Folio 191. Pétri Ahœlardi Palatini Peripatetici Analyticorum 
posteriorum secundus liber explicit. Pétri Ahœlardi Palatini Peri- 
patetici de Divisionihus. Dividendi seu dijfiniendi peritiam non 
solum ipsa doctrinœ nécessitas commendat. » 

« Folio 199. Ejusdem de Diffinitionibus. Hactenus cjuidem de 
Divisionihus tractatum hahuimus , de cjuihus satis est disputasse; 
nunc vero consecjuens est ut ad definitiones nos convertamus, cjuia, 
sicut dictum est, ex divisionihus nascuntur. » 

Il est évident que le manuscrit que vient de décrire Oudin 
est bien le nôtre , celui qui est inscrit à la Bibliothèque royale 
au n** 844, fonds de Saint-Victor. Il porte à l'extérieur les 
armes de l'abbaye de Saint- Victor, et à l'intérieur , sur le verso 
de la feuille qui sert de couverture, le numéro m. m. m. c, 
qui était celui de ce manuscrit à la Bibliothèque de Saint- 
Victor, et le numéro même cité par Oudin. C'est un petit in- 
folio en parchemin, à une seule colonne, composé de deux 
parties bien distinctes et de deux mains différentes. La première 
partie est un recueil de lettres de divers papes ; la seconde, une 
collection d'écrits logiques d'Abélard. Cette seconde partie 
comprend depuis le feuillet 117 recto jusqu'au feuillet 202 
verso. Le feuillet 1 1 7 porte un titre qu'Oudin n'a pas fidèlement 
transcrit. Il y a dans notre manuscrit : Scripta super Prœdica- 
menta Aristotelis; et ce titre, qui devait s'appliquer à l'ensemble 



INTRODUCTION. xxi 

de la collection [scripta), est très-inexact, puisque cette col- 
lection embrasse beaucoup plus que les Catégories d'Aristote. 
Mais le premier écrit qui s'y rencontre roule en effet sur les Ca- 
tégories. Le commencement manque, et en supposant que cet 
écrit suivît l'ordre des chapitres d'Aristote , le commentaire des 
deux premiers chapitres aurait péri, et notre manuscrit tom- 
berait sur le troisième de ces chapitres, intitulé : De la substance. 
Oudin a mal cité la première ligne ; il faut lire : Unde non uni- 
versaliter, etc. Ce premier ouvrage s'étend jusqu'au feuillet 127, 
où se rencontre non pas un autre écrit d'Abélard, mais la suite 
du même écrit sous le titre : De modis significandi. Ce titre couvre 
une sorte de commentaire sur le livre de l'Interprétation. Au 
verso du feuillet 128 est une lacune apparente, et non réelle ; 
car le feuillet 1 2 9 est une continuation de ce qui précède , et ce 
commentaire se poursuit jusqu'au feuillet 182 verso, où pour 
la première fois paraît le nom d'Abélard, dans le titre suivant : 
Pétri Abœlardi Palatini Peripatetici Ânalyticorum priorum primiis. 
Ici on peut se demander si les deux écrits qui précèdent sur 
les Catégories et sur l'Interprétation appartiennent aussi à 
Abélard , dont le nom ne se trouve dans aucun des titres que 
nous avons rapportés. Tout doute disparaît quand on entre 
un peu dans le contenu de ces deux écrits. D'abord ils sont 
intimement liés à ceux qui les suivent, lesquels portent le 
nom d'Abélard, de sorte que l'auteur des derniers est néces- 
sairement celui des premiers. Ensuite , dans le traité sur les Ca- 
tégories, qui par parenthèse n'est nullement divisé en quatre li- 
vres, comme le dit, on ne sait pourquoi, l'Histoire littéraire de la 
France, et aussi dans le traité sur l'Interprétation, l'auteur parle 
sans cesse , comme dans les traités qui suivent, de Guillaume de 
Champeaux comme de son maître. H y a plus : il se nomme lui- 
même, et à l'occasion de l'imposition des noms et du rapport des 



XXII INTRODUCTION. 

mots à la nature des choses, il dit (fol. 1 2 7 v"^) : « Eas igitur so- 
«las oportet exequi ( voces) , quae ad placitum significant, 
«hoc est secundum voluntatem imponentis, quae videlicet, 
«prout libuit ab hominibus formatas, ad humanas locutiones 
« constituendas sunt repertae et ad res designandas impositae, 
« ut hoc vocabulum Abaelardus mihi in eo collocatum est, ut 
« per ipsum de substantia mea agatur. » 

Au verso du feuillet 182 se trouve, comme le dit Oudin, 
expressément attribué à Abélard, un ouvrage intitulé : Ana- 
fytica priora, ouvrage divisé en trois livres, et qui s'étend 
jusqu'au feuillet 1 49 verso. Mais ces premières Analytiques 
forment la suite des deux écrits qui précèdent, comme le com- 
mentaire sur l'Interprétation était la suite du commentaire sur 
les Catégories. Le début de chacun de ces écrits résume l'écrit 
précédent, et marque la continuité du tout. 

Au verso du feuillet 1^9 commence encore, sous le nom 
d' Abélard, et toujours avec la désignation de Palatini Peripate- 
tici, un traité des Topiques en un seul livre, quoique le titre, 
fidèlement cité par Oudin [Topicorum primus)^ semblât annoncer 
plusieurs livres. Ce traité, où les ouvrages qui précèdent sont 
rappelés et les suivants indiqués d'avance , forme un tout par- 
faitement complet qui comprend jusqu'au feuillet i83 recto, 
où revient, toujours sous le nom d' Abélard, la deuxième partie 
des Analytiques, les Analytiques secondes divisées en deux 
livres, et qui vont jusqu'au feuillet 191 recto. 

Là commence un traité des Divisions et des Définitions, in- 
titulé seulement Divisionum. Le traité des Divisions propre- 
ment dit s'étend jusqu'au feuillet 199 verso, où se trouve 
sans aucun titre particulier le traité des Définitions, qui com- 
prend jusqu'au feuillet 202 recto, et termine le manuscrit. 

' De la prés, édit., page 212. 



INTRODUCTION. xxm 

S'il pouvait rester le moindre doute sur l'authenticité de ce 
traité des Divisions et des Définitions, il serait entièrement levé 
par une phrase où l'auteur, parlant des noms propres , se dé- 
signe lui-même : Ut Abaelardus quod mihi uni adhuc conve- 
nire videtur (fol. 197, r**^). 

J'ai déjà fait remarquer que les divers ouvrages de dialec- 
tique que contient ce manuscrit, et qui appartiennent incon- 
testablement à Abélard, se lient les uns aux autres, et forment 
un seul et même corps, un ouvrage unique. C'est ce que n'a pas 
vu Oudin , et ce que démontre un examen attentif de notre ma- 
nuscrit. Au lieu de gloses séparées sur les diverses parties de 
la logique d'Aristote , nous avons ici un traité de logique parfai- 
tement régulier et méthodique, où l'auteur parle en son nom et 
pour son propre compte , mais , en s' appuyant sur Aristote et sur 
Boëce, et en adoptant les formes et les titres des principaux 
écrits dont se compose l'Organum. Voici le plan de l'ouvrage 
entier, tel que que nous le tirons de l'étude approfondie du 
manuscrit de Saint-Victor. 

La logique commence par constater et classer les éléments pian 



del 



les plus simples de la pensée, lesquels, exprimés en paroles, de\iiakcUque 
deviennent les éléments mêmes, les parties du discours. Telle "^^at™*^ 
est la première partie de toute logique , et de la logique d'A- al^'sZr-vTct'or 
bélard. Cette portion de l'ouvrage d'Abélard s'appelait le 
livre des parties, liber Partium, parce qu'elle roulait sur les 
parties du discours. Ce liber Partium se divisait en trois livres 
particuliers; un premier, qui correspondait très-probable- 
ment à l'Introduction de Porphyre, et qui établissait les élé- 
ments les plus simples de la pensée et du discours ; puis un 
second livre, correspondant aux Catégories d'Aristote, où ces 
éléments de la pensée et du discours étaient plus amplement 

' De la prés. édit. page /»8o. 



XXIV INTRODUCTION. 

éclaircis et développés; enfin un troisième livre où ces éléments 
étaient considérés plus particulièrement dans le discours et 
sous un point de vue grammatical , correspondant à celui de 
l'Interprétation. C'est ce qui résulte évidemment de divers pas- 
sages de notre manuscrit. Ainsi, au fol. 182 verso \ avant les 
Analytiques, Abélard s'exprime ainsi: « Hactenus quidem... de 
«partibus orationis quas dictiones appellamus, sermonem 
« texuimus; quarum tractatum tribus voluminibus comprehen- 
« dimus. Primam namque partem libri Partium ante Prgedica- 
« menta posuimus ; dehinc autem Praedicamenta submisimus , 
« denique vero post Praedicamenta novissime adjecimus, in 
« q'uibus Partium textum complevimus. » Rien de plus clair. 
Le livre des parties en comprenait trois autres, et nous pos- 
sédons le troisième, appelé ici Postprœdicamenta , expression 
qui ne doit pas rappeler les Postprœdicamenta d'Aristote , car les 
Postprœdicamenta d'Aristote sont ici renfermés dans le second 
livre ou Prœdicamenta , et ce second \ï\re , ces Prœdicamenta , nous 
les possédons aussi ; seulement le commencement nous manque. 
Mais ce qui nous manque entièrement, c'est ce qu' Abélard 
appelle primam partem libri Partium. Cette prima pars, ce pre- 
mier livre du livre total des parties, devait traiter du genre, 
de l'espèce, du propre, de la différence, de l'accident. C'était 
le livre essentiel, et, à proprement parler, c'était tout le livre 
des parties. Aussi Abélard, en y renvoyant souvent, l'appelle- 
t-il plus d'une fois le livre des Parties, comme si à lui seul celui-là 
renfermait tous les autres. Par exemple au fol. 128 recto^ où il 
parle incidemment de l'espèce et de l'individu, il renvoie aux 
développements qu'il a donnés, dit-il , dans le livre des Parties : 
« Neque enim substantia specierum diversa est ab essentia in- 
« dividuorum, sicutinlibro Partium ostendimus. » Et plus bas: 

'■ De la prés, édit., page 226. — * Ibid., page 20^. 



INTRODUCTION. xxv 

« Si quae vero de speciei aut individuorum natara hic minus 
«dicta sunt, in libro Partium requirantur^ » On en pourrait 
citer' beaucoup d'autres exemples. 

Après les parties du discours doit venir et vient ici en efFet 
le discours ou la proposition elle-même , et avec la proposition 
le syllogisme, qui est composé de propositions, comme les 
propositions sont composées de leurs parties , ou idées simples. 
Les propositions se divisent en catégoriques et hypothétiques; 
les syllogismes se divisent de même. De là deux traités distincts, 
l'un sur les propositions et syllogismes catégoriques, qui doit 
suivre immédiatement le traité des parties de la proposition ; 
l'autre qui doit venir après , et qui renferme les propositions 
et les syllogismes hypothétiques. C'est ce qui est parfaitement 
exposé dans le début des premières Analytiques, fol. 182 
verso ^ : « Justa et débita série textus exigente , post tracta- 
« tum singularum dictionum occurrit comparatio orationum. 
« Oportuit enim materiam in partibus praeparari, ac demum 
«exea totius peifectionem conjungi. Sicut ergo partes natura 
«priores erant, ita quoque in tractatu procedere debuerant, 
« atque ad ipsas compositionem totius subsequi decebat. Non 
« autem quarumlibet orationum constructionem exequimur, 
« sed in bis tantum opéra consumenda est quae veritatem 
« seu falsitatem continent, in quarum inquisitione dialecticam 
« maxime desudare meminimus. Unde cum inter propositio- 
« nés quaedam earum simplices sint et natura priores, utcate- 
«goricae, quaedam vero compositae ac posteriores, ut quae ex 
« categoricis junguntur hypotheticae, bas quidem quae simplices 
«sunt prius esse tractandas ex supra posita causa, unaque ea- 
« rum syllogismos ex ipsis componendos esse apparet. » En 
conséquence Abélard traite d'abord des propositions catégo- 

' De la piés. édit., page 2o5. — ' Ibid., page 227. 



INTRODDCTION. 



XXVI INTRODUCTION. 

riques et des syllogismes qui s'en forment. Cette partie de sa 
logique en est en quelque sorte la seconde , qu'il appelle les 
premières Analytiques , divisées en trois livres , ainsi terminées 
(fol. i49 v°^) : «Hœcde categoricis tam propositionibus quam 
« syllogismis dicta doctrinae sulFiciant. » 

Après les premières Analytiques devaient venir naturelle- 
ment les secondes, destinées à traiter des propositions hypo- 
thétiques et des syllogismes auxquels elles donnent lieu. Mais 
tout syllogisme hypothétique, comme toute proposition hypo- 
thétique, suppose quelque chose d'accordé, sans quoi la consé- 
quence ne serait pas solide, quelque chose de général, des 
axiomes, des principes qui constituent la force cachée de l'ar- 
gumentation. Il ne serait donc pas rigoureux de traiter de 
l'argumentation, du syllogisme et de la proposition hypothé- 
tique avant de s'être expliqué sur le compte de ces axiomes, 
de ces principes appelés ordinairement lieux communs. De là 
la nécessité de faire intervenir un traité des Topiques entre les 
Analytiques premières et les Analytiques secondes, pour ne 
laisser aucune lacune dans la dialectique. Abélard explique 
fort bien ( fjol. 1^9 v°^ ) l'introduction de cette nouvelle 
partie : « Sicut , ante categoricorum syllogismorum constitu- 
« tionem , ipsorum materiam in categoricis propositionibus 
« oportuit praeparari , ita et ante hypotheticorum compositio- 
« nem eorum propositiones hypotheticas , unde et ipsi nomi- 
« nantur , necesse est tractari. Nullae autem idoneae proposi- 
« tiones in constitutione syllogismi sumuntur, nisi quibus 
« auditor consensit, hoc est quas pro veris recipit, sicut ex 
« difiPinitione syllogismi quam in extrema parte Categoricorum 
«posuimus, manifestum est. Quoniam ergo hypotheticie enun- 
« tiationes quarum sensus sub consecutionis conditione pro- 

* De la prés, édit., page Sa 3. — * Ibid, page 52 à. 



INTRODUCTION. xxvii 

« ponitur , inferentiœ suae sedem ac veritatis evidentiam ex 
« locis quammaxime tenent , ante ipsas rursus hypotheticas 
« propositiones Topicorum tractatum ordinari conveDÎt, ex 
« quo maxime hypotheticariim propositionum veritas seu fal- 
« si tas dignoscitur. » Viennent ensuite les Analytiques secondes, 
exactement sur le même plan que les premières Analytiques 
(fol. i83 v*" ^). «Sicut, ante ipsorum categoricorum (syllo- 
« gismorum) complexiones , categoricas propositiones oportuit 
« tractari, ex quibus ipsi materiam pariter et nomen ceperunt, 
« sic et Hypotheticorum tractatus prius est in hypotheticispro- 
« positionibus eadem causa consumendus. » Ces Analytiques 
secondes comprennent deux livres dans lesquels sont exposées 
en détail les règles des syllogismes hypothétiques. 

Enfin un traité de logique n'eût pas été complet s'il n'eût 
fini par l'exposition des règles de la définition ; et la défini- 
tion supposant la division , cette dernière partie de la dia- 
lectique d'Abélard devait comprendre la division et la défini- 
tion dans un seul et même livre où la division précède et où 
la définition termine. « Quoniam vero (fol. 191, r**^) divisiones 
« diffinitionibus naturaliter priores sunt, quippe ex ipsis cons- 
« titutionis suae originem ducunt, ut posterius apparebit, in 
« ipso quoque tractatu divisiones merito priorem locum ob- 
«tinebunt, diffinitiones vero posteriorem. Quae etiam qualiter 
« divisionibus ipsis necessaria3 sint non prsetermittemus , qui- 
« bus ita quoque adjunctae sunt, ut eosdem terminos partici- 
«pent atque in eadem materia consistant; unde et recte 
« earum tractatus conjunximus, de quibus deinceps disseren- 
« dum est. » 

Tel est l'ouvrage que renferme le manuscrit de Saint-Victor. 
On voit qu'il se divise de lui-même en cinq parties, l'une 

' De la prés, édit., page à^-j. — * Ihid., page Ubo. 

d. 



XXVIII INTRODUCTION. 

qui traite des éléments ou parties de la proposition, la se- 
conde, des propositions simples dites propositions catégo- 
riques et des syllogismes qui en dérivent ; k troisième , des 
lieux communs ou principes de toute argumentation; la qua- 
trième, des propositions et syllogismes hypothétiques; la cin- 
quième, de la division et de la définition. L'auteur, sans 
* distinguer aussi expressément ces parties que nous le faisons 

ici , les indique clairement , marque et sans cesse rappelle leur 
enchaînement dans l'économie de la composition générale. 
Lui-même, au commencement des premières Analytiques 
(fol. 182 v°^), dans un passage du plus grand intérêt pour 
l'histoire et sur lequel nous reviendrons plus tard , en faisant 
mention des ouvrages qu'il a employés dans la composition 
du sien, nous révèle tout le plan de sa dialectique, et ses 
diverses parties : « Sunt autem très quorum septem codicibus 
« omnis in hac arte eloquentia latina armatur. Aristotelis 
« enim duos tantum , Praedicamentorum scilicet et Péri erme- 
« nias libros usus adhuc latinorum cognovit ; Porphyrii vero 
« unum, qui videlicet dequinque vocibus conscriptus, génère 
« scilicet , specie , difFerentia , proprio et accidente , introduc- 
« tionem ad ipsa praeparat Praedicamenta. Boethii autem qua- 
« tuor in consuetudinem duximus libros , videlicet Divisionum 
« et Topicorum cum syllogismis tam categoricis quam hypo- 
« theticis. Quorum omnium summam nostrae dialecticae textus 
. « plenissime concludet et in lucem usumque legentium ponet, 

« si nostrae Creator vitae tempora pauca concesserit , et nostris 
« livor operibus frena quandoque laxaverit. » 
Que cet ouvrage Gc passage résumc l'ouvrage entier et montre la haute im- 
probabiement portance qu'y attachait Abélard. Il y avait employé toutes les 
'* d^'bébÏÏ"^ ressources de son érudition , et il nous est permis de supposer 

' De la prés, édit., pag. 228-329. 



INTRODUCTION. xxix 

que nous possédons ici sa fameuse Dialectique. Cette conjec- 
ture paraît bien vraisemblable quand on rapproche de plusieurs 
passages de notre manuscrit celui de la Theologia christiana, où 
Abélard cite lui-même sa Dialectique. Ce passage que nous 
avons cité plus haut\ pour démontrer qu Abélard avait en effet 
composé un traité de dialectique, renvoie à une exposition 
étendue de la règle célèbre : Tout ce qui s'affirme de l'at- 
tribut , s'affirme du sujet , avec les distinctions qu'elle admet 
et les exemples dont elle a besoin. Or, cette règle est exposée 
tout au long dans notre manuscrit, feuillet i63 v**^, sous ce 
titre laprœdicato vel snbjecto. Il y a quelque chose encore sur cette 
matière, feuillet i35 v°^, sous le titre de prœdicato. Mais c'est 
surtout au feuillet i45 r°^, sous ce titre : De unis et multipli- 
cibus seu compositis et simplicibus propositionibus , qu'on trouve 
développée la relation, portée quelquefois jusqu'à l'identité 
par la disposition des mots, du sujet et de l'attribut, avec 
les mêmes exemples qu'apporte la Theologia christiana. On 
pourrait établir d'autres rapprochements encore; on pour- 
rait même retrouver dans notre manuscrit cet autre ouvrage 
cité dans les deux autres passages que nous avons men- 
tionnés^, l'un de Vlntroductio ad theologiam ; l'autre de la Theo- 
logia christiana, ouvrage qu'Abélard appelle lui-même sa 
grammaire. Duchesne, qui a connu et rapporté le premier pas- 
sage, celui de Y Introductio ^ propose d'y lire^ dialecticam au lieu 
àe grammaticam, parce qu'il s'agit d'un sujet de logique, la 
(juantité, laquelle est en effet une des catégories d'Aristote. 
Mais à ce compte , dans l'autre passage de la Theologia chris- 
tiana, il faudrait donc introduire le même changement et lire 
aussi dialectica, au lieu de grammatica, car il s'agit aussi de lo- 

' Page VII. — ' De la prés, édit., page 38o. — ' Ibid., page 2 46. — * Ibid., page 29^. 
— ' Page VII. — " Abael. opp., pag. 1126, 1 160. 



XXX INTRODUCTION, 

gique et d'un^ sorte de commentaire ou révision des Catégo- 
ries, inretractatione Prœdicamentorum. Ces changements ne sont 
point nécessaires. D'abord en principe , les deu3i copistes n'ont 
pu s'entendre pour faire tous deux la même faute dans deux 
ouvrages différents, et l'identité des deux leçons est une preuve 
de leur commune authenticité. Ensuite la logique et la gram- 
maire,' surtout la grammaire générale dont il est question, se 
ressemblent fort , et Abélard a très-bien pu appeler grammaire 
la première partie de sa logique, celle qui traitait des parties 
de la pensée et du discours , de partibus orationis, et qui con- 
tient dans notre manuscrit les commentaires sur Porphyre, 
sur les Catégories d'Aristote, et sur l'Interprétation. Cette 
hypothèse semble se vérifier quand on rencontre dans 
notre commentaire sur les Catégories un traité de la quan- 
tité, cfe Qnantitate (feuillet 117, v"^), ce qui est le titre de 
l'ouvrage cité par Vlntroducdo, et dans ce même commentaire 
encore un traité des relations, de Relativis (fol. 122 recto ^), 
où les relations sont démontrées n'avoir d'existence que dans 
leurs sujets, ce qui estlaihèse même du passage de la Theo- 
logia christiana. On y retrouve précisément le même exemple 
à la fois logique et théologique. De tout cela on pourrait 
induire l'identité de la Grammaire d' Abélard et de sa Dialec- 
tique, et surtout on peut en conclure que sa Dialectique est 
bien en effet l'ouvrage contenu dans notre manuscrit. 

Mais quelque plausibles que nous paraissent à nous-même 
ces conjectures, n'oublions pas que ce ne sont que des conjecv 
tures. Après tout, il serait possible qu' Abélard, qui avait 
beaucoup écrit sur la dialectique, /^/wri ma, comme il ledit lui- 
même, eût fait un traité de grammaire différent de son traité 
de dialectique , bien que ces deux écrits dussent avoir plus 

' De la prés, édit., page 1 78. — * Ibid., page 201 . 



INTRODUCTION. xxxi 

d'un trait de ressemblance et plus d'une matière commune; 
et il serait possible encore que le manuscrit de Saint-Victor 
ne fût ni l'un ni l'autre de ces deux écrits. Faute d'un témoi- 
gnage positif et irrécusable, il vaut mieux nous en tenir à ce 
que nous avonS; et, soit que notre manuscrit renferme ou 
non l'ouvrage auquel la Théologie chrétienne fait allusion et 
le traité de dialectique que paraît avoir possédé Duchesne, nous 
pouvons affirmer du moins avec la plus entière certitude qu'il 
contient un monument de dialectique d'une vaste étendue, 
parfaitement ordonné, composé avec le plus grand soin, qui 
peut représenter à nos yeux les autres écrits d'Abélard sur les 
mêmes matières, et qui nous donne une idée exacte et com- 
plète de ses idées et de ses travaux dialectiques. Nous publions 
donc presque intégralement cet important ouvrage \ 

Il n'est pas très- facile de déterminer l'époque où il a pu être 
composé. Nous n'avons trouvé dans le texte aucun fait, au- 
cune donnée positive qui nous permette de prétendre ici à un 
résultat certain. 

Les gloses du manuscrit de Saint-Germain ont été très- Date probable 
probablement composées pendant le cours de l'enseignement la composition 
d'Abélard, qu'elles reproduisent; mais ce ne sont point ici des de diaîecHque. 
gloses , ce n'est pas même un commentaire, à proprement par- 
ler ; c'est un ouvrage original où Abélard a librement employé et 
mis à profit tous les auteurs qui faisaient autorité sur la matière. 
Ce ne sont plus des cahiers de professeur, rédigés avec négli- 
gence , c'est un livre travaillé avec soin. Il est adressé à un frère 
de l'auteur. Onsaitpar Abélard lui-même^ qu'il avait plusieurs 

' De la prés, édit., pag. lyS-ôoS. 

' Abael. opp. Histor. Calam., pag. à. Abélard était certainement l'aîné de ses frères. 
Cela résulte de la phrase : Sic itaque primogenitum suum quanto cariorem habehat (pater), 
tanto diligentius erudiri curavit. La phrase qui suit, Lien entendue, loin de contredire la 
première, la confirme: Tanto earum (litterarum) amore illectus sum, ut militaris gloriœ 



XXXII ' INTRODUCTION. 

frères auxquels il avait cédé son droit d'aînesse. On sait 
encore, par le registre du Paraclet cité par Duchesne^ qu'un 
de ses frères se nommait Raoul , Radulphus. Celui auquel ce 
livre est adressé y est appelé Dagobert, Dagobertus. Abélard en 
parle avec tendresse; il a composé ce livre à^a prière, pour 
l'instruction de ses neveux: (Fol. 182 v"^) «Cum voluminis 
« quantitatem mentis imaginatione coUustro , et simul quae 
«facta sunt respicio et quœ facienda sunt penso, pœnitet, fra- 
« ter Dagoberte , petitionibus tuis assensum praestitisse , ac 
« tantum agendi negotium praesumpsisse. Sed cum lasso mihi 
«jam et scribendo fatigato tuae memoria caritatis ac nepotum 
« disciplinae desiderium occurrit , vestri statim contemplatione 
« mihi blandiente, languoromnis mentis discedit; et animatur 
« virtus ex amore , quae pigra fuerat ex labore, ac quasi jam re- 
«jectum on us in humeros rursus cari tas tollit, et corroboratur 
«ex desiderio quae languebat ex fastidio. » Cependant, quoique 
Abélard ait particulièrement destiné cet ouvrage à sa famille, il 
avait aussi en vue le public et l'utilité commune : (Fol. 1 9 1 v° ^ ) 
« Ad tuam , frater, imo ad communem omnium utilitatem. » 
Partout, dans cet ouvrage, respire une fierté qui va souvent 
jusqu'à forgueil et qui éclate à travers une mélancolie pro- 
fonde.. Souvent Abélard parle de ses ennemis et de ses malheurs 
en homme découragé et abattu ; mais souvent aussi le sentiment 
de son génie et la grandeur de ses desseins le relèvent, et ce 
dialecticien du xif siècle s'exprime quelquefois comme plus 
tard auraient pu le faire Roger Bacon ou Galilée. Je citerai pour 
exemple le début des premières Analytiques: (Fol. 182 v°'') 
« Nec propter aemulorum detractationes obliquasque invi- 

pompam cum hœreditate et prœrogativa primogeniiorum meorum fratrihns derelinquens , etc. 
Lisez meis au lieu de meorum. 

* Abael. opp. Notae, pag. 1 1 ^2. — * De la prés. éd. , pag. 229. — ' Ibid., pag. àbo. — 
* Ibid., pag. 227. 



INTRODUCTION. xxxi.i 

« dorum corrosiones, nostro decrevimus proposito cedendum, 
« nec a communi doctrinae usu desistendum. Etsi enim invidia 
« nostrae tempore vitae scriptis nostris doctrinae viam obstruât , 
« studiique exercitium apud nos non permittat , tum saltem eis 
« habenas remitti non despero, cum invidiam cum vita nostra 
« supremus dies terminaverit , et in bis quisque quod doctrinae 

a necessarium sit inveniet Post omnes tamen ad perfectio- 

« nem doctrinae locum studio nostro reservatum non ignoro.... 
« Confido autem in ea quae mibi largius est ingenii abundantia, 
«ipso coopérante scientiarum dispensatore , non pauciora vel 
« minora me praestiturum eloquentiae Peripateticae munimenta 
« quam illi praestiterunt quos latinorum célébrât studiosa doc- 
« trina. » Ce langage, à la fois superbe et inquiet, trabit un 
homme plein du sentiment de ses forces et de la beauté de son 
entreprise, mais qui a déjà éprouvé ce qu'il en coûte d'oser 
appliquer la dialectique à la tbéologie, et cet écrit suppose 
incontestablement pour nous la première condamnation d'A- 
bélard au concile de Soissons en 1 1 2 i ; car auparavant il 
n'aurait pu dire, comme il le fait ici, qu'on lui a interdit 
d'enseigner et d'écrire. 

Il y a même un autre passage qui pourrait faire placer cet 
écrit après le concile de Sens. On sait qu'à ce dernier concile 
une des principales accusations intentées contre Abélard fut de 
trop imiter Platon et de défigurer l'idée du Saint-Esprit en le 
considérant comme l'âme du monde. En effet, cette analogie 
est tout au long développée par Abélard dans l'Introduction et 
dans la Théologie. Introd. lib.I, pag. 101 5. « Bene autem Spi- 
« ritum Sanctum animam mundi quasi vitam universitatis po- 
« suit.... Quod dicit vero Deum excogitasse tertium animae ge- 
« nus, quod animan? mundi dicimus, taie est ac si tertiam a 
« Deo et voS personam adstruat esse Spiritum Sanctum in illa 



INTRODUCTION. 



XXXIV INTRODUCTION. 

« spirituali divina substantia. » Tkeol. christ, lib. I, p. 1186: 
« Nunc autem illa Platonis verba de anima mundi dili- 
'< genter discutiamus, ut in eis Spiritum Sanctum inte- 
« gerrime designatum esse agnoscamus. » Sur quoi saint 
Bernard s'était écrié : « Dum multum sudat quomodo Pla- 
« tonem faciat christianum , se probat ethnicum » ( Epist. 
ad, pap. Innoc). Ici, au contraire, Abélard combat cette 
même doctrine qu'il a professée dans l'Introduction et la 
Théologie. Ce morceau est trop important pour ne pas êlre 
rapporté tout entier (fol. 196, v" ^). « Sunt autem nonnulli 
« catholicorum qui , allegoriae nimis adhaerentes, Sanctae 
« Trinitatis fidem in bac consideratione conantur ascribere , 
« cum videlicet ex summo Deo quem Tagaton appellant, Noi 
« naturam intellexerunt quasi filium ex pâtre genitum ; ex Noi 
« vero animam mundi esse quasi ex fdio Spiritum Sanctum 
« procedere. Qui quidem spiritus cum totus ubique diffusus 
« omnia contineat, quorumdam tamcn fidelium cordibus per 
« inbabitantem gratiam sua largitur cbarismata quae vivificare 
« dicitur suscitando in eis virtutes, in quibusdam vero dona 
« ipsius vacare videntur quae sua digna habitatione non in- 
« venit, cum tamen et ipsis prœsentia ejus non desit, sed vir- 
« tutum exercitium. Sed baec quidem fides Platonica ex eo 
« erronea esse convincitur quod illam quam mundi animam 
«vocat, non coaeternam Deo sed a Deo, more creaturarum , 
« originem habere concedit. Spiritus enim Sanctus ita in per- 
« fectione divinae Trinitatis consistit , ut tam patri quam fdio 
« consubstantialis et coaequalis et coœternus esse a nullo fide- 
« lium dubitetur; unde nullo modo tenori catholicae fidei 
« adscribendum est quod de anima mundi Platoni visum est 
« constare. » Cet avis s'adresse à quelqu'un des philosophes 

' De la prés, édit., page à-jb. 



INTRODUCTION. xxxv 

platoniciens du xii^ siècle, et vraisemblablement à Bernard 
de Chartres ^ ; mais il peut aussi fort bien s apj)liquer à 
Abélard. C'est un désaveu indirect très -positif, et saint Ber- 
nard lui-même aurait dû s'en tenir pour satisfait. Il semblerait 
donc impossible de ne pas admettre que ce morceau , de la plus 
rigoureuse orthodoxie , a dû suivre et non pas précéder le 
concile de Sens. En ce cas il faudrait supposer que l'ouvrage que 
nous examinons a été composé après i i4o, dans les dernières 
années de la vie d' Abélard, lorsqu'après sa dernière condam- 
nation il était retiré à Cluny, auprès de Pierre le Vénérable. 
Dans cet asile, il écrivait et travaillait encore, comme nous 
l'apprend la lettre de Pierre le Vénérable àHéloïse^. « Nec mo- 
« mentum aliquod praeterea sinebat quin semper aut oraret aut 

« legeret aut scriberet aut dictaret antiqua sua revocans 

« studia , libris semper incumbebat. » A l'appui de cette hy- 
pothèse, on pourrait dire encore qu'excepté quelques échap- 
pées d'amertume et de fierté douloureuse, il règne en géné- 
ral dans cet écrit un ton assez calme sur les hommes -et sur 
les choses. Dans YHistoria calamitatum écrite à Saint- Gildas 
entre ses deux condamnations, Abélard s'exprime sur son 
maître Guillaume de Champeaux avec irritation et dédain. Ici 
il le critique quelquefois, plus souvent il le défend, toujours 
il le traite avec une considération marquée. A l'égard de 
Roscelin, la violence de la lettre à l'évêque de Paris qui se 
trouve dans la collection de d'Amboise^ contraste singulière- 
ment avec le langage exempt de passion du manuscrit de 
Saint- Victor. La doctrine de Roscelin y est censurée sévère- 
ment, mais sans aucun fiel. Il semble même que toutes ces 
querelles dialectiques sont déjà bien loin d'Abélard , car il en 

' Voyez l'Histoire liltéraire de la France, lome XII, page 271. 
* Abael. opp. episl. 23, p. 3/4i. — ' Ibid.. p. 33Zi. 



xxxvr INTRODUCTION. 

parle comme de souvenirs d'un autre âge memini...,. dicere 

solebam Ces formules reviennent sans cesse. A ce propos, 

il faut remarquer que le fragment de Saint-Germain est d'un 
ton bien différent. C'est une polémique serrée, vigoureuse, 
incisive : on y sent une âme encore tout engagée dans les luttes 
de l'école. Il serait donc possible que ce fragment appartînt à 
une époque de la vie d'Abélard plus voisine de sa jeunesse, 
tandis que le tranquille , l'orthodoxe , le mélancolique ouvrage 
que nous a conservé notre manuscrit, semble avoir été com- 
posé dans la dernière partie de la vie d'Abélard, après sa 
seconde condamnation , dans la paisible et laborieuse solitude 
où cet ardent génie est allé s'éteindre. 

Mais une grave difficulté s'oppose à celte conclusion. Si le 
traité que renferme le manuscrit de Saint-Victor est en effet 
postérieur à la seconde condamnation d'Abélard, il s'ensuit 
qu'il n'a pu être cité dans la Theologia christiana^ et que par 
conséquent il n'est pas la célèbre dialectique à laquelle la 
Theologia christiana fait allusion. Ou si l'on persiste à recon- 
naître la dialectique dans le manuscrit de Saint -Victor, il 
faut alors renoncer à soutenir que notre traité ait été com- 
posé dans les dernières années de la vie d'Abélard. Quelle que 
soit donc la véritable date de la composition de cet écrit, 
nous allons le considérer et l'étudier en lui-même , et le réu- 
nissant au fragment de Saint-Germain sur les genres et les 
espèces, ainsi qu'aux diverses gloses du même manuscrit, re- 
chercher ce que ces anciens monuments, publiés pour la pre- 
mière fois et rassemblés dans ce volume, peuvent nous four- 
nir de lumières nouvelles sur Abélard, sur sa philosophie et 

Des ouvrages •"■ 

d'Abélard, sur Celle de son siècle. 



jusqu'alors ttii • • i '"'J ' 

inconnus, I. Une dcs premières questions que la curiosité adresse a 
xlTanTcrite. tout ouvrage d'un auteur célèbre, qui voit le jour pour la pre- 



INTRODUCTION. xxxvn 

inière fois, est celle-ci : Ce monument jusqu'alors inconnu ne 
nous en révélerait-il pas d'autres encore du même auteur? 
Puisque Abélard avait fait tant d'ouvrages de philosophie, la 
découverte de l'un d'eux pourrait conduire à celle de quelques 
autres; ainsi c'est Ylntroductio ad theologiam et la Theologia 
chrîstiana qui nous ont appris qu' Abélard avait composé un 
traité de dialectique, traité que nous croyons avoir retrouvé 
dans celui que nous publions. Celui-ci, à son tour, ne pourrait- 
il nous mettre sur la trace de quelque autre écrit||aujourd'hui 
perdu ou peut-être encore enseveli dans la poussière d'une 
bibliothèque , comme le nôtre l'était il y a si peu de temps ? A 
cet égard, le .manuscrit de Saint-Victor nous fournit plus d'un 
document précieux. D'abord, comme nous l'avons déjà dit, il 
nous apprend, par plus d'un passage , que la Dialectique com- 
mençait par un livre qui , dans l'économie générale de ce grand 
traité, occupait la place de l'Introduction de Porphyre dans 
YOrganum, et vraisemblablement roulait sur les mêmes matières. 
Ce livre, appelé le livre des Parties, liber Partium , manque dans 
notre manuscrit, et probablement il est à jamais perdu pour 
nous; car le manuscrit de Saint-Victor paraît unique en Eu- 
rope. C'est dans ce liber Partium que devaient se trouver les 
questions les plus curieuses et les plus importantes de la dia- 
lectique , et, à en juger par le reste de l'ouvrage dont il formait 
le commencement, il devait être aussi étendu et aussi dé- 
veloppé que la glose sur l'Introduction de Porphyre est brève 
et aride. A défaut du livre lui - même , du moins en avons- 
nous quelques fragments dans les allusions nombreuses qu'A- 
bélard fait à son propre ouvrage. Ces allusions recueillies 
feraient suffisamment connaître ce premier livre de la Dia- 
lectique^; mais ce n'est pas là le seul document que con- 

' Elles sont clans la prés. édit. aux pages 20U, 2o5, 227 , SS^, ^00 , A47, etc. 

f 



xxxvni INTRODUCTION, 

tienne le manuscrit de Saint-Victor. Il nous révèle encore 
l'existence d'un autre ouvrage d'Abélard que rien jusqu'ici 
ne pouvait nous faire soupçonner. Il paraît qu'outre ses gloses 
sur Porphyre, sur Aristote et sur Boëce, et notre grand traité 
de dialectique, Abélard avait aussi composé un autre traité 
de dialectique beaucoup plus élémentaire que le nôtre, à l'u- 
sage des commençants. Voici, en effet, ce que nous trouvons 
fol. 187 r"^ : « Quae autem invicem contrariae propositiones vel 
« contradicl^iae, quae etiam subalternae vel subcontrariœ 
« dicantur aut quas ad invicem inferentias vel differentias qua- 
« lesque conversiones habeant , in bis introductionibus dili- 
« genter patefecimus quas ad tenerorum dialecticorum eru- 
« ditionem conscripsimus. » Et ailleurs, fol. 1^7 r"^ : « Quam 
« etiam diffmitionem (syllogismi) Boethius in secundo Gatego- 
« ricorum suorum commémorât ac diligenter singulas expe- 
« diendo differentias pertractat , sicut in illa altercatione de 
« loco et argumentatione monstravimus quam ad simplicem 
« dialecticorum institutioncm conscripsimus. » Ailleurs encore , 
fol. iSiv''^ : «Non est aiitcm prœtermittenda ad cognitiomem 
« loci differentise doctrina introductionum nostrarum quas ad 
« primam tenerorum institutionem conscripsimus , in qui- 
« bus. ...» Il semble bien que cette introduction élémentaire à 
la dialectique portait le nom d'Introduction, Introductiones ; car 
ce nom , que nous avons déjà rencontré deux fois, revient cons- 
tamment. (Fol. 1 67 , v° ^ . ) « Non est autem praetereundum illas 
« determinationes cassas et inutiles esse quae a quibusdam minus 
« eruditis maximis propositionibusapponuntur superflue, quasi 
« integrisvestimentis panniculi quidam assuantur; quas quidem 
« in his introductionibus quas ad parvulorum institutionem 

' De la prés, ('dit., page 254- — " Ibid., page 332. — ' Ibid., pages 3o5, 3o6. — " Ibid., 
page 366. 



INTRODUCTION. xxxix 

« conscripsimus nos posuisse meminimus. » Il résulte de cette 
dernière citation , que ces Introductiones avaient été composées 
par Abélard à une époque déjà éloignée de lui et probablement 
dans sa jeunesse : on pourrait même supposer que leur vrai 
titre n'était pas seulement Introductiones, mais Introductiones par- 
vulorum; car on trouve cette formule, foi. 1 63 v'* ^ : « Sicut in in- 
« troductionibus parvulorum ostendimus; » et encore, fol. i85 
y" ^ : « Unde me in introductionibus parvulorum confirmasse me- 
« mini talium consequentiarum conversiones. » Toutes ces cita- 
tions ne peuvent donc laisser aucun doute sur l'existence d'un 
ouvrage élémentaire de dialectique composé par Abélard dans 
sa jeunesse, et qui avait pour titre : Introductiones parvulorum. 

Faut-il voir encore l'indication d'un ouvrage nouveau dans 
cette phrase où, à propos d'un sophisme de dialectique, Abé- 
lard dit, fol. 180 r**^ : «Hujus autem supra positœ argumen- 
« tationis sophisticœ solution em primus fantasiarum nostrarum 
« liber plene continet. » Le manuscrit donne bien fantasiarum; 
mais ce mot nous est fort suspect. Abélard a-t-il pu faire et 
publier un ouvrage sous ce titre : Mes Rêveries, Mes Caprices? Mais 
nous ne sommes pas encore au temps où les écrivains traitent 
assez familièrement le public pour lui adresser leurs fantai- 
sies. Ou bien fantasiœ désignerait -il d'avance les cjuodlibeta 
du xiv^ et du xv^ siècle.^ On lit encore, fol. 1^7 r° '^, à l'occasion 
des diverses propositions du syllogisme et de leurs rapports : 
« Sedde bis quidem quae utrogue termino participant in secundo 
a Poiclierii nostri satis dictum esse arbitror. » Le manuscrit 
donne bien poicherii comme il donnait fantasiarum. Mais Poi- 
cherii n'a pas de sens ; c'est évidemment une leçon corrompue. 
Ces deux mots cachent-ils des opuscules inconnus d' Abélard, 
ou faut-il y voir seulement des citations altérées d'ouvrages 

' De la prés, éd., page 38 1. — ^ IbicL, ))age 44o. — '/tîrf.,page /ja/i. — * n>ù/.,page3o8 



XL INTRODUCTION. 

déjà connus ? En tous cas , il s'agit toujours du même 
sujet; de sorte que nous serions tenté de retrouver encore 
ici les Introductiones y et, par exemple, au lieu de poicheiii, de 
lire enchiridii, ou tout autre mot qui désignerait le manuel déjà 
mentionné. Sans doute il ne faut pas tourmenter les textes pour 
les ramener à une hypothèse ; mais il ne faut pas non plus être 
esclave des fautes d'un copiste, et, sur de trompeuses appa- 
rences, multiplier sans nécessité les écrits d'un auteur. Nous 
nous garderons donc de conclure des deux phrases que nous 
venons de citer qu'Abélard, outre les Introductiones parvulorum, 
avait composé deux autres écrits de dialectique , l'un nommé 
Poicherium, l'autre Fantasiœ; nous nous contenterons de tirer 
avec certitude des nombreuses citations que nous avons mises 
sous les yeux du lecteur, l'existence incontestable de ces Intro- 
ductiones parvulorum, Introduction à la dialectique à l'usage des 
commençants; puis ramenant l'inconnu au connu, l'absurde 
jl au raisonnable, nous pourrions proposer de réduire les deux 

autres écrits que désignent les deux phrases en question, à 
des altérations diverses du titre du même ouvrage authen- 
tique, tant de fois cité par notre manuscrit. 

Ainsi l'existence d'un traité élémentaire de dialectique, que 
n'indiquait aucun catalogue , que rien ne permettait de soup- 
çonner, pas même la plus légère allusion ou d'Abélard ou de 
quelqu'un de ses contemporains , tel est le premier renseigne- 
ment que fournit cette nouvelle jDublication à l'histoire de la 
philosophie du xii^ siècle. Ce rerfseignement n'est point à dé- 
daigner; en voici un autre plus important. 
Que Rosceiin IL C'cst uu problème longtemps agité et non encore résolu 
^ d Abéiard! '^ parmi lès historiens de la philosophie , si Abélard a eu Rosce- 
iin pour maître : Abélard lui-même, dans YHistoria calamitatum, 
raconte en détail ses études sous Guillaume de Ghampeaux, 



INTRODUCTION. xu 

leurs querelles et sa victoire; et nos manuscrits disent sans cesse : 
magister noster F. et B\ Mais Roscelin a-t-il été aussi le maître 
d'Abélard? Aventinus, Annal. Boior., lib. VI, dit positivement : 
«Hisce quoque temporibus fuisse reperio Rucelinum, ma- 
« gistrum Pétri Abaelardi. » Aventinus a évidemment emprunté 
cette qjj)inion à Otlion de Freisingen, contemporain d'Abélard , 
De O^stis Friderici , lib. I, cap. xlii : « Habuit tamen primum 
« praîceptorem Rocclinum quemdam, qui primus nostris tem- 
« poribus in logica sententiam vocum instituit. » L'autorité de 
ce dernier témoignage est telle, qu'elle semble devoir empor- 
ter tout le reste; cependant on y a résisté, et par des raisons 
qui ont leur poids. La première est que , dans cette liypotbèse, 
il est impossible de comprendre comment Abélard, qui, dans 
YHistoria calamitatiim , nous raconte toute sa vie et nous entre- 
tient de ses rapports avec Guillaume de Champeaux, aurait ou- 
blié un maître aussi célèbre que Roscelin ; la seconde est que, 
s'il avait eu Roscelin pour maître, il l'aurait un peu plus mé- 
nagé dans sa lettre à l'évêque de Paris . Mais la raison la plus 
solide est l'extrême difTiculté de trouver l'époque de la vie d'A- 
bélard où il aurait pu étudier sous Roscelin. Abélard est mort 
en 1 1 42 , à l'âge de soixanle-trois ans , quelque temps après sa 
condamnation au concile de Sens, en i i^o. D'un autre côté, 
il semble bien que Roscelin n'a pu enseigner, soit à Compiègne, 
soit à Paris, soit ailleurs, qu'avant sa condamnation au concile 
de Soissons, en 1092; car, depuis, il vécut dans l'exil en 
Angleterre; et quand, exilé aussi d'Angleterre, il revint en 
France , il dut y être trop en disgrâce pour qu'il lui fût per- 
mis d'enseigner. Or, en 1092, Abélard n'avait pas plus de treize 
ans. Ces raisons sont si Ibrtes qu'elles ont entraîné presque 
tout le monde, et les auteurs de Y Histoire littéraire \ et Mei- 

' Tome IX , art. Roscelin. 

INTRODOCTION. f 



xL'ii INTRODUCTION. 

ners\ et en dernier lieu Tennemann^. Cependant voici un pas 
sage qui met au néant toutes ces raisons. Fol. 1 9^ v**^, Abélard dit 
lui-même : « Fuitautem, memini, magistri nostri Ros. (évidem- 
« ment Roscelini) tam insana sententia, utnullam rem partibus 
« constare vellet, sed sicutsolis vocibus species, ita et partes ad- 
« scribebat. » Ainsi nous n'avons plus seulement le témoignage 
d'Otbon de Freisingen ; nous avons celui d' Abélard , qui n»a pas 
pu se tromper sur un pareil point. Si donc il est certain que 
Roscelin a été le maître d' Abélard , il faut bien que la chose 
ait été possible. Aventinus dit que Roscelin était de Bretagne 
comme Abélard; Othon, qu'il lut le premier maître d' Abélard; 
et celui-ci nous apprend lui-même que de très-bonne heure il 
eut la passion des lettres et de la dialectique. Il n'est donc pas 
impossible que, vers l'âge de treize ans, ou même un peu plus 
tard, car on place aussi le premier concile de Soissons vers 
1093, Abélard ait eu pour premier maître en Bretagne dans 
sa première jeunesse son compatriote Roscelin. Mais il est plus 
vraisemblable qu'à son retour en France, Roscelin, sans en- 
seigner en public , aura fait quelques leçons dans l'ombre , et 
qu' Abélard, avant de se fixer à Paris, l'aura entendu ou en 
Bretagne ou à Compiègne, dans les dernières années du xi® 
siècle ou dans les premières du xii% c'est-à-dire vers l'âge de 
vingt ans. Ce premier enseignement lui aurait inculqué de 
bonne heure le nominalisme, dont il ne rejeta que les extra- 
vagances , et expliquerait comment., en arrivant dans l'école de 
Guillaume de Champeaux , il s'y trouva tout formé en quelque 
sorte pour résister au réalisme. Si Abélard ne parle pas de 
Roscelin dans YHistoria calamitatum , c'est qu'alors sous le 
poids d'une condamnation , et ayant eu gravement à se plaindre 

' Comm. Gott., tome XI. De Nominalium ac Realium initiis, etc., pag. 29. 
* Tome VIII, i" p., page 170. — ' De la prés, éd., page 471 • 



INTRODUCTION. xi.m 

de Roscelin , il ne pouvait lui convenir sous aucun rapport de 
rappeler ce qu'il lui devait ; et il était encore bien moins tenté 
de le faire dans sa lettre à Tévêque de Paris , où , attaqué par 
Roscelin , il se défend avec l'amertume et l'emportement de 
sa situation et de son caractère. D'ailleurs, tout cède à l'au- 
torité du témoignage d'Abélard lui-même : et ce témoignage 
décisif, qui met fin à toute discussion , nous le devons à notre 
manuscrit. 

III. Le savoir d'Abélard, l'étendue et les limites de ce sa- QuAbéiard était 

• P ,^, .,. iT* très-ignorant 

voir, torment un problème qui a bien plus d importance en- en 

1 (/1.T-" rv.-i '•.! 1 . niathémaliques, 

core que le précèdent, hn eiiet, li ne s agit plus seulement 
d'Abélard, mais de son siècle entier : car il est bien vraisem- 
blable qu'Abélard savait tout ce qu'on savait de son temps ; et 
les bornes de ses connaissances peuvent être considérées comnie 
celles des connaissances mêmes du xii*" siècle. Si l'on en^ crpit 
dom Gervaise, Abélard n'aurait rien ignorée L'auteur de l'ar- 
ticle Abélard, dans Y Histoire littéraire de la France, dorn Clément , a 
fort réduit le catalogue des connaissances d'Abélard, mais sans 
apporter plus de preuves de ses jugements, sévères quelquefois 
jusqu'à l'injustice, que dom Gervaise n'en donnait de ses éloges 
exagérés. Parmi les connaissances que celui-ci attribue à notre 
auteur, sont les mathématiques et l'astronomie, h' Histoire littér 
raire remarque que « la géométrie , l'arithmétique et l'astrp- 
« nomie étaient des sciences aussi communes que peu appro- 
« fondies au xii^ siècle ; qu'on se contentait alors d'en apprendre 
« les éléments, et qu'il ne paraît pas qu'Abélard ait porté ses 
« recherches plus loin ^. » Ces assertions avaient au moii^^^ 
besoin de preuves. Le manuscrit de Saint -Victor nou^ lei^^ 
fournit. Abélard, qui nulle part n'exagère la modestie., y* 
avoue lui-même son entièi;e ignorance en mathématiq|jes. 

' Vie d'Abél. , tome II, page 267. — * Histoire littéraire, tome XII, page i48. 

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■«u|]<i«ai9fii 



xLiv INTRODUCTION. 

Déjà on avait très- bien senti, 'd'après Boëcc, la difFiciilté 
de tirer le solide du point qui considéré rigoureusement est 
ou semble une abstraction. Dans cet embarras, Abélard dé- 
clare adopter Topinion de son maître Guillaume de Cbani- 
peaux, qui dérivait la ligne du point, et en général le com- 
posé du simple, fol. 117 v°, au chapitre: De puncto et (juœ 
ex eo nascuntur cjiiantitatihns , Unea, superficie, corpore; insiiper 
de loco ^ « Afferunt quoque adversus banc constitutionem li- 
« neae quœ de punctis est, quod in arithmetica Boetliius ponit, 
« cum scilicet ait : Si punctum puncto supraponis, nihil elB- 
« cies, tanquam si nihil um nihilo jungas. Cujus quidem solu- 
« tionis etsi -multas ab aritbmeticis solutiones audierim , nullam 
« tamen a me praeferendam judico , quia ejus artis ignarum om- 
« nino me cognosco. Talem autem, memini, rationem magistri 
« nostri sententia prœtendebat, » etc.... Il est donc certain qu'A- 
bélard était dépourvu de toute connaissance mathématique. 
La citation qu'il fait de Boëce prouve qu'il connaissait son traité 
d'arithmétique ; il est probable qu'il connaissait aussi le peu 
de pages insignifiantes que Boëce a laissées sur la géométrie, 
mais il ne connaissait rien au delà; et nul en France, ni 
même en Europe, n'en savait davantage au xif siècle, ex- 
cepté peut-être ceux qui, comme Adélard, deBath, et avant 
lui 'Constantin et Gerbert, avaient voyagé en Espagne ou en 
Orient, et puisé à des sources arabes un savoir plus étendu. 
Qu'il ne savait Maintenant Abélard savait-il le grec ? Jusqu'ici la critique 

pas le grec. , . \ ^ -\ • ^^> ^^ ii\ti t1/' a 

n avait guère le droit d aller au delà du doute. 11 était même na- 
turel de supposer qu' Abélard savait le grec , puisqu'il en cite 
très-souvent des mots il est vrai isolés, et que ces mots sont écrits 
en grec dans l'édition de d'Amboise. Ensuite , dans la lettre qu'il 
écrit aux religieuses du Paraclet, de Studio litteramm^^ il leur re- 

* De la prés, éd., page 180. — ' Abael. opp., pag. 26 1. 



INTRODUCTION. xlv 

commande d'étudier non-seulement le latin, mais le grec et 
l'hébreu. Il insiste sur l'utilité et la nécessité de savoir ces deux 
langues, pour lire dans l'original le Nouveau Testament; il 
propose aux religieuses du Paraclet l'exemple de leur ab- 
besse Héloïse, qui sait à la fois, dit-il, le latin, l'bébreu et le 
grec : « Magisterium babetisin matre.... quae non solum latinœ, 
« verum etiam tam bebraicae quam grœcœ non expers littera- 
«turie, sola hoc tempore illam trium linguarum adepta peri- 
« tiam videtur. » Il n'est guère vraisemblable que le maître 
n'en sût pas autant que l'écolière. Enfin, on se rappelle la lettre 
d'Abélard à saint Bernard , sur le panem super siibstantialem \ 
qu'Abélard avait persuadé aux religieuses du Paraclet de subs- 
tituer, dans l'oraison dominicale, k panem cjuotidianum, sur di- 
vers motifs, et d'après l'autorité de l'église grecque, qui dit : 
Tov cLplov vf^icûv Tov imova-iox. On peut très-bien préférer la leçon 
grecque à la leçon latine , dans ce cas comme en d'autres. Pour 
réfuter les hérétiques dans la question de la Trinité, n'a-t-on 
pas eu recours à un mot grec qui rend parfaitement les rajD- 
ports des trois personnes entre elles, à savoir le mot oyaoouo-zov .^ 
Toute cette érudition semble attester une connaissance même 
assez grande de la langue grecque ; et cependant il n'en est 
rien. Le manuscrit de Saint- Victor contient plusieurs pas- 
sages qui démontrent qu'Abélard ne savait pas le grec. Nous 
allons rapporter ici intégralement ces divers passages. 

Premier passage, fol. 1 2 i v°^ : « De his quidem praedicamentis 
« [cjuando, nhi, situ, Aaèere) difficile est pertractarc quorum doc- 
« trinam ex auctoritate non habemus , sed numerum tantum. 
« Ipse enim Aristoteles , in tota prœdicamentorum série , sui 
« stadii operam non nisi quatuor praedicamentis adhibuit, 
« substantiae scilicet , quantitati, adaliquid, qualitati ; de fa- 

' Abael opp., pag. 2A4. — ' De la prés. éd. , page 200. 



k 



xLvi INTRODUCTION. 

« cere autem vel pati nihil aliud çlocuit, nisi quocl coutrario- 
« tatem ac comparationem suscipereut. De quibiis quideni , 
« Boethio teste , ipse in aliis operibus suis plene perfecteque 
« ti actaverat. De reliquis autem quatuor , quanclo scilicet , 
«ubi, situ, habere, eo quod manifesta sunt, nibil praeter 
« exempla posuit. Manifesta autem haec quatuor vel inde dixit 
«quod ex aliis innascantur, vel ex eo quod in aiiis operibus 
« suis de bis satis tractatum sit. De ubi quidem ac quando, ipso 
« quoque attestante Boetliio, in Pbysicis, de omnibusque altius 
« subtiliusque in bis libijs quos Metaphysica vocat , exequitur. 
« Quae quidem opéra ipsius nuilus adbuc translator latinae 
«linguae aptavit ; ideoque minus natura borum nobis est 
« cognita. » 

Deuxième passage. Au cbapitre sur le relatif, de Relativis, 
fol. 123 v"\ après avoir examiné la définition de Platon 
et celle d'Aristote, et avoir pris parti pour cette dernière, il 
dit : «Haec quidem de relativis Aristotelem plurimum i^e- 
« quentes diximus, eo scilicet quod ex ejus operibus latina 
« doquentia maxime sit armata , ejusquc scripta antecessores 
« nostri de graeca in banc linguam transtulerint. Qui fortasse 
« si etiam scripta magistri ejus Platonis in bac arte novisse- 
« mus , utique e.i e^ rgciperemus , nec forsitan calumnia dis- 
« cipuli de diffinitione magistri recta videretur. Novimus 
« etiam ipsum Aristotelem et in aliis locis adversus eumcle^i 
tt magistrum suum et primum totius pbilosopbiae ducem , ex 
« fomite fortassis invidiae aut ex avaptia noipinis , ex manilès- 
« tatione scientiae insurrexisse , quibusdam et sopbisticis argu- 
« mentationibus adversus ejus sententias inbiantem dimicasse, 

« ut in eo quod de piotu animœ Macrobius meminit 

« Sed quoniam Platonis scripta ip bac arte nondum cognoyit 

' De la prés. édit. , pages 2o5, 206. 



INTRODUCTION. xlvfi 

« latinitas nostra , eum defendere in his quœ ignoranuis non 
« praesiimamus. » 

Troisième passage, fol. i32 v° ^ : « Sunt autem très quo- 
« rum septem codicibus omnis in hac arte eloquentia latina 
« armatur. Aristotelis enim duos tantum , Prœdicamentorum 
« scilicet et Péri ermenias libros, usus adhuc latinorum cog- 
« novit ; Porphyrii vero unum , qui videlicet de quinque 
« vocibus conscriptus, génère scilicet, specie, difîerentia, pro- 
« prio et accidente , introductionem ad ipsa praeparat Praedi- 
« camenta. Boethii autem quatuor in consuetudinem duximus 
«libros, videlicet Divisionum et Topicorum cum syllogismis 
« tam categoricis quam hypotheticis. Quorum omnium sum- 
« mam nostrae dialecticae textus plenissime concludet, et in 
« lucem usumque legentium ponet » 

Quatrième passage, fol. 168, v"^ : « De contrarietate autem 
« in vi praedicamentorum nihil omnino in tcxtu Praedica- 
« mentorum quem habemus determinavit, borum scilicet : 
«quando, ubi, situs, liabere. Nec nos quidem quod aucto- 
« ri tas indeterminatum reliquit determinare praesumemus, 
« ne forte aliis ejus operibus quae latina non novit eloquentia 
« contrarii reperiamur. » 

De ces quatre passages jusqu'ici entièrement inconnus, et 
qui s'éclairent et se développent l'un l'autre , nous allons tirer 
une suite de conséquences certaines , qui mettront dans une 
lumière manifeste le véritable état de l'érudition philoso- 
phique d'Abélard et de son siècle. 

La première de ces conséquences résout la question si Abé- 
lard savait le grec. Il ne le savait pas; il en convient lui-même 
quatre fois dans le manuscrit de Saint-Victor, puisqu'il y con- 
vient quatre fois qu'il est condamné à ignorer tout ce qui n'est 

' De la prés. édit. , pages 228, 229. — " Ibid., page Sgg. 



xLviii INTRODUCTION. 

pas écrit en latin. Cette preuve de fait est au-dessus de toutes 
les apparences contraires, et une fois admise elle les ex- 
plique facilement. D'abord, il a plu à d'Amboise d'écrire en 
grec les mots grecs que cite de loin en loin Abélard; mais il 
est probable que, dans les manuscrits de d'Amboise, ils étaient 
écrits en latin : car ceux qui se rencontrent dans la Theologia 
christiana sont écrits en latin , et l'habile éditeur s'est bien gardé 
de leur restituer leur vraie forme , il l'a réservée pour les notes. 
Il en est de même de nos manuscrits et de notre édition. D'ail- 
leurs, quand Abélard aurait écrit lui-même dans leur forme 
véritable quelques mots grecs, cela ne prouverait nullement 
qu'il sût le grec; car presque tous ces mots sont déjà dans 
plusieurs Pères latins, par exemple, dans saint Jérôme; et 
nous ne voulons pas dire qu Abélard ignorait le gr^c au point 
de ne pouvoir se rendre compte de quelques mots isolés 
dont il avait sous les yeux la traduction. 11 est possible qu'il 
eût quelque teinture des éléments de la grammaire grecque; 
mais il ne savait pas véritablement le grec, et il ne pouvait 
mettre à profit les Pères et les auteurs grecs en très-petit nombre 
qu'on possédait à cette époque. Et même , quoi qu'il en dise , 
ou plutôt , sans excéder ses propres paroles , nous soupçon- 
nons fort que l'habileté d'Héloïse en ce genre, se bornait à 
ne pas être étrangère à la langue grecque , grœcœ.... , non expers 
litteraturœ, et à en connaître les éléments comme Abélard pou- 
vait les connaître lui-même : car elle, qui sans aucune pé- 
danterie se complaît à citer tant d'auteurs latins, comment 
aurait-elle manqué à citer aussi quelques passages d'auteurs 
grecs alors non traduits, si l'un et l'autre eussent pu lire ces 
auteurs ? 

Si donc Abélard ne savait pas le grec, il est clair, et il le 
dit lui-même , qu'il ne pouvait connaître de l'antiquité philo- 



INTRODUCTION. xlix 

sophique que ce qui en avait été traduit en latin ; et ici on 
se demande quels étaient les auteurs grecs, j'entends les 
philosophes, dont il existait des traductions latines au xif 
siècle? Par exemple, existait-il à cette époque une traduc- 
tion latine de Platon ou du moins de quelques-uns de ses 
dialogues ? 

Il semble, au pn^mier coup d'œil, qu'Abélard était très- QuAbéiard 

r 'T- TM Ti 1 Tr 7 • 7 7 7 • ^^ Connaissait, 

familier avec Platon. Il y a dans ilntroductio ad theolocjiam et tout au plus, 
dans la Theologia christiana des allusions au Timée assez que le Timée 
fréquentes pour faire penser qu'Abélard possédait une traduc- dechaidciius.' 
tion latine de ce dialogue; et en elFet, le Timée de Chalcidius 
était connu et répandu dans tout le moyen âge. Rien ne 
s'oppose donc à ce qu'Abélard connût le Timée de Chalci- 
dius. Et pourtant il est à remarquer que nulle part Abélard ne 
nomme une seule fois Chalcidius, et qu'il n'en emploie jamais 
la traduction. Toutes ses citations sont empruntées à Macrobe 
qu'il nomme expressément. Peut-on supposer que, s'il avait eu 
entre les mains le Timée de Chalcidius, il ne l'aurait pas cité 
de préférence à Macrobe } D'ailleurs , dans un des passages que 
nous avons tirés du manuscrit de Saint-Victor, Abélard dit lui- 
même qu'il ne connaît pas les ouvrages de Platon , parce que 
ces ouvrages n'ont pas été traduits en latin; il le dit avec un 
regret qui témoigne assez que, si un seul des ouvrages de Platon 
avait été traduit en latin et lui eût été connu, il n'eût pas 
manqué d'en faire la remarque; mais il n'en excepte aucun. 
« Si etiam scripta magistri ejus Platonis in bac arte novisse- 

« mus ; sed quoniam Platonis scripta in bac arte non- 

« dum cognovit latinitas nostra , eum defendere in bis quae 

« ignoramus non prœsumamus » Et il ne faut pas être 

dupe de la restriction apparente cachée dans les mots in hac 
arte ; car cette restriction, prise à la lettre , n'irait pas à moins 

INTRODUCTION. g 



L INTRODUCTION. 

qu'à attribuer à Abélard la connaissance de tous les ouvrages 
de Platon qui ne sont pas consacrés à la dialectique. Il ne 
peut être question pour ces ouvrages , à savoir le Timée et peut- 
être aussi le Phédon et la République, que d'une certaine 
connaissance très-générale , d'après des témoignages étrangers, 
ceux de Cicéron, de saint Augustin, et surtout de Macrobe; 
tandis que, pour la théorie dialectique de Platon, ces au- 
teurs n'en disant absolument rien, tous les témoignages 
latins manquent; par conséquent, Abélard en est réduit à 
ce qu'en dit Aristote, et n'en peut porter aucun jugement 
assuré. Tel est, selon nous, le seul sens raisonnable de la 
phrase de notre manuscrit. 
Qu Abélard D^ moins cette phrase même semble- t-elle indiquer qu'à 

ne connaissait ■•• , . . 

d'Aristote défaut dcs ouvrages de Platon, ceux d Aristote étaient alors 

que rOrjfanum, . . ,.■,,. tai /i i n«- • 

et de traduits en iatm , et qu lis étaient connus d Abeiard. Mais 
qI?eTeT M. Jourdain a soutenu et démontré ^ que la plupart des 

parties traduites ^ t *•.,?.•. • !-< 

parBoëce. grauds ouvragcs d Aristote étaient inconnus en Lurope et 
en France avant le xiii^ siècle ; qu'on ne possède aucun 
manuscrit d'une traduction latine de la Physique et de la 
Métaphysique antérieure à cette époque; et que jusque-là 
nul philosophe scolastique ne parle de ces deux ouvrages 
comme les ayant véritablement lus. Le premier passage 
d' Abélard , que nous avons emprunté au manuscrit de Saint- 
Victor , est péremptoire : « Quae quidem opéra ( la Physique 
«et la Métaphysique) ipsius nullus adhuc translator latinae 
« linguae aptavit , ideoque minus natura horum nobis est co- 
« gnita. » Toutes les recherches de M. Jourdain aboutissent 
à cette phrase, qui les confirme et les résume. 

Il est donc établi qu'Abélard et ses contemporains n'a- 

' Recherches critiques sur l'âge et sur l'origine des traductions latines d'Aristote, 
1819. 



INTRODUCTION. u 

valent point de version latine de Platon, et que d'Aristote 
ils ne possédaient que la logique, ce qu'on appelle YOr- 
ganum, à savoir : les Catégories avec l'Introduction de Por- 
phyre, l'Interprétation, les Analytiques, les Topiques et 
le Traité des arguments sophistiques, dans la traduction et 
avec les commentaires de Boëce. C'est à quoi les critiques les 
plus sévères ont réduit l'érudition philosophique avant le xiif 
siècle. C'est là l'opinion aujourd'hui régnante. Cette opinion 
nous paraît trop indulgente encore. Selon nous, il faut réduire 
encore la part déjà si faible du xii^ siècle ; selon nous, le xii'' 
siècle ne connaissait pas même tout YOrgannm, mais seule- 
ment ses trois premières parties : l'Introduction de Porphyre , 
les Catégories et l'Interprétation. Les trois dernières, à sa- 
voir : les Topiques, les Analytiques et les Arguments so- 
phistiques, n'étaient connues que par les commentaires de 
Boëce. Nous pensons qu'à ne pas sortir des textes, on ne 
peut aller au delà , et que plusieurs passages authentiques du 
manuscrit de Saint-Victor placent cette opinion, au moins en 
ce qui regarde Abélard , au-dessus de toute contestation. 

M. Jourdain [Recherches , etc., page 82 ) fait observer que les 
œuvres d' Abélard offrent des citations de l'Introduction de Por- 
phyre, des Catégories, de l'Interprétation, des Topiques et 
des Arguments sophistiques , et que plusieurs contemporains 
d' Abélard citent les Analytiques; mais la question est de 
savoir si ces citations sont de première ou de seconde main. 
Nul doute qu'au xii'^ siècle on ne sût parfaitement qu'Aristote 
avait écrit tous les ouvrages dont se compose YOrganum, comme 
on savait que Platon avait fait le Timée , le Phédon , la Ré- 
publique; mais il s'agit de savoir si on possédait ces ouvrages 
mêmes traduits en latin. Incontestablement Abélard connais- 
sait l'Introduction de Porphyre, les Catégories et l'Interpré- 



Lir INTRODUCTION, 

tation : notre publication le démontre, puisqu'elle contient 
des gloses détaillées d'Abélard sur ces trois ouvrages. Ces 
gloses portent sur la traduction latine de Boëce , et elles té- 
moignent d'une connaissance entière des commentaires de 
Boëce sur ces trois premières parties de YOrganum. Il est en- 
core manifeste qu Abélard connaissait , car il les cite sans cesse , 
les Topiques et les Analytiques de Boëce, et son Traité de la Divi- 
sion ; mais pour démontrer qu'il connût aussi les Analytiques, les 
Topiques et les Arguments sophistiques d'Aristote , il faudrait 
dire quelle traduction il en avait : car Boëce n'a traduit aucun 
de ces trois ouvrages. Remarquez que dans cette multitude de 
gloses dialectiques d'Abélard, que contient le manuscrit de Saint- 
Germain , il n'y en a pas une seule sur aucun de ces trois traités, 
qui certes en avaient grand besoin , et qu' Abélard aurait étudiés 
et commentés s'il les avait eus. Le continuateur de la Chronique 
de Robert Dumont s'exprime ainsi, sous l'année 1 228 : « Jacobus 
« clericus de Venitia transtulit de graeco in latinum quosdam 
« libros Aristotelis et commentatus est, scilicet Topica , Ana- 
« lyticos priores et posteriores et Elenchos, quamvis antiqua 
« translatio super eosdem haberetur. » Nous avons cherché cette 
anticjua versio des Analytiques , des Topiques et des Arguments 
sophistiques, et nous déclarons n'en avoir pas trouvé la moindre 
trace parmi les manuscrits de la Bibliothèque du Roi , et 
nous ne connaissons pas plus de version latine de ces trois 
ouvrages , antérieure au xiif siècle , que de la Physique et de 
la Métaphysique elle-même. Quant au livre des Arguments 
sophistiques, Abélard ne le cite qu'une fois, et cette unique 
citation , que rapporte M. Jourdain , prouve seulement qu'A- 
bélard n'ignorait pas qu'Aristote avait composé un traité 
sous ce titre, et il ne pouvait pas ne pas le savoir par le 
commentaire de Boëce ; mais elle ne prouve nullement qu'il 



INTRODUCTION. un 

connût le traité même d'Aristote. Voici cette citation, Abaei. 
opp., p. 289-240 : « Unde et a scriptoribus dialecticae nec 
« hujus artis tractatus est praetermissus, cum ipse Peripatetico- 
« rum princeps, Aristoteles, hanc quoque tradiderit, elenchos 
« scribens sophisticos. » Dans le long traité de dialectique que 
contient le manuscrit de Saint-Victor, les citations que nous 
rencontrons des Arguments sophistiques ne sont guère plus 
significatives. Ainsi, fol. i38 v''^ : « Sex autem sophismatum 
« gênera Aristotelem in sophisticis elencbis suis posuisse Boe- 
« thius in secunda editione Péri ermenias comiuemorat. » 
Peut-on admettre qu'Abélard eût cité de cette façon les Argu- 
ments sophistiques , s'il les eût connus directement et par lui- 
même ? Nous convenons qu'Abélard cite quelquefois d'une 
manière un peu plus directe les Analytiques et les Topiques, et 
nous ne dissimulons pas que Jean de Salisbury donne des 
Topiques et des Analytiques une analyse ^ qui semble attester 
une vraie connaissance de ces deux ouvrages : mais Jean de Sa- 
lisbury est déjà postérieur à Abélard. Pour ce dernier, tous les 
doutes doivent céder au passage péremptoire que nous avons 
tiré du manuscrit de Saint-Victor. Abélard dit positivement, 
qu'il n'y avait, de son temps, que sept ouvrages de dialectique 
écrits en latin : deux d'Aristote, les Catégories et l'Interprétation ; 
un de Porphyre, l'Introduction; et quatre de Boëce (outre ses 
commentaires sur les trois précédents ouvrages), savoir, le Traité 
des divisions, le Traité des Topiques (c'est-à-dire, de Differentiis 
topicis), et les Analytiques, divisés en deux traités, les Syllo- 
gismes catégoriques et les Syllogismes hypothétiques. Abélard 
déclare qu'il n'a connu et employé que ces sept ouvrages. Le pas- 
sage est formel : « Aristotelis enim duos tantum , Prsedicamento- 

' De la prés, éd., page 208. 
' Metalogicus, libb. III et IV. 



Liv INTRODUCTION. 

« rum scilicet et Peri ermenias libres usus adhuc latinorum cog- 
« novit. » On ne peut pas s'expliquer plus nettement : il n'a 
connu que deux ouvrages dialectiques d'Aristote , car nul 
autre n'avait été traduit. Ce passage authentique , écrit au 
milieu du xii^ siècle, renverse toutes les objections et toutes 
les apparences contraires; et nous regardons désormais, sur 
l'autorité irréfragable d'Abélard lui-même, comme un point 
démontré et acquis à la critique , qu'Abélard ne connaissait de 
VOrganum que l'Introduction de Porphyre , les Catégories et 
l'Interprétation dans la traduction de Boëce ; qu'il n'avait au- 
cune traduction ni des Topiques , ni des Analytiques , ni des 
Arguments sophistiques ; qu'aucune traduction latine de ces 
trois ouvrages n'existait ou du moins n'était répandue de son 
temps ; et qu'outre les trois écrits ci-dessus mentionnés de 
Porphyre et d'Aristote , il n'avait à sa disposition d'autres ou- 
vrages de l'ancienne dialectique que ceux de Boëce. 

Si ces conclusions , déduites des passages précédemment ci- 
tés du manuscrit de Saint- Victor , sont incontestables, on est 
frappé et comme effrayé de la pénurie des ressources philoso- 
phiques de cette époque. Quatre écrits de Boëce, commentateur 
clair et méthodique, mais sans profondeur; d'Aristote lui-même, 
l'Interprétation, c'est-à-dire un traité de grammaire, et les 
Catégories , qui , n'étant plus rattachées à la Métaphysique et 
à la Physique, n'offrent guère qu'une classification dont on 
n'aperçoit pas toute la portée ; enfin l'Introduction de Por- 
phyre, évidemment destinée à des commençants, et où 
l'auteur évite à dessein toutes les grandes questions et s'ar- 
rête à la surface des choses : tels sont les seuls matériaux que 
possédaient Abélard et son siècle. Je dis son siècle; car il n'est 
pas admissible qu'Abélard , si curieux de philosophie , si pas- 
sionné pour Platon et pour Aristote, n'ait pas recherché avec 



INTRODUCTION. iv 

le plus grand soin toutes les traductions qui pouvaient exis- 
ter de son temps des écrits de ces deux grands hommes. S'il 
y en avait eu, il les aurait connues; et s'il n'en connaissait 
pas , c'est évidemment qu'il n'y en avait point. Ses contempo- 
rains n'étaient donc pas plus riches que lui, et ses deux maîtres 
de la fin du xi'' siècle et du commencement du xii^ , Roscelin 
et Guillaume de Champeaux, devaient être tout aussi dépour- 
vus que leur disciple. Il n'y a pas non plus de raison pour 
que le ix'^ et le x*= siècle eussent possédé des traductions 
qui n'existaient plus au xi^. Une traduction de quelque ouvrage 
d'Aristote eût été conservée avec religion, copiée et répandue 
avec zèle et avec amour. Nous nous sommes engagé dans la lec- 
ture des diverses gloses deRaban-Maur que contient le manuscrit 
de Saint-Germain \ Sur quoi portent ces gloses? Sur l'Introduc- 
tion de Porphyre, dont la fin manque, sur l'Interprétation, et 
sur les Topiques de Boëce. La traduction de Porphyre et d'Aris- 
tote sur laquelle sont établies ces gloses, est celle de Boëce. Il 
n'y a de gloses ni des Topiques d'Aristote ni des Analytiques ni 
des Arguments sophistiques. Dans tout le manuscrit, il n'y a pas 
un seul mot qui puisse faire soupçonner que Raban connût ces 
ouvrages, et il y a un passage qui prouve formellement qu'il 
n'avait jamais eu entre les mains les Analytiques. « Volunt enim 
« quemdam librum esse qui vocetur liber demonstrationum, qui 
« âpudnosin usunon est^. «Ainsi Boëce, et le peu qu'il avait tra- 
duit et commenté d'Aristote et de Porphyre , voilà le point de 
départ de fesprit humain au moyen âge , voilà le cercle dans 
lequel il se meut en tâtonnant pendant plusieurs siècles. 
Ici on se demande naturellement ce qu'on a pu faire avec 

' Rabanus super Porphyriiim , fol. 86 r°, col. i, jusqu'au fol. loo v°, col. 2. Voyez 
plus haut, page XVII, et plus bas, page lxxvi. 
* Fol. 86 v\ col. 2. 



Lvi INTRODUCTION. 

de si faibles ressources; et après avoir recueilli les divers docu- 
ments que contenaient nos manuscrits pour l'histoire extérieure 
de la philosophie dans le siècle d'Abélard , nous allons instituer, 
avec leur secours, des recherches d'un ordre différent et entrer, 
pour ainsi dire, dans les entrailles mêmes de la scolastique. 
Que Nous l'avons vu : Boëce peut être considéré au moven âge 

la philosophie 1 T 1 ,1 r^i , • 

scolastique commc le lien entre le passe et les temps nouveaux. Lhretien et 
d'une phrase latiu , il traduit de la philosophie grecque et païenne ce qui 
^ tra^duitr^ pouvait servir à polir et à façonner un peu la rude enfance du 
parBoece. christianisme barbare. Remarquez que la grammaire et la lo- 
gique péripatéticienne convenaient admirablement à cette édu- 
cation ; car YOrganum n'est pas plus païen que chrétien: il for- 
mait l'esprit sans compromettre la foi. Aussi l'étude de Boëce 
devint-elle aisément universelle, et elle fut longtemps utile 
pour aiguiser, assouplir, fortifier la pensée et lui imprimer 
l'habitude de la rigueur et de la précision ; mais tombant uni- 
quement sur la forme, elle eût fini, trop prolongée, par épui- 
ser l'esprit humain en le retenant dans une dialectique aride , 
sans fond et sans but. Heureusement dès le début de YOrga- 
num, dans l'Introduction de Porphyre, se rencontrait une 
phrase d'un tout autre caractère, une phrase qui n'était plus seu- 
lement logique et grammaticale, et qui, au lieu d'imposer 
une théorie, présentait un problème avec l'alternative de 
deux solutions opposées, entre lesqueUes on pouvait choisir 
sans compromettre sa loyauté envers Porphyre, qui posait 
le problème et ne le résolvait pas, ni envers Aristote, qui 
ne l'abordait pas directement, ni même envers Boëce, qui 
n'avait pas l'air d'y attacher une grande importance. Plu- 
sieurs siècles de gloses et de commentaires passèrent sur 
ce problème sans en apercevoir la portée; on ne l'entre- 
vit guère qu'au milieu du xf siècle. Mais à peine livré à 



INTRODUCTION. lvii 

l'examen, les deux solutions contraires qu'il présentait se 
partagèrent les esprits; et bientôt agité en tous sens, et fé- 
condé à la fois par la témérité et par la sagesse , il en sortit 
à la fin du xf siècle, et surtout au commencement du xii% 
la philosophie scolastique dans toute son originalité et sa 
grandeur. 

Quel était donc le problème qui contenait un pareil avenir ? 
C'était un débris de la philosophie antique; non de celle 
qu'avait commentée Boëce, à l'usage des contemporains de 
Théodoric , mais de cette grande philosophie qui avait rempli 
douze siècles de ses admirables développements. Ce problème , 
aujourd'hui glacé et comme pétrifié sous le latin de Boëce, 
avait été vivant jadis dans un autre monde; il avait occupé 
Platon et Aristote , il avait provoqué des luttes immortelles et 
enfanté des systèmes qui s'étaient longtemps maintenus de- 
bout l'un contre l'autre. Ces luttes avaient cessé ; cette noble 
philosophie était éteinte; la société qu'elle éclairait était à 
jamais ensevelie; la langue même dans laquelle toutes ces 
grandes choses avaient été pensées et écrites avait fait place 
à une autre langue, qui elle-même n'était qu'une transition 
à une langue nouvelle. Ainsi marche l'humanité ; elle n'a- 
vance que sur des débris. La mort est la condition de la vie; 
mais pour que la vie sorte de la mort, il faut que la mort 
n'ait pas été entière. Si dans les orages de l'humanité le passé 
disparaissait tout entier, il faudrait que l'humanité recom- 
mençât à frais nouveaux sa pénible carrière. Le travail des 
pères serait perdu pour les enfants; il n'y aurait plus de fa- 
mille humaine; il y aurait solution de continuité entre les 
générations et les siècles. Et d'un autre côté, si le monde, 
qui doit faire place à un monde nouveau, laissait un trop 
riche héritage, il empêcherait que le nouveau ne s'établît. Il 

lîJTRODUCTiON. h 



Lviii INTRODUCTION, 

faut que quelque chose subsiste du passé, ni trop ni trop 
peu, qui devienne le fondement de l'avenir et maintienne, à 
travers les renouvellements nécessaires, la tradition et l'unité 
du genre humain. Ainsi, la plupart des langues de l'Europe 
moderne ont leur germe primitif dans la langue latine, 
qu'elles supposent et dont elles s'écartent. Otez le roman, il 
n'y aurait pas eu de français, et le roman est une ruine du 
latin. Cette ruine est devenue peu à peu le plus admirable 
édifice. Il est prouvé aujourd'hui qu'un certain nombre de 
procédés de l'art antique n'avaient pas entièrement péri au 
moyen âge, et que ces procédés ont puissamment servi à 
l'art nouveau. Dans l'architecture, ce premier de tous les arts, 
entre les deux extrémités du style grec et du style gothique est 
l'intermédiaire du style byzantin. En poésie , le Dante assuré- 
ment ne vient pas de Virgile; mais lui-même n'eût jamais été 
sans une certaine culture latine qui guidait , à son insu même , 
l'inspiration de la muse chrétienne. Tant qu'il ignore abso- 
lument l'antiquité, le moyen âge demeure barbare. Dès qu'il 
connaît assez l'antiquité pour qu'elle le polisse , sans la con- 
naître assez pour qu'elle le subjugue, alors il porte avec une 
fécondité admirable les plus belles choses, que le monde 
n'avait pas encore vues. Avant ce point, tout est barbarie ; passé 
ce point, et quand plus tard l'antiquité sort de son tombeau et 
reparaît tout entière à la lumière , dans cet âge qu'on célèbre 
tant sous le nom de renaissance, il n'y a plus guère en tout 
genre qu'un commencement d'imitation, qui tue peu à peu 
l'inspiration et produit l'abâtardissement , et par suite encore 
la manière , la petitesse ou le faux grandiose. Il en devait être 
de même, et il en a été de même en philosophie. De Gharle- 
magne jusqu'à la fin du xi*" siècle est la barbarie de la pensée, 
le règne de la glose et du commentaire verbal. Au milieu du 



INTRODUCTION. ux 

xi^ siècle, une ère nouvelle commence. L'antiquité, un peu 
mieux connue, fait éclore un mouvement intellectuel d'a- 
bord très-faible, mais qui, s'accroissant par degrés, éclate au 
XI f siècle, et jusqu'à la fin du xv° produit sans relâche des 
chefs-d'œuvre originaux. Le point de départ de ce grand mou- 
vement a été la philosophie ancienne et YOrganum de Boëce. 
Otez ce premier mobile , et le mouvement n'aurait pas eu lieu; 
mais une fois né, il s'est soutenu par sa propre force et 
s'est développé par ses effets mêmes : les pensées heureuses ont 
suscité d'autres pensées dignes d'elles; les chefs-d'œuvre ont 
enfanté des chefs-d'œuvre et les grands hommes des grands 
hommes. On était parti des plus faibles restes delà philosophie 
ancienne , et on est arrivé au développement le plus original 
dans sa substance et même dans ses formes, à part un peu de 
pédanterie. Cependant, à la fin du xv^ siècle, la philosophie 
ancienne reparaît presque tout entière. On possède enfin 
tout Aristote; on acquiert Platon; on lit dans leur langue 
ces deux grands esprits; on s'enchante, on s'enivre de cette 
merveilleuse antiquité ; on devient platonicien , péripatéticien , 
pythagoricien, épicurien, académicien, stoïcien, alexandrin; 
on n'est presque plus chrétien et assez peu philosophe. On est 
savant avec plus ou moins d'imagination et d'enthousiasme ; 
on imite à tromper les plus habiles; on est plein d'esprit; on 
a peu de génie. Le xvf siècle tout entier n'a pas produit un seul 
grand homme en philosophie , un vrai penseur , un philosophe 
original. Toute l'utilité, la mission^ de ce siècle n'a guère été 
que d'effacer et de détruire le moyen âge sous l'imitation artifi- 
cielle de l'antique, jusqu'à ce qu'enfin, au xvif siècle, un homme 
de génie , assurément très-cultivé mais sans aucune érudition , 
Descartes , enfante la philosophie moderne avec ses immenses 

' Cours de 1829, io« leçon, pag. 389-^436. 

h. 



k 



Lx INTRODUCTION, 

destinées. Entre la philosophie ancienne et la vraie philosophie 
moderne est la philosophie du moyen âge, la scolastique. Elle 
est née d'une certaine connaissance de l'antiquité, vivifiant le 
génie et vivifiée par lui; elle est morte à la fin du xv'= siècle, à la 
renaissance de l'antiquité , dans une érudition sans critique , 
animée et gâtée par fimagination. Le théâtre de la philo- 
sophie du moyen âge a sans doute été toute l'Europe chré- 
tienne ; car l'Europe était une alors par la religion , comme 
aujourd'hui elle tend à le dévenir par les mœurs et le gou- 
vernement représentatif ; mais dans cette forte unité se détache 
la France, qui crée la philosophie scolastique et demeure jus- 
qu'à la fin le foyer où elle prend sans cesse de nouvelles forces 
et d'où elle se répand sur l'Europe entière. On peut dire que 
la philosophie scolastique est née à Paris et qu'elle y est 
morte. Une phrase de Porphyre , un rayon dérobé à fantiquité, 
la produisit; fantiquité tout entière f étouffa. 
Du problème Voici ccttc phrasc de Porphyre, telle que la rencontra le 

de la nature ^ iii'i-r> -i 

des genres moycu agc daus le latin de Boëce , avec ce qui la précède et ce 

el des espèces, .,..,,. „ . . ^, 

tel qu'il est qui la suit immédiatement : « L.um sit necessarium , Lhrysaori , 
ïa phriT « et ad eam quae est apud Aristotelem Praedicamentorum doctri- • 
orp yre. „ j^^j^ ^ nossc quid sit genus, quid dilferentia, quid species, 
« quid proprium , et quid accidens , et ad diffinitionum assi- 
« gnationem , et omnino ad ea quae in divisione et in demons- 
« tratione sunt, utili istarum rerum speculatione , compendio- 
«sam tibi traditionem faciens, tentabo breviter, velut intro- 
« ductionis modo , ea quae ab antiquis dicta sunt , aggredi : 
« ab altioribus quidem quaestionibus abstinens , simpliciores 
« vero mediocriter conjectans. Mox de generibus et speciebus 
« illud ciuidem sive subsistant sive in solis nudis intellectibus posita 
« sint, sive subsistentia corporalia sint an incorporalia, et utrum 
« separata a sensibilibus an in sensibilibus posita et circa hœc con- 



INTRODUCTION. lxi 

« sistentia, dicere recusabo. Altissimum enim negotium est hujus- 
« modi, etmajorisegensinquisitionis. Hocvero quemadmoduni 
« de his ac de propositis probabiliter antiqui tractaverunt , et 
« horum maxime Peripatetici , tibi nunc tentabo monstrare. » 

« Ghrysaore , puisqu'il est nécessaire pour comprendre la 
« doctrine des catégories d'Aristote de savoir ce que c'est que 
« le genre , la différence, l'espèce , le propre et l'accident , et 
«puisque cette connaissance est utile pour la définition, et en 
« général pour la division et la démonstration, je vais essayer, 
« dans un abrégé succinct et en forme d'introduction , de par- 
ti courir ce que nos devanciers ont dit à cet égard, m'abstenant 
« des questions trop profondes et m'arrêtant même assez peu sur 
« les plus faciles. Par exemple, ye ne rechercherai point si les genres et 
« les espèces existent par eux-mêmes ou seulement dans l'intelligence, 
« ni y dans le cas où ils existeraient par eux-mêmes, s'ils sont corpo- 
virels ou incorporels, ni s'ils existent séparés des objets sensibles ou 
« dans ces objets et en faisant partie : ce problème est trop difficile 
« et demanderait des recherches plus étendues. Je me bornerai 
« à indiquer ce que les anciens, et parmi eux surtout les Péri- 
«patéticiens, ont dit de plus raisonnable sur ce point et sur 
« les précédents. » 

Il faut mettre aussi sous les yeux du lecteur le grec même 
de Porphyre : 

AvriKS^ vnçjL yivôûvre X5^ elS^v , ro f/^ev être v(pécr]y]x£v eire X5M 

A ce langage harmonieux, à cette manière de s'exprimer nette 
et précise et en même temps gracieuse encore, il est impossible 



Lxn INTRODUCTION, 

de ne pas oublier un moment le moyen âge, pour reporter 
sa pensée vers l'ancien monde, et songer aux deux grandes 
écoles et aux deux grands hommes qui y représentent la philoso- 
phie. Platon et Aristote sont évidemment les deux termes opposés 
de l'alternative que renferme la phrase de Porphyre. Pour 
Platon, les espèces et les genres, c'est-à-dire, les Idées, sont 
l'essence même des choses; non-seulement elles existent^ mais 
elles existent seules d'une existence permanente , tandis que 
les individus, les choses particulières sont dans un mouvement 
perpétuel et paraissent et disparaissent tour à tour. Les Idées 
ne sont pas de simples conceptions de l'esprit, des notions abs- 
traites purement subjectives , comme on dirait dans la langue 
de la philosophie moderne ( et c'est là le vrai sens de -^/lAou^ 
èyavoicLi^, que Boëce traduit d'une manière presque inintel- 
ligible par nudis intellectibus); elles ont une valeur indépen- 
dante de l'esprit même qui les conçoit, une réalité objective, 
v(péo-%jcev. Selon Platon, les Idées n ont rien de corporel; et 
alors même qu'elles feraient leur apparition dans les objets 
sensibles, elles n'en font point partie, elles ne s'y rapportent 
point comme la partie au tout, la qualité au sujet, l'acci- 
dent à la substance ; mais elles en sont sinon séparées , 
ycùçj-cflL ^ du moins séparables. Aristote, au contraire, sans 
adopter absolument la thèse opposée, y incline; il a bien 
l'air de réduire les espèces et les genres à de simples no- 
tions générales, et de ne leur accorder qu'une valeur psy- 
chologique et logique; du moins il se prononce sans cesse 
et avec la plus grande force contre leur indépendance des 
objets particuliers ; il tient pour des chimères les Idées hors 
des choses , et les genres et les espèces sont pour lui dans les 
individus eux-mêmes, dans les objets sensibles : h raie, oLia-èr)- 
rolc, ^ TT^^j Tcturot t5(pg(r](Srct. Or, Platon est tout entier dans 



INTRODUCTION. lxhi 

la théorie des Idées, et l'on peut dire avec une rigueur par- 
faite que la Métaphysicjue d'Aristote est une polémique per- 
pétuelle contre cette théorie \ Ce n'est pas là une querelle de 
détail , c'est toute la différence qui sépare ces deux grands 
hommes , car c'est là le problème même de la philosophie. 
Les expressions de ce problème varient suivant les diverses 
époques de la philosophie et de la civilisation. Les données en 
sont plus ou moins nettement posées, les conséquences plus ou 
moins rigoureusement développées; mais le problème est tou- 
jours celui qui à toutes les époques tourmente et féconde 
l'esprit humain, et, par les diverses solutions qu'il soulève, 
engendre toutes les écoles. Il se teint en quelque sorte de toutes 
les couleurs du temps où il se développe ; mais partout il est 
le fond duquel partent ou auquel aboutissent les recherches 
philosophiques. Il a l'air de n'être guère qu'un problème de psy- 
chologie et de logique , et en réalité il domine toutes les parties 
de la philosophie ; car il n'y a pas une seule question qui dans 
son sein ne contienne celle-ci : tout cela n'est-il qu'une com- 
binaison de notre esprit faite par nous à notre usage , ou tout 
cela a-t-il en effet son fondement dans la nature des choses.^ La 
théorie platonicienne des Idées a donné son nom à tout un côté 
de la philosophie, l'idéalisme, et l'idéalisme a survécu à Platon; 
il a traversé les âges, il vit et vivra autant que l'esprit humain 
et la philosophie. En revanche, la théorie contraire n'est pas 
moins vivace. La longue rivalité des deux écoles platonicienne 
et péripatéticienne est le combat des deux solutions opposées, 
et la phrase de Porphyre, au m'' siècle, est le résumé de ce 
grand différend. Ce résumé lui-même n'est qu'un point de 
départ pour l'école d'Alexandrie. Au iv^ siècle, le plus grand 

' Voyez dans notre écrit intitulé De la Métaphysique d'Aristote, la note où sont in- 
diqués tous les passages d'Aristote relatifs à la Théorie des. Idées. 



Lxiv INTRODUCTION, 

représentant de cette école , Proclus , a composé sur le Par- 
ménide de Platon un commentaire qui n'est pas autre chose 
qu'un nouvel et dernier examen du fatal problème, envisagé 
sous toutes ses faces et poursuivi dans tous ses développements. 
Cet immense commentaire , achevé et complété au vi^ siècle par 
Damascius, est comme le dernier mot de la philosophie an- 
cienne : c'est une longue et régulière apologie des Idées. La 
question de Porphyre y est reprise en sous-œuvre, et la solu- 
tion platonicienne enrichie de toutes les nouvelles lumières, 
et fortifiée de tout le progrès de l'esprit humain pendant plus 
de huit siècles. Porphyre avait décomposé en trois questions 
précises la question générale; Proclus retranche judicieuse- 
ment la seconde question de Porphyre, et divise les deux 
autres en quatre questions : i° si les Idées sont; 2° de quelles 
choses il y a des Idées; 3° quelle est la nature des Idées; 
II" comment les choses sensibles, les objets particuliers, les 
individus, participent des Idées ^ Il n'y a pas une de ces 
quatre questions qui ne se décompose elle-même en un cer- 
tain nombre d'autres quçstions dont les développements em- 
brassent les sept livres du commentaire alexandrin et toute 
la philosophie ancienne. 

Mais il faut supposer le monde ancien détruit, la philoso- 
phie ancienne ensevelie avec la civilisation dont elle faisait 
partie , et la longue et .brillante polémique qui avait fait la 
vie même de cette philosophie, réduite à la phrase de Porphyre 
dans la traduction tatine de Boëce. C'est sur cette phrase et 

' Proclus, Comm. in Parmenidem Platonis, liv. III, pag. yi et 5 du tome V de notre 
édition : Tirlapcov to'ivvv ôWm îv tolIç fsnpi rm lekav Çnrmiffi fsrpoChYifMi'TCùv , rsrpârov /mîr, 
lî ia^t r(t i'itht ' ri yoip uv riç x.ai ^ipi avreor iTriaM^ono /jm tovtq 'srpoo/iio\oyy\(rotju.iyoç ; 
(hvrîpov M, t/ïcùY kali ko) tivcùv ovk eVI/ tcl uSM' x.oli yap tovto <sroKhaiç lyit hoL^t^iaCt- 

TnVe/f T/)/TOU «At, oVo?flt </V T/Kût Iffl/ T* ê/'<A> , XOLl TIÇ M /V/OTJJf OMTCùV ' mÔprOV <A\ tSTCûÇ 



INTRODUCTION. lxv 

autour d'elle que va peu à peu se reformer une philosophie 
nouvelle. Les commencements de cette philosophie seront hien 
faibles, il est vrai, et se ressentiront de la profonde barbarie du 
temps; mais une fois née , la puissance de l'éternel problème 
la développera et lui ouvrira une carrière immense, 

La scolastique a trois époques : i'* du xf siècle jusqu'au 
xiif et jusqu'à l'organisation de l'Université de Paris; c'est 
l'enfance de la scolastique; 2" du xiii*' siècle jusqu'au xv^; 
c'est l'âge de sa virilité, où toutes les grandes universités de 
l'Europe, les grands ordres religieux fleurissent; 3° du xv'^ 
siècle jusqu'à la fin du xvi^; c'est le temps de son déclin, où 
elle languit et s'éteint peu à peu dans la décadence du moyen 
âge, sous les premiers essais de réforme en tout genre, aux 
approches d'une langue nouvelle, d'un esprit nouveau, d'une 
nouvelle époque de l'humanité. Et si dans la scolastique on 
écarte la théologie pour considérer seulement la philosophie 
proprement dite , cette philosophie est tout entière dans la que- 
relle du nominalisme et du réalisme , et cette querelle peut se 
diviser aussi en trois époques: 1" elle naît à l'occasion de la 
phrase de Porphyre, et sa naissance %st celle de la philoso- 
phie scolastique; 2" aux luttes vives et passionnées de cette 
première époque succède le règne au moins apparent de 
l'une des deux opinions rivales; 3° l'opinion vaincue dans 
la première époque et condamnée au silence dans la se- 
conde reparaît dans la troisième et finit par triompher, et 
son triomphe est le tombeau de la scolastique. De ces trois 
époques, la seconde et la troisième sont assez connues, sur- 
tout la seconde, qui forme, pour ainsi dire, les beaux jours 
de la philosophie du moyen âge. C'est le temps des dominicains 
Albert le Grand, saint Thomas d'Aquin, Vincent de Beauvais; 
des franciscains Alexandre de Haies, saint Bonaventure , Duns 



INTRODUCTION. 



Lxvi INTRODUCTION. 

Scot, Roger Bacon. Les ouvrages de ces illustres personnages 
ont été depuis longtemps, pour la plupart, recueillis et ap- 
préciés. Mais, comme toutes les origines, celles de la philoso- 
phie scolastique sont couvertes de profondes ténèbres. Les 
deux opinions qui commencent à se montrer dans la première 
époque ont par leurs luttes réveillé l'esprit humain , c'est là 
leur gloire; mais elles étaient trop faibles encore pour pro- 
duire aucun monument durable. L'opinion vaincue a presque 
entièrement péri dans sa défaite ; et on est réduit à en recher- 
cher quelques lambeaux dans les rares écrits des vainqueurs- 
C'est cette première époque si intéressante à la fois et si obs- 
cure que nous allons parcourir et éclairer, s'il est possible , à 
l'aide de nos manuscrits, car cette époque est celle que re- 
présente et couronne Abélard. 
Point de départ Pour voir clair dans la naissance et les commencements de 
la philosophie la philosophie scolastique, il faut se reporter au point de départ 
^'^ophiior du grand débat dont elle est sortie, c'est-à-dire à Boëce, et se 
surle ^roWème rappeler que Boëce n'avait pas seulement traduit la phrase de 
ei^AeTatnlls Porphyrc , mais qu'il l'avait aussi commentée, et qu'il s'était 
expliqué sur les deux fblutions contraires du problème posé 
par le philosophe alexandrin. 

Il y a deux commentaires de Boëce sur l'Introduction de 
Porphyre. 

Le premier est présenté sous la forme du dialogue , et il est 
beaucoup plus court que le second. Boëce examine les trois ques- 
tions sur les genres et les espèces : s'ils existent par eux-mêmes ou 
s'ils ne sont que des conceptions de l'esprit; s'ils sont corporels 
ou incorporels ; s'ils existent seulement dans les objets sen- 
sibles ou s'ils en sont séparés; et il applique ces questions 
non-seulement au genre et à l'espèce , mais aussi à la différence, 
au propre et à l'accident. Sur la première question , qui peut 



INTRODUCTION. lxvii 

nous tenir lieu des deux autres, Boëce déclare positivement 
que le genre, l'espèce, la différence , le propre, l'accident exis- 
tent réellement; et la raison qu'il en donne est que sans eux 
rien ne serait , puisqu'il n'y aurait ni accident ni propriété ni 
différence ni espèce ni genre ^ Ici il est évident que Boëce n'a 
pas compris la question de Porphyre. Porphyre n'a ja- 
mais demandé si la différence, l'accident, le propre exis- 
tent par eux-mêmes; car il suffit de poser la question 
pour la résoudre négativement. Porphyre n'a pas non plus 
mis en question la réalité ou la non-réalité du genre et de 
l'espèce considérés abstractivement; car il serait trop clair 
aussi que ce ne sont que des conceptions de l'esprit, des gé- 
néralisations commodes pour la pensée et pour le langage. 
Porphyre se demande si les genres et les espèces, et non pas 
l'espèce et le genre, existent réellement : par exemple, si tel 
genre déterminé, à savoir l'humanité, existe indépendamment 
des individus qui le composent ; ou bien , si ces individus seuls 
existent, et si le genre humanité n'est pas une pure abstrac- 
tion. Sans doute Porphyre, dans son Introduction, traite du 
genre et de l'espèce, de la différence, du propre et de l'acci- 
dent , d'une manière abstraite , logique et grammaticale , 
puisque son Introduction est une préparation aux Catégories, 
lesquelles, avec l'Interprétation, forment un traité de gram- 

' Boelh. opp. edit. Bas. i5A6, pag. 8. « Scienda enim sunt utrum vere sint, nec essel 
de his disputatio consideratioque si non sint. Sed si rerum veritatem atque integritateni 
perpendas, non est dubium quin vere sint. Nam cum res omnes quae vere sunt, sine 
his quinque esse non possent, has ipsas quinque res vere intellectas esse non dubites. 
Sunt autem in rébus omnibus conglutinata; et quodam modo conjunctœ atque com- 
pactae. Cur enim Aristoteles de primis decem sermonibus gênera rerum significantîbns 
disputaret, vel eorum difTerentias propriaque colligeret et principaiiler de accidentibus 
dissereret, nisi hœc in rébus intimata et quodam modo adunata vidisset? Quod si ita 
est, non est dubium quin vere sint et certa animi consideratione teneantur, quod ipsius 
quoque Porphyrii probatur assensu. » 



Lxviii INTRODUCTION, 

maire et de logique. Mais à l'occasion de ces cinq notions 
abstraites sans lesquelles il n'y a ni pensées ni paroles, et qui 
sont par conséquent le fondement de toute logique et de toute 
grammaire, et particulièrement à l'occasion des notions du 
genre et de l'espèce , yivo^ , eï^^ , Porphyre se fait une question 
d'une tout autre nature; il se demande si les genres et les 
espèces, y^vm re X9^ eiS^v , existent ou n'existent pas réelle- 
ment. C'est là, pour ainsi dire, un regard détourné sur un 
problème d'un tout autre ordre que Porphyre pose et aban- 
donne en même temps, pour revenir au sujet de son Introduc- 
tion. Boëce n'a pas compris cela , et il a converti la grande et 
légitime question de la réalité des genres et des espèces , en la 
question insensée, et qui n'en fut jamais une, de la réalité du 
genre , de l'espèce , de la différence , du propre et de l'acci- 
dent. Cette confusion placée dans l'ouvrage du maître a produit 
un mal-entendu perpétuel dans toute la polémique ultérieure. 
Encore une fois. Porphyre n'a fait qu'une introduction à la 
logique et à la grammaire ; et le titre de son ouvrage le 
dit assez : De cjuinque vocibus , vnp) rSJv vdfie (pa)vSv, des cinq 
voix ou mots. Il ne traitait donc qu« d'abstractions ver- 
bales ; mais parce qu'à cette occasion et pour déterminer 
avec plus de précision son sujet même, il indique, pour fé- 
carter , une question de haute métaphysique , la question de la 
réalité ou de la non-réalité des espèces et des genres, voilà 
Boëce, le péripatéticien Boëce, qui, brouillant tout, confon- 
dant tout, réalise les cinq noms, et ouvre par là la porte à ce 
double danger : si on le suit, de réaliser toutes les abstrac- 
tions, ce qui n'est plus difficile dès qu'on a réalisé cinq abstrac- 
tions aussi manifestes que les cinq noms dont il s'agit, et de 
se jeter ainsi dans un réalisme absurde ; ou bien , si on lui ré- 
siste, si on s'aperçoit que le genre, fespèce, la différence, le 



INTRODUCTION. lmx 

propre, l'accident, ne sont que des notions abstraites et des 
noms, de confondre avec ces abstractions et ces noms les 
genres et les espèces, qui peut-être ne sont pas de purs noms, 
et, par l'exagération même d'une vérité utile, de se précipiter 
dans un nominalisme universel. Nous croyons signaler ici la 
source première et la racine historique de la querelle que nous 
avons à raconter. 

Ainsi, dans son premier commentaire, Boëce, au moyen 
d'une confusion ridicule, est plus platonicien que Platon lui- 
même et que tous les alexandrins; il est réaliste absurde, et 
il prétend donner son opinion pour celle d'Aristote et de 
Porphyre. Maintenant dans le second commentaire' nous allons 
trouver un tout autre Boëce, avec une opinion diamétralement 
opposée à celle que nous venons de rapporter. Et ici Boëce 
nomme quelquefois les genres et les espèces universalia, ex- 
pression empruntée à la philosophie antique, ràu k5^Ô' oAoo, et 
que plus tard on a traduite en français par celle des univer- 
saux, et selon nous avec beaucoup de raison ; car par là on 
laisse indécise la question de leur réalité. Au contraire, tra- 
duit-on par idées, et prend-on le mot idées dans le sens pla- 
tonicien? on est réaliste; ou prend-on le mot idées dans son 
sens ordinaire, celui de notions et de conceptions? on fait 
évidemment des idées de simples abstrations dont il est trop 
facile de démontrer ensuite la non-réalité. Il faut donc s'en 
tenir au mot universaux : c'est la formule de la scolastique; 
et il importe de prendre la langue du siècle que l'on veut faire 
connaître; autrement, on confond les siècles en confondant 
les langages. La nouvelle opinion de Boëce sur la nature des 
universaux, des genres et des espèces, est que les genres et 

^ Boelh. opp, eclit. Bas. i546, pag. 54. 



Lx^ INTRODUCTION. 

les espèces ne peuvent avoir d'existence réelle. Il en donne 

les deux arguments suivants: 

1° Tout ce qui est, est nécessairement un; or, le genre est 
commun à plusieurs objets, donc il n'a pas d'unité, donc il 
n'est pas^ Cet argument, dont Boëce n'indique pas la source, 
appartient à Aristote dans la polémique contre la réalité de 
l'idée platonicienne, Métaphysicjue , livre IIP et livre VII ^ 
Gomme Boëce n'en cite pas l'auteur, on le lui a attribué jus- 
qu'au XIII* siècle, où la Métaphysique d' Aristote commença à 
être connue. C'est un des arguments constamment employés 
contre la réalité des universaux. 

3° Si le genre n'est pas un, dira-t-on qu'il est multiple, et 
que c'est encore là une manière d'exister? Mais s'il est multiple, 
il faut un genre supérieur qui comprenne cette multitude, et 
ainsi à l'infini, ce qui est absurde*. Ce second argument est 
encore d'Aristote, qui l'a présenté lui-même sous des formes 
diverses; c'est l'argument si célèbre dans l'antiquité sous le nom 

' Boelh. opp. edit. Bas, i546, pag. bà. «Omne quod commune est uno tempore plu- 
ribus , id in se unum esse non poterit. Multorum enim est quod commune est, praesertim 
cum una atque eadem res in multis uno tempore tota sit. Quantaecumque enim sunt spe- 
cies, in omnibus genus unum est, non quod de eo singulae species quasi partes aliquas 
carpant, sed singulae uno tempore totum genus habeant : quo fit ut totum genus in 
pluribus singulis uno tempore posilum , unum esse non possit. Neque enim fieri potest 
ut, cum in pluribus totum uno sit tempore, in semetipso sit unum numéro. Quod si ita 
est, unum quiddam genus esse non poterit, quo fit ut omnino nihil sit; omne ônim 
quod est, idcirco est quia unum est. Et de specie idem convenit dici. » 

* Ed. Brand. , pag. 62. — ' Ibid., pag. i58et lyA- 

* Boeth. opp. ibid. « Quod si est quidem genus ac species, sed multiplex, neque unum 
numéro, non erit ultimutn genus , sed habebit aliud super se positum genus, quodillam 
multiplicitatem unius sui nominis vocabulo concîudat. Ut enim plura animalia quoniam 
habent quiddam simile, eadem tamen non sunt, et idcirco eorum gênera perquirunt: ita 
quoque quoniam genus quod in pluribus est, atque ideo multiplex, habet sui similitu- 
dinem quod genus est, non est vero unum, quoniam in pluribus est: ejus generis quoque 
genus aliud quaerendum est , cumque fiierit inventum eadem ratione quae superiuâ dicta 



INTRODUCTION. lxxi 

d'argument du troisième homme ^ Si l'homme ^st multiple , il 
lui faut un genre supérieur, un homme universel, lequel ne 
pouvant être un à cause du premier argument , et condamné à 
être multiple, suppose de nouveau un autre homme plus univer- 
sel, et toujours ainsi sans fin. Cet argument , longtemps rap- 
porté à Boëce, comme le premier, a été aussi un des argu- 
ments favoris du nominalisme. 

La conséquence est donc que l'universel n'étant ni un ni 
plusieurs n'a pas de réalité et n'existe que dans rintelligence. 

Boëce s'explique ensuite sur la nature et l'origine des uni- 
versaux considérés comme simples conceptions de l'esprit. 

Toute conception a un sujet, «suhjecta res;» nous dirions 
aujourd'hui un ohjet, auquel elle se rapporte. Cette conception 
est telle ou elle n'est pas telle que son ohjet. Dans le premier 
cas , c'est-à-dire si la conception générale était telle que l'oh- 
jet de cette conception , l'universel aurait une véritable réalité 
et serait ailleurs que dans l'intelligence ; hypothèse écartée 
par la précédente démonstration. Dans le second cas, le seul 
admissible, si la conception n'est pas telle que son ohjet, 
cette conception est vaine. Mais il faut distinguer : il n'y a 
erreur et fausseté que dans la réunion de ce qui est séparé 
dans la nature; il n'y en a pas dans la division ou abstrac- 
tion. La conception d'un abstrait, pour n'être pas con- 
forme à la réalité, « ut sese res hàbet, » n'est pas fausse pour 
cela ; par exemple l'idée abstraite de la ligne n'est pas une idée 
fausse, quoique la ligne n'ait d'existence réelle que dans un 
corps. L'esprit peut donc séparer dans la nature l'incorporel 
du corporel , et en cela il n'y a pas d'erreur. 

est, iiirsus genus tcilium vestigalur; itaquein iniinilum ralio procédât necesse est, ciiiu 
nuUus disciplinae terminus occurrat. » 

* Voyez l'écrit déjà cilé De la Métaphysique d'Aristote, page i6A 



Lxxii INTRODUCTION. 

Lesuniversaux se forment de la manière suivante : L'intel- 
ligence recueillant dans plusieurs individus une ressemblance, 
la contemplant et l'examinant dans sa vérité, cette ressem- 
blance devient une espèce , et la ressemblance des espèces 
devient à son tour un genre \ Les universaux existent donc en 
tant que pensées ; et il ne faut entendre par espèce qu'une 
pensée recueillie en vertu d'une ressemblance substantielle en 
une multitude d'individus dissemblables^. Dans le particu- 
lier, cette ressemblance est sensible; dans l'universel, elle est 
intelligible; et réciproquement, sensible elle demeure dans le 
particulier; conçue, elle devient universelle^. Le sujet de l'u- 
niversalité et de la particularité est donc le même , mais con- 
sidéré sous deux points de vue. Il est universel dans la con- 
ception, particulier pour les sens ''. 

La conclusion dernière de Boëce , par rapport aux trois ques- 
tions renfermées dans la phrase de Porphyre, est que : i°les 
genres et les espèces dans un sens existent par eux-mêmes, et dans 
un autre n'existent que dans l'esprit; 2° ils sont incorporels, mais 
ils n'existent que dans ies choses corporelles et sensibles ; 
3" quoiqu'ils n'aient d'existence réelle que dans un objet par- 

' Boeth. opp., pag. 56. « Cum gênera et species cogitantur, tune ex singulis in quibus 
sunt eorum similitudo coUigitur, ut ex singulis hominibus inter se dissimilibus humanitati» 
similitude ; quae similitudo cogitata animo veraciterque perspecla fit species ; quarum spe" 
cierum rursus diversarum considerata similitude, quae nisi in ipsis speciebus aut in 
earum individuis esse non potest , efficit genus. » 

* Ibid. «Cogitantur vero universalia nihilque aliud species esse putanda est nisi cogi- 
tatio collecta ex individuorum dissimilium numéro substantiali similitudine ; genus vero 
cogitalio collecta ex specierum similitudine. » ^ 

' Ihid. a Haec similitudo cum in singularibus est , fit sensibilis , cum in universalibus , 
fil intelligibilis , eodemque modo, cum sensibilis est, in singularibus permanet; cum 
intelligilur, fit universalis. Subsistunt ergo circa sensibilia, intelliguntur autem praeter 
corpora. » 

* Ibid. « Singularitati et universalilati unum quidem subjectum est , sed alio modo 
universale est cum cogitatur, alio singulare cum sentitur. » 



INTRODUCTION. lxxiii 

ticulier et sensible , on peut les concevoir à part du sensible 
et du particulier comme quelque chose d'incorporel et de sub- 
sistant par soi- même ^ Selon Platon, ditBoëce, les genres 
et les espèces , les universaux , n'existent pas seulement en tant 
que conçus, mais en eux-mêmes et hors des corps; selon 
Aristote, ils n'ont d'existence réelle que dans les objets sensi- 
bles , et ils ne sont universels et immatériels que dans l'intel- 
ligence^. Au reste, Boëce ne prétend pas se prononcer entre 
l'un et l'autre : la décision de ce débat appartient à une 
branche plus haute de la philosophie. S'il a exposé de préfé- 
rence l'opinion d' Aristote, ce n'est pas qu'il l'approuve plus 
que celle de Platon ; c'est que le livre qu'il commente est 
une introduction à celui des Catégories, dont l'auteur est 
Aristote ^. 

On voit par cet exposé fidèle que si , dans son premier 
commentaire , Boëce a l'air de favoriser sans mesure et fort peu 
judicieusement l'opinion platonicienne, dans le second, sans 
avoir une opinion qui lui soit propre sur la nature des uni- 
versaux, en sa qualité de traducteur et de commentateur 
d' Aristote , il adopte l'opinion péripatéticienne , l'expose assez 
clairement , et la développe avec quelque étendue , tandis 
qu'il accorde une seule ligne à l'opinion de Platon ; de sorte 
que, des deux grandes écoles qui avaient partagé l'antiquité, 

' Boeth. opp. « Gênera et species subsistunt quidem alio modo , intelliguntur vero alio 
modo : et sunt incorporalia, sed sensibilîbus juncta subsistunt in sensibilibus ; intelliguntur 
vero praeler corpora ut per semetipsa subsistentia, ac non in aliis esse suum habentia. » 

* Ibid. « Plato gênera et species caeteraque non modo intelligi universalia, verum 
etiam esse atque praeter corpora subsistere putat ; Aristoteles vero intelligi quidem in- 
corporalia atque universalia, sed subsistere in sensibilibus putat.» 

' Ibid. « Quorum dijudicare sententias aptum nou duxi ; altioris enim est philo- 
sopbiae. Idcirco vero sludiosius Aristotelis sententiam exseculi sumus , non quod eam 
maxime probaremus , sed quod hic liber ad Praedicamenta conscriptus est , quorum 
Aristoteles auctor est. » 

INTRODUCTION. ^ 



Lxxiv INTRODUCTION, 

une seule , celle d' Aristote , était un peu connue , et présentait 
sur le problème de Porphyre une doctrine plus ou moins 
satisfaisante , mais du moins nette et bien arrêtée. Ajoutez à 
cela que l'Introduction de Porphyre et les deux ouvrages 
d'Aristote traduits par Boëce sont des ouvrages de logique et 
de grammaire; qu'ils étaient seuls étudiés et commentés, 
toujours d'après Boëce ; et que de cette étude exclusive il ne 
pouvait guère sortir que des tendances et des habitudes intellec- 
tuelles entièrement opposées au réalisme. Mais d'un autre côté, 
Aristote et Boëce avaient un puissant rival, et ce rival était le 
christianisme. En effet la religion chrétienne est une religion es- 
sentiellement idéaliste, qui porte l'âme et l'esprit au culte et à la 
foi de l'invisible, commande le sacrifice des sens, et adore le Verbe 
incréé comme le fils de Dieu et Dieu même. Le christianisme 
est né et s'est formé sous le règne de la doctrine platonicienne; 
les Pères grecs sont en général platoniciens, et saint Augustin, 
le représentant et l'oracle de l'église latine , saint Augustin 
est enthousiaste de Platon , et tous ses écrits respirent et ré- 
pandent l'idéalisme. L'esprit chrétien était donc pour Platon, 
et toutes les habitudes d'école , toute l'éducation savante étaient 
pour Aristote. Aussi dans la scolastique, en apparence, tout 
est péripatéticien , et la méthode et le langage; par on n'avait 
pas d'autres ouvrages philosophiques que ceux d'Aristote; 
mais, en réalité, tout est platonicien ; et on pourrait, avec une 
parfaite vérité, définir la philosophie du moyen-âge, la lutte 
du fond chrétien avec une forme étrangère, que le fond dé- 
compose quelquefois et refait à son usage, et qui, à son tour, 
réagit souvent sur le fond, règle son développement, et quel- 
quefois aussi l'entrave ou l'égaré. 

Voilà donc au vi^ siècle, grâce à Boëce , la solution péripa- 
téticienne du problème de Porphyre déposée dans le monde 



INTRODUCTION. lxxv 

chrétien, comme le dernier résultat de la sagesse du monde 
antique. Voyons ce que va devenir ce germe semé dans toutes 
les écoles et sans cesse favorisé par la culture assidue de la 
grammaire et de la logique péripatéticienne. 

Nous savons par des témoignages certains que , dans toute 
l'étendue de la première époque de la scolastique, Boëce, avec 
les parties de Porphyre et d'Aristote qu'il nous a conservées , 
partagea d'abord, pour la dialectique, le sceptre de l'école avec 
Martianus Capella et Cassiodore, et finit par les remplacer. 
VOrcjanum devait donc présider à l'enseignement de la dialec- 
tique dans toutes les grandes écoles. On devait y commenter 
sans cesse et Porphyre et Aristote , à l'aide de Boëce. Que sont 
devenues tant de gloses, tant de commentaires, qui retentissaient 
d'un bout de l'Europe à l'autre ? Chose admirable ! Pendant six 
siècles on n'a connu , on n'a expliqué que VOrganum, et de tout 
ce travail il ne reste rien, ou du moins rien n'a vu le jour. De 
Boëce jusqu'à Albert, du vi" jusqu'au xiii" siècle, on ne possède 
aucun commentaire de cet Organum tant commenté , pas même 
la moindre glose. Notre publication interrompt seule ce long 
silence ; elle met en lumière pour la première fois des gloses 
du xif siècle, sur Boëce , sur Porphyre et sur Aristote. Pourquoi 
n'existerait-il pas de semblables monuments du même siècle 
ou des siècles antérieurs ? Heureusement dans le même manus- 
crit de Saint-Germain où nous avons trouvé plusieurs gloses 
dialectiques d'Abélard, se rencontrent aussi d'autres gloses sur 
ÏOrganum que ce manuscrit attribue à Raban-Maur, le plus cé- 
lèbre disciple d'Alcuin. Nous avons déjà dit un mot de cette 
partie du manuscrit de Saint -Germain; nous croyons devoir 
en parler ici avec un peu plus d'étendue, puisque c'est le seul 
monument qui nous fournisse quelques renseignements sur 
l'état de la question qui nous occupe, au ix^ siècle. 



Lxxvi INTRODUCTION. 

de RaS^n-Maur Rodolphe, élève dc Raban , qui a laissé une vie de son maître, 
au IX' siècle, y doDue un long catalogue de tous ses écrits/, parmi lesquels un 
assez bon nombre ne sont pas arrivés jusqu'à nous. Dans cette 
liste , il n'y en a aucun qui se rapporte directement ou indi- 
rectement à la dialectique ; et pourtant nous trouvons dans 
notre manuscrit une glose sur l'Introduction de Porphyre , 
intitulée : Rabanus super Porphyrium. Cette glose n'est pas ache- 
vée ; elle est suivie d'un fragment de quelques feuilles sur le 
De differentiis topicis de Boëce; le commencement manque, 
ce qui explique le défaut d'inscription ; mais l'identité de 
la manière et du style , et la place de ce fragment après une 
glose positivement attribuée à Raban et avant une autre qui 
lui est également attribuée , ne permettent guère de douter que 
ce court morceau n'appartienne au même auteur.Vient ensuite 
un autre écrit intitulé : Rabanus super Terencivaa ; ce dernier 
mot n'a pas de sens, et c'est probablement , comme nous l'avons 
dit plus haut^, une corruption d'un titre, tel que Rabanus super 
Aristotelem de Interpretatione , car cet écrit est un commentaire 
sur le traité de l'Interprétation. Ces gloses du ix^ siècle prou- 
vent qu'alors on possédait et on commentait dans les écoles et 
l'Introduction de Porphyre et l'Interprétation d'Aristote , ainsi 
que les Catégories , auxquelles se rattache l'Introduction , et les 
Topiques de Boëce, et Boëce tout entier. En effet, une étude 
attentive de ces gloses nous permet d'affirmer i° que la tra- 
duction de l'Introduction et de l'Interprétation qui y est em- 
ployée, est la traduction même de Boëce; 2° que, pour l'In- 
troduction, l'écrit de Raban est une pure glose extraite des 
deux commentaires de Boëce, et que, pour l'Interprétation, 
ce n'est plus une glose , mais un commentaire , avec d'assez 

* 0pp. Raban., tom. L pag. 8. 
' Pag. XVII et Lv. 



INTRODUCTION. lxxvii 

longs développements, mais toujours d'après Boëce ; 3° que 
non - seulement on se servait alors des commentaires de 
Boëce pour commenter Aristote, mais que Boëce lui-même 
était une grande autorité; et qu'on le commentait à défaut 
d'Aristote , ainsi que le prouve la glose sur le traité De diffe- 
rentiis topicis; d° que les formes de cette glose et de ce com- 
mentaire du ix^ siècle sont à peu près les formes des gloses 
et du commentaire d'Abélard au xii^ siècle , ce qui établit une 
tradition non interrompue dans la forme de l'enseignement 
dialectique ; 5° qu'on possédait au ix^ siècle ni plus ni moins 
les mêmes ressources qu'au xii% c'est-à-dire tout Boëce, et rien 
que Boëce. 

Nous avons déjà donné le commencement du commentaire 
de Raban sur Porphyre : « Intentio Porpbyrii est in hoc opère 
« facilem intellectum ad Praedieamenta praeparare , tractando de 
« quinque rébus vel vocibus^ génère scilicet , specie^ dilFerentia, 
« proprio et accidente , quorum cognitio valet ad Praedicamen- 
« torum cognitionem. » On voit par ces mots, «tractando de 
« quinque rébus vel vocibus, » que Raban avait eu la sagesse 
de mettre en doute si dans cette Introduction Porphyre veut 
parler de choses réellement existantes ou simplement de noms. 
En avançant dans ce commeiitaire , on s'aperçoit que ce doute 
n'est pas particulier à l'auteur; on apprend qu'il y avait déjà 
deux partis sur cette question et comme deux écoles consti- 
tuées, et que l'une de ces écoles prétendait que Porphyre ne 
considère dans cette Introduction le genre , l'espèce , la diffé- 
rence, le propre, l'accident, qu'abstr activement et comme 
des noms. Raban nous fait connaître les arguments de cette 
école; il en énumère deux qui depuis ont été souvent employés 
par l'école nominaliste, et que nous trouvons ici dès le ix^ siècle: 
1" Le genre dont parle Porphyre ne peut pas être le genre en 



Lxxvm INTRODUCTION. 

soi, mais la notion, le mot de^enre, puisqu'il le définit : le 
genre est ce qui se dit de, etc. : or, être dit s'entend des noms 
et non des choses , car une chose n'est pas dite , énoncée , 
proférée. 2" L'Introduction de Porphyre aux Catégories d'Aris- 
tote doit être de même nature que l'ouvrage auquel elle con- 
duit : or , dans les Catégories , Aristote ne traite pas de choses, 
mais de mots; et c'est là l'opinion de Boëce, qui dans son pre- 
mier commentaire sur les Catégories appelle ces catégories des 
noms^ 

Raban ne fait pas connaître les arguments de l'école opposée ; 
il dit seulement qu'elle peut aussi invoquer l'autorité de Boëce, 
qui , dans le traité de la Division , déclare que la division du 
genre est relative à la nature et par conséquent aux choses^. 

Quoique ilaban se contente de rapporter les opinions des 
deux écoles opposées , à la complaisance avec laquelle il fait 

' Manuscrit de Saint-Germain, i3io. Fol. 86. r", col. i. «Quorumdam tamen sen- 
teulia est Porphyrii intentiouem fuisse in hoc opère non de quinque rébus sed de quinque 
vocibus tractare, id est Porphyrium intendere naturam generis ostendere, generis dico 
in vocum designalionem accepti. Dicunt etiam quod si Porphyrius in designatione rerum 
tractât de génère et de caeteris, non bene diffinit : genus est quod praedicatur, etc.; res 
enina non praedicatur; quod hoc modo probant : si res praedicatur, res dicitur; si res 
dicitur, res enuntiatur; si res enuntialur, res proferlur. Sed res proferri non potest. 
Nihil enim profertur nisi vox ; neque enim aliud est prolatio quam aeris plectro linguaR 
p>eroussio; aeris autem plectro linguae percussio nihil aliud est quam vox. Si igitur For 
phyrius de génère in rerum assignatione tractaret, maie generis diffinitionem dedisset 
dicendo : si genus est quod praedicatur, etc. , cum genus in rerum designatione accep- 
tum nuUatenus praedicatur. Ejus igitur intentionem dicunt esse de génère non in rerum 
sed in vocum designatione tractare. Adhuc alia ratio cur Porphyrius traclet de génère 
accepte non in rerum aed in vocum designatione. Cum enim tractatus iste introduc- 
torius sit ad Arislolelis Categorias , et Aristoteles in Categoriis de vocibus principaliter 
agere inlendat, conveniens non eum esset de rébus agere qui ad librum de vocibus 
principaliter tractare inlendebat Praeterea ex Boethii autoritate in primo super Cate- 
gorias commente confirmatur gênera et species voces significare. Dicit enim iila nomina 
novem esse; quod si voces non signlficarent, nuUo modo nomina novem esse possent » 

* Ibid., fol. 86v°c. 1. «Non tamen genus in rerum designatione accipi posse negant 
(je lirais volontiers negandum ou potest negari) ; dicit enim Boethius in libro Divisionum 



INTRODUCTION. lxxix 

valoir les arguments de la première, il est aisé de voir qu'il 
appartient à cette école. 

Quand il arrive au problème de la réalité ou de la non- 
réalité des genres et des espèces, il suit Boëce pas à pas, ou 
plutôt il le transcrit mot pour mot; il adopte entièrement son 
opinion , et cette opinion est la non-réalité des espèces et des 
genres, la réalité renfermée dans les objets particuliers , dans 
l'individu , les universaux conçus seulement comme des 
points de vue des cboses individuelles, et les genres et les 
espèces comme de simples ressemblances , abstractivement 
considérées ^ 

Il termine en citant d'après Boëce l'opinion d'Aristote et celle 
de Platon l 

L'ouvrage dont nous venons de rendre compte, peut 
nous représenter l'enseignement dialectique de l'école de Tours 
que dirigeait Alcuin et où Raban fut élevé , et celui de l'école 
de Fulde qu'il dirigea lui-même avant de passer au siège ar- 
chiépiscopal de Mayence. Le commentaire de Raban reproduit 
à peu près celui de Boëce ; il est pour la solution péripatéti- 
cienne du problème de Porphyre : et il n'en pouvait guère être 

generis divisionem esse ad naturam , id est ad res ( le manuscrit : apud oinnes ) ; per 
quod demonstratur Boethius non in vocum sed in rerum designatione genus acce- 
pisse. » 

' Man. de S. Germ. i3io, fol. 87 v°, c. 1. «Nîhil aliud est genus quam substantialis 
similitudo ex diversis speciebus in cogitatione collecta. » Plus bas : « Alio namque modo 
universalis est ( substantia eadem) cum cogitatur, alio singularis cum sentitur. Hic in- 
nuit nobis Boethius quod eadem res individuum et species et genus est, et non esse 
universalia individuis quasi quiddam diversum, ut quidam dicunt, scilicet speciem nihil 
esse quam genus informatum, et individuum nihil aliud esse quam speciem informatam. 
Aliter autem non diceretur universalitas et singularitas eidem subjecto accidere. lis ita 
determinalis , ut dicit Boethius, supradicta quaestio soluta est. » 

* Ihid. Hœc enim , ut dicit Boethius , sententia est Aristotelis ; Plato vero gênera et 
species non tantummodo inteUigi universalia sed etiam praeler individua subsistere 
putavit. Quorum, ut ipse dicit, Boelhius in commento sententias dijudicare noluit, etc. » 



Lxxx INTRODUCTION, 

autrement. Boëce restait seul debout sur les ruines de l'anti- 
quité, et dans la nuit profonde où dormait alors l'esprit hu- 
, main, son opinion, quelle qu'elle fût, devait être la lumière 
du temps et l'autorité souveraine en matière de philosophie. 
Opinion Si au IX* siècle, comme il vient d'être démontré, on con- 

dun anonyme . . . , . ., . , i,^ 

du X* siècle, naissait et on commentait les trois premières parties de iUr- 
(janum avec les commentaires de Boëce, il n'y a aucune raison 
de supposer qu'il n'en ait pas été de même au x*" siècle, et que 
le travail des écoles carlovingiennes se soit arrêté ou ralenti. 
Malheureusement on ne possède aucun monument dialec- 
tique de cette époque , excepté la petite dissertation de Ger- 
bert, depuis le pape Sylvestre II, adressée à l'empereur 
Othon III sur une difficulté que cet empereur avait rencon- 
trée dans l'Introduction de Porphyre. L'explication de Gerbert 
est aussi vaine que la difficulté de l'empereur Othon ; mais ce 
petit écrit ^ nous apprend au moins qu'au x^ siècle on conti- 
nuait à s'occuper avec zèle de YOr^anum, puisqu'un jeune 
empereur, au milieu des soucis d'une guerre périlleuse, pro- 
posait à Gerbert et aux savants de sa cour des difficultés sur 
Porphyre. Il est donc plus que vraisemblable qu'il doit exister 
des commentaires du x^ siècle sur ÏOrganum. Mabillon^ et, 
d'après lui, V Histoire littéraire de la France nous signalent l'exis- 
tence d'un commentaire inédit de ce temps sur la dialectique et 
les Prédicaments dans le manuscrit de Saint-Germain n° 61 3. 
Nous nous sommes empressé de rechercher ce manuscrit dans 
le fonds de Saint-Germain de la Bibliothèque royale. Mais le 
catalogue particulier des manuscrits de ce fonds indique 
comme perdu le manuscrit coté autrefois sous le n° 6i3 : 6i3 
deest; et nous désespérions de le retrouver, lorsqu'en exami- 

' Thesaur. Anecd. noviss., tom. II, part. II, pag. i5i. 

' Nouveau traité de diplomatique, tome III , page 3^9 ; Hist. littér., tome XII , page 46 1 . 



INTRODUCTION. lxxxi 

nant divers livres du même fonds et à peu près du même 
siècle, nous avons rencontré l'ouvrage que déjà nous ne 
cherchions plus, dans un manuscrit de Saint-Germain coté 
aujourd'hui 1 108 et autrefois 4^2. La démonstration sans ré- 
plique que ce manuscrit est bien celui de Mabillon, c'est 
qu'il renferme la note célèbre sur l'existence des antipodes 
que le savant bénédictin a tirée du manuscrit 61 3 et que 
rapporte l'Histoire littéraire. C'est une note marginale au 
feuillet 3o verso. Elle fait partie d'une glose sur le traité des 
Catégories attribué à saint Augustin, et qui est précédé dans 
le manuscrit par la Dialectique également attribuée au même 
Père^ Les éditeurs des œuvres de saint Augustin avaient 
sous les yeux ce même manuscrit en imprimant le traité des 
Catégories dont nous venons de parler, et sans indication de 
numéro ni de siècle ils l'appellent « Codex sangermanensis 
pervetustus. » Ils en ont tiré un prologue en vers d'Alcuin. Cet 
ancien manuscrit, qui est important à plus d'un égard, con- 
tient, parmi beaucoup d'autres opuscules, l'Introduction de 
Porphyre, l'extrait des Catégories attribué à saint Augustin, 
et l'Interprétation d'Aristote, avec des gloses interlinéaires et 
marginales sans nom d'auteur. La traduction latine de l'Intro- 
duction et de l'Interprétation est toujours celle de Boëce , et 
c'est encore à Boëce que ces gloses sont empruntées. Nous en 
extrairons seulement ce qui se rapporte au problème de 
Porphyre. 

L'opinion de ce dialecticien anonyme du x" siècle ne diffère 
guère de celle de Raban et de Boëce; quelquefois elle va plus 
loin dans le même sens. 

Selon notre auteur, les genres et les espèces ont un seul et 
même sujet, à savoir, telle ou telle chose. Sous le point de 

' August. opp., tom. X , Append. 

INTRODUCTION. 1 



Lxxxii INTRODUCTION. 

vue de l'existence, cette chose est individuelle, sensible, ma- 
térielle ; mais le point de vue de la conception est tout difFé- 
rent. En effet, l'intelligence conçoit un genre comme étant 
commun à plusieurs choses individuelles, et par conséquent 
comme n'étant pas exclusivement renfermé dans l'une d'elles : 
en ce cas les genres sont conçus comme universels et incor- 
porels. Le caractère du système de Platon est de ne pas ad- 
mettre seulement la notion des universaux dans l'intelli- 
gence, mais leur existence indépendante en dehors des 
choses individuelles et corporelles ^ 

Arrivant aux trois questions dans lesquelles se décompose 
le problème général de Porphyre , sur la première question , 
si les genres et les espèces ont une existence réelle, l'ano- 
nyme répond avec Boëce, dans son premier commentaire, 
qu'assurément ils existent, puisque sans eux rien ne serait; et 
il n'a pas l'air de se douter plus que Boëce que cette réponse, 
sérieusement examinée , ne serait pas très-facile à concilier avec 
l'opinion formellement exprimée dans le passage précédent^. 

Sur la seconde question, si les genres et les espèces sont 
matériels ou immatériels , notre anonyme s'explique plus 
nettement que Raban-Maur. Les genres, dit-il, sont matériels 
ou immatériels selon le point de vue sous lequel on les consi- 
dère. Sous le point de vue de l'existence, comme ils n'existent 
substantiellement que dans les choses sensibles et matérielles , 

' Fol. 46 recto. « Gênera et species , id est universale et singulare , unum quidera 
subjectum habent. Subsistunt vero alio modo, intelliguntur alio. Et sunt incorporalia ; 
sed sensibilibus juncta subsistunt in sensibilibus , et tune est singulare ; intelliguntur ut 
ipsa substantia, ut non in aliis esse suum habentia, et tune est universale. Sed Plato gê- 
nera et species non modo intelligi universalia, verum etiam esse atque prseter corpora 
subsistere putat. » 

* « lUud qaidem sire subsistant. Prima quaestio est utrum gênera et species vere sint. Sed 
sciendum est quod non esset disputatio de eis si non vere subsistèrent; nam res omnes 
quae vere sunt , sine eis non esse possimt. » 



INTRODUCTION. lxxxiii 

on peut dire qu'ils ne sont point immatériels; mais ils le sont 
si on les considère soijs cet autre point de vue, que le genre est 
commun à plusieurs espèces, comprend sous lui plusieurs es- 
pèces. A ce titre, l'espèce aussi est incorporelle, l'espèce homme, 
par exemple, si on ne la considère que par cet endroit qu'elle 
est comprise sous le genre, car pouvoir être compris sous un 
genre n'est rien de matériel; et à ce titre encore, la différence 
est immatérielle; par exemple, le quadrupède, si on le consi- 
dère non pas en lui-même, mais en tant que différent du bi- 
pède , et ainsi du reste : c'est-à-dire , en d'autres termes , que 
les genres comme les espèces et les variétés n'existent que 
comme des abstractions de l'esprit, et que c'est en cela seul 
que consiste leur immatérialité ^ 

Sur la troisième question , si les genres existent hors des 
choses ou dans les choses, l'auteur se prononce moins direc- 
tement que sur la question précédente. En tant qu'imma- 
tériels, les genres peuvent exister hors des choses, mais 
cela n'empêche pas qu'ils ne puissent aussi exister dans 
les choses, comme l'âme dans le corps, de telle sorte qu'ils 
soient à la fois inséparables des corps sans cesser d'appartenir 
aux êtres immatériels. Comme existant dans les choses, on 
peut les comparer à ces dimensions des corps qui sont imma- 
térielles, puisqu'elles ne tombent pas sous les sens, et qui 
pourtant n'abandonnent jamais les corps; et d'un autre côté, 
on peut aussi les comparer à l'âme qui vit dans le corps sans 

^ « An corporalia ista sint an incorporalia. Quod duobus modis accipilur, Nam genus si 
in eo quod genus sit, non quod res natura constat consideraJur, semper incorporale est; 
verbi gratia, si substaulia non consideratur in eo quod substantia est, sed in eo quod 
sub se species habet, incorporalis est. Item si species quae est homo consideratur tan- 
tummodo in eo quod sub génère est, est incorporalis et ipsa; eodem modo et differentia 
quadrupes non respicitur quod sit quadrupes differentia, sed unde a bipède differt, ac 
per hoc et ipsa incorporalis est. Similiter de caeteris accipiendum est. » 

I. 



Lxxxiv INTRODUCTION. 

y être nécessairement attachée ; question ardue sur laquelle 

Porphyre déclare qu'il veut garder le sijence. ^ 

Un autre passage confirme ce que nous avons déjà vu 
dans le commentaire de Raban-Maur, qu'il y avait à cette 
époque des philosophes, plus platoniciens que Raban et notre 
auteur, qui n'admettaient point cette solution équivoque , que 
les genres sont à la fois corporels et incorporels, et qui pen- 
saient qu'ils sont seulement incorporels. Cette autre école 
s'appuyait aussi sur Porphyre et essayait de le mettre de 
son côté^. 

L'auteur revient encore sur sa comparaison de l'immatéria- 
lité des genres avec celle des dimensions du corps. Les di- 
mensions d'un corps n'existent que dans ce corps, et cependant 
on les conçoit comme étant immatérielles, par exemple, la sur- 
face; et c'est là le premier degré de l'immatérialité, la pre- 
mière transition du corporel à l'incorporel. On peut comparer 
à cette immatérialité celle du genre et de l'espèce. L'animal 
et l'homme conçus abstractivement sont immatériels, mais 
ils sont corporels dans les individus dans lesquels seuls ils 
existent^. 

' « Acceptio (le manuscrit : exceptio) itaque incorporalitatis génère fitquod et praeter 
corpora separatum esse possit et corporibus jungi patiatur, ut anima, sed ita ut, si cor- 
poribus juncta fuerint, inseparabiiia sint a corporibus neque ab incorporallbus sepa- 
rentur, et utrasque in se contineant potestates. Nam si corporaîibus junguutur, talia sunt 
qualis illa prima versus terminos incorporalitas quae nunquam discedit a corpore. Si vero 
incorporalibus , talia sunt qualis est animus qui nunquam corpori copulatur. Hic se Por- 
phyrius tacere polUcetur. » 

* « Hi qui genus et speciem incorporalia solummodo dicunt , hoc probare videntur 
Porphyrii ipsius sententia , qui, veluti jam probato quod incorporea sint, ita ait : et utruin 
separata an ipsis sensibilibus juncta. Quod et si haec aliquando corporalia extitissent, absur- 
dum essel quaererp utrum ( le manuscrit : utrum incorporalia sej. ) sejuncta essent a sen- 
sibilibus, an juncta , cum sensibilia ipsa sint corpora. » 

' « Termini cum sint semper circa corpora quorum termini sunt , incorporei 

tamen intelliguntur, sicut est epiphania (fcV/(pace/a) ; el haec prima incorporalitas, primus 



INTRODUCTION. lxxxv 

La conclusion de l'anonyme est exactement celle de Boëce 

que déjà Raban avait adoptée : le genre n'est pas autre chose 

qu'une conception formée de la ressemblance de plusieurs 

espèces comparées entre elles ^ 

Il résulte de ces différents passages qu'au x^ siècle comme 
au ix% les premières parties de YOrganum étaient connues et 
étudiées dans la traduction de Boëce, et commentées à l'aide 
des commentaires de ce même Boëce; que le problème posé 
par Porphyre dans les premières lignes de l'Introduction ex- 
citait déjà quelque attention ; que la solution péripatéticienne 
répandue par Boëce prévalait généralement, mais qu'il y avait 
pourtant à côté de celle-là une solution différente , qui , sans 
être aussi accréditée, avait aussi ses partisans. Voilà donc 
deux doctrines, deux écoles en présence au ix*" et au x'' siècle. 
Mais il ne suffit pas que deux opinions soient déjà dans un 
temps pour appartenir à l'histoire. Le réalisme et le nomina- 
lisme étaient sans doute en germe, et dans la phrase de Por- 
phyre et dans le commentaire de Boëce et dans celui de Raban- 
Maur et dans les notes marginales de notre anonyme; mais 
leurs vrais principes avec leurs nécessaires conséquences étaient 
profondément ignorés , leur rapport à toutes les grandes ques- 
tions religieuses et politiques n'était pas même soupçonné. Ce 
n'étaient encore que deux manières différentes d'interpréter 
une phrase de Porphyre, qui restaient inaperçues dans l'obs- 
curité de l'école et vivaient assez bien ensemble sous la foi de 
leur insignifiance commune; mais en se connaissant mieux, 
en grandissant et en se développant , ces deux interprétations 



transitas a corporibus ad incorporea Huic ergo incorporalilati assimilatur generis el 

speciei incorporalitas. Nam, verbi gratia, animal et homo, licet per se intellecta incor- 
poralia sint, in individuis tamen quibus substant, corporalia sunt. » 
' «Genus est cogitalio collecta ex singularum simililudine specieruin. » 



Lxxxvi INTRODUCTION. 

étaient appelées à soulever des discussions mémorables, à 

troubler l'Église et l'Etat, et à prendre ainsi leur rang dans 

l'histoire. 

Gomment s'est opérée cette métamorphose? comment le 
péripatétisme indécis de Boëce, de Raban-Maur et de l'ano- 
nyme est-il devenu cette doctrine altière qui rompit d'abord 
en visière avec toutes les doctrines et toutes les puissances 
du temps? C'est le xf siècle qui a mis au monde le nomina- 
lisme. Tout était préparé pour cet enfantement. L'esprit hu- 
main , formé pendant plusieurs siècles dans les écoles fondées 
par Charlemagne, sous la discipline de la dialectique péri- 
patéticienne et d'une théologie sublime, était mûr pour les 
questions sérieuses. Les événements de ce siècle disent assez 
quel était son esprit. La lutte naissante du sacerdoce et de 
l'empire , de Henri IV et de Grégoire VII , annonçait les luttes 
morales qui se préparaient dans l'intérieur même du moyen 
âge , et le siècle de Bérenger pouvait bien être celui de Ros- 
celin. 
Nominaiisme Du Boulay a le premier cité, et, d'après lui, la plupart 
Rosceiin. des historicus de la philosophie répètent cette phrase d'une 
vieille chronique , qui raconte les faits écoulés depuis le 
roi Robert jusqu'à la mort de Philippe P"" : « In dialectica hi 
« potentes extiterunt sophistae : Joannes, qui eamdem artem 
«sophisticam vocalem esse disseruit; Robertus Parisiacensis, 
« Roscelinus Gompendiensis, Arnulfus Laudunensis. Hi Joannis 
« fuerunt sectatores, qui etiam quam plures habuerunt audi- 
« tores ^ » L'auteur du nominaiisme serait donc un certain Jean , 
qui aurait eu un bon nombre d'élèves, parmi lesquels aurait été 
Rosceiin. Ce fait, s'il était bien certain, n'aurait rien d'étrange 
au xi^ siècle, puisque déjà au ix*" et au x^ nous trouvons le 

* Duboulay, Histor. Univ. Par., tome I, page hh^. 



INTRODUCTION. lxxxvh 

principe du nominalisme , et que ce principe était dans Boëce 
lui-même. Selon Duboulay, Jean, dont il est ici question, avait 
été le médecin du roi Henri P^ Il était de Chartres , et il fut ap- 
pelé Surdus, à cause de sa grande surdité. Ainsi Roscelin n'au- 
rait pas, à proprement parler, inventé le nominalisme; mais 
encore une fois , pour l'histoire , l'auteur d'une opinion n'est 
pas celui qui la soupçonne le premier, mais celui qui lui 
donne son vrai caractère en l'appuyant sur des preuves nou- 
velles, en en tirant des développements nouveaux, surtout en 
la répandant parmi les hommes. Or, à tous ces titres, on ne 
peut mettre en doute que Roscelin ne soit l'auteur du nomi- 
nalisme. «» 

Si Roscelin s'était contenté de choisir dans les deux solu- 
tions indiquées par Porphyre du problème philosophique la 
solution péripatéticienne ; s'il eût répété Boëce et Raban- 
Maur, ou même si, comme son maître Jean, les universaux 
ayant été réduits par ses devanciers à de simples concep- 
tions de l'esprit, il eût réduit à son tour ces conceptions à 
des produits du langage, à des mots , il n'eût été peut-être ni 
plus célèbre ni plus persécuté que Jean son maître et ses 
autres condisciples; mais ce qui fit sa réputation et ses mal- 
heurs, c'est la hardiesse merveilleuse avec laquelle cet homme 
du xi^ siècle alla d'abord presque aussi loin qu'Occam au 
XIV^ En effet, Roscelin a fait ces trois choses : i"* en philo- 
sophie il a établi le nominalisme; 2° il a transporté le nomi- 
nalisme dans la théologie , et attaqué le dogme de la Trinité , 
sur lequel repose le christianisme; 3" enfin, passant de la 
philosophie et de la théologie à la politique , il a attaqué la 
plus grande puissance du temps, la puissance ecclésiastique, 
dans un de ses abus les plus répandus et les plus choquants. 

11 n'est pas facile de se faire une idée nette de l'opinion 



Lxxxvm INTRODUCTION. 

philosophique de Roscelin. Othonde Freisingen dit seulement: 
« Roscellinum quemdam qui primus nostris temporibus sen- 
« tentiam vocum instituit'. » Jean de Salisbury, dans les deux 
endroits où il parle de Roscelin , ne nous en apprend guère 
davantage. « Alius^ ergo consistit in vocibus, licet hœc opinio 
« cum Roscelino suo fere omnino jam evanuerit. » « Fuerunt 
« et qui voces ipsas gênera dicerent et species, sed eorum jam 
«explosa sententia est, et facile cum autore suo evanuit^. » 
Ainsi Roscelin soutenait que les genres et les espèces ne sont 
que des mots : mais comment le soutenait-il ? Quel était l'ou- 
vrage où il avait déposé son opinion ? Etait-ce un traité spécial 
de dialectique ? était-ce un simple coijimentaire de Porphyre ? 
Tous les monuments se taisent à cet égard, et nous en sommes 
réduits sur la doctrine de Roscelin à deux documents très-peu 
sûrs, la réfutation qu'en a donnée saint Anselme, réfutation 
beaucoup plus théologique que philosophique, dans le De fide 
Trinitatis sive Incarnatione Verbi, contra blasphemias RoscelUniy et 
la lettre d'Abélard à l'évêque de Paris. C'est là qu'il nous faut 
chercher avec une extrême précaution quelqu'ombre du prin- 
cipe philosophique qui a conduit Roscelin à ses doctrines théo- 
logiques. 

Saint Anselme se plaint de la mauvaise philosophie qui, s'in- 
troduisant de son temps dans la théologie, y mine les grandes 
vérités du, christianisme. Il s'élève contre ces dialecticiens, héré- 
tiques même en dialectique , qui prétendent que les universaux 
ne sont que des paroles^. Ce qu'il ajoute nous fait péné- 
trer davantage dans l'opinion de Roscelin. Ces dialecticiens, 

* Voyez plus haut, pag. xli. 

* Metahgicas, II, 17. 

* Polycraticus, VII, 12. 

* Anselm. opp. éd. Gerberon, pag. à.i. «lUi utique nostri temporis dialectici, imo 
dialeclice haerelici , qui non nisi flatum vocis putant esse universales substantias. » 



INTRODUCTION. lxxxix 

dit-il, admettent bien l'existence du corps coloré, mais non 
pas celle de la couleur; et par la sagesse d'un homme, ils 
n'entendent pas autre chose que l'âme de cet homme ^ Leur 
raison est tellement enveloppée dans des imaginations cor- 
porelles, qu'elle n'en peut sortir et distinguer les objets 
qu'elle seule peut apercevoir^. Or, dès qu'on ne reconnaît 
d'autres réalités que celles qui tombent sous les sens ; quand 
on ne peut pas concevoir l'existence de la couleur d'un cheval 
distincte du cheval lui-même ; quand on n'admet comme exis- 
tant que ce qui est individuel ; quand on ne peut pas com- 
prendre que plusieurs hommes individuels contiennent en 
eux quelque autre chose encore que ce qui les distingue, et 
que, dans ces difiFérents hommes, il y a une seule et même hu- 
manité, comment pourrait-on comprendre que les trois per- 
sonnes de la Trinité, dont chacune est Dieu, ne constituent 
qu'une seule et même divinité^ ? Il suit de ce passage impor- 
tant que Roscelin n'admettait de réalité que dans les indivi- 
dus , et que , selon lui , tout ce qui n'était pas l'individu lui- 
même, n'existait pas, était un pur nom. Et il résulte encore 
de ce même passage qu'il n'attaquait pas seulement les uni- 
versaux, mais qu'il s'en prenait aussi aux qualités des corps, 

' « Qui colorem non aliud tjueunt intelligere quam corpus , nec sapientiam hominis 
aliud quam animam. » 

* «In eorum quippe animabus ratio, quae et princeps et judex omnium débet esse 
quae sunl in homine , sic est in imaginationibus corporalibus obvoluta ut ex eis se non 
possit evolvere, nec ab ipsis ea quae ipsa sola et para contemplari débet, valeat discer- 
nere. » 

' «Qui enim nondum intelligit quomodo plures homines in specie sint homo unus, 
qualiter in illa secretissima natura comprehendet quomodo plures personœ, quarum 
singula quaeque est perfeclus Deus , sint Deus unus ? Et cujus mens obscura est ad dis- 
cernendum inter equum suum et colorem ejus, qualiter discernet inter unum Deum et 
plures relationes? Denique qui non potest intelligere aliud esse hominem, nisi indivi- 
duum , nullatenus intelliget hominem nisi humanam personam. » 

INTRODUCTION. ^ 



xc INTRODUCTION. 

par exemple, à la couleur: il ne l'admettait pas en elle-même, 
il admettait seulement le corps coloré ; et ceci doit nous aider 
à comprendre cette autre opinion qu'on lui attribue, qu'il niait 
la réalité des parties et les regardait aussi comme de purs mots. 
C'est du moins ce qu'on peut inférer de la lettre d'Abélard à 
l'évêque de Paris : « Aussi faux dialecticien que faux chré- 
tien, dit Abélard, il soutient dans sa dialectique que nulle 
chose n'a de parties, et corrompt par là le sens des Saintes 
Ecritures; car, à ce compte, dans l'endroit où l'Ecriture rap- 
porte que Jésus mangea une partie d'un poisson, il devrait 
dire qu'il s'agit seulement d'une partie du mot poisson, et 
non pas d'une partie de la chose elle-même ^ » 

Voilà les seuls documents qui subsistent sur le nominalisme 
de Roscelin. Cette disette extrême de témoignages donne le 
plus grand prix aux moindres renseignements nouveaux 
qui nous peuvent survenir, et par conséquent à un pas- 
sage du manuscrit de Saint - V ictor , où Abélard nous 
fait connaître l'opinion de Roscelin avec brièveté , mais 
non pas sans précision. Livre de la Division et de la 
Définition, fol. 199 v** ^ : «Fuit autem , memini , magistri 
« nostri Roscelini tam insana sententia , ut nullam rem parti- 
« bus'constare vellet ; sed sicut solis vocibus species, ita et partes 
« adscribebat. » Ce passage confirme pleinement celui de la 
lettre à l'évêque de Paris. Roscelin ne se contentait pas de ré- 
duire les universaux à des abstractions verbales; en vertu du 
même principe , sicut^ il prétendait que les parties n'ont point 
d'existence. Abélard ne s'en tient pas là : il nous fait connaître 

' Abael. opp., pag. 334- « Hic sicut pseudo-dialecticus, ita et pseudo-christianus , cum 
in dialectica sua nullam rem partes habere œslimat, ita divinam paginam impudenter 
pervertit, ut eo loco quo dicitur Dominus partem piscis comedisse, partem hujus vocis, 
quae est piscis, non partem rei intelligere cogatur. » 

* De la prés, édit., page 491. 



INTRODUCTION. xcr 

l'argumentation même sur laquelle s'appuyait Roscelin ; et 
comme nous avons démontré qu'il avait eu Roscelin pour 
maître et avait suivi ses leçons, c'est de sa bouche même qu'il 
avait dû recueillir cette argumentation ; elle mérite donc toute 
notre confiance. 

Roscelin faisait deux arguments pour prouver que les parties 
n'ont pas d'existence réelle : i" Dire qu'une partie d'une chose 
est aussi réelle que cette chose, c'est dire qu'elle fait partie 
d'elle-même, car une chose n'est ce qu'elle est qu'avec toutes 
ses parties; 2° La partie d'un tout devrait précéder ce tout; 
car les composants doivent précéder le composé; mais la 
partie d'un tout fait partie du tout lui-même; donc la par- 
tie devrait se précéder elle-même, ce qui est absurde. Ci- 
tons textuellement cette argumentation : « Si quelqu'un . di- 
sait que cette chose, qui est une maison, consiste en d'autres 
choses, à savoir les murs et les fondements, Roscelin lui 
opposait ce raisonnement : Si cette ' chose qui est un mur 
est une partie de cette chose qui est une maison , comme la 
maison n'est rien que le mur lui-même, le toit, le fonde- 
ment, etc., il en résulte que le mur sera une partie de lui- 
même et du reste; or, comment pourrait-il être une partie 
de lui-même ? De plus, toute partie précède naturellement son 
tout; or, comment le mur peut-il se précéder lui-même et le 
reste, puisque rien ne peut en aucune manière se précéder 
soi-même?» « Si quis autem rem illam quae domus est, rébus 
«aliis, pariete scilicet et fundamento , constare diceret, tali 
« ipsum argumentatione impugnabat : si res illa quae est paries, 
« rei illius quae domus est, pars sit, cum ipsa domus nihil 
« aliud sit quam ipse paries et tectum et fundamentum , pro- 
« fecto paries sui ipsius et caeterorum pars erit. At vero quo- 
« modo sui ipsius pars fuerit? Amplius : omnis pars naturaliter 



xcii INTRODUCTION. 

« prior est suo toto. Quomodo autem paries prior se et aliis 

« dicetur, cum se nullo modo prior sit ^ ? » 

Voilà donc en quoi consistait le nominalisme de Roscelin : 
il soutenait que les universaux, à savoir les genres et les espèces, 
ne sont que des mots; et que de même, les parties d'une chose 
n'existant que dans cette chose, dès qu'on les en sépare on 
n'a plus aussi quMes mots. On peut supposer qu'il en disait 
autant des qualités par rapport à leur sujet. Le principe com- 
mun de ces diverses théories est qu'en réalité il n'existe que 
des individus, des choses particulières, et que hors de là il n'y 
a que des conceptions et abstractions de l'esprit et par consé- 
quent des mots. Le principe admis, la conséquence semble 
irréprochable. En effet, si les genres et les espèces, si les 
universaux existent autre part que dans l'entendement de 
l'homme^ s'ils sont autre chose que des conceptions et des 
abstractions de notre esprit , il est impossible de les réduire 
à des noms; mais si les 'universaux ne sont que des notions 
abstraites, évidemment alors toute la réalité appartient ou 
aux choses individuelles auxquelles ces notions sont em- 
pruntées ou à l'esprit qui a la puissance de former de pa- 
reilles abstractions; et ces abstractions en elles-mêmes sont 
de purs mots. La conséquence est légitime; elle est même 
fort naturelle. Mais le génie consiste souvent à tirer une 
conséquence nouvelle , à découvrir une face nouvelle d'un 
principe déjà connu. Or, on ne peut nier qu'avant Roscelin 
ou son maître Jean, au xi* siècle, personne n'avait songé à 
tirer cette conséquence de la doctrine que tout le monde 
enseignait. Raban-Maur et notre anonyme enseignaient aussi 
que les genres et les espèces, les universaux, sont des concep- 
tions de l'esprit , et qu'ils n'ont de réalité que dans les indi- 

' De la prés, édit., page Agi- 



INTRODUCTION. xcm 

vidus où l'esprit les recueille par voie de comparaison et 
d'abstraction. De là à conclure que les universaux ne sont 
que des mots, il n'y avait qu'un pas; mais ce pas, ni Raban, 
ni l'anonyme ne l'ont fait; Boëce non plus n'avait pas été 
jusque-là. Dans l'Introduction de Porphyre, cette expression, 
lescm^ mots, ne s'applique, comme nous l'avons déjà dit \ qu'aux 
Prœdicahilia , aux abstractions évidemment verbales, à savoir, 
le genre , l'espèce , la différence , le propre , l'accident , et 
nullement aux universaux proprement dits, les genres et les 
espèces. Porphyre , dans la double solution qu'il énonce du 
problème de la nature des universaux , n'indique en opposi- 
tion à la solution platonicienne que la solution péripatéti- 
cienne, et celle-ci n'allait pas jusqu'au nominalisme. Dans 
toute l'antiquité, le péripatétisme , développé et commenté 
par tant d'esprits pénétrants et rigoureux , et dans une indépen- 
dance philosophique illimitée, ne produisit jamais une telle 
conséquence, au du moins cette conséquence n'y eut jamais 
le rang et la dignité d'une doctrine. Si donc le nominalisme 
n'est qu'une conséquence du péripatétisme , et si par là il se 
rattache à la philosophie ancienne, il faut reconnaître que 
c'en est une conséquence nouvelle, inconnue, inouie; c'est 
un fruit tout à fait nouveau, éclos à la fin du xi* siècle, et 
donné à la philosophie moderne par la scolastiqu« et par 
un Français. Or, une époque philosophique, religieuse ou 
politique , n'existe qu'à une condition : qu'elle possède un prin- 
cipe nouveau , qui devienne le fondement d'un grand débat et 
produise un grand mouvement. Ce grand mouvement, ce grand 
débat est ici la lutte du nominalisme et du réalisme; et cette 
lutte ne pouvait prendre de l'importance et de la grandeur 
qu'autant que s'élèverait une opinion nouvelle, nette et pré- 

' Voyez plus haut, pag. lxvii-lxix. 



xciv INTRODUCTION. 

cise, qui, allant droit à toutes ses conséquences, éclaircît d'a- 
bord l'horizon nébuleux du péripatétisme indécis légué par 
Boëce aux écoles carlovingiennes. La scolastique, comme 
époque originale de l'histoire de la philosophie, commence 
avec la querelle du nominalisme et du réalisme : c'est le no- 
minalisme qui a engagé cette querelle, c'est donc lui qui l'a 
produite, et avec elle la philosophie scolastique. 

Dès qu'un principe nouveau est déposé dans le monde, s'il a 
de la vie et de la force, il le fait voir, en se développant, par 
la variété et l'importance de ses applications. Le nominalisme, 
à peine né, s'appliqua d'abord à la théologie, qui était la 
grande affaire, l'intérêt vivant de l'époque. Roscelin trans- 
porta dans la théologie le même esprit d'indépendance et de 
conséquence qu'il avait montré en dialectique. Ici nous pos- 
sédons ses propres paroles, rapportées par saint Anselme. 
Jusque-là la théologie consistait dans l'exposition plus ou moins 
régulière des dogmes sacrés; Roscelin essaya d'introduire une 
méthode nouvelle. «Les païens, dit-il, défendent leur reli- 
« gion, les juifs défendent la leur; nous aussi, chrétiens, il faut 
« que nous défendions notre foi. » « Pagani defendunt legem 
« suam , j udaei defendunt legem suam ; igitur et nos christiani 
« debemus défende re fidem nostram ^ » Ici défendre voulait 
dire expliquer : mais les premières explications ne furent pas 
heureuses; celles de Roscelin détruisaient le christianisme 
dans le dogme de la Trinité. En effet, si les parties, les qua- 
lités et les rapports n'existent pas et ne sont que des mots, les 
rapports des trois personnes divines entre elles s'évanouissent, 
et il n'y a plus ou qu'un seul Dieu sans trinité de personnes, 
ou trois personnes, ou plutôt trois êtres , trois Dieux, sans uni- 
té ; car l'unité qui n'est pas celle de l'individu est pour le nomi- 

* Anselm. 0pp. Def.de Trinitatis, pag. ^3. 



INTRODUCTION. xcv 

nalisme un pur mot. De là le dilemme de Roscelin : Ou les trois 
personnes de Dieu ne sont pas seulement trois personnes , mais 
trois choses qui existent chacune individuellement et sépa- 
rément, comme existent trois anges ou trois âmes, et n'ayant 
de commun entre elles que la ressemblance ou l'identité de 
volonté et de puissance ; ou bien les trois personnes ne font 
qu'un seul Dieu, et dans ce cas ce Dieu seul existe sans dis- 
tinction de personnes ; il agit tout entier quand il agit ; et 
par conséquent il faudrait dire que le Père et le Saint-Esprit 
ont dû s'incarner quand le Fils s'est incarné. Or, cette dernière 
hypothèse est absurde : donc il faut adopter la première , et 
admettre que les trois personnes sont en effet trois êtres dis- 
tincts , et pour ainsi dire trois Dieux. Telle est l'opinion ren- 
fermée dans trois passages dont la ressemblance atteste assez 
qu'ici encore nous possédons les paroles mêmes de Pioscelin. 
Le premier de ces passages est la lettre d'un nommé Jean à 
saint Anselme, pour lui demander son avis sur la question 
soulevée par Pioscelin : « Hanc enim inde quaestionem Rosce- 
« linus de Compendio movet. Si très personœ sunt una tantum 
« res et non sunt très res per se, sicut très angeli aut très animae, 
« ita tamen ut voluntate et potentia omnino sint idem ; ergo 
« Pater et Spiritus Sanctus cum Filio incarnatus est'. » C'est 
après avoir reçu cette lettre que saint Anselme , encore abbé 
du Bec, écrivit à Fulcon , évêque deBeauvais : « Audio.... quia 
« Roscelinus clericus dicit in Deo très personas esse très res ad 
« invicem separatas, sicut sunt très angeli , ita tamen ut una sit 
« voluntas et potestas; aut Patrem et Spiritum Sanctum esse in- 
« carnatum , et très Deos vere posse dici , si usus admitteret^. » Le 
dernier passage est celui du Dejîde Trinitatis, écrit plus tard, et 

' Baiuze , Miscell. , tom. IV, pag. ^78 , ^79. 

^ Anselm. 0pp., Epistol. lib. II, epist. k\, pag. 357. 



I 



xcvi INTRODUCTION. 

qui ne porte plus sur de simples bruits. « Si in Deo très personae 
« sunt una tantum res , et non sunt très res, unaquœque per se se- 
« paratim , sicut très angeli aut très animae , ita tamen ut volun- 
« tate et potentia omnino sint idem , ergo Pater et Spiritus Sanc- 
« tus cum Filio incarnatus est. » Encore une fois, c'est là ou la non- 
distinction des personnes de la Trinité et leur confusion dans 
un seul être réel , ou bien la substitution de trois substances 
réelles à la simple distinction de personnes. Cette dernière 
opinion est celle de Roscelin : c'est un trithéisme absolu ; il dé- 
rive du principe métaphysique qu'il n'y a de réalité que dans 
les individus et dans les choses particulières , et cette méta- 
physique était absolument incompatible avec le christianisme. 
Arrivé à cette nouvelle conséquence , le nominalisme ne pou- 
vait manquer de soulever contre lui l'esprit du temps et l'auto- 
rité ecclésiastique. Roscelin, né peut-être en Bretagne \ et qui 
était chanoine de Gompiègne ^, et probablement y enseignait, 
fut traduit devant un concile, celui de Soissons, en 1092 ou 
en 1093. Il paraît qu'il essaya de se mettre à l'abri sous l'au- 
torité de Lanfranc et de saint Anselme, auxquels il attribua 
son opinion ; mais hautement désavoué par ce dernier , il fut 
obligé d'abjurer, non par conviction, mais dans la crainte 
d'être massacré parle peuple^. Il ne fut pas moins condamné, 
forcé de quitter la France et de se réfugier en Angleterre *. 
La leçon était sévère; ellefut inutile : en Angleterre, Roscelin 
déclara qu'il persistait dans son opinion^, et il la répandit 
même en secret; c'est alors que saint Anselme, qui, de l'ab- 

' Aventinus, Annal. Boior. lib. VI, pag. ig5. 

* Passim. Histoire littéraire, tome IX, page SSg. 

' Anselm. 0pp. Defide Trinitatis, pag. à2. « .... Audivi praefatae novitatis auctorem.... 
dicere se non ob aliiid abjurasse nisi quod dicebal quod a populo inlerfici timebat. » 

* Ab. 0pp. pag. 334, 335. «... haeresis. . . exilio punita. » 

* Anselm. 0pp. ibid. « in sua perseverantem sententia. » 



INTRODUCTION. xcvii 

baye du Bec, était passé à l'archevêché de Cantorbéry, se dé- 
cida à publier contre lui son traité de la Trinité et de l'In- 
carnation. 

Mais ni sa première condamnation ni la nouvelle accusation 
que lançait contre lui le puissant et vénéré archevêque de 
Cantorbéry ne corrigèrent Roscelin. En philosophie, il avait 
troublé l'école avec le nominalisme; en théologie, il avait at- 
taqué le dogme fondamental du christianisme : il ne lui man- 
quait plus, pour combler ses malheurs et pousser jusqu'au bout 
son rôle de novateur, que de s'attaquer à la puissance ecclé- 
siastique elle-même. On sait qu'à cette époque les mœurs du 
clergé anglais étaient fort relâchées ; beaucoup de prêtres 
avaient des concubines ; souvent même ils étaient mariés; 
leurs enfants entraient dans l'église , et par la protection 
de leurs pères envahissaient les bénéfices. Roscelin s'éleva 
contre cet abus. Un Français qui était comme lui en Angle- 
terre, et enseignait à Oxford, Thibault d'Etampes, prit la 
défense du clergé anglais dans une lettre adressée à Ros- 
celin; et, en réfutant ses arguments, il nous les a conser- 
vés ^ « Roscellino Compendioso magistro Theobaldus Stam- 
«pensis magister Oxfordige : Non plus sapere quam oportet, 
« sed sapere ad sobrietatem. » Roscelin prétendait i'' que les 
enfants de prêtres , nés en dehors d'un légitime mariage , sont 
hors de la loi, exleges, et qu'il était injuste de les préférer à 
ceux qui n'avaient pas contre eux une pareille origine; 2" que 
le baptême de ces enfants effaçait leurs péchés , mais sans 
changer leur condition ; 3" qu'en ne les recevant pas dans 
les ordres, on empêcherait le scandale d'enfants de prêtres 
élevés aux dignités ecclésiastiques. Sans doute, Roscelin exa- 
gérait, et ce qu'il demandait était injuste relativement à des 

' Dachery, Spicilegium , loin. III, pag. i42. 

INTRODUCTION. » 



xcvm INTRODUCTION. 

enfants qui ne devaient pas être |winis des fautes de leurs pères; 
mais il est certain qu'en admettant ti'op facilement dans l'E- 
glise de pareils candidats, on ouvrait la porte à mille abus , on 
laissait impunie une licence coupable, et on avait l'air de l'au- 
toriser. Aussi l'Eglise elle-même prit-elle à cet égard de sages 
mesures, aussi éloignées d'une injuste rigueur que d'une scan- 
daleuse indulgence ^ Mais le clergé d'Angleterre trouva plus 
commode de persécuter Roscelin que de réformer ses mœurs, 
et il s'éleva contre notre pauvre compatriote un tel orage, 
qu'il courut risque de la vie et fut contraint de quitter l'An- 
gleterre^ et de venir redemander un asile à la France. Il paraît 
qu'il dut faire une rude pénitence et subir de sévères correc- 
tions, « ut aiunt, à canonicis verberatus, » sans pouvoir rentrer 
dans ses droits et dans ses fonctions de chanoine^. Dans sa 
détresse, Roscelin s'adressa à Yves, évêque de Chartres, et lui 
demanda une place dans son église. Mais la réputation de 
Roscelin était si mauvaise, qu'Yves n'osa point le recevoir; 
et dans une lettre qui nous est parvenue, le prélat motive 
son refus sur la crainte de se rendre suspect lui-même en 
accueillant Roscelin, et que son arrivée à Chartres n'y soit 
l'occasion de graves désordres : il va même jusqu'à dire qu'on 
pourrait bien le lapider ''. D'ailleurs il reconnaît qu'on l'a in- 
justement dépouillé^ . Mais il se plaint qu'après sa condamna- 

' Au concile de Clermont , il fut décidé que les fils de prêtres n'entreraient dans les 
ordres qu'avec une dispense spéciale. 

* Âbsel. opp., ibid. « Ab utroque regno in quo conversatus est, tanr Anglorum scilicet 

quam Francorum, cum summo dedecore expulsus est ut ad régis anglici imperium 

ab Anglia turpiter impudens ejus contumacia sit éjecta et vix tum cum vita evaserit. » 

' Ibid. «Ht in ipsa, cujus pudore canonicus dicitur, beati Martini ecclesia , nunquam, 
ut aiunt , a canonicis verberatus, morem solitum servaverit. » 

* Iv. Carnot. opp. epistol. vu. o .... Et audito nomine tuo et pristina conversatione tua, 
more suo solito , ad lapides convolarent et lapidum aggere praefocarent. » 

Ibid. « Si.... te afflixit et rébus tuis te nudavit quorumdam violentorum rapax avarilia. » 



INTRODUCTION. xcix 

tioii il ait recommencé à répandre sa doctrine et d'autres tout 
aussi mauvaises. Il lui insinue qu'il doute de la sincérité de sa 
conversion actuelle, et l'engage à publier une rétractation for- 
melle : à ce prix, il lui promet sa protection, le pardon de 
l'Eglise et un bénéfice ^ Roscelin ne suivit pas ce conseil. Est-ce 
alors ou auparavant qu'il écrivit une lettre contre le bien- 
heureux Robert d' Arbrisselle , qui allait faisant partout des 
prédications ardentes, des conversions et des miracles ? Abé- 
lard appelle cette lettre insolente : « Contumacem ausus 
« est epistolam confmgere ^ ? » Roscelin reparaît dans l'his- 
toire vers 112 1, pour dénoncer à l'évêque de Paris, Guil- 
laume, GeofFroi ou un autre ^, le livre d'Abélard sur la Trinité. 
On ne voit pas bien quel avait pu être son motif, mais il trouva 
dans Abélard un adversaire impitoyable. Celui-ci écrivit à 
l'évêque de Paris une lettre où, en repoussant la dénoncia- 
tion de Roscelin, il l'accable sous l'histoire de sa vie, et lui 
prodigue les plus durs sarcasmes. Depuis, Roscelin disparaît 
entièrement, et on ne sait comment il a fini; mais il n'y a 
pas un seul texte véritablement applicable à Roscelin d'où 
on puisse conclure qu'il se soit rendu et qu'il ait fait ses sou- 



missions ^. 



Telle fut la destinée du père du nominalisme. Il souflVit 
toute sa vie pour la même cause pour laquelle souffrit aussi , 
3oo ans plus tard, l'Anglais Occam, qui, sous tous les rap- 
ports, a tant de ressemblance avec Roscelin. Tous deux sont 
comme les héros du nominalisme , et ils en ont presque été les 
martyrs. Mais Occam, au xiv'' siècle, devançait à peine son temps: 

' Iv. Carnot. opp. epistol vu. « Restât igitur ut palinodiam scribas sic beneficiis 

poteris ampHari. » 

' Abœl. opp. ibid. — ' Ibid. 

' Il n'est pas possible d'admettre à ce sujet les hypothèses de Mabillon ni celles des 
autres auteurs. Histoire littéraire, tome IX, page 363. 



c INTRODUCTION, 

même dans ses attaques contre Tautorité papale , il avait de son 
côté la moitié de son siècle, et il s'appuyait sur un roi et sur 
un empereur. A la fin du xV siècle , Roscelin combattit et souf- 
frit sans espérance. Il a laissé à la philosophie moderne ces deux 
grands principes : i** Il ne faut pas réaliser des abstractions; 
2° La puissance de l'esprit humain et le secret de son dévelop- 
pement sont en grande partie dans le langage. Roscelin est le 
précurseur de l'école empirique. Sans doute cette école est bien 
faible encore dans Roscelin, mais elle commence avec lui 
pour ne plus finir. Il paraît qu'indépendamment de la témé- 
rité de ses opinions, l'inquiétude et l'opiniâtreté de son ca- 
ractère ajoutèrent à ses malheurs; mais il ne faut pas oublier 
d'abord que nous le connaissons seulement par ses adver- 
saires; ensuite que les opinions hardies et les innovations 
prématurées veulent de pareils caractères, et que ce n'est pas 
la parfaite sagesse qui entreprend et achève les révolutions 
même les plus utiles. Enfin , on ne peut pas du moins lui re- 
fuser une constance qui ne s'est jamais démentie. A tous 
ces titres , Roscelin a sa place dans l'histoire de l'esprit hu- 
main. Le nominalisme du xv^ et du xvi*" siècle le désavoua, par 
calcul peut-être ; celui du xviii^ siècle ne s'est pas même sou- 
venu de lui , et c'est un adversaire déclaré de l'école à laquelle 
il appartient qui le premier en France lui rend ce juste et 
tardif hommage ^ 

Nous avons raconté les orages que souleva le nominalisme 
de Roscelin. L'anathème qui accabla les conséquences re- 
monta jusqu'au principe. En voyant où conduisait la solution 
péripatéticienne du problème de Porphyre, on devait être na- 

' Il y a en Allemagne un écrit assez insignifiant sur Roscelin : Chladenii dissertatio 
historica de vita et haeresi Roscellini; Erlang. 1756. Réimprimé dans le Thésaurus Bio- 
et Bibliographicus de Waldau; Chemnitz, 1792. 



INTRODUCTION. ci 

turellement tenté de se rejeter à l'extrémité opposée et dans 
la solution platonicienne, plus conforme et plus favorable à 
l'esprit du christianisme. La première solution avait jusq^u'alors 
prévalu et régné presque sans partage , dans la parfaite igno- 
rance des résultats qu'elle renfermait : le martyr Boëce et le 
bienheureux Raban-Maur sont péripatéticiens. C'est dans la 
résistance au nominalisme naissant que renaît à son tour et 
commence à se montrer sur la scène la solution platonicienne; 
car une opinion fortement prononcée a toujours pour effet de 
susciter une opinion contraire d'une égale énergie. Ainsi s'en- 
gage la lutte, et par la lutte marche l'esprit humain. 

Le premier adversaire de Roscelin est, ainsi que nous l'a- 
vons vu, et devait être un prêtre orthodoxe. 

Anselme, Italien, que l'église a canonisé pour ses vertus et Réalisme 
aussi pour son dévouement à la cause de l'autorité ecclésias- *'''^^|''i"' 
tique, était élève de son compatriote Lanfranc, l'adversaire de 
Bérenger, et sortait de la célèbre école du Bec. Né avec le génie 
de la méditation, dans un autre siècle il eût été peut-être 
un grand métaphysicien; au xi^ siècle, il concentra toutes 
ses forces sur la théologie, et avec un esprit naturellement vi- 
goureux et élevé, il arriva à cette philosophie chrétienne qui 
lui a dicté le Monolocjium, le Prosloginm et le Dialocjus de veritate. 
Sa méthode , car il en a une \ est de partir des dogmes 
consacrés, et sans s'écarter jamais de ces dogmes, en les 
prenant tels que les donne l'autorité , mais en les fécondant 
par une réflexion profonde, de s'élever, pour ainsi dire, des 
ténèbres visibles de la foi à la pure lumière de la philosophie : 
fides cjiiœrens intellectum^. Dans le Monolocjium et le Proslogium 
il a dérobé à Descartes la preuve fameuse de l'existence réelle 

' Cours de l'Histoire de la philosophie, de 1829, leçon ix', page 3/16. 
* Anselm. opp., pag. 29. 



saint Anselme. 



en INTRODUCTION, 

de Dieu, par la seule conception d'un idéal de grandeur et 
de perfection absolue , sur lequel nous mesurons toutes les 
perfections et les grandeurs relatives. Dans le Dialogue sur la 
vérité, avec une simplicité qui note rien à la rigueur, il a dé- 
montré que la vérité est le ibnd et l'essence même des choses; 
que par conséquent ce qui est faux n'est pas , et que par con- 
séquent encore tout ce qui est est bien , le vrai et le bien étant 
la même chose : d'où il suit que le mal lui-même a sa raison 
légitime, qu'il doit être à la fois et qu'il ne doit pas être; il 
ne doit pas être, car c'est une infraction de la volonté hu- 
maine à l'éternelle loi du bien; et il doit être, car cette in- 
fraction, qui témoigne de la liberté de la volonté, témoigne 
par là de la bonté du système général dont cette liberté fait 
partie ^ Enfin , comme toutes les grandeurs supposent une 
grandeur absolue , de même toutes les vérités supposent une 
vérité unique. Saint Anselme compare la vérité au temps. 
Quand on parle de la durée de telle ou telle chose , il ne faut 
pas entendre que cest telle ou telle chose qui dure par elle- 
même et qui contient intégralement la durée; loin de là, c'est 
la durée qui, dans son sein, comprend toutes choses et la suc- 
cession mobile des événements qui la mesurent et ne la cons- 
tituent pas. De même , quand on parle de la vérité de telle ou 
telle chose, ce n'est pas que la vérité appartienne à ces choses, 
ce sont bien plutôt ces choses qui appartiennent à la vérité , car 
la .vérité n'appartient qu'à elle-même^. Saint Anselme se sou- 
tient à cette hauteur tant qu'il reste dans les régions de la 

' Anselm. opp. , Dial. de Ver., c. vu , pag. n i . « Est igitur veritas in omnium 

quae sunt essentia quod falso est non est omne quod est, recte est Débet enim 

esse et non esse (malum) , quia bene et sapienter ab eo quo non permittente fieri non 
posset, permitlitur; et non débet esse quantum ad illum cujus iniqua voluntale con- 
cipitur. » 

' Anselm. opp. Dial. de Ver. c. xiii. «Quod una sit veritas in omnibus veris. Sicul 



I 



INTRODUCTION. cm 

inétapliysique chrétiemie; mais il retombe dans la barbarie de 
son temps dès qu'il al^andonne le christianisme et aborde la 
philosophie d'alors, la dialectique scolastique. Ainsi le dia- 
logue ^ de Grammatica, qui est malheureusement de lui , roule 
sur une misérable difficulté du livre d'Aristote de V Interpré- 
tation; et il est tout aussi vain et tout aussi insignifiant que le 
morceau de Gerbert, adressé à l'empereur Othon, sur une 
difficulté de l'Introduction de Porphyre. Ce n'est pas là qu il 
faut chercher saint Anselme ; c'est dans les trois ouvrages que 
nous avons cités, ainsi que dans ses grands traités de théologie , 
et particulièrement dans le traité : De fuie Trinitatis, composé 
contre Roscelin. 

Ce traité est exclusivement théologique. Saint Anselme n'était 
plus alors écolâtre et prieur du Bec, mais archevêque de 
Cantorbery; et dans la haute et périlleuse situation où il se 
trouvait, il avait mis la plume à la main, non dans l'intérêt 
de telle ou telle théorie philosophique , mais pour défendre le 
dogme sur lequel repose le christianisme, et que Roscelin 
avait attaqué; c'est donc seulement d'une manière indirecte 
qu'il réfute fopinion de Roscelin sur la nature des universaux, 
et qu'il lui échappe quelques mots dont on peut tirer une 
sorte de théorie. Nous nous sommes déjà servi de ce pas- 
sage, et nous allons le reproduire intégralement: « Illi uti- 
« que nostri temporis dialectici, imo dialectice hœretici, qui 
^< non nisi flatum vocis putant esse universales substantias, et 
« qui colorem non aliud queunt intelligere quam corpus nec 



tempus per se consideratum non dicitur tempus alicujus, sed cum res quae in illo 
sunt consideramus , dicimus tempus hujus vel illius rei, ita summa veritas per se sub- 
sistens nullius rei est; sed cum aliquid secundum illam est, tune ejus dicitur veritas seu 
rectitude. » 



Anselm. opp. Dial. de Ver., c. xiii, pag. i5U. 



civ INTRODUCTION. 

«sapientiam hominis aliudquam animam, prorsus a spiritua- 
« lium quaestionum disputa tione sunt exsufïlandi. In eorum 
«quippe animabus ratio, quse et princeps et judex omnium 
« debot esse quae sunt in homine , sic est in imaginationibus 
« corporalibus obvoluta , ut ex eis se non possit evolvei e , nec 
« ab ipsis ea quae ipsa sola et pura contemplari débet, valeat 
« discernere. Qui enim nondum intelligit quomodo plures ho- 
« mines in specie sint unus homo; qualiter in illa secretissima 
«et altissima natura comprehendet quomodo plures personae, 
«quarum singula quaeque est perfectus deus, sint unus deus? 
« Et cujus mens obscura est ad discernendum inter equum 
«suum et colorem ejus; qualiter discernet inter unum deum 
« et plures relationes ejus? Denique qui non potest intelligere 
« aliquid esse hominem, nisi individuum, nullatenus intel- 
« liget hominem, nisi humanam personam. » 

Ce passage fait naître les observations suivantes : 
i*" Saint Anselme appelle les universaux, substantiels univer- 
sales, expression évidemment réaliste. 

2° Il rattache le nominalisme à l'empirisme, rapport que 
l'histoire entière démontre, mais qu'au moyen âge saint An- 
selme a le premier signalé; et il rattache le réalisme à cette 
autre philosophie qui admet au-dessus des sens et des facultés 
qui en dérivent, un moyen spécial de connaître, une fa- 
culté propre et indépendante, l'intelligence; la raison. Selon 
l'empirisme, comme on ne peut ni voir ni toucher les uni- 
versaux , et pas davantage se les représenter « sic est in ima- 
« ginationibus corporalibus obvoluta ut ex eis se non possit 
«evolvere,» on en conclut fort naturellement que ce sont de 
vains mots. On arrive à un tout autre résultat avec la philoso- 
phie qui admet la raison comme distincte des sens et de l'imagi- 
nation, comme étant la faculté de connaître par excellence, 



INTRODUCTION. cv 

« ratio quae princeps et judex omnium débet esse », et comme 
ayant des objets qui lui sont propres et de la réalité des- 
quels elle est seule juge compétente « ea quœ ipsa sola con- 
« templari débet. » Ce langage est à peu près celui que Platon 
adresse à Protagoras, les Alexandrins aux Péripatéticiens , et 
l'idéalisme moderne à Hobbes, à Gassendi et à Condillac, 
qui sont nécessairement et ouvertement nominalistes, parce 
que pour eux la raison n'est point une faculté spéciale et in- 
dépendante, et que toutes nos facultés viennent de la sen- 
sibilité, pour laquelle assurément les universaux sont des 
chimères. 

3** Saint Anselme reproche au nominalisme de ne recon- 
naître d'autre réalité que les choses particulières, dans 
l'homme, par exemple, que l'individu : «non potest intelli- 
« gère aliquid esse hominem, nisi individuum, etc. » Donc, en 
attribuant à saint Anselme la doctrine contraire à celle qu'il 
réfute , nous croyons pouvoir légitimement conclure de ce qui 
précède que, selon saint Anselme, l'homme n'est pas tout 
entier dans l'individu. Il accuse le nominalisme de ne pas com- 
prendre comment plusieurs hommes particuliers ne sont qu'un 
seul et même homme, « nondum intelligit quomodo plures 
« homines in specie sint unus homo;» donc il pensait que 
non-seulement il y a des individus humains, mais qu'il y a en 
outre le genre humain, l'humanité, qui est une, comme il 
admettait qu'il y a un temps absolu que les durées particulières 
manifestent sans le constituer, une vérité une et subsistante 
par elle-même, un type absolu du bien, que tous les biens 
particuliers supposent et réfléchissent plus ou moins imparfai- 
tement, selon la doctrine du Monolocjium, du Proslogium et du 
Dialocjus de veritate. Et ici nous ne pouvons nous empêcher de 
donner raison à saint Anselme contre Roscelin, au réalisme 



INTRODUCTION. 



cvï INTRODUCTION, 

contre le nominalisme , et en général à l'idéalisme contre Tem- 
pirisine. Il nous est impossible de ne pas croire avec le sens 
commun et le vulgaire , qu'il y a en efiPet un genre très-réel , 
appelé le genre humain , composé de mille et mille individus , 
tous très-différents entre eux, mais qui tous aussi ont quelque 
chose de commun. Or, ce quelque chose qui leur est commun 
à tous, au milieu de toutes les différences qui les séparent, ce 
quelque chose de commun ne peut pas être individuel aussi; 
car tout ce qui est individuel et particulier est nécessairement 
dissemblable. Il faut donc bien que ce quelque chose de com- 
mun à tous les êtres humains, individuels et dissemblables, 
soit quelque chose d'universel et d'un , qui constitue ce qu'on 
appelle le genre humain. Ainsi le genre humain n'est pas un 
mot , ou bien il faut prétendre qu'il n'y a réellement rien de 
commun et d'identique dans tous les hommes , que la frater- 
nité et l'égalité de la famille humaine sont de pures abstrac- 
tions , et que , la seule réalité étant l'individualité , la seule 
réalité est par conséquent la différence, c'est-à-dire l'inimitié et 
la guerre , sans autre droit que la force , sans autre devoir que 
l'intérêt, sans autre remède que la tyrannie ; tristes mais né- 
cessaires conséquences que la logique et l'histoire imposent 
au nominalisme et à l'empirisme , et qui soulèvent contre eux , 
avec le christianisme, le sens commun et la conscience du 
genre humain. 

4** Jusqu'ici le réalisme de saint Anselme a raison contre 
le nominalisme de Roscelin ; mais le réalisme devait avoir aussi 
ses exagérations pour que la querelle , qui devait être si utile 
à l'esprit humain, pût être continuée; car c'est par leurs er- 
reurs que les systèmes se combattent, et c'est par leurs com- 
bats qu'ils se développent et se perfectionnent. Voici le point 
sur lequel le réalisme perd ses avantages, prête le flanc aux 



INTRODUCTION. cvn 

attaques du nominalisme, et par là le rend nécessaire et le 
légitime. 

Oui , sans doute , il y a dans les êtres , sous leurs éléments 
particuliers et individuels, quelque chose de commun et 
de général qui nous permet de les ranger en diverses 
classes, dont chacune a son unité : cet élément général, 
pris en lui-même, a sa réalité et n'est point un pur mot; 
mais il ne s'ensuit nullement qu'on puisse prendre au ha- 
sard dans une chose , au lieu de son attribut fondamental et 
générique, telle ou telle qualité accidentelle pour la consi- 
dérer séparément, et s'imaginer alors que cette qualité acci- 
dentelle possède en eiFet quelque réalité hors du sujet indivi- 
duel où elle a été prise ou hors de l'esprit qui la considère : ce 
serait réaliser des abstractions. C'est là la pente et l'écueil du 
réalisme; c'est donc là le point d'attaque et le triomphe du 
nominalisme. Saint Anselme admet très-légitimement la réalité 
du genre humain distincte de la réalité des individus dont il se 
compose. A la bonne heure; mais, la carrière une fois ouverte 
à l'abstraction , le platonicien saint Anselme y commence cette 
longue suite de faux pas et d'erreurs qui vont à leur tour dé- 
crier le réalisme. Il reproche à Roscelin de ne pas savoir distin- 
guer la sagesse d'un homme de l'âme dans laquelle cette sagesse 
réside, «non... queunt intelligere... sapientiam hominis aliud 
« quam animam. » Il y aurait ici bien des explications à de- 
mander. Mais saint Anselme va plus loin; il reproche à Ros- 
celin de ne pas savoir distinguer la couleur d'un corps de ce 
corps, colorem « non aliud queunt intelligere quam corpus; » 
et plus bas : « cujus mens obscura est ad discernendum inter 
« equum suum et colorem ejus. » Entendons-nous. Roscelin n'a- 
vait pu nier que l'esprit de l'homme a la faculté de considérer 
une qualité à part de^on sujet; mais il avait nié qu'une qua- 



cviii INTRODUCTION, 

lité ainsi abstraite de son sujet .eût aucune réalité. C'est la 
réalité de cette abstraction et non pas sa possibilité qui était 
en cause; et, ou le reproche que saint Anselme adresse au 
nominalisme n'a pas de sens, ou il en faut conclure que saint 
Anselme admettait que la couleur a de la réalité hors du 
corps coloré, comme le genre humain a sa réalité indé- 
pendamment des individus qui le composent. Or, cette assi- 
milation du prétendu universel, la couleur, avec les vrais et 
légitimes universaux, n'est pas soutenable. Le nominalisme 
pouvait répondre à saint Anselme, et aujourd'hui toute saine 
philosophie répondrait que la couleur est à la fois une sen- 
sation de l'âme et une modification des corps, qu'une sen- 
sation n'existe que dans l'âme qui l'éprouve, et une modi- 
fication, dans le sujet modifié; que, dans cette modification, 
les seuls éléments réels sont, d'une part, la lumière, de 
l'autre, le corps avec ses formes et ses propriétés, et que 
c'est la combinaison de ces élémens qui produit l'accident 
appelé la couleur. On peut bien dire que cet accident a sa 
réalité comme accident, .mais rien de plus; et il n'y a point 
là d'universel. Sans trop insister, car il nous faut bien su- 
bordonner la discussion philosophique à l'histoire, on voit 
poindre déjà une de ces abstractions réalisées, une de ces 
entités imaginaires qui ont fait si beau jeu à l'école nomina- 
liste et ont tant nui à la réputation des universaux et aux vé- 
ritables réalités. 

Nous venons de reconnaître pour ainsi dire le champ de 
bataille de la scolastique naissante , le caractère , les préten- 
tions , les vices et les avantages des deux écoles qui la consti- 
tuent en la divisant. L'école réaliste admet la réalité des 
universaux, c'est-à-dire des espèces et des genres, du genre 
humain par exemple ; et cet exemple q«i remonte à Aristote , 



INTRODUCTION. cix 

une fois mis en circulation par Boëce, et accepté par saint An- 
selme , comme il l'avait été très-probablement par Roscelin, de- 
vient l'exemple sur lequel les deux partis se donnent rendez- 
vous. Dans ces limites, l'école réaliste a raison; mais elle en sort, 
et, confondant avec les vrais universaux, avec les vrais genres, de 
pures afjpferactions comme la couleur séparée du corps coloré , 
elle tombe dans le vice célèbre de réaliser des abstractions. 
D'un autre côté le nominalisme montre l'illusion des abstrac- 
tions réalisées, et il en donne le secret; ce secret c'est la 
puissance du langage , qui réalise en quelque sp'te les con- 
ceptions de l'esprit en les revêtant d'une forme à laquelle en- 
suite oiMf' arrête , comme si elle avait une réalité intrinsèque. 
Le nominalisme a donc raison à son tour, et il est utile , en 
signalant le danger des abstractions réalisées et en appe- 
lant l'attention sur la merveille du langage; mais il a tort, et 
il est lui-même profondément dangereux , lorsqu'il réduit des 
attributs essentiels à des qualités accidentelles , et confond avec 
des conceptions purement verbales des existences immaté- 
rielles, il est vrai, mais réelles, qui sans doute sont des con- 
ceptions dans la pensée de l'bomme et des mots dans le lan- 
gage, mais qui sont indépendantes des conceptions que 
l'homme s'en forme et des mots dont il les revêt; des exis- 
tences sans lesquelles les conceptions que nous nous en for- 
mons, et toute conception générale, et par conséquent le lan- 
gage lui-même, serait impossible; des existences enfin dont la 
réalité détruite emporte avec elle celle de toutes nos sciences 
avec leurs classifications , et les réduit à des arrangements con- 
ventionnels dépourvus de vérité et indignes d'occuper un seul 
jour un liomme sérieux. Ne voir partout que des concep- 
tions abstraites empruntées aux données sensibles et réalisées 
par des mots , c'est la tendance du nominalisme et de l'école 



ex INTRODUCTION, 

dont il est l'expression extrême mais fidèle , à savoir, l'école 
empirique; et réaliser des abstractions est la tendance de 
l'école opposée et la pente fatale où la pousse le génie de l'idéa- 
lisme. Telles sont les deux écoles que représentent, à la fin du 
xi^ siècle et au commencement du xif , Roscelin et saint An- 
selme. Nous allons les voir en se développant i^jfcifester 
leurs qualités et leurs défauts, et par les uns comme par les 
autres servir presque également à leur insu la véritable 
philos hie. 
Réalisme Lc traité^e la Trinité, composé quelque temps après le 

scientifique concilc dc Soissons, peut être considéré comme le mani- 
GniHaunie fcstc du christianismc contre le nominalisme. Dans^ polé- 
(le champeaux. ^jg^jg q^g uous vcuous dc rctraccr, saint Anselme représente 
l'Eglise ; Guillaume de Champeaux est en quelque sorte le re- 
présentant de la science. L'archevêque de Cantorbery n'avait 
touché la philosophie de Roscelin que pour arriver à sa théo- 
logie; Guillaume de Champeaux paraît s'être attaqué spéciale- 
ment à la partie philosophique du nominalisme. Saint An- 
selme est réaliste presque sans le savoir et sans le vouloir; 
Guillaume l'est, le sachant et le voulant, et c'est sans doute 
pour cela que les historiens de la philosophie le considèrent 
comme le fondateur de l'école réaliste et le véritable adversaire 
de Roscelin. 

Guillaume de Champeaux est ainsi appelé du village de 
Champeaux en Brie, près de Melun, où il était né vers le mi- 
lieu du xi^ siècle. La date précise de sa naissance est incon- 
nue , ainsi que les événements de sa jeunesse. L'histoire ne le 
rencontre que dans les premières années du xii" siècle, à Pa- 
ris, archidiacre de Notre-Dame, et enseignant lui-même dans 
l'école de la cathédrale , avec le plus grand succès. C'est dans 
cette position que nous le fait voir, en 1 1 o3, la chronique de Lan- 



INTRODUCTION. cxi 

dulphe ^ Guillaume continua son enseignement, à Notre-Dame, 
jusqu'en 1 108, où il quitta l'école du cloître et sa vie de savant 
et de professeur pour se faire moine. Il se retira dans un fau- 
bourg de Paris, auprès de la chapelle de Saint- Victor. Mais il 
ne put échapper à sa renommée et résister longtemps aux solli- 
citations de ses amis et de ses élèves, qui le supplièrent de re- 
prendre ses leçons. Il le fit gratuitement pendant cinq années, 
et c'est ainsi que s'établirent l'abbaye et l'école de Saint-Victor. 
11 faut donc reconnaître que Guillaume de Champeaux est le 
fondateur de cette grande école de Saint-Victor de Paris qui 
jeta depuis un si grand éclat sous Hugues et sous Richard; 
comme il est le premier maître célèbre de l'école de la ca- 
thédrale, où professèrent après lui Abélard et Pierre le Lom- 
bard. C'est le talent de Guillaume qui donna du lustre à 
l'école du cloître, et c'est sa retraite qui donna naissance à 
l'école de Saint -Victor. En iii3, il fut nommé évêque de 
Châlons-sur-Marne. Il se consacra tout entier à ses nouvelles 
fonctions, se lia intimement avec saint Bernard, et fut l'âme 
de plusieurs conciles. Il mourut au commencement de 1121. 
Voilà les faits certains, dégagés des anecdotes, des interpré- 
tations, et du commérage des contemporains qui a passé jus- 
que dans l'histoire, sur la foi de V Historiacalamitatum. Les enne- 
mis de Guillaume prétendent^ qu'il ne se fit moine que par 
ambition , pour se faire une réputation de sainteté et arriver à 
l'épiscopat; mais c'est une accusation gratuite; car il est at- 
testé^ que Guillaume refusa trois fois l'épiscopat, et ne l'ac- 
cepta que malgré lui. Si d'ailleurs il s'opposa à ce qu' Abélard 
lui succédât immédiatement dans l'école de la cathédrale, 

' Muratori, Rer. Italie, tom. V, pag. 485. 

" Abael. opp., Ifii^ cakm., pag. 5. 

' Voyez la Chronique de Rupert, Histoire littéraire, tome X, page 3io. 



cxir INTRODUCTION. 

et même à ce qu'il enseignât dans Paris \ il ne fit que 
rendre à Abélard guerre pour guerre ; car celui-ci l'avait at- 
taqué, à Notre-Dame et à Saint-Victor, avec une violence et 
un acharnement qui avaient bien pu blesser Guillaume et 
chan^r sa première affection pour Abélard en des sentiments 
contr^res. Mais toutes ces misères n'appartiennent point à 
l'histoire. Ce qui importe à l'histoire, c'est de savoir ce qu'en- 
seignait Guillaume de Champeaux à Saint-Victor et à Notre- 
Danje, et en quoi consistait le réalisme qu'on lui attribue. 
Malheureusement il n'a été publié de notre auteur que deux 
opuscules théologiques , très-probablement de la fin de sa vie ; 
l'un, qui est un fragment sur. l Eucharistie'^ ; l'autre, un petit 
traité sur l'origine de l'âme^. La bibliothèque du Roi, fonds 
de Notre-Dame, possède un autre écrit de Guillaume, inti- 
tulé les Sentences, qu'on a donné'' pour un abrégé de théolo- 
gie, et comme l'antécédent du fameux livre des Sentences 
de Pierre le Lombard. Mais c'est une erreur; nous avons 
examiné avec soin le manuscrit de Notre-Dame ^, et c'est tout 
simplement un recueil d'explications sur certains points de 
doctrine, sur des vertus et des vices, ainsi que sur des passages 
de l'Écriture sainte. Quant aux nombreux ouvrages philoso- 
phiques que Guillaume avait composés, cjuibus , dit de Wisch®, 
realium doctrinam non parum illustravit, il n'en reste pas un 
seul, qui soit inscrit du moins dans aucun catalogue; on n'a 
même conservé le titre d'aucun d'eux, et Guillaume de Cham- 
peaux n'est plus qu'un nom célèbre. 

' Abael. opp., Hist. calam., pag. 6. 

* MabilloD, Annal, tom. \; Hist. liit., lomeX, page 3 12. 
' Martenne, Thesaur. nov. anecdot., tom. V, pag. 881. 

* L'abbé Lebœuf, Dissert., tome II, page i3o. 

* Coté n" 220, d'une écriture du xiii* siècle. 

* Biblioth. cisterc, pag. i33. / 



INTRODUCTION. cxm 

Nous savons qu'il avait défini Finvention en dialectique, 
la science de trouver le moyen terme ; et Jean de Salisbury, 
sans donner cette définition comme parfaite, la trouve au 
moins excellente, et déclare qu'il ne connaît rien de plus 
propre à faire découvrir la vérité ^ En effet, l'invention en 
dialectique ne consiste pas à construire des majeures, des 
axiomes généraux d'une abstraction très-souvent stérile, mais 
à trouver des mineures, c'est-à-dire ces propositions plus voi- 
sines des faits, qui rapprochent par leur intermédiaire efficace 
les généralités de la majeure de la conclusion spéciale à la- 
quelle le raisonnement aspire. Mais, faute de renseignements, 
on ne peut savoir quelle était la portée de cette définition dans 
l'esprit de son auteur. Nos manuscrits ne nous fournissent à ce 
sujet aucun éclaircissement. Ils renferment d'ailleurs plus d'un 
document intéressant sur la dialectique de Guillaume de Cham- 
peaux. On trouve dans le manuscrit de Saint -Victor et dans 
le fragment de Saint-Germain un assez grand nombre de pas- 
sages^ où, plus juste envers son ancien maître, Abélard se plaît 
à rappeler les arguments que , dans leur première liaison , il 
faisait valoir en faveur des opinions du professeur de Notre- 
Dame. Il n'y a pas une des parties du manuscrit de Saint- 
Victor où ne se rencontre quelque allusion à l'enseignement 
de Guillaume de Champeaux. Pour ne pas trop multiplier les 
citations, nous nous contenterons de signaler le fol. 117 v"^ 

^ Metalogicus, lib. III, c. ix. « Versatur in lus invenlionis materia quam hiiaris memo- 
riae Gulielmus de Campellis , postmodum Catalaunensis episcopus , definivit, elsi non 
perfecte, esse scientiam reperiendl médium terminuni, et inde ellciendi argumenlum. 
Cum enim de inhaerentia dubilatur, necessarium est aliquod inquiri mediuiu, cujus in- 
terventu copulentur exlrema : qua speculalione an aliqua subtilior et ad rem efficacior 
fuerit , non facile dixerim. » 

' Par exemple, manuscrit de Sainl-Viclor , fol. i3i v" et i36 v°; de la prés, édil., 
pag. 224 el pag. 25 1. — ' Ibid.. pag. 179-201. 

INTRODUCTION. p 



cxiv INTRODUCTION, 

du Commentaire sur les Catégories; les fol. 127 v"* S 128 r**^, 
129 v° ^ i3i v*''^ du commentaire sur l'Interprétation; les 
fol. i36 r"^ et i/4o v°® des Analytiques, le fol. 162 r"'' des 
Topiques; peut-être même le chapitre qui termine le livre des 
Divisions et des définitions, fol. 202 r**^. Tant de citations 
qui se rapportent aux questions soulevées par les diverses 
parties de la logique d'Aristote semblent bien attester un 
commentaire sur l'Organum. Mais ce n'est pas là seulement 
une conjecture. Dans le manuscrit de Saint-Victor, fol. 182 r°^, 
à propos d'une opinion de Guillaume de Champeaux, il est 
fait mention d'un de ses ouvrages, et cet ouvrage est une 
glose sur le livre de l'Interprétation : In glossuUs ejus super 
Péri ermenias invenies. Voilà donc enfin le titre certain d'un 
écrit dialectique de Guillaume. Or, s'il avait commenté l'In- 
terprétation, il n'y a pas de raison pour qu'il n'eût pas aussi 
commenté l'Introduction et les Catégories. 

Ces renseignements ne sont pas sanS intérêt; mais nous 
attachons un bien autre prix à ceux qui peuvent éclairer la 
grande querelle qui noUs occupe, celle du réalisme et du 
nominalisme. C'est le rôle de Guillaume de Champeaux dans 
cette querelle qui a sauvé son nom de l'oubli : c'est donc sur 
ce point qu'il importe de recueillir soigneusement toutes les 
lumières que nous pouvons tirer de nos manuscrits. 

Jusqu'ici on ne possédait qu'un seul document sur le 
réalisme de Guillaume de Champeaux, le passage célèbre 
de VHistoria calamitatum. Tous les historiens de la philo- 
sophie ont cité ce passage et nous le citerons à leur 

* Delà prés.édit., pageaio. — * Ibid.^ pageaiA- — ^ Ibicl, pageaig. — * 76»/., page 2 2 4- 
— ^ Ibid., page 260. — ^ Ibid., pages 267-274. — '' Ibid., page 335. — ^ Ibid., page àgb. Si 
Je nom de Guillaume de Champeaux n'est pas cité dans ce passage, son école y est clai- 
rement indiquée. — ' Jbid., page 226. 



INTRODUCTION. cxv 

exemple. Abélard y raconte comment, après avoir fait à 
Guillaume, à l'école de Notre-Dame, beaucoup d'objections 
qui l'avaient embarrassé, il l'avait de nouveau attaqué à 
Saint- Victor sur la question des universaux , et avait fini 
par le forcer à changer d'opinion. « Inter caetera dispu- 
« tationum nostrarum conamina, antiquam ejus de universa- 
« libus sententiam patentissimis argumentationum disputatio- 
« nibus ipsum commutare , imo destruere compuli. Erat autem 
« in ea sententia de communitate universalium , ut eamdem 
« essentialiter rem totam simul singulis suis inesse adstrueret 
« individuis; quorum quidem nulla esset in essentia diversitas, 
« sed sola multitudine accidentium varietas. Sic autem istam 
« suamcorrexit sententiam, ut deinceps rem eamdem non essen- 
«tialiter, sed individualiter diceret. Et quoniam de universa- 
« libus in hoc ipso praecipua semper est apud dialecticos 
« quœstio, ac tanta ut eam Porphyrius quoque in Isagogis suis, 
«cum de universalibus scriberet, diffinire non prsesumeret, 
« dicens : altissimum enim est liujusmodi negotium ; cum 
«hanc ille correxisset , imo coactus dimisisset sententiam, in 
« tantam lectio ejus devolnta est negligentiam , ut jam ad 
« dialecticœ lectionem vix admitteretur : quasi in bac scilicet 
« de universalibus sententia tota hujus artis consisteret 
«summa^ » Les conclusions immédiates à tirer de ce passage 
sont : 1° Que la question des universaux était alors plus que 
jamais la question fondamentale de la dialectique. 2*^ Que 
toute la philosophie de Guillaume de Ghampeaux était dans sa 
doctrine des universaux, puisque cette doctrine renversée 
ou modifiée avait détruit sa réputation. 3° Qu'il professait 
depuis longtemps cette doctrine, «antiquam ejus de uni- 
« versalibus sententiam , » c'est-à-dire non-seulement à Saint- 

' Abael. opp. , pag. 5-6. 



cxvi INTRODUCTION. 

Victor, mais à l'école du cloître/ au commencement du xif 
siècle et probablement aussi à la fin du xi% à l'époque où le 
nominalisme de Roscelin faisait le plus de bruit. 4" Enfin que 
cette doctrine avait fini par subir sous les attaques d'Abélard 
une modification importante, et que Guillaume aux deux 
extrémités de sa carrière avait eu deux opinions dilFérentes 
sur la nature des universaux. Ce sont ces deux opinions en 
elles-mêmes et dans leur rapport dont il s'agit de nous bien 
rendre compte. 

Quelle était la première opinion de Guillaume de Cham- 
peaux sur les universaux? Abélard l'exprime en peu de mots, 
mais avec la plus parfaite précision. L'universel , selon Guil- 
laume de Champeaux , c'est-à-dire le genre , est quelque chose 
de réel , rem , qui est identique, eamdem , essentiellement, essen- 
tialiter, intégralement et simultanément, totam simul, dans tous 
les individus qui en participent et composent le genre; de sorte 
que ces individus ne diffèrent aucunement dans leur essence, 
(juorum quidem nulla esset in essentia diversitas , mais seulement 
dans leurs éléments accidentels, sedsola multitudine accidentium 
varietas. Rien de plus net que cette théorie : c'est le réalisme 
dans toute sa rigueur, à savoir, l'essence des choses attribuée 
aux universaux et aux genres, et l'individu réduit à un simple 
accident. Mais il n'est pas aisé de se faire une idée aussi claire 
de l'autre théorie , celle à laquelle , selon le passage en ques- 
tion , Guillaume de Champeaux aurait été poussé par son anta- 
goniste. Elle est tout entière dans cette ligne : rem eamdem non 
essentialiter sed individualiter. Les historiens de la philosophie , 
Tennemann entre autres, reproduisent l'un après l'autre cette 
ligne sans aucune remarque, comme si elle portait son évidence 
avec elle-même, Meiners ^ s'est le premier avisé de mettre en 

' De nominalium ac realium initiis. Comment. Gotting. , tom. XI, pag. 3o. 



INTRODUCTION. cxvii 

doute sa signification. En effet, elle ne signifie absolument rien, 
ou même elle renferme une absurdité : « Une chose est la même 
« qu'une autre , non par son essence , mais par son individua- 
« lité. » C'est bien là le contraire, il est vrai, de la première 
théorie de Guillaume de Champeaux : qu'un individu est iden- 
tique à un autre, non par ses côtés individuels et accidentels, 
mais par son essence ; mais cette nouvelle théorie est en elle- 
même absurde et intolérable ; car il est trop évident qu'une 
chose ne peut pas être identique à une autre par son indivi- 
dualité, findividualité d'une chose étant précisément ce qui la 
sépare d'une autre. Aussi l'édition de d'Amboise donne-t-elle la 
variante indifferenter au lieu de individualiter. M. Baumgarten- 
Krusius^ approuve cette variante, et pense qu'elle va mieux 
au sens : sensus certe expeditior : non numéro eadem sed natiira 
tamen. Nous adoptons aussi la variante des manuscrits de d'Am- 
boise ; mais nous l'entendons tout autrement que M. Baum- 
garten et de la manière suivante. L'identité des individus 
d'un même genre ne vient pas de leur essence même , cai- 
cette essence est différente en chacun d'eux, mais de certains 
éléments qui se retrouvent dans tous ces individus sans 
aucune différence, indifferenter. Cette nouvelle théorie diffère 
de la première en ce que les universaux ne sont plus l'es- 
sence de fêtre, la substance même des choses; mais elle 
s'en rapproche en ce que les universaux existent réellement , et 
qu'existant dans plusieurs individus sans différence , ils forment 
leur identité et par là leur genre. La différence des deux théo- 
ries est grande, il est vrai , mais elle ne va pas jusqu'à mettre 
en cause la réalité des universaux. Celle-ci subsiste dans l'une 
et fautre théorie. Passer de l'une à fautre, c'était changer sans 

' De vero schohsticorum reaVnim et nomtnalium discrimine. Annal. Acacl. Jenensis, 



cxviii INTRODUCTION, 

doute, mais ce n'était pas abandonner le réalisme, et la seule 
conséquence qu'il faut tirer de la phrase d'Abélard, c'est que, 
dans son premier enseignement à Notre-Dame , Guillaume de 
Champeaux faisait des universaux l'essence même des individus 
du même genre , et que, dans son second enseignement à Saint- 
Victor, il finit par les considérer non plus comme constituant 
l'essence des individus d'une même classe, mais comme 
formant leur identité, parce que dans tous ces individus, 
différents d'ailleurs, ils se retrouvent sans différence. 

Ces inductions, qu'autoriserait déjà la seule variante donnée 
par d'Amboise , nos manuscrits les convertissent en démons- 
trations historiques. 

Le manuscrit de Saint-Victor renferme deux passages où il 
est fait allusion à l'opinion de Guillaume de Champeaux sur 
la nature des universaux : le premier, dans le commentaire sur 
les Catégories, fol. 119 r*' ^ ; le deuxième, au livre des Défi- 
nitions et des Divisions, fol. 192 v°^. Ce dernier passage mérite 
d'être cité; il reproduit deux points de doctrine entièrement 
conformes à la première théorie réaliste que YHistonacalami- 
tatum attribue à Guillaume de Champeaux : 1° les différences 
vont quelquefois jusqu'à constituer une espèce; il faut alors 
les prendre substantivement, de sorte que raisonnable ait la 
valeur d'animal raisonnable, et animé, celle d'être animé; 
2° d'ailleurs les différences sont de purs accidents. « Quae (dif- 
«ferentiae) a quibusdam sumi dicuntur in officio specialium 
« nominum ac pro speciebus designandis usurpari, ut tantum- 
«dem rationale valeat quantum rationale animal, et tantum- 
« dem animatum quantum animatum corpus, ut non solum 
« formae significatio , verum etiam materiae teneatur in nomi- 
« nibus diflPerentiarum. Quae quidem sententia W. magistro 

' Delà prés, cdit, page 190. — * Ibid. , page 455. 



INTRODUCTION. cxix 

« nostro praevalere visa est. Volebat enim , meniini, tantam 
« abusionem in vocibus fieri , ut cum noiiien dilTercntise in 
« divisione generis pro specie poneretur, non sumptum esset a 
« differentia, sed substantivum speciei nomen poneretur. Alio- 
« quin subjecti in accidentia divisio dici potest secundum ip- 
« sius sententiam, qui dilFerentias generis per accidens inesse 
« volebat. Per nomen itaque differentiae speciem ipsam volebat 
« accipere. » 

Mais c'est surtout le fragment de Saint-Germain qui nous 
fournit des documents précieux. Ce fragment est encore tout 
plein de l'ardeur de la grande querelle dans laquelle inter- 
vint Abélard, et il contient sur toutes les écoles contempo- 
raines d'abondants renseignements, mêlés à la polémique 
dirigée contre ces écoles. Plus tard, nous ferons amplement 
usage de cette pièce; ici nous devons nous en servir avec une 
extrême circonspection, parce que les diverses écoles y sont 
attaquées sans désignation d'aucun nom propre. La longue 
discussion d' Abélard contre le réalisme doit renfermer bien 
des traits relatifs à Guillaume de Ghampeaux, qui était le 
grand réaliste de ce temps. Mais, pour éviter toute erreur et 
toute confusion, nous ne détacherons de cette vive polémique 
que ce qu'il est impossible à la critique la plus scrupuleuse 
de ne pas rapporter à Guillaume de Ghampeaux, bien qu'il ne 
soit pas nommé , et ce qui confirme , éclaircit et développe la 
phrase de VHistoria calamitatum. 

Dans les premières pages, et comme à l'entrée du fragment 
de Saint-Germain, se rencontre une discussion sur le tout et 
les parties , qui a une relation étroite avec la discussion qui 
suit, sur les genres et les espèces; car on peut dire que les 
espèces sont, par rapport au genre, ce que sont les parties 
par rapport au tout. Aussi Roscelin embrassait-il ces deux ques- 



çxx INTRODUCTION. 

tions. LVxcniple sur lequel opère Guillaume de Cliampeaux 
(fol. 4i r** c. 1 ^) est toujours celui de la maison, exemple 
emprunté à un passage de l'Interprétation, plusieurs fois re- 
produit par Boëce , et que nous avons vu employé par Rosr 
celin, aussi usuel, à ce qu'il paraît, dans la question du tout 
et des parties que l'exemple de l'humanité dans celle des 
universaux. La discussion sur le tout et les parties conduit 
bientôt l'auteur aux genres et aux espèces. Ici Abélard dis- 
tingue nettement dans l'école réaliste deux théories qui rap- 
pellent de la manière la plus frappante celles que YHistoria 
calamitatnm attribue à Guillaume de Champeaux. 

Citons d'abord les passages qui se rapportent à la première 
opinion de Guillaume : « Il est des philosophes, dit Abélard, 
« qui font des genres et des espèces des essences universelles , 
(< qu'ils croient exister intégralement et essentiellement dans 
« chacun des individus. »« Aliiveroquasdamessentiasuniversales 
« fingunt quas in singulis individuis totas essentialiter esse crc^ 
« dunt (fol. 4 1 r** c. 2 ^). » Cette théorie est bien évidemment celle 
de Guillaume. Les explications qui suivent la mettent dans tout 
son jour. « L'homme est une espèce, une chose essentiellement 
« une , à laquelle adviennent accidentellement certaines formes 
« qui font Socrate. Cette chose, tout en restant la même essen- 
« tiellement, reçoit de la même manière d'autres formes qui 
«font Platon et les autres individus de l'espèce homme; et 
« à part les formes qui s'appliquent à cette matière pour faire 
« Socrate , il n'y a rien dans Socrate qui ne soit le même en 
«même temps dans Platon, mais sous les formes de Platon. 
« C'est ainsi que ces philosophes entendent le rapport des 
«espèces aux individus, et des genres aux espèces.» «Homo 
« quaedam species est, res una essentialiter, cui adveniunt 

' De la prés, édit., pag. 5o7-5i3. — * Ihid., page 5i3. 



INTRODUCTION. cxxr 

« formae quaedam et efficiiint Socratem : illam eamdem essen- 
« tialiter eodem modo informant formœ facientes Platonem 
«et caetera iiiiÉvidua hominis; nec aliquid est in Socrate, 
« praeter illas formas informantes illam materiam ad facien- 
« dum Socratem, quin illud idem eodem tempore in Platone 
« informatum sit formis Platonis. Et hoc intelligunt de singii- 
« lis speciebus ad individua et de generibiis ad species. » Un 
peu plus bas : « Suivant cette école , lors même que la ratio- 
nalité ne serait pas en quelque individu , elle n'en subsisterait 
pas moins réellement. » « Secundum eos, etsi rationalitas non 
« esset in aliquo, tamen in natura remaneret. » 

Voici maintenant des passages qui se rapportent à la 
seconde opinion de Guillaume de Champeaux. La preuve 
manifeste que dans YHistoria calamitatum il faut lire indiffe- 
renter et non pas individualiter, c'est que no^js retrouvons dans 
le fragment de Saint-Germain cette expression, élevée à l'im- 
portance d'une théorie , la théorie de la non-diflerence ; et il 
paraît que c'était un nom reçu , qui avait cours dans la classi- 
fication des opinions et des écoles du temps : « Nunc illam quae 
« de indifferentia est sententiam ; » et plus bas : « Ipsi tamen ad 
« indifferentiam currcntes , » pour dire les partisans de la non- 
différence. Les mots à'indifferens et (ï indifferentia sont prodigués 
dans tout ce morceau. Nous tenons donc la variante de d' Amboise 
pour incontestable, et nous regardons comme définitivement ré- 
solu par nos manuscrits ce point de critique si souvent contro- 
versé. Il y a plus : on pouvait supposer, d'après la seule phrase 
que l'on possédât , que fopinion à laquelle Guillaume avait été 
réduit était celle d'Abélard , et comme nous n'avions pas jusqu'ici 
un seul mot d'Abélard sur sa propre doctrine , cette conjecture 
était fort spécieuse. Mais nos manuscrits la renversent entière- 
ment; car, au lieu de s'arrêter à la théorie de la non-différence 

INTRODUCTION. ^ 



cxxii INTRODUCTION. 

comme fondement de l'identité des individus d'un même genre, 
Abélard l'attaque avec tout autant de vivacité que celle qui fait 
des universaux l'essence des êtres. Il l'attaque Aivec l'autorité 
et avec la raison ; ce qui a bien l'air de prouver que cette seconde 
opinion de Guillaume n'avait pas été aussi mal accueillie du pu- 
blic que le prétend YHistoria calamitatum. Abélard l'expose avant 
de la combattre, comme il a fait pour la première opinion. Le 
principe de la nouvelle théorie est que l'essence de chaque 
chose est leur individualité, que les individus seuls existent, 
et qu'il n'y a point en dehors des individus d'essences appelées 
les universaux, les espèces et les genres; mais que l'individu 
lui-même contient tout cela, selon les divers points de vue sous 
lesquels on le considère. Ainsi Socrate , pris en ce qui le fait 
être Socrate , est un individu , parce qu'il est ce dont la pro- 
priété ne se retrouverait jamais tout entière en un autre ; 
car il y a d'autres hommes , mais il n'y en a pas d'autres que 
Socrate où soit la socratité. Mais on peut négliger la socratité 
pour ne considérer dans Socrate que l'homme, c'est-à-dire 
l'animal raisonnable et mortel; et voilà l'espèce. Si on né- 
glige encore la rationalité et la mortalité, pour ne considérer 
que l'animal, voilà le genre. Si enfin, négligeant toutes les 
formes, on ne considère dans Socrate que ce qu'exprime le 
mot substance, c'est ce qu'il y a de plus général. On peut 
en dire autant de Platon sous tous ces rapports. Socrate, en 
tant que Socrate, n'a que des éléments de différence. Il n'a 
rien de non - différent qui puisse ainsi se retrouver en un 
autre; mais, en tant qu'homme, il a des éléments non-diffé- 
rents qui se retrouvent en Platon et en d'autres individus; 
car Platon est un homme comme Socrale est un homme, 
quoiqu'il ne soit pas essentiellement le même homme que 
Socrate. Et il en est de même de l'animal et de la substance. 



INTRODUCTION. cxxni 

(Fol. 43 r" c. 2^) : « Nihil omnino est praeter individiium , sed 
« et iilud aliter et aliter attentum , species et geniis et genera- 
« lissimum est. Itaque Socrates in ea natura in qua subjcctus 
« est sensibus, secundum illam naturam quam significat adesse 
«Socrati, individiium est ideo quia taie est, proprietas cujus 
« nunquam tota reperitur in alio. Est enim alter lioino, sed 
« socratitate nullus homo praeter Socratem. De eodem Socrate 
« quandoque habetur intellectus non concipiens quidquid notât 
« haec vox Socrates; sed socrati tatis oblitus, id tantum pers- 
«picit de Socrate quod notât idem homo, id est animal ratio- 
« nale mortale , et secundum boc species est ; est enim prœdi- 
« cabilis de pluribus in quid de eodem» statu. Si intellectus 
«postponat rationalitatem et mortalitatem , et id tantum sibi 
« subjiciat quod notât bœc vox animal, in hoc statu genus est. 
«Quod si, relictis omnibus for mis, in hoc tantum conside- 
« remus Socratem quod notât substantia, generalissimum est. 
« Idem de Platone dicas per omnia. Quod si quis dicat pro- 
« prietatem Socratis in eo quod est homo non magis esse in 
« pluribus quam ejusdem Socratis in quantum est Socrates ; 
« aeque enim homo qui est socraticus in nullo alio est nisi in 
«Socrate, sicut ipse Socrates; verum, quod concedunt ; ita 
« tamen determinandum putant : Socrates in quantum est 
« Socrates nuUum prorsus indifferens habet quod in alio 
«inveniatur; sed in quantum est homo, plura habet indilFe- 
« rentia quae in Platone et in aliis inveniuntur. Nam et Plato 
« similiter homo est, ut Socrates, quamvis non sit idem homo 
« essentialiter qui est Socrates. Idem de animali et substantia. » 
Grâce à nos manuscrits, nous avons restitué pour la pre- 
mière fois la seconde opinion de Guillaume de Champeaux, 
et nous pensons que cette opinion appartenait encore au réa- 

* De la prés, édit., page 5 18. 



Gxxiv INTRODUCTION, 

îisme; mais nous convenons avec Abélard que la substitution de 
cette opinion à la première dut paraître et est en effet une con- 
cession à l'école nominaliste. C'est la première théorie qui con- 
tient véritablement le réalisme de Guillaume de Ghampeaux ; 
c'est celle-là qui fit sa réputation de son vivant et à laquelle 
son nom demeure attaché dans l'histoire. Elle est juste le 
contrepied de la théorie de Roscelin. Pour Roscelin, les indi- 
vidus seuls existent et constituent l'essence des choses ; le reste 
n'est qu'abstraction de l'esprit et jeu du langage. Au contraire , 
pour Guillaume de Ghampeaux, l'essence des individus est 
dans le genre auquel ils se rapportent; en tant qu'indivi- 
dus ils ne sont que •des accidents. Il y avait bien quelque 
chose de cette doctrine au fond de la théologie de saint An- 
selme; mais Guillaume est le premier qui fait dégagée et 
élevée à une formule nette et précise, diamétralement opposée 
à celle de Roscelin , et capable à son tour de porter et de 
soutenir toute une école. Aussi est-ce de Guillaume de Gham- 
peaux que date l'école réaliste, comme l'école nominaliste 
date de Roscelin. Une fois érigé en doctrine philosophique, 
le réalisme fleurit à l'ombre du christianisme, qu'il servit et 
qui le protégea. La vie de Guillaume de Ghampeaux fut 
aussi heureuse que celle de Roscelin avait été agitée. Sa 
philosophie était selon fesprit du temps, c'est-à-dire selon 
l'esprit de l'église; et l'esprit du temps l'en récompensa en 
lui donnant de longs succès, une belle renommée, une dignité 
éminente, et l'amitié de saint Bernard. 
Développements Sous Ics auspiccs dc saiut Ausclme et de Guillaume de 

du réalisme. , i / T •. l i 

Odon Ghampeaux, le réalisme ne pouvait manquer de nombreux 
tl Bernard partisaus : parmi les plus remarquables sont Odon , à la fin 
de Chartres. ^^ ^^e giècle, ct suTtout Bernard de Ghartres, dans la première 
moitié du x^^ 



INTRODUCTION. cxxv 

C'est une vieille chronique du xif siècle , l'histoire du mo- 
nastère de Saint-Martin de Tournay, qui nous fait connaître 
Odon^ Il était d'Orléans; il enseigna d'abord à Toul, puis à 
Tournay; fonda ou releva en 1092 le monastère de Saint- 
Martin , près de cette ville , embrassa définitivement l'état mo- 
nastique en 1095, et devint évêque de Cambray en 1106. 
C'était à la fois un dialecticien , un mathématicien et un poëte. 
Il avait écrit plusieurs ouvrages qui ne se trouvent plus; l'un 
intitulé le Sophiste, l'autre le livre des Complexions , le troisième 
de la Chose et de l'Etre. Tant qu'il fut à la tête de l'école de Tour- 
nay, c'est-à-dire avant 1092, il y enseigna le réalisme, pendant 
qu'à Lille un nommé Raimbert enseignait la nouvelle doctrine 
de Pioscelin. Mais de ces deux écoles, soit à cause de la supé- 
riorité d'Odon , soit à cause de la défaveur que les opinions 
théologiques de Roscelin répandirent sur sa philosophie , 
l'école de Tournay effaça bientôt celle de Lille. Nous ne 
savons en quoi consistait précisément le réalisme de maître 
Odon. La chronique dit seulement qu'il n'enseignait pas la 
dialectique d'après les nouveaux professeurs nominalistes , mais 
à la manière de Boëce et des anciens docteurs réalistes^. Or, 
nous avons vu quel était le réalisme de Boëce , au moins dans 
son second commentaire sur l'Introduction de Porphyre. Ce 
n'était guère qu'un péripatétisme équivoque , plus voisin du 
nominalisme que de la doctrine de Guillaume de Cham- 
peaux. 

Le réalisme de Bernard de Chartres nous est beaucoup 
mieux connu, et il est tout autrement prononcé. Bernard 

' Dachery, Spicileghim , tom. Il, pag. 888 ; Histoire littéraire, tome IX, page 583. 

* Dachery, ibid. « Sciendum tamen de eodem magistro quod eamdem dialeclicam non 
juxtaquosdam modernos in voce, sed more Boethii antiquorumque doctorum in re dis- 
cipulis legebat. Unde et magister Raimbertus qui eodem tempore in oppido Insuîens 
dialecticam clericis suis in voce legebat » 



cxxvi INTRODUCTION, 

enseigna très-longtemps avec le pîus grand succès à Chartres, 
dans l'école illustrée par Fulbert. Contemporain de Guillaume 
de Champeaux, il lui survécut et poussa sa carrière jusqu'au 
milieu du xii* siècle^ L'auteur au Metalogicus nous apprend 
que Bernard avait formé l'entreprise difficile de concilier Aris- 
tote ■et Platon ^. Mais il penchait du côté de ce dernier. Il 
adoptait la théorie des idées, qu'il identifiait avec les genres 
et les espèces^. Il admettait l'éternité des idées ^; mais il 
n'osait pas les dire coéternelles à Dieu , la coéternité ne pou- 
vant exister qu'entre ce qui a même pouvoir et même dignité , 
par exemple entre les trois personnes de la Trinité. L'idée n'est 
donc qu'éternelle : elle est postérieure à Dieu , comme l'effet 
€St postérieur à la cause ; mais , pour être , elle n'a besoin que 
de Dieu et ne relève d'aucune cause extérieure ^. Bernard avait 
développé cette doctrine dans une exposition de Porphyre que 
nous n'avons plus ^. Il l'avait aussi développée dans un poëme 
dont Jean de Salisbury nous a conservé quelques vers"^. En 
effet, Bernard de Chartres était poëte aussi bien que philo- 
sophe, et la Bibliothèque royale possède plusieurs exemplaires 
d'un traité de cet auteur, divisé en deux parties, le grand 
monde et le petit monde , Megacosmns et Microcosmus , ouvrage 

* Histoire littéraire, tome XII, page 268. 

* MetalogicnsAih. II, c. 17. « Egerunt operosius Beraardus Carnoteiisis et ejus sec- 
tatpres ut componereat inler Aristotelem et Platonem, sedeos tarde venisse arbitrer et 
laborasse in vanum ut reconciliarent mortuos qui, quamdiu in vita licuit, dissenserunt. » 

* Ibid., lib. IV, c. 35. «Ille ideas ponit, Platonem aemulatus et imitans Bernardum 
Carnotens^ii , et nihil praeter eas genus dicit esse vel speciem. » 

' ^,,^ Jibid. «Ideam vero aeternam esse consentiebat, admittens aeternitatem Providentiae. » 

* Ibid. «Ideam vero, quia ad banc parilitatem non consurgit, sed quodammodo na- 
tura postertor est, et velut quidam effectus, manens in arcano consilii, extrinseca causa 
non indigens, sieut^ternamaudebat dicere, sic coaeternam esse negabat. » 

*rl • Ibid. « Ut enim ait in expositione Porpbyrii.... » 

'' M)id. «Bernardus quoque Carnotensis perfecUssimus iater Platouicos sœculi no»tri, 
hanc fere sententiam métro complexus est. » 



INTRODUCTION. cxxvn 

mêlé de prose et de vers , à rimitation de Boëce. C'est un sys- 
tème de l'univers à la manière de Platon , et qui atteste un es- 
prit nourri de Macrobe et peut-être mêm^du Timée. V Histoire 
littéraire a fait connaître cette composition singulière et en 
a donné quelques extraits. Nous l'avons étudiée à notre tour, 
dans le beau manuscrit du fonds du Roi, n° 64i5, et nous en 
tirerons un petit nombre de passages relatifs à notre sujet. 
Selon Bernard de Chartres, les deux éléments primitifs et éter- 
nels sont la matière et l'idée. La Providence applique l'idée à la 
matière, et la matière s'anime et prend une forme ^ Dans 
l'intelligence divine étaient d'avance les exemplaires de la vie, 
les notions éternelles, le monde intelligible et la prescience des 
choses qui doivent arriver un jour. Or, ce qui est dans l'intelli- 
gence suprême lui est conforme, et l'idée est divine de sa nature^. 
Dans la formation des choses la Providence a été des genres 
aux espèces, des espèces aux individus, et des individus elle 
revient à leurs principes dans un cercle perpétuel. Le monde est 
éternel; il ne connaît ni vieillesse ni décrépitude. Du monde 
intelligible est sorti le monde sensible, production parfaite 
d'un principe parfait. Celui qui a produit était plein, et sa 
plénitude devait produire la plénitude. Le monde est complet 
parce que Dieu l'est. Il est beau parce que Dieu est beau; 

' « vie (l;a«) caecitalis sub veterno quae jacueral obvoluta vulliis vestivit alios idaearum 
signaculis circumscripta. » 

* «In qua vitae vivenlis imagines, notiones aeternae, mundus intelligibilis , rerum 
cognitio praefinila. Erat igitur videre velut in speculo tersiore quicquid operi Dei secretior 
destinaret affeclus. Illic in génère, in specie, in individuali singularitate conscripla quic- 
quid yle, quicquid n)undus, quicquid parturiunt elementa; illic exarata supremi digito 
dispuncloris textus temporis, fatalis séries, disposilio saeculorum; illic lacrymae paupe- 
rum, fortunaque rerum ; illic polenlia militaris; illic philosophorum felicior disciplina; 
illic quicquid angélus, quicquidralio comprehendit humana; illic quicquid cœlum sua 
complectilur curvatura. Quod igitur taie est, illùd aeternitâti contiguum, idem natura 
cum Deo, nec substantia est disparatum. » " """^«•H"^'^'- «"'H ^" ' ■" » 



cxxviii INTRODUCTION, 

il est éternel clans son exemplaire éternel. Le temps a sa 
racine dans l'éternité et il retourne dans le sein de l'éter- 
nité. C'est le temps* qui de l'unité tire le nombre et de la 
stabilité le mouvement. Le temps est le mouvement môme 
de l'éternité. Le monde est gouverné par le temps, mais le 
temps est gouverné par l'ordre. Tout ce qui paraît est l'en- 
fantement de la volonté divine et des exemplaires éternels 
qu'elle porte dans son sein ^ . 

Ces extraits, que nous aurions pu multiplier, prouvent quel 
essor avait pris le réalisme au commencement du xif siècle. 
Obscur encore et indécis dans saint Anselme, il se dessine 
nettement dans Guillaume de Champeaux; et dans Bernard 
il va jusqu'à un platonisme où sont même d'assez fortes 



' Sic igitur Providentia de generibus ad species, de speciebus ad individua, de indi- 

viduis ad sua rursus principia repelitls anfractibus rerum originem retorquebat Mun- 

dus nec invalida senectute decrepitus nec supremo est obitu dissolvendus.... Ex 
mundo intelligibili mundus sensibilis perfectus natus est ex perfecto. Plenus erat qui 
genuit, plenumque constituit plénitude. Sicut enim ifitegrascit ex integro, pulcbrescit 
ex pulchro, sic exemplari suo aeternatur aeterno. Ab aetemitate tempus initians, in œter- 
nitatis resolvitur gremixim , longiore circuitu fatigatum. De unitate ad numerum , de sta- 

bilitate digreditur ad momentum Has itaque vias ilu semper redituque continuât, 

cumque easdem totiens totiensque ilineribus aeternitatis evolverit, ab illis nitens et pro- 
movens, nec digreditur nec recedit.... Ea ipsa in se revertendi necessilate et tempus in 
aeternitate consistere et aeternitas in lempore visa est commoveri. Suum temporis est quod 
movetur. yEternitas est ex qua nasci, in quam et resolvi habet; quod in immensum por- 
rigitur. Si fieri possit ne décidât in numéros, ne defluat in momentum, idem tempus est 
quod aèternum. Solis successionum nominibus variatur, quod ab aevo nec continuatione 
nec essentia separatur, yElernitas igitur, sed et aeternitatis imago tempus, in moderando 
mundo curam et operam partiuntur. Mundus igitur tempore, sed tempus ordine dis- 
pensatur. Sicut enim divinae semper voluntatis est praegnans, sic exemplis a;ternarum 
quas gestat imaginum Noys Endelychyam, Endelychia Naturam, Noys Ymarmenem, 
quid mundo debeat informavit. Substantiam animis Endelychia subministrat; habita- 
culum animae corpus artifex nalura de initiorum mate;"iis et qualitate componit ; conti- 
nuatio temporis ymarmenem, quae continuatio temporis est, sed ad ordinem constiluta 
disponit, texit et retexit quae complectitur universa. » 



INTRODUCTION. cxxix 

teintes alexandrines \ L'imagination s'y mêle à la raison, 
une poésie barbare colore le style et la pensée, et dans ce 
professeur de Chartres il y a quelque chose de Jordano 
Bruno. Le commencement du xii^ siècle est donc le moment 
le plus brillant de l'école réaliste dans la première époque 
de la philosophie scolastique. A peine alors rencontre - 1 - on 
quelques traces de l'école nominaliste. Roscelin l'avait sans 
doute élevée très-haut; mais il l'avait précipitée bien vite, 
en faisant tomber sur elle le poids de sa propre condam- 
nation. Après le concile de Soissons en 1092 ou logS, 
le nominalisme demeura longtemps abattu. Jean de Salis- 
bury nous dit que de son temps il était presque [fere"^) 
éteint, et qu'après Roscelin, ceux qui restaient attachés à 
cette doctrine désavouaient son auteur, et n'osaient pas aller 
jusqu'au bout de leur opinion^. L'école nominaliste subsistait 
donc, mais dans l'ombre et presque entièrement éclipsée, 
et l'école opposée était à peu près maîtresse du champ de 
bataille. Mais cette école restée seule se fût perdue dans son 
triomphe, si la lutte à laquelle elle devait sa naissance se fût 
arrêtée. La victoire absolue , c'est la mort en philosophie : un 
système rival est nécessaire au meilleur système , et la critique 
est la vie de la science. Il fallait donc au réalisme, dans son 
intérêt même, une contradiction puissante : il la trouva dans 
son propre sein. Le nominalisme , battu et flétri sous son nom 
propre, s'amenda dans sa défaite, se métamorphosa, s'insinua 

' Dans un manuscrit de la Bibliothèque royale , fonds de Sorbonne, n° 626 A (olim 
R 58oc.), parmi un grand nombre d'opuscules de toute espèce , se trouve un ouvrage 
de Bernard de Chartres dont nul auteur et nul catalogue ne font mention; c'est un 
commentaire sur l'Enéide , où l'esprit alexandrin est plus manifeste encore que dans 
le Mègacosme. Tout y est présenté sous un point de vue allégorique. 

* Metalogicus,\i^ïi,c. 17. 

' Polycraticus, \ih. VU, c. la. 

INTRODUCTION. r 



cxxx INTRODUCTION, 

dans le cœur même du réalisme , et y fomenta des dissensions 
qui éclatèrent bientôt par de nouveaux combats. Déjà cette 
lutte intérieure du réalisme victorieux se trahit dans la modifi- 
cation que Guillaume de Champeaux dut apporter à sa doc- 
trine. Ce premier succès était le signal d'une école nouvelle 
qui , sortie du nominalisme , tout en l'abandonnant dans ses 
conclusions extrêmes, prétendait retenir ce qu'il pouvait avoir 
de sain et de bon, et, en adoptant le réalisme, n'en pas épouser 
non plus les exagérations , et qui , participant ainsi et s'écar- 
tant de l'un et de l'autre, aspirait à les comprendre et à les 
surpasser tous les deux : cette école nouvelle est celle d'Abé- 
lard. 
Entreprise Telle cst la place d'Abélard dans la philosophie du xii'' 
siècle. Formé d'abord, nous l'avons démontré, à l'école de 
Roscelin, il assiste ensuite au premier enseignement de 
Guillaume de Champeaux à l'école de Notre-Dame; il y étudie 
et y reçoit la doctrine réaliste. Il était donc en possession des 
deux doctrines contraires. Il pouvait les comparer, les cri- 
tiquer l'une par l'autre, et il n'était pas liomme à y manquer. 
S'il commence par se montrer disciple docile et même zélé de 
son nouveau maître, il n'oublie pas pour cela les leçons de 
l'ancien ; car, encore élève à Notre-Dame , il propose déjà contre 
la doctrine enseignée des objections, probablement emprun- 
tées au nominalisme , qui embarrassent le célèbre professeur; 
et dans le second enseignement de Guillaume, à l'école de 
Saint-Victor, l'écolier n'embarrasse plus seulement le maître, 
il le fait reculer, il lui arrache une concession importante, et 
lève enfin un nouvel étendard. Cet étendard nouveau appelle la 
foule , et au bout de quelque temps le nouveau système est vic- 
torieux à son tour; il prend possession de l'école du cloître; et 
à travers les fortunes les plus diverses, tantôt dans la gloire et 



f 



INTRODUCTION. cxxxi 

tantôt dans la persécution , par ses principes et par ses consé- 
quences, par ses erreurs comme par ses vérités, surtout à l'aide 
de l'esprit d'indépendance et de critique qu'elle représente et 
qu'elle propage, l'école d'Abélard éclipse toutes les autres 
écoles à Paris et dans toute la France , pendant la première 
moitié du xif siècle, et, par ses disciples et ses adversaires, 
prolonge son influence à travers la seconde moitié de ce siècle, 
jusqu'à la fin de la première époque de la philosophie sco- 
lastique. 

Il y a trois choses dans l'entreprise d'Abélard : i° une polé- 
mique contre les deux écoles qui l'avaient précédé; i"" l'éta- 
blissement d'une école nouvelle ; 3° l'application de la nouvelle 
philosophie à la théologie, application qui faisait alors fintérét 
et féclat d'un système, comme le font aujourd'hui son carac- 
tère social et ses conséquences politiques. Or, de ces trois 
points, jusqu'ici un seul nous est bien connu, la théologie 
d'Abélard; mais sur le premier et sur le second, c'est-à-dire sur 
le fond même de fentreprise, tout nous manque, et nous 
ne possédons d'Abélard que la phrase toute négative de VHis- 
toria calamitatum. Là , il nous apprend qu'il attaqua et renversa 
le réalisme de Guillaume de Champeaux, « patentissimis argu- 
« mentorumdisputationibus. » Mais quels étaient ces arguments 
évidents.^ il ne nous en dit pas un mot; pas un mot non plus 
de son opinion sur fécole nominaliste; pas la moindre men- 
tion du système qu'il établissait sur les ruines des deux 
écoles rivales; et nous en sommes réduits sur tout cela à une 
tradition incertaine et au témoignage équivoque de Jean de 
Salisbury. Grâce à Dieu, nos manuscrits nous permettent au- 
jourd'hui de combler toutes ces lacunes, de reproduire la po- 
lémique de notre philosophe contre les deux écoles qu'il vou- 
lait remplacer, et de faire connaître pleinement et d'après 



cxxxii INTRODUCTION, 

lui-même son propre système. Nqqs allons établir et dévelop- 
per ces deux points essentiels de l'entreprise d'Abélard avec 
tout le soin et toute l'étendue qu'ils réclament. 

I. Polémique d'Abélard contre les deux écoles réaliste et nominaliste. 

Réfutation Abélard lui - même , dans le fragment du manuscrit de 
réalisme. Saint - Germain , signale et décrit les deux écoles qu'il trouva 
aux prises l'une contre l'autre. La première était l'école 
nominaliste , qui prétendait que les genres et les espèces ne 
sont que des mots pris dans un sens universel ou dans un 
sens particulier, et qu'il n'y a en réalité ni genres ni espèces; 
la seconde était l'école réaliste , qui soutenait que les genres et 
les espèces existent réellement. Mais cette dernière école se di- 
visait elle-même en deux écoles: l'une qui imaginait certaines 
essences universelles qu'elle considérait comme étant essentiel- 
lement et intégralement dans chaque individu; l'autre, d'après 
laquelle les espèces et les genres , les plus élevés comme les plus 
inférieurs, sont les individus eux-mêmes, considérés sous divers 
points de vue. (Fol. ^2 r*'c.2-^2 v^'c. i ^).«De generibus et specie- 
« bus diversi diversa sentiunt. Alii namque voces solas gênera 
« et species universales et singulares esse affirmant , in rébus 
« vero nihil horum assignant. Alii vero res générales et spéciales 
« universales et singulares esse dicunt; sed et ipsi inter se di- 
« versa sentiunt. Quidam enim dicunt singplaria individua esse 
«species et gênera, subalterna et generalissima, alio et alio 
« modo attenta. Alii vero quasdam essentias universales fin- 
«gunt, quas in singulis individuis totas essentialiter esse 
« credunt. » 

La première école que combat Abélard dans notre manus- 

' De la prés, édit., page 5i3. 



INTRODUCTION. cxxxiii 

crit n'est pas l'école nominaliste ; c'est l'école réaliste , et dans 
celle-ci l'école particulière à laquelle se rapporte la première 
doctrine de Guillaume de Champeaux, qui est en effet l'expres- 
sion la plus rigoureuse et la plus élevée du réalisme. 

Cette polémique est fort étendue : on sent qu'Abélard a 
devant lui une école puissante et nombreuse. Aussi, tout en 
rapportant précédemment à Guillaume de Champeaux quel- 
ques traits de la doctrine ici combattue, lorsque des in- 
dications positives nous y autorisaient, nous n'avons pas osé 
lui attribuer cette doctrine dans sa totalité ; car Abélard ne cite 
aucun nom , et il y a un passage qui évidemment ne s'applique 
pas à Guillaume de Champeaux, mais à Bernard de Chartres ^ 
C'est donc l'école réaliste elle-même, non pas dans tel ou tel 
de ses représentants, mais dans ses principes les plus géné- 
raux et dans ses arguments les plus accrédités, qu'Abélard 
entreprend de réfuter, et qu'il nous fait connaître en la réfu- 
tant. Sous ce rapport nous répétons que le fragment de Saint- 
Germain est du plys grand prix. Mais c'est surtout l'argumen- 
tation d' Abélard qui doit nous occuper. 

Avant d'attaquer l'école réaliste , il rappelle d'abord la 
thèse qu'elle soutenait : « L'humanité est une chose essentiel- 
« lement une , qui ne possède pas en elle-même mais à laquelle 
« adviennent certaines formes qui font Socrate. Cette chose, en 
« restant essentiellement la riiême , reçoit de la même manière 
« d'autres formes qui font Platon et les autres individus de 
« l'espèce homme ; et hormis ces formes qui s'appliquent à cette 
« matière pour faire Socrate , il n'y a rien en Socrate qui ne 
« soit le même en même temps dans Platon , mais sous les 
«formes de Platon^.» La polémique d'Abélard contre cette 

' Voyez plus bas, page cxLii. 
' Voyez plus haut , pagecxx. 



cxxxiv INTRODUCTION. 

doctrine est longue et serrée, et il est bien difficile d'en dé- 
tacher quelques anneaux; mais les divers arguments dont elle 
se compose tiennent à un premier et fondamental argument, 
qui la représente presque tout entière, et dont les autres 
ne sont guère que des développements. Cet argument est en 
quelque sorte la protestation du sens commun contre le réa- 
lisme; et, comme tout argument tiré du sens commun, il 
attaque par le ridicule, et il a l'air irrésistible. Aussi Abé- 
lard le présente-t-il avec la plus grande confiance : il dé- 
clare que nulle réplique n'est possible. Le voici, dans sa plus 
simple expression : Si le genre est l'essence de l'individu, et s'il 
est tout entier dans chaque individu, de sorte que la substance 
entière de Socrate est en même temps la substance entière de 
Platon, il s'ensuit que, quand Platon est à Rome et Socrate 
à Athènes , la substance de l'un et de l'autre est en même temps 
à Rome et à Athènes, et par conséquent en deux lieux à la 
fois. Autre forme de l'argument : La substance de Socrate , 
l'homme universel dans Socrate, l'homme devenu Socrate, 
c'est l'homme socratique, ou en d'autres termes Socrate lui- 
même : or, l'homme universel, en revêtant la forme de Socrate, 
l'a admise tout entière dans son essence, et la transporte 
partout où il est; donc, quand l'homme universel dans Platon 
et dans Socrate est à Rome et à Athènes, l'homme socratique, 
c'est-à-dire Socrate , est à la fois à Athènes et à Rome ; et de 
même pour Platon, et pour les autres hommes. S'il en est 
«ainsi, dit Abélard, comment pourra -t- on nier que So- 
it crate soit dans le même temps à Rome et à Athènes ? En 
« effet, là où est Socrate , là est aussi Fhomme universel , 
« qui a dans toute sa quantité revêtu la forme de la socratité; 
«car tout ce que prend l'universel, il le prend en toute sa 
« quantité. Si donc l'universel qui est tout entier affecté de 



INTRODUCTION. cxxxv 

« la socratité est à Rome dans le même temps tout entier 
«dans Platon, il est impossible qu'en même temps et au 
« même lieu ne se trouve pas la socratité qui contenait cette 
« essence tout entière. Or , partout où la socratité est dans un 
« homme , là est Socrate; car Socrate est l'homme socratique. 
« A cela un esprit raisonnable n'a rien à répondre. » (Fol. ki v'', 
c. 1 ^). « Quod si ita est, quis potest solvere quin Socrates eodem 
«tempore Romae sit et Athenis.^ Ubi enim Socrates est, et 
« homo universalis ibi est , secundum totam suam quantita- 
« tem informatus socratitate. Quicquid enim res universalis 
«suscipit, tota sui quantitate retinet. Si ergo res universalis, 
« tota socratitate affecta, eodem tempore et Romae est in Pla- 
« tone tota, impossibile est quin ibi etiam eodem tempore sit 
« socratitas, quae totam illam essentiam continebat. Ubicumque 
«autem socratitas est in homine, ibi Socrates est; Socrates 
« enim homo socra tiens est. Quid contra hoc dicere possit, ra- 
« tionabile ingenium non habet. » 

Peut-être cet argument n'est-il point aussi irrésistible que 
le croit Abélard , et un esprit raisonnable pourrait y faire plus 
d'une réponse solide. Toute la force de cet argument repose 
sur la confusion, dans Socrate, du genre et de l'individu, 
de l'homme universel et de l'homme particulier, de l'huma- 
nité et de Socrate. Mais cette confusion, c'est Abélard qui 
l'impose gratuitement à l'école réaliste, dont le principe au 
contraire est la distinction en chaque chose d'un élément gé- 
néral et d'un élément particulier. Ici, les deux extrémités 
également fausses sont ces deux hypothèses : ou la distinc- 
tion de l'élément général et de l'élément particulier portée 
jusqu'à leur séparation , ou leur non-séparation portée jusqu'à 
fabolitioil de leur différence; et la vérité est que ces deux élé- 

' De la prés. éd. page 5i3. 



L 



cxxxvi INTRODUCTION. 

meots sont à la fois essentielleiirent distincts et inséparable- 
ment unis. Toute réalité est double : le lien de cette dualité 
est l'organisation, et son résultat la vie, Abélard suppose tou- 
jours qu'un universel, pour parler ce langage, ne peut prendre 
une forme sans la retenir constamment dans toute sa quantité: 
« quidquid res universalis suscipit, tota sui quantitate retinet, » 
proposition très-équivoque qui implique que , quand le genre 
humanité a pris la forme de Socrate et qu'il vient à prendre 
une autre forme, celle de Platon, il garde la première, ce 
qui est absurde; et qu'une substance ne peut prendre succes- 
sivement plusieurs formes et rester identiquement la même , 
ce qui pourtant est incontestable. Prenons l'exemple le plus 
évident et le plus voisin de nous , à savoir, nous-mêmes. Ce 
moi identique et un que nous sommes, est essentiellement tout 
entier dans chacune de ses manifestations. C'est essentiellement 
et intégralement le même moi qui raisonne, qui se ressouvient, 
qui veut, qui pense, etc. Le sens commun le dit et la conscience 
l'atteste; le moi ne change ni ne s'altère, ne diminue ni ne 
s'agrandit dans la diversité et la mobilité de ses manifesta- 
tions; nulle d'elles ne l'épuisé et n'est absolument adéquate 
à son essence; il ne prend aucune forme pour la garder à 
toujours et dans tout son développement; car il est essen- 
tiellement distinct de chacun de ses actes, même de chacune 
de ses facultés, quoiqu'il n'en soit pas séparé. Le genre humain 
soutient le même rapport avec les individus qui le compo- 
sent; ils ne le constituent pas : c'est lui au contraire qui les 
constitue. L'humanité est essentiellement tout entière et en 
même temps dans chacun de nous, comme nous sommes 
essentiellement, intégralement et simultanément dans nos 
différents actes et nos différentes facultés. L'humanité n'existe 
que dans les individus et par les individus; mais, en retour, 



INTRODUCTION. cxxxvii 

les individus n'existent, ne se ressemblent et ne forment un 
genre que par l'unité de l'humanité, qui est en chacun d'eux. 
\'oici donc la réponse que nous ferions au problème de Por- 
phyre , TTOTg^v ')((£> çj.cf\ du [yi.\y\) i iv roîç cLia-^v]ToT(i : distincts, 
oui; séparés, non; séparables, peut-être; mais alors nous 
sortons des limites de ce monde et de la réalité actuelle. Dans 
le véritable réalisme, le genre n'absorbe pas plus l'individu 
que l'individu n'absorbe le genre; il n'y a donc pas de con- 
tradiction à prétendre que le même genre est à la fois tout entier 
dans deux individus qui demeurent l'un à Athènes et. l'autre 
à Piome; car deux individus qui participent du même genre, 
de la même essence, ne forment pas pour cela un seul et même 
individu ; et par conséquent il ne faut pas dire que cet indi- 
vidu existe en deux lieux à la fois, quand les deux individus 
sont loin l'un de l'autre. S'il y a en efiFet du ridicule à sup- 
poser que Socrate soit en même temps en deux lieux diffé- 
rents, c'est Abélard qui tombe dans ce ridicule, puisqu'il con- 
fond dans Socrate l'espèce et l'individu. Ou si, en se moquant 
de l'homme universel, il n'admet dans l'individu "que l'in- 
dividu même, alors il tombe dans un bien autre ridicule, 
celui de faire des individus qui n'appartiendraient à aucune 
espèce, et, par exemple, un Socrate et un Platon qui, 
comme individus, étant absolument différents, et habitant 
d'ailleurs des lieux différents, n'auraient rien d'identique 
entre eux, et seulement quelques ressemblances qui se perdent 
sous mille différences. Nous lui demanderons si c'est bien là 
l'humanité , si , à ces traits, le genre humain se reconnaît, et si 
l'adversaire de Guillaume de Champeaux n'a pas à son tour 
contre lui l'argument du ridicule et le sens commun de l'es- 
pèce humaine. 

Nous avons insisté sur le premier argument d' Abélard 



INTRODUCTION. 



cxxxviii INTRODUCTION. 

contre Técole réaliste, parce que cet argument est celui qui 
revient sans cesse dans le cours de la discussion. Ainsi ce 
qu Abélard a dit tout à l'heure du rapport de l'individu So- 
crate et de l'individu Platon au genre humain, il le dit de 
la santé et de la maladie par rapport à l'animal , et du blanc 
et du noir par rapport au corps. Nous nous contenterons 
de traduire presque littéralement ce morceau; on y pourra 
juger de la manière d' Abélard. 

«Si^ l'animal qui existe tout entier en Socrate est affecté 
« de maladie, il l'est tout entier, puisque tout ce qu'il prend, 
« il le prend dans toute sa quantité, et dans le même moment 
« il n'est nulle part sans maladie; or ce même animal universel 
« est tout entier dans Platon ; il devrait donc y être malade 
« aussi ; mais il n'y est pas malade. Il en est de même pour la 
« blancheur et la noirceur , relativement au corps. Que nos 
« adversaires ne pensent pas échapper en disant : Socrate est 
« malade, mais non pas l'animal; car s'ils accordent que Socrate 
« est malade, ils accordent que l'animal est malade aussi dans 
«l'individu.... S'ils s'imaginent^ que l'animal universel n'est 
«point malade quand l'individu l'est, ils se trompent bien; 
« car l'animal universel et l'animal individuel sont identiques. 
« Ils ajoutent: l'animal universel est malade, mais non pas en 
« tant qu'universel. Plaise à Dieu qu'ils s'entendent eux-mêmes! 
« S'ils veulent dire : l'animal n'est pas malade en tant qu'uni- 
« versel, c'est-à-dire que ce n'est pas de son universalité qu'il 
«tient d'être malade, qu'ils disent donc aussi : il n'est pas 
« malade en tant qu'individu , puisqu'il ne tient pas de son 

* Fol. 42 v°, c. 1. De la prés, édit., pag. bià. «Quod si animal totum existens.... et 
animal concedunt in inferiori. » 

* Fol. 42 v% c. 2. Delà prés. édit. Ibid. «Si attendant animal nec enim hoc video 

illis refugium. » 



INTRODUCTION. cxxxix 

« individualité d'être malade. S'ils disent : il n'est pas malade 
«en tant qu'universel, c'est-à-dire que son universalité l'em- 
« pèche d'être malade; il ne sera jamais malade, puisqu'il 
«est toujours universel. Et semblablement son individua- 
« lité l'empêche d'être malade, puisqu'aucun individu n'est 

«malade en tant qu'individu S'ils ont recours à l'ex- 

« pression d'état (^status), et qii ils disent : l'animal en tant qu'uni> 
« versel n'est pas malade dans l'état universel , qu'ils nous ex- 
« pliquent ce qu'ils veulent dire par ces mots : dans l'état 
« universel. S'agit-il d'une substance ou d'un accident? Si c'est 
«d'un accident, nous accordons que rien n'est malade dans 
«l'accident; si d'une substance, c'est de la substance animal 
«ou de quelque autre substance. Si c'est d'une autre, nous 
« accordons encore que l'animal n'est pas malade dans une 
«substance autre que la sienne. Si enfin il s'agit de l'animal, 
«il est faux que l'animal ne soit pas malade dans l'état uni- 
« versel , c'est-à-dire que l'animal en soi ne soit pas malade 
« quand l'animal est malade. Je ne vois pas qu'il y ait ici 
« moyen d'échapper. » 

Vient ensuite une argumentation à peu près semblable sur 
le rapport des espèces aux genres. Il s'agit de savoir si la 
différence qui en s' ajoutant au genre fait l'espèce, a ou non 
son fondement dans le genre, et plus particulièrement 
quel rôle joue dans l'homme la raison, la rationalité. 
« Toute ^ différence qui advient au genre prochain fait une 
« espèce, comme par exemple la rationalité dans l'animal. En 
«effet, dès que la rationalité touche cette nature, à savoir 
« l'animal, aussitôt se forme une espèce où la rationalité trouve 
« son fondement. Elle donne donc sa forme à l'animal tout 

' Fol. ^3 v°, c. 2; 43 r", c. i. De la prés, édit., pag. 5i5-5i7. «Item omnis differen- 
tia.,.. tamen in nalura remanerel. » 



cxL INTRODUCTION. 

« entier ; car tout ce que prend le genre , il le prend en toute 

« sa quantité. Mais , de la même manière , l'irrationalité donne 

« sa forme dans le même temps à l'animal tout entier. On a 

« donc deux opposés en un même sujet et relativement à la 

« même chose. Et que nos adversaires ne disent point qu'il n'y 

.( a pas d'absurdité à admettre deux opposés en un même uni- 

«( versel ; car Porphyre réclame et nie qu'en un même universel 

«se trouvent deux opposés. «L'animal (dit-il en parlant du 

« genre) n'a point les différences opposés; car on aurait alors 

« des opposés en une même chose ^ » Puis il ajoute : « rien ne se 

« fait de ce qui n'est pas , et des opposés ne se rencontrent pas 

« dans le même ^. » Qu'ils ne croient pas échaj)per en disant 

« que Porphyre ne voit pas d'absurdité à ce que deux opposés 

« se rencontrent dans le même , pourvu qu'ils ne soient pas 

« dans la constitution du sujet où ils se rencontrent ; car 

« alors il n'y aurait pas d'absurdité à ce que dans le même 

«sujet se trouvassent ensemble la blancheur et la noirceur, 

« parce qu'elles ne le constituent pas. Il est donc plus simple 

« de dire , comme le font quelques-uns , que les différences 

« adviennent au genre, mais qu'elles n'ont pas leur fondement 

« dans le genre ; et c'est pour cela que le genre est dit être par 

« lui-même, parce qu'il est à lui-même son propre sujet. Mais je 

« dis : l'espèce est faite du genre et de la différence substantielle ; 

« et comme dans une statue l'airain est la matière et la figure 

« est la forme , de même le genre est la matière de l'espèce , et la 

« différence en est la forme. La matière est ce qui prend la forme. 

« Ainsi , dès que l'espèce est constituée , elle y sert de substrat 

«à la forme; car dès qu'elle est constituée, elle est composée 

« de matière et de forme, c'est-à-dire de genre et de différence, 

u et nous voilà ramenés à cette proposition que la différence 

' Porphyr. Isayog., c. 3, éd. Buhle, t. I. pag. 891. — * Ibid. 



INTRODUCTION. cxli 

« elle-même est fondée dans le genre. A cela nos adversaires 
«répondent : la rationalité a son londemcnt dans le corps, 
« dans la chair ^ qui est un genre en dehors de l'espèce, mais 
« non pas dans l'espèce elle-même. Ils admettent ainsi deux 
«impossibilités; la première, que le genre est en dehors de 
« l'espèce et de ses individus, tandis que Boëce dit : le genre'" 
«résulte de la ressemblance d'espèces difierentes, laquelle 
« ressemblance ne peut se trouver que dans des espèces 
«et dans leurs individus; la seconde, qu'il y a dans Tes- 
« pèce quelque chose qui est identique dans le même mo- 
« ment avec le genre en dehors de l'espèce, et qui pourtant 
« n'est pas le genre. Ensuite , si la forme a son fondement dans 
« l'espèce, elle a son fondement en une chose qui est constituée 
« par elle-même et par le genre ; de sorte que ce qu'elle cons- 
« titue lui sert de fondement. L'intelligence pourrait alors sé- 
« parer le fondement et la forme; car c'est le pouvoir de l'esprit 
« d'unir ce qui est séparé et de séparer ce qui est uni. Mais 
« quel est l'esprit qui pourrait séparer de l'homme la rationa- 
« lité .^ De plus, si la rationalité est quelque chose, elle doit être 
« contenue dans quelqu'un des membres de celte division d'A- 
« ristote : une chose se dit d'un sujet et n'est pas en un sujet, 
«ou bien elle est en un sujet et ne se dit pas d'un sujet, ou 
« elle se dit d'un sujet et elle est en un sujet , ou elle n'est pas en 
«un sujet ni ne se dit d'un sujets On la rangera, je pense, 
« parmi les choses qui se disent d'un sujet et sont en un sujet; 
« car la rationalité s'afFirme d'un sujet qui est telle ou telle 
« rationalité, et elle est en un sujet qui est l'homme. Si elle 
« est dans l'homme comme en un sujet, elle n'y est pas comme 

' « Ralionalitas quidem fundatur in carne. » 

^ Boeth. opp., pag. 56. 

' Aristot., Categ.j éd. B., pag. iih'j. 



r.xLir INTRODUCTION. 

«une partie, mais elle ne peut jamais en être séparée; car 
« c t^st là la définition que donne Aristote de ce qui est en un 
« sujet; cependant elle est une partie formelle de l'homme, et par 
« là elle est une partie; il faut donc lui chercher un autre sujet 
« dont elle ne soit pas une partie. Nos adversaires diront : la 
« rationalité est dans l'homme comme en un sujet; elle n'y est 
« point comme partie intégrante ; et c'est tout ce que demande 
«Aristote. Mais je nie que l'animal puisse être dans l'homme 
« comme en un sujet sans y être comme partie intégrante. 
« S'ils disent que la dernière partie de la définition, ce qui ne 
« peut jamais être séparé de ce en quoi il est, ne convient pas à 
« l'animal, parce que l'animal peut être sans l'homme et sans 
« aucune des espèces inférieures, en prenant être dans un sens 
« large et non dans le sens de l'exislence actuelle, j'en dirai au- 
« tant de la rationalité; car, suivant eux, lors même que la ra- 
« tionalité ne serait pas en quelque individu , elle n'en subsiste- 

« rait pas moins réellement » 

Voici maintenant un autre argument qui, comme le pre- 
mier dont nous avons rendu compte , a été depuis mille fois 
répété. 11 est ici principalement dirigé contre Bernard de 
Chartres. Celui-ci avait ramené les espèces et les genres aux 
Idées de Platon ; or les Idées sont éternelles ; elles semblent donc 
de la même nature que Dieu ; et c'est pour prévenir cette objec- 
tion ou y répondre que Bernard, selon le témoignage déjà cité 
de Jean de Salisbury dans le Metalogicus, avait admis l'éternité 
des Idées, mais non pas leur coéternité avec Dieu^ Dans un 
autre endroit du même ouvrage ^, Jean de Salisbury, sans 
nommer Bernard, combat sa doctrine et rappelle un di- 
lemme qu'on opposait alors à la théorie des Idées : tout ce 

' Voyez plus haut, page cxxvii. 
' Metaloçf.Mh.lV, c. Sy. 



INTRODUCTION. cxuir 

qui est, est ou créateur ou créature. Ces diverses indications 
sont éclaircies et développées par le passage suivant d'Abélard : 
« Les ^ genres et les espèces sont ou créateur ou créature. 
« S'ils sont créature , le créateur a dû être avant sa créature. 
«Ainsi Dieu a été avant la justice et la force, que quelques- 
« uns n'hésitent pas à considérer comme étant en Dieu, et 
« comme quelque chose de différent de Dieu ; de sorte que 
« Dieu aurait été avant d'être juste ou fort. Mais il y en a qui 
« ne considèrent pas comme suffisante cette division : tout ce 
«qui est, est créateur ou créature, et qui voudraient y subs- 
« tituer celle-ci : tout ce qui est, est ou engendré ou inen- 
« gendre. Or, on appelle les universaux inengendrés; par con- 
« séquent, il faudrait les appeler coéternels; de sorte que, suivant 
« ceux qui avancent cette proposition , l'âme (ce qu'on ne peut 
« dire sans sacrilège) n'est soumise en rien à Dieu puisqu'elle 
«a toujours été avec Dieu, et ne tire son origine que d'elle- 
« même. Et Dieu n'a fait aucune chose , car Socrate est com- 
« posé de deux choses coéternelles à Dieu. Il n'y a donc rien 
«eu de nouveau qu'une réunion; il n'y a pas eu de création^: 
«car la forme est universelle comme la matière, et comme 
« elle coéternelle à Dieu. Combien cela est loin du vrai , c'est 

« ce qu'il est facile de voir » 

Telle est l'augmentation d'Abélard contre cette partie de 
l'école réaliste qu'on pourrait appeler la branche platonicienne 
de cette école. Il nous reste à laire connaître les combats qu'il 
a livrés à l'autre branche de la même école, celle qu'on en 
pourrait appeler la branche péripatéticienne, par opposition à 
la première, et qui considérait les espèces et les genres comme 
des manières d'être des individus, lesquelles manières d'être 

' Fol. ^3 r" , c. 2 ; de notre édition, page 517. 

* Voyez plus haut , l'extrait du Megacosmas, page cxxviii. 



cxLiv INTRODUCTION. 

n'ayant aucune différence entre jeiles dans les différents indi- 
vidus y constituent les universaux; d'où la théorie delà non- 
différence, indifferentia. Cette école nous est comme révélée 
par le fragment du manuscrit de Saint-Germain. Le seul ves- 
tige qu'on en pouvait trouver avant notre pul)lication est la 
variante indifferenteripouT individuali ter dans la phrase deYHis- 
toria calamitatum. Voici comment Abélard expose cette théorie 
avant de la discuter : 

« Examinons maintenant, dit-il, ^ la théorie de la non-diffé- 
« rence, qui met en avant la thèse suivante • H n'y a rien autre 
«chose que l'individu; l'individu, considéré sous différents 
« points de vue, devient l'espèce, le genre , et ce qu'il y a de plus 
«général. Ainsi Socrate est un individu, parce qu'il est une 
« chose dont la propriété ne se retrouverait jamais tout entière 
« en une autre; car, s'il y a d'autres hommes, il n'y en a pas 
« d'autre que Socrate où se trouve la socratité. Mais on peut 
« quelquefois penser à Socrate sans penser à tout ce que 
«désigne ce mot de Socrate; on peut négliger la socratité 
« pour ne considérer da^is Socrate que ce que signifie le mot 
«homme, c'est-à-dire l'animal raisonnable mortel, et sous ce 
« rapport il est espèce ; car il peut s'affirmer comme essence 
«de plusieurs choses. Si on abstrait encore la rationalité et 
«la mortalité, pour ne considérer que ce qu'exprime le mot 
i( animal, à ce nouvel état c'est le genre. Si enfin, négligeant 
« toutes les formes , on ne considère Socrate que dans ce qu'ex- 
« prime le mot substance, c'est ce qu'il y a de plus général. 
« On peut en dire autant de Platon sous tous ces rapports. Si 
«on oppose que la propriété de Socrate, en tant qu'homme, 
« n'est pas plus en plusieurs choses que la propriété de Socrate 

' Fol. 43 r' c. 2, 43 v" C-. 1. De la prés. édit. , page 5i8. « Nunc itaque illarn quae de 
indifFerenlia est sententiam.... Idem de animali et substantia. » 



INTRODUCTION. cxlv 

« en tant que Socrate , attendu que l'homme socratique n'est 
« en aucun autre homme que Socrate , pas plus que Socrate 
«lui-^nême, ils l'accordent, mais avec l'explication suivante: 
<( Socrate, en tant que Socrate, n'a rien en soi qui se retrouve 
<* en un autre sans aucune difFérence; mais en tant qu'homme, 
« il a plusieurs qualités qui se retrouvent non différentes en 
« Platon ou en d'autres individus. Car Platon est un homme 
« comme Socrate est un homme , quoiqu'il ne soit pas essen- 
« tiellement le même homme que Socrate. Le même raison- 
« nement s'appliquera à l'animal et à la substance. » 

Abélard divise en deux parties son argumentation contre cette 
théorie. Il l'attaque i" par l'autorité, 2° par le raisonnement. 

1° ^< Porphyre dit : « Il y a^ dix genres; les espèces sont en un 
« certain nombre , mais qui n'est pas infini ; les individus sont 
« en nombre infini, » Au contraire , dans l'hypothèse que nous 
«examinons, tous les individus, par cela seul qu'ils existent, 
«sont des genres; d'où il suit que les genres sont aussi 
« nombreux que les individus. Nos adversaires se tirent do 
« cette difficulté en disant : que les genres sont , il est vrai , 
«infinis en nombre sous le rapport de l'essence, mais qu'ils 
« ne sont que dix sous celui de la non-différence. Car autant 
« d'individus existants , autant d'essences générales; mais tous 
«ces genres ne forment qu'un seul et unique genre, parce 
«qu'ils sont non-différents entre eux. En effet, Socrate, en 
« tant que substance , n'est pas différent à l'égard de toute subs- 
« tance en tant que substance. Porphyre ajoute un peu après ^ : 
« L'espèce rassemble plusieurs choses en une seule et même 



' Fol. 43 v° c. 1, A3 \° c. 2. De la prés, édit., pag. big-ôao «Porphyrius dicit. 
omnes apponere autoritates quae hanc sentenliam abnuunt, gravaremur. » 
* Porph. Isagog., éd. B., pag. 38 1 . 
' /6id.,pag. 382. 

INTRODUCTION. t 



cxLvi INTRODUCTION. 

« nature, et le genre encore plus que l'espèce. » C'est ce qu'on ne 
« peut pas raisonnablement dire de Socrate; car Socrate ne corn- 
« munique pas à Platon quelque nature qui soit en lui , puisque 
«ni l'homme qui est Socrate, ni l'animal qui est en lui ne 
« sont en aucun autre qu'en Socrate. Cependant ils recourent 
« à leur non-différence, et disent que Socrate en tant qu'homme 
« réunit Platon et tous les hommes; d'où il suit que, l'essence 
« n'étant pas différente dans l'homme, Socrate est Platon. Por- 
« phyre dit encore ^ : « Le genre est ce qui s'affirme, relativement 
« à l'essence, de plusieurs choses différentes d'espèce; l'espèce, ce 
« qui s'affirme de plusieurs choses numériquement différentes. » 
« Si donc Socrate en tant qu'animal est un genre, il se trouve en 
« plusieurs choses d'espèces différentes ; si en tant qu'homme il 
« est une espèce, il s'affirme de plusieurs choses numériquement 
«différentes; ce qui est absolument faux , car ni l'animal ni 
« l'homme qui est Socrate n'est en un autre qu'en Socrate. Mais 
« nos gens répondent : Socrate en aucun état n'est essentielle- 
« ment en un autre qu'en lui-même; mais à l'état d'homme il 
« est dit être en plusieurs individus , parce que ces individus 
« sont des hommes qui ne diffèrent pas de lui ; et il en est de 
« même pour l'animalité. Boëce réfute en plusieurs endroits 
« l'opinion que nous attaquons ici : « On ne doit, dit-iP, entendre 
« autre chose par espèce qu'une conception collective, qui se 
« forme en vertu d'une ressemblance substantielle sur des indi- 
« vidus différents en nombre. » Ce qui ne s'accorde pas avecl'o- 
« pinion que Socrate en tant qu'homme serait une espèce; car 
« on ne peut le recueillir en tant qu'espèce en plusieurs indi- 
« vidus, s'il n'est pas en plusieurs. Cependant, ils rapportent 
«encore cela à leur non-différence, et disent : Socrate en tant 

' Porph., Isagog., éd. B., pag. SyS. 
* Boeth. opp., pag. 56. 



I 



INTRODUCTION. cxlvii 

«qu'homme se recueille en lui-même, en Platon, et en tons 
« les autres hommes ; tout individu en tant qu'homme peut 
«être recueilli de lui-même. Il est facile de voir combien 
« cette explication est ridicule , si l'on remarque que de toute 
« chose on pourrait dire également qu'elle est un homme, par 
« cela seul qu elle contient quelque chose de non différent à 
« l'égard de l'homme. Nous lisons aussi dans le commentaire 
« sur les Catégories : « Les ^ genres et les espèces ne résultent 
«pas de la considération d'un seul individu; ce sont des con- 
« ceptions que l'esprit recueille en tous les individus pris en- 
« semble. » Boëce déclare formellement dans ce passage, que 
« le mot homme exprime une essence qui n'est pas tirée de 
« Socrate tout seul, mais recueillie en tous les hommes. Or, 
« ceux qui disent que Socrate en tant qu'homme est une es- 
«pèce, tirent l'espèce d'un seul individu. Il serait fatigant 
« d'accumuler toutes les autorités qui sont contraires à cette 
« opinion. 

2°^ «Dans ce système, chaque individu humain, en tant 
« qu'homme , est une espèce. D'où il suit que Ton pourrait 
« dire de Socrate : cet homme est une espèce. Il est certain 
« que Socrate est cet homme ; donc on peut conclure avec 
«toute raison, suivant les règles de la troisième figure du 
« syllogisme : Socrate est une espèce. Car si une chose s'af- 
a firme d'une autre, et qu'il y ait encore un autre sujet au 
«sujet, le sujet du sujet sert de sujet au prédicat du prédi- 
« cat : c'est ce que personne ne peut raisonnablement nier. 

M Je poursuis. Si Socrate est une espèce , Socrate est un- 

' Boeth. opp., pag. lag. 

' Fol. A3 v° c. 3 , 44 r" c. 1. De îa prés. édit. , pag. 520-52 2. « Sed nunc ut rationi sit 
consentanea videamur nam Socrates nolat hominem Socraticum, in quo el homi- 



cxLviii INTRODUCTION. 

«universel; et s'^ est universel, il n'est pas singulier ; d'où 
« cette conséquence : il n'est point Socrate. Ils se refusent à 
«cette conséquence : s'il est universel, il n'est pas singulier; 
«car, dans leur système, tout universel est singulier, et tout 
« singulier est universel sous des rapports différents. Cepen- 
« dant lorsqu'on dit : toute substance est universelle ou sin- 
« gulière, personne, je pense, ne niera qu'une division sem- 
« blable ne soit une division par l'accident, comme dit Boëce, 
« dans le livre des Divisions : « La règle ^ commune à toutes les 
«divisions de cette nature, c'est qu'elles se partagent en op- 
« posés. » Ainsi, si nous partagions un sujet en ses accidents, 
« nous ne dirions pas : les corps sont ou blancs ou doux , car 
« ce ne sont pas là des opposés ; mais bien : les corps sont ou 
« blancs ou noirs, ou ni blancs ni noirs. Il faut de même con- 
« sidérer comme selon l'accident cette division : toute substance 
«est universelle ou singulière; car universel et singulier sont 
« plus opposés que blanc et doux^. Ils répondent que Boëce n'a 
« pas voulu parler de toutes les divisions par l'accident; mais seu- 
« lement de celles qui sont régulières. Si vous leur demandez 
« quelles sont celles qui sont régulières , ils répondent : celles 
« auxquelles cela s'applique. Voyez quelle impudence! ce que 
« l'autorité affirme d'une manière si explicite , lorsqu'en par- 
« lant des divisions par l'accident, elle dit : c'est là la règle com- 
« mune de toutes ces divisions , ils nient , contre toute évidence , 
« que ce soit un précepte universel. Mais ils ne pourront tenir 
« dans cette position ; car l'autorité s'exprime d'une manière for- 
« melle sur l'universel et le singulier : Aucun universel n'est sin- 
« gulier, et aucun singulier n'est universel. En effet, Boëce, 
« dans son commentaire sur les Catégories, dit, en parlant de 

-i,' Boeth. opp., pag. 5Ai. 
* Le manuscril : haec non œagis... Lisez : liapc enim inagis... De la prés édit. page Bai. 



LNTRODUCTION. cxux 

« cette division ^ : « Toute substance est universelle ou singu- 
« lière. Il est impossible qu'un accident prenne la nature 
«d'une substance, ou une substance la nature d'un accident. 
«Or, la particularité et l'universalité ne s'impliquent pas, car 
« l'universalité peut bien s'affirmer de la particularité, comme, 
«par exemple, l'animal de Socrate ou de Platon, et la parti- 
« cularité reçoit l'universalité comme son prédicat; mais il 
« est impossible que l'universalité soit particularité , ni que 
« ce qui est particularité devienne universalité. » Universalité 
« et particularité sont pris ici pour universel et particulier ; 
«.c'est ce que prouvent les exemples qui sont donnés ensuite, 
« comme l'animal dans son rapport à Socrate. 

«A cela on ne peut faire aucune réponse raisonnable. 
« Cependant ceux à qui nous avons affaire ne se tiennent pas 
« en repos. Ils disent : Aucun singulier, en tant que singulier, 
«n'est universel, et réciproquement; mais pris comme uni- 
« versel , le singulier est universel , et réciproquement. A 
« quoi je réponds : Ces mots : « aucun singulier en tant que 
« singulier » semblent vouloir dire : aucun singulier demeu- 
« rant singulier n'est un universel demeurant un universel : 
«ce qui est certainement faux; car Socrate, tout en demeu- 
«rant Socrate, est un bomme qui demeure bomme. Il se 
« pourrait encore que l'on voulût dire : L'universel ne dérive , 
« dans aucun singulier, de sa singularité , ou bien c'est la 
«singularité qui interdit l'universalité à l'homme singulier; 
«ce qui est absolument faux, dès que l'on considère le rap- 
« port de Socrate et de l'homme; car, dans Socrate , cela même 
« qui est Socrate exige la présence de l'homme. Et d'ailleurs 
« rien n'empêche aucun singulier d'être universel, s'il est vrai, 
«comme ils le prétendent, que tout singulier est universel. 

' Boelh. opp., pag. 120. 



CL INTRODUCTION. 

«De même, s'ils disent : Socrate, en tant que Socrate, c'est- 
« à-dire dans toute la propriété qui est désignée par ce mot 
«de 5ocra^e, n'est pas un homme en tant qu'homme, c'est-à- 
« dire dans la propriété qu'exprime le mot àliomme; cela est 
«encore faux; car Socrate désigne l'homme socratique et 

M par conséquent l'homme » 

Avant de quitter la polémique du manuscrit de Saint-Ger- 
main contre l'école réaliste, peut-être conviendrait-il de re- 
chercher aussi dans le manuscrit de Saint- Victor et de repro- 
duire tous les passages qui se rapportent à cette polémique. 
Dans l'impuissance d'accumuler tant de citations, nous voulons 
du moins signaler les fol. igS r°\ 196 v** et 196 r°^, 198 v°% 
surtout le fol. 168 v**'' et le chapitre entier du livre de la Di- 
vision sur le tout et les parties^. Ces documents réunis font 
connaître suffisamment l'opinion d'Abélard sur l'école réaliste, 
considérée dans ses deux grandes divisions, et nous croyons 
pouvoir passer à l'argumentation de notre auteur contre l'é- 
cole nominaliste. Nous l'emprunterons encore au manuscrit 
de Saint-Germain. 
Réfutation Cette argumentation est bien plus brève que celle dont nous 
nominaiisme. venous dc rendre compte; on s'aperçoit qu'elle est dirigée 
contre une école qui est loin d'avoir la même puissance et le 
même crédit que la première. Toutefois, la formule qui 
revient sans cesse : Eocponunt.... dicunt.... ipsi qui hanc senten- 
tiam tenent, etc., fait assez voir que : cette école n'était pas 
tout entière dans Roscelin; et c'est ce qui nous a empêché, en 
parlant de ce dernier, de lui attribuer toutes les propositions 
nominalistes ici mentionnées; mais il est probable que la plu- 
part lui appartiennent, et certainement le fonds de toutes lui 

^ * De la prés, édit., page 458. — * Ihid., pages 477-^78. — ' Ihid., page 485 sqq. — 

' Ihid., page 399 sqq. — * Ihid., pages 460-479 



INTRODUCTION. eu 

appartient. On y reconnaît l'esprit d'indépendance qui carac- 
térise l'école nominaliste. Elle ne craignait pas d'affirmer que , 
si Aristote et Boëce ne sont point allés jusqu'au nominalisme, 
c'est que, par dissimulation et par mensonge, ils n'ont pas osé 
proclamer cette conséquence de leur doctrine; et elle soutenait 
que toutes les expressions d'Aristote et de Boëce qui ont une 
apparence réaliste ne sont que des figures sous lesquelles est 
véritablement renfermé le nominalisme. Voici ce morceau dans 
son intégrité : 

« Examinons^ cette opinion suivant laquelle les genres et 
« les espèces ne sont pas des choses, mais des mots, universels et 
« particuliers, pris comme prédicats et comme sujets. » 

« L'autorité affirme que les genres et les espèces sont des 
« choses. Boëce dit dans son second commentaire sur Porphyre^: 
« On ne doit entendre par espèce qu'une conception recueillie 
« en vertu d'une ressemblance substantielle sur une multitude 
« d'individus dissemblables; par genre, une conception qui ré- 
« suite de la ressemblance des espèces. » Que ces ressemblances 
« soient appelées par lui des choses, c'est ce que démontre clai- 
« rement un passage qui se trouve un peu plus haut : «Il y a 
« donc des choses de cette nature dans les objets corporels et sen- 
«sibles, mais elles sont conçues indépendamment des objets 
« sensibles. » Le même Boëce dit encore dans son commentaire 
« sur les Catégories^ : « Puisqu'il y a dix premiers genres des 
« choses, il fallait qu'il y eût aussi dix mots simples que l'on pût 
« appliquer aux choses simples. » Mais nos adversaires entendent 
« par genres des manières de parler''. Cependant Aristote , dans 

Mss. de Saint-Germain, fol. kk r\ c. 2; 44 v° c. 1. De la prés, éd., pag. 522-52/i. 

« Nunc illam sententiam quae voces solas gênera et species Et de hic hactenus. » 

' Boeth. in Porphyr., pag. 56. 
' Boeth. in Praedicam., pag. 1 13. 

« Hi tamen exponunt gênera, id est nianeria.s. » Faute de passages analogues^ il est 



CL» INTRODUCTION. 

« l'Interpréta lion \ reconnaît des choses universelles : « Parmi les 
« choses, les unes sont universelles, les autres sont singulières. » 
« Mais ils expliquent choses par mots. Nous lisons encore dans le 
« commentaire de Boëce sur les Catégories^ : « Quand je dis ani- 
« mal, je désigne une substance qui s affirme de plusieurs. » Cette 
« autorité affirme donc qu'il y a des universaux, puisqu'elle parle 
« d'une chose affirmée de plusieurs; ce qui est la définition de 
« funiversel. Que ce soient aussi des choses que f on prend pour 
« prédicats et pour sujets c'est ce que Boëce atteste en ces termes , 
« dans les Hypothétiques^ : « La proposition catégorique énonce 
« que la chose dont elle fait le sujet, prend le nom de celle qui 
« est le prédicat. » Ne pouvant donc nier avec quelque raison des 
«autorités si formelles, ou bien on accuse fautorité de men- 
« songe, ou bien en s'efforçant de fexpliquer on lui fait vio- 
« lence et on fécorche ^. » 

« Les mots ne sont ni des genres ni des espèces , ni univer- 
«sels ni singuliers, ni prédicats ni sujets, puisqu'ils ne sont 
« aucunement ; car ce qui est purement successif ne forme 
« pas un tout réel ; nos adversaires sont d'accord avec nous 
«sur ce point. Si donc les mots ne sont pas, ils ne sont ni 
«genres ni espèces, ni universels ni singuliers, ni prédicats 
« ni sujets. Mais ils disent qu'en tout cela l'autorité ne s'est 
«pas trompée, mais quelle a menti. En outre, de même 
« que la statue est composée d'airain , qui en est la ma- 
«tière, et d'une figure, qui en est la forme, de même Tes- 
« pèce a pour matière le geAe et la différence pour forme : 

très-difficile de déterminer avec certitude le sens du mot manerias, et nous ne don- 
nons notre interprétation que comme une conjecture. 
' Aristot. édit. B, t. ii , de Interpret., pag. 23. 

* Boeth. in Praedicam., pag. i3i. 

' Boeth. de Syllog. hypoth., pag. 607. . . 

* « Quia excoriare nesciunt , pellem incidunt. » 



INTRODUCTION. gliii 

« ce qu'on ne peut dire de simples mots; car l'animal est bien 
«le genre d^ l'homme, mais il n'y a point de mot qui soit 
« la matière d'un autre mot; l'un ne pouvant être dans l'autre 
« ni être fait de l'autre. Le mot homme n'est pas fait du mot 
« animal, et n'est pas en ce mot. Mais ils disent que toute cette 
« locution n'est qu'une figure ; que cette proposition : le 
« genre est la matière de l'espèce , ne veut rien dire autre 
« chose sinon : ce que signifie le genre est la matière de ce 
«qui est signifié par l'espèce; mais cela, suivant eux-mêmes, 
«est insoutenable ^ En effet, puisque, suivant eux, il n'y a 
« rien que des individus , et que cependant ces individus sont 
« exprimés tant par des mots universels que par des mots sin- 
« guliers, animal et homme signifieront absolument la même 
« chose ; d'où il suit que l'on pourra renverser la j)roposition 
«énoncée plus haut, et dire : que ce qui est signifié par l'es- 
«pèce est la matière de ce qui est signifié par le genre. S'ils 
« l'accordent , et ils ne pourront raisonnablement s'y refuser, 
«ils sont contredits par Boëce, qui, au traité des Divisions, 
«donne pour marque de la différence du genre et du tout^ 
« que le genre est la matière des espèces , tandis que le 
« tout a pour matière les parties. Or, si les espèces sont la 
« matière des genres , comme les parties le sont du tout, il 
« n'y a plus là différence : il y a identité. De plus, ce que 
« signifie le genre ne peut être la matière de ce que si- 
« gnifie l'espèce, si le genre et l'espèce ont le même sens, 
« ce que l'on a appelé non-différence; car ce n'est pas la même 
« chose qui se constitue elle-même en prenant la forme. Mais, 
«nous dit Boëce ^, «le genre, en prenant la différence, passe 

' Le manuscrit : Sed hoc secundum eos stabile est. Lisez : non stahile est. 
'^ Boeth. de Divis., pag. 64o. 
* Boeth. ibid. 

INTRODUCTION. V 



cLiv INTRODUCTION. 

« à l'espèce. » Une même chose iiest pas partie d'elle-même ; 
« car si la même chose était à elle-même tout ^t partie , le 
« même serait opposé à lui-même. En voilà assez sur cette 
« opinion. »> 

Ces dernières lignes sur le tout et les parties nous rappellent 
l'argumentation de Roscelin que nous a conservée le manuscrit 
de Saint-Victor. Nous avons déjà cité cette argumentation \ et 
nous la reproduisons ici, en y joignant la réfutation d'Abélard: 

« Mon maître Roscelin , dit-il , professait cette opinion in- 
« sensée , qu'aucune chose n'est formée de parties ; il réduisait 
« à de purs mots les parties, comme il faisait les espèces. 

« Si quelqu'un disait que cette chose , qui est une maison , 
« consiste en d'autres choses, savoir les murs et les fondements, 
« il lui opposait cette argumentation : Si cette chose qui est un 
« mur est une partie de cette chose qui est une maison , comme 
« la maison n'est rien que le mur lui-même , le toit et le fon- 
« dément, il en résulte que le mur sera une partie de lui-même 
« et du reste. Or, comment pourrait-il être une partie de lui- 
« même ? De plus , toute partie précède naturellement son 
« tout. Or, comment le mur peut-il se précéder lui-même et 
« le reste , puisque rien ne peut en aucune manière se précéder 
« soi-même ? » 

Abélard réfute Roscelin en ces termes : 

« On peut dire du mur qu'il fait partie de lui-même et du 
« reste , mais en tant que réunis et pris ensemble. Lorsqu'on 
« dit que la maison est ces trois choses , le mur, le toit et 
« le fondement , on ne veut pas dire qu'elle est chacune d'elles 
« prise à part , mais toutes trois unies et prises ensemble ; de 
«même le mur est une partie de lui-même et du reste réunis , 
« c'est-à-dire de la maison entière, mais non pas de lui-même 

' Voyez plus haut, page xci. 



INTRODUCTION. clv 

« tout seul : il précède lui et le reste réunis, mais il ne.se pré- 
« cède pas pour cela lui-même , car le mur a été avant d'être 
« réuni au reste. Il faut semblablement que chaque partie 
« existe avant de former la collection où elle sera comprise. » 

II. Exposition du système d'Abélard. 

Nous pouvons maintenant nous faire une idée exacte de la Concepiudisme 
polémique d'Abélard contre les deux écoles qu'il rencontra 
au commencement du xii^ siècle : sa tactique est de les com- 
battre l'une par l'autre. Au nominalisme, il emprunte son 
principe fondamental, que rien n'existe que le particulier 
et l'individu , et ce principe il l'oppose au réalisme. La pre- 
mière division du réalisme, l'école de Guillaume de Cham- 
peaux, disait: L'universel, le genre et l'espèce sont l'essence 
même de l'individu, et l'individu, la forme; la différence 
n'est qu'un accident. Abélard répond avec le nominalisme 
qu'au contraire l'individu est sa propre substance à lui- 
même. La seconde division de l'école réaliste, la doctrine 
de la non - différence , en acceptant le principe que rien 
n'existe que l'individu, trouvait dans l'individu même l'es- 
pèce, le genre, l'universel, comme états divers de l'individu, 
lesquels états étant absolument les mêmes, au sein de toutes 
les différences, sont les fondements des espèces ou des genres. 
Abélard répond encore avec le nominalisme que dans l'indi- 
vidu tout est individuel , et qu'il n'y a point d'état universel 
dans aucune chose particulière. Ainsi l'espèce, le genre, l'uni- 
versel ne sont pas l'essence des individus, et ils nen sont pas 
non plus des états , des éléments intégrants. D'un autre côté , 
sont-ce de purs mots, comme le veut l'école nominaliste.^ Ici 
Abélard, après avoir tourné les principes du nominalisme 



cLvi INTRODUCTION, 

contre ie réalisme, invoque les arguments de celui-ci contre 
celui-là; il soutient que les universaux ne sont pas non plus de 
purs mots, car de purs mots ne sont rien, et assurément les 
universaux sont quelque chose. Voilà pour le raisonnement. 
Quant aux autorités, il oppose au platonisme traditionnel de 
l'école réaliste les inductions qui se tirent de YOrganum d'Aris- 
tote et les explications positives de Boëce ; et contre le péri- 
patétisme de l'école nominaliste, il s'arme encore de ce même 
Aristote, et de son interprète, Boëce, qui, en effet, n'a jamais 
dit que les universaux ne sont que des mots. Mais entre ces deux 
écoles qui se réfutent et se détruisent réciproquement, quel 
système élèvera donc Abélard.»^ Un seul est possible encore. Si 
les universaux ne sont ni des choses ni des mots, il reste qu'ils 
soient des conceptions de l'esprit. C'est là toute leur réalité ; 
mais cette réalité est suffisante. Il n'existe que des individus, 
et nul de ces individus n'est en soi ni genre ni espèce ; mais 
ces individus ont des ressemblances que l'esprit peut aperce- 
voir, et ces ressemblances, considérées seules et abstraction 
faite des différences , forment des classes plus ou moins com- 
préhensives qu'on appelle des espèces ou des genres. Les es- 
pèces et les genres sont donc des produits réels de l'esprit : ce 
ne sont ni des mots , quoique des mots les expriment , ni des 
choses en dehors ou en dedans des individus; ce sont des con- 
ceptions. De là ce système intermédiaire qu'on a nommé le 
conceptualisme. 

Tout ce que les historiens de la philosophie ont avancé sur 
le conceptualisme d'Abélard est emprunté aux témoignages 
plus ou moins fidèles d'écrivains postérieurs; mais jusqu'à pré- 
sent nous ne possédions pas une seule ligne d'Abélard lui- 
même sur son propre système , et le fragment de Saint-Ger- 
main est à cet égard un monument unique. Nous sommes 



INTRODUCTION. clvii 

presque embarrassé de l'abondance des documents qu'il nous 
fournit. Et ici encore, il n'est pas facile d'abréger; car notre 
manuscrit ne contient pas une simple exposition , mais toujours 
une polémique , non plus contre le nominalisme et le réalisme 
en eux-mêmes, mais contre les objections que ces deux écoles 
opposaient à la nouvelle doctrine. Ces objections et les réponses 
d'Abélard forment une longue discussion dont, sans doute, 
toutes les parties n'ont pas pour le xix^ siècle la même clarté 
et la même importance , mais on n'en peut retrancher aucune 
sans nuire à la vérité de l'ensentble et sans affaiblir la fidélité 
historique du tableau de cette grande controverse. Au risque 
donc de fatiguer quelquefois le lecteur, nous donnerons ce 
morceau presque en entier, et nous laisserons le plus possible 
Abélard s'expliquer lui-même, comme il l'a fait pour ses con- 
temporains, pour ses partisans et ses adversaires. Nous abrége- 
rons quelquefois, nous traduirons presque toujours, et nous 
nous effacerons nous-même pour faire assister directement le 
lecteur à une polémique des écoles de Paris au xii^ siècle. 

Commençons par dégager l'opinion d'Abélard : cette opi- 
nion fait de l'espèce et du genre une simple notion collective 
qui se forme par comparaison et par abstraction. 

« Puisque^ nous avons réfuté par le raisonnement et par 
« l'autorité les doctrines dont il a été question jusqu'ici, il nous 
« reste à exposer , avec l'aide de Dieu , l'opinion que nous 
« croyons devoir adopter. 

« Tout individu est composé déforme et de matière. Socrate 
« a pour matière l'homme et pour forme la socratité. Platon 
«est composé d'une matière semblable qui est l'homme, et 
« d'une forme différente qui est la platonité , et ainsi des autres 

' Fol. A4 \\ c. 1 . De notre éd. , page BaA. « Quoniam supradicias sentenlias rationihiis 
« et auctoritatibus confutavimus Ulud essentialiler alibi non est. » 



cLviii INTRODUCTION. 

« hommes. Et de même que la socratité, qui constitue formel- 
«lement Socrate, n'est nulle part hors de Socrate, de même 
« cette essence d'homme qui est, en Socrate, le substrat de la 
« socratité n'est nulle part ailleurs qu'en Socrate ; et ainsi des 
« autres individus. J'entends donc par espèce , non pas cette 
« seule essence d'homme qui est en Socrate ou en quelque 
«autre individu, mais toute la collection formée de tous les 
«individus de cette nature. Toute cette collection, quoique 
«essentiellement multiple, les autorités l'appellent une es- 
«pèce, un universel, une nature, de même qu'un peuple, 
« quoique composé de plusieurs personnes, est appelé un. 
« Ensuite chaque essence particulière de cette collection que 
« l'on appelle humanité est composée de forme et de matière; 
« la matière est l'animal; la forme n'est pas une, mais plusieurs ; 
« c'est la rationalité , la mortalité , la bipédalité , et tous les 
« autres attributs substantiels de l'homme. Et ce que nous, 
«avons dit de l'homme, savoir, que cette portion d'homme 
« qui est le sujet de la socratité n'est pas essentiellement celui 
«de la platonité, cela s'applique également à l'animal. Car 
« cet animal, qui est le substrat de la forme d'humanité qui est 
« en moi, ne peut être essentiellement ailleurs.... » 

Vient ensuite la discussion proprement dite; elle est divisée 
en deux parties, l'une au nom du raisonnement, l'autre au 
nom de l'autorité. 

Dans la première partie de cette discussion, Abélard a bien 
l'air de répondre la plupart du temps non pas à des objec- 
tions qu'il se fait à lui-même, mais aux objections que lui 
faisaient ses adversaires, et surtout l'école réaliste, qui paraît 
jouer le plus grand rôle dans ce débat. 

La doctrine d' Abélard était que l'espèce , l'humanité par 
exemple , est une collection d'individus semblables entre eux. 



INTRODUCTION. eux 

Or, disait l'école réaliste, l'espèce est la matière des individus; 
d'où il suit que, la matière étant ce qui prend la forme, cest 
l'espèce homme qui prend la forme de la socratité; argument 
qui tend à réduire la socratité, c'est-à-dire l'individu, à une 
accidence et qui réserve la substantialité à l'espèce. Mais Abé- 
lard nie la conséquence. « Ce qui prend la forme de la socra- 
« tité, dit-iP, ce n'est pas l'humanité en soi, mais ce qu'il y a 
« d'humanité en Socrate. Or, l'espèce n'est pas cette portion 
« seule d'humanité , mais son rapport , sa réunion avec toutes 
« les humanités semblables. Faites attention. Toute espèce est 
« la matière de son individu et en prend la forme; oui : mais 
« ce n'est pas que tous les individus de cette espèce prennent 
« cette forme. Un seul la prend; mais comme il est semblable 
« par sa composition à tous les autres individus de cette nature , 
« les auteurs veulent que tout ce qu'il prend soit pris en même 
« temps par toute la collection qui se compose de cet individu et 
« des autres. Ils n'ont pas considéré cet individu qui fait partie 
« de la collection comme différent de la collection elle-même ; ils 
« les ont pris comme identiques , non pas que l'un soit l'autre , 
«mais parce que l'un et l'autre sont de même nature pour la 
« forme comme pour la matière. Le langage commun prouve 
« encore qu'il en est ainsi. Lorsque nous voyons une masse de 
«fer dont on doit fabriquer un couteau et un stylet, nous 
« disons : ceci sera la matière d'un couteau et d'un stylet, 
« quoique la masse ne doive pas prendre tout entière chaque 
« forme , mais une partie celle du stylet , et l'autre celle d'un 
« couteau. 

« Nouvelle objection^ : L'espèce est ce qui s'affirme de plu- 

' Fol. lih v°, c. 2. De notre éd., page 626. «lUud tantum humanitatis inforaiatur 

« socratitate pars styli , purs cultelli. » 

^ Ibid. « Item species est quae de pluribus in quid praedicatur...,. Hoc vero diversum. » 



cLx INTRODUCTION. 

« sieurs choses , selon leur caractère fondamental. S'aiBrmer 
«d'une chose, c'est être en elle; mais la collection qui fait 
« l'espèce n'est pas en Socrate ; car de toute cette collection , il 
« n'y a qu'une seule essence particulière qui touche Socrate. 
« Ecoutez et faites attention. On dit qu'être affirmé d'une chose, 
« c'est être en elle. Je sais que cette proposition est en usage , 
« mais je ne Tai point trouvée dans les autorités : je l'admets 
«cependant; mais, tout en accordant que l'humanité est en 
« Socrate, je n'accorde pas qu'elle soit épuisée en Socrate ; il 
« n'y en a qu'une partie qui prenne la forme de la socratité. 
« Ainsi on dit que je touche à un mur sans que pour cela toutes 
« les parties de mon corps soient appliquées à ce mur , pourvu 
« que j'y touche seulement du bout du doigt ; de même on dit 
« d'une armée qu elle touche à un mur ou à un endroit quel- 
« conque , sans que tous les individus de cette armée y touchent ; 
« il suffit d'un seul. Il en est de même pour l'espèce , quoique 
« l'identité soit plus grande entre un être de la collection et la 
« collection totale qu'entre l'armée et une personne de l'armée; 
« car chaque être de la collection est identique avec son tout, 
« tandis qu'il n'en est pas de même pour l'armée. 

« On ajoute ^ : L'espèce s'affirme de l'individu selon son ca- 
« ractère fondamental. Or, s'affirmer selon le caractère fonda- 
« mental, c'est s'affirmer selon l'essence; et s'affirmer selon 
« l'essence, c'est être identique. Lors donc que l'on dit : Socrate 
« est un homme, l'espèce s' affirmant ici de Socrate selon l'essence, 
« le sens de cette proposition est : Socrate est cette multitude 
« d'êtres ; ce qui est absolument faux. Et nous retombons dans 
« la même absurdité que les autres doctrines : le singulier est 
'< universel. Car Socrate étant homme , est cette multitude : or 

' Fol. kti v°, c. 2. De noire éd., page 627. «Item species in quid praedicatur 

« quibus inhaeret illa species. » 



INTRODUCTION. clxi 

« riiomnie est une espèce; d'où il suit que le singulier est univer- 
« sel. Écoutez bien : s'affirmer selon le caractère fondamental , 
« c'est, dit-on, s'affirmer selon l'essence. Je le veux bien, mais je 
« nie que l'identité en suive. Car, selon Boëce \ s'affirmer selon 
a l'essence , c'est s'affirmer d'un sujet ; or ce qui s'affirme d'un 
« sujet , c'est ce qui s'affirme d'une cbose qu'il contient et dont 
«il est l'essence. Cela est commun aux genres, aux espèces et 
«aux différences substantielles, à l'égard des choses qui en 
« tiennent leur essence. Car l'homme et la rationalité s'affir- 
« ment également de Socrate selon l'essence et comm^ d'un 
«sujet. On ne dit pas pour cela : Socrate «st rationalité, 
« mais Socrate est raisonnable , c'est-à-dire qu'il est une chose 
« en laquelle est la rationalité. De même encore l'espèce 
« homme s'affirme de Socrate : on dit Socrate est un homme , 
« c'est-à-dire Socrate est une chose où rhumanité est en subs- 
« tance; et l'on ne dit pas pour cela : Socrate est l'espèce 
« homme , mais bien : Socrate est un des individus où se trouve 
« cette espèce. 

«A cela on répond^: la comparaison n'est pas légitime, 
« car raisonnable esile nom d'une chose à laquelle il est imposé, 
« c'est-à-dire de l'animal , et il y a une autre chose qu'il ex- 
« prime par son sens principal, savoir la rationalité, dont il 
« fait un prédicat et un sujet. Mais V homme n'exprime et ne 
« signifie autre chose que l'espèce homme. Ce raisonnenjent 
«est inadmissible; non -seulement raisonnable et homme, 
« mais tout universel , est le nom substantif d'une chose à 
« laquelle s'applique ce q-u'il exprime principalement. Par 
«exemple, les noms de raisonnable ou blanc ont été donnés à 

^ Boeth. in Praedicam., pag. 12^. 

' Fol. 45 r*, c. 1. De notre éd., page 627. «Sed, dicunt, similitude non procedit 

«ridiculum est vel sine intellectu. » 



INTRODUCTION. 



cLxii INTRODUCTION. 

« Socrate, ou à un objet sensible quelconque, par rapport aux 
« formes que ces mots expriment principalement ; de la même 
« manière , le nom d'homme a été donné à tout être maté- 
« riellement constitué par l'homme, pour le désigner par 
« rapport à sa matière, c'est-à-dire par rapport à l'espèce que 
« ce nom désigne principalement. Lors donc que l'on dit : 
« Socrate est un homme, le sens est : Socrate est un des indi- 
« vidus qui ont l'homme pour matière , et pour ainsi parler , 
« Socrate est un d*es humains. De même quand on dit : Socrate 
« est raisonable , cela ne veut pas dire : le sujet est le prédicat, 
« mais bien : Socrate est un des sujets de cette forme qui est 
« la rationalité. Que le nom d'homme ait été imposé à ceux 
« qui sont matériellement constitués par l'homme , c'est-à-dire 
« aux individus et non pas à l'espèce , c'est ce que dit Boëce 
« dans ce passage du commentaire sur les Catégories ^ : « Celui 
« qui le premier a dit homme n'avait pas en pensée l'homme 
«qui. résulte de la collection des individus, mais un homme 
« individuel et singulier auquel il voulait donner ce nom 
« d'homme. » Et notez qu'on appelle substantifs ces noms-là 
« seuls qui sont donnés à quelqu'un pour le désigner , soit par 
« rapport à sa matière , comme homme et tous les autres subs- 
« tantifs universels , soit par rapport à son essence expresse , 
« comme Socrate; car Socrate désigne une chose une et iden- 
« tique, le composé de l'homme et de la socratité.. On appelle 
« adjectifs les noms qui sont donnés à quelque chose à cause 
« delà forme qu'ils désignent principalement; ainsi raisonnable 
« et blanc nomment les choses où se trouvent la rationalité et 
«la blancheur. Car de dire, comme on le fait ordinairement, 
« que l'adjectif est ce qui signifie l'accident, et le substantif ce 

^ Boeth. in Praedicam., pag. 129. 



INTRODUCTION. clxih 

«qui signifie l'essence, cest une définition ridicule ou même 

«dépourvue de sens 

. «On objecte encore : Si l'homme, qui est le nom des indi- 
« vidus, désigne dans son sens principal l'espèce, et si l'espèce 
« n'est autre chose qu'une collection d'individus , l'homme ex- 
« prime une multitude; l'esprit de celui qui entend ce mot 
« d'homme embrasse donc dans sa conception cette multi- 
« tude, et ainsi il conçoit ou un seul individu de cette collection 
« ou plusieurs , ou il en conçoit la totalité : toutes hypothèses 
« également fausses ; car celui qui entend dire homme ne des- 
« cend pas par la pensée à aucun individu de la collection que 
« ce mot exprime. Gela est vrai, je f avoue ; car souvent nous 
« avons la conception d'une multitude d'hommes que nous 
« voyons de loin , sans en connaître aucun individu. Nous ne 
« descendons pas pour cela par la pensée à un individu ou à 
« plusieurs ou à tous , et cependant notre pensée se porte 
« sur la multitude entière. Ainsi nous voyons souvent un 
« monceau \ sans diriger* notre esprit sur aucune partie de ce 
« monceau. C'est là, ce me semble, ce que Boëce a voulu dire 
« dans ce passage de son second commentaire sur f Interpré- 
« tation^ : « Lorsque nous considérons quelque chose de ce 
« genre , notre pensée ne se promène pas sur chaque personne , 
« mais, sous ce nom d'homme, elle embrasse tous les individus 
«qui participent à la définition de fhumanité. » Et ailleurs^: 
«L'humanité, recueillie dans les natures des différents indi- 
« vidus, se résume en une seule et même conception, en une 
« seule et même nature. » 

' Fol. àb r°, c. 2; àb v°, c. 1. De notre éd., pag. ôag-ôSo. «Item opponitur : si 

homo intelligentiam atque naturam. » 

* Boeth. opp., pag. SSg. 
' Ibid., pag. 3/io. 



cLxiv INTRODUCTION. 

« On nous fait encore l'objectien suivante ^ : Si l'espèce n'est 
« autre chose qu'un composé de plusieurs individus, toutes 
tf les fois que le composé changera , l'espèce changera aussi : 
« or ce composé change à toute heure. Par exemple , supposons 
« que l'humanité soit constituée par dix hommes seulement , 
«qu'un homme vienne à naître, voilà une autre humanité; 
« c«ir dix individus et onze individus ne constituent pas la 
« même collection. Bien plus : les individus humains qui 
« avaient formé l'espèce homme ont certainement péri tous, il y 
(1 a plus de mille ans, et de nouveaux ont paru , dont est formée 
«l'espèce actuelle de l'humanité. Par conséquent, si l'on ne 
« change à tout instant le sens du mot homme , on ne peut pas 
« dire deux fois de suite : Socrate est un Homme; en effet, lorsqu'on 
« le dit pour la seconde fois, si l'on parle de l'humanité dont il 
« était question auparavant, on émet une proposition fausse ; 
« car cette humanité n'est déjà plus. Faites attention. Il est 
« vrai que cette humanité qui existait il y a mille ans ou même 
« hier n'est pas celle qui existe aujourd'hui , mais elle est iden- 
« tique avec elle , c'est-à-dire d'une nature semblable ; car 
« tout ce qui est identique avec une chose n'est pas pour cela 
« cette chose mêrne : ainsi l'homme et l'âne sont identiques 
«dans le genre; et l'un n'est pourtant pas l'autre. Socrate 
« homme fait est composé de plus d'atomes que Socrate enfant, 
« et cependant il est le même. La signification du mot ne 
« change pas non plus parce que le sujet change : ainsi César 
«désire encore la même chose après^ que César est mort, 
« quoiqu'il . ne soit plus vrai de dire : César est César. Lors- 
« qu'on dit aujourd'hui : César a vaincu Pompée, on pense à la 
« même chose qu'on l'eût pu faire du vivant de César, et cepen- 

' Fol. 45 v", c. 1. De notre éd., pag. 53o-53i. a Item contra dicitiir : si nihil aliud est 
species... ex quantislibet essentiis humanitatis constante. » 



INTRODUCTION. glxv 

« daHt César aujourd'hui n'est plus César. Semblablement le mot 
« homme nomme quelque chose qui a pour matière l'homme , 
« c'est-à-dire l'humanité ; mais ce mot n'exprime pas par lui- 
« même si c'est une humanité formée de dix individus ou de 
« plusieurs. Il sera donc vrai de dire : Socrate est un homme, 
« aussi longtemps qu'il aura sa matière dans l'humanité , de 
« quelque nombre d'individus humains qu'elle soit composée. 
« En outre ^ : l'espèce est ce qui s'afTirme de plusieurs choses 
»( différentes en nombre , selon leur caractère fondamental ; en 
« d'autres termes, c'est ce qui est matériellement en plusieurs 
« choses. Or, s'il est vrai que tout ce qui s'affirme de cette ma- 
« nière est une espèce , l'humanité ne sera pas une seule espèce, 
«mais plusieurs. Supposons, en effet, que dix individus hu- 
« mains constituent l'humanité, je dis que cinq de ces indi- 
« vidus formeront une espèce, et les cinq autres une seconde. 
«Car cette collection de cinq s'affirme de plusieurs, c'est-à- 
«dire est comme matière en plusieurs, en cinq individus 
« qu'elle constitue matériellement ; et il en est de même de 
« l'autre collection de cinq. Mais vous devez savoir que l'autorité 
« ne dit nulle part clairement ce que c'est que s'affirmer d'une 
« chose. Car de dire que s'affirmer d'une chose c'est être en 
« elle , c'est une définition usuelle', mais qui ne procède d'au- 
« cune autorité. Potft* moi il me semble que s'affirmer d'une 
« chose , c'est être la signification principale du mot qui sert 
« de prédicat; et qu'être sujet, c'est être la signification prin- 

« cipale du mot qui sert de sujet Revenons, et 

« voyons si cette, simple collection de cinq individus s'affirme , 
« comme on l'a dit, de plusieurs choses selon le caractère fon- 
« damental. Lorsque l'on dit : Socrate est un homme, on n'affirme 

' Fol. 45 v', c. 1, c. 2. De notre éd., pag. 53 1-533. « Amplius species est quae... omnis 
natura quae pluribus inhaeret individuis materialiter, species est. » 



cLxvi INTRODUCTION. 

« de lui que ce qui est constitué par tous les individus réunis 
«de l'humanité; car le nom d'homme n'a pour signification 
« principale que cette collection tout entière ; il ne désigne pas 
« d'une manière actuelle un seul individu pris à part ou une 
« collection partielle d'un certain nombre de ces individus. 11 
« ne faut pas,- du reste, dans la définition de fespèce, prendre 
« à la rigueur cette expression : s'affirmer actuellement; autrement, 
«si personne ne parlait, il n'y aurait plus d'espèce, car rien 
« alors ne serait expressément signifié : il faut entendre par là 
« être en état d'être affirmé d'une chose, c'est-à-dire, d'être la 
« signification principale du prédicat ; ce qui ne peut s'appli- 
« quer à une collection de cinq individus. En effet , on ne 
« pourrait imaginer deux noms dont f un signifiât f une des 
« deux collections, et f autre la seconde; car on ne pourrait con- 
« cevoir aucune diversité de matière, ni de forme, ni même 
«d'effets; et les deux mots ne produiraient qu'une seule et 
« même conception , comme glaive ei épée. On peut nous dire 
« aussi : Cette collection de cinq individus est en état d'être 
« affirmée de plusieurs choses ; demain peut-être elle le sera 
«sous le nom d'homme : car il peut arriver que fhumanité, 
«qui est formée aujourd'hui de dix individus, le soit demain 
« de cinq seulement. Il n'en est rien. Cette collection de cinq 
«individus, si elle fait partie de l'ensemMe d'une humanité 
« constituée par un nombre d'ifldividus plus considérable , 
« n'est pas en état de former une conception unique , quoi- 
« qu'elle doive en former une dès que fhumanité sera réduite 
« au nombre de cinq individus. Comme un mot, avant d'avoir 
«reçu son application, a la puissance de signifier, mais n'est 
«pas pour cela en état de le faire; et comme une plume a la 
« puissance d'écrire avant d'être taillée, et n'est cependant pas 
« encore en état dé le faire , de même la collection de cinq 



INTRODUCTION. clxvii 

« individus , tant qu elle fait partie d'une humanité constituée 
«par un plus grand nombre, a la puissance, il est vrai, d'être 
« signifiée par le mot humanité , mais n'est pas encore en état 
« de l'être. Que si Ton prend être affirmé d'une chose pour être 
« en cette chose, ce que nous admettons, car nous ne voulons 
« pas abolir un bon usage , il faut s'exprimer ainsi : Toute na- 
« ture qui est matériellement en plusieurs individus est une 
« espèce. » 

« Si l'on nous oppose ^ que la collection de cinq indivi- 
« dus est une espèce , puisqu'elle est matériellement en plu- 
« sieurs individus , répondez seulement : cela ne fait rien 
« à l'affaire , parce que ce n'est pas une nature ; or il ne s'agit 
« ici que de natures. Vous me demanderez ce que j'entends 
« par nature ; écoutez : j'appelle nature toute chose essen- 
« tiellement différente de tout ce qui n'est pas cette chose ou 
« ne se rapporte pas à cette chose, qu'elle soit du reste un seul 
«individu ou plusieurs; ainsi, Socrate est une chose essen- 
« tiellement différente de tout ce qui n'est pas Socrate. De 
« même l'espèce homme est une chose essentiellement dif- 
« férente de toutes les choses qui ne sont pas cette espèce ou 
« quelque individu de cette espèce; ce qui ij'est pas vrai d'une 
« collection quelconque , d'un nombre quelconque d'individus 
« de l'humanité. Mais cette collection partielle n'est pas une 
« chose essentiellement différente des autres individus compris 
« dans l'espèce. 

« On demande ^ encore si cette propriété de s'affirmer de plu- 
« sieurs choses, selon leur caractère fondamental, s'applique à 
« toute espèce. Si nous répondons affirmativement, on objecte 
« que cela s'applique pourtant au phénix, qui n'est pas le résultat 

' Fol. 46 v\ De notre éd., page 533. « Quod si quis opponat.... in illa specie sunt. » 
' Ihid. « Amplius auaeritur utrum.... ita scilicet ut hoc non sit illud. » 



cwcvifr INTRODUCTION. 

« de ia collection de plusieurs in^lividus, mais bien un seul et 
«unique individu^ et qui ne peut «tre en plusieurs choses, 
« ni être laûe signification principale comme matière de plu- 
«sieui^ ^ujets^ puisqu étant une seule essence indivisible, il 
« ne peut se trouver dans le même temps en plusieurs individus. 
« Nous répondons avec Boëce ^ : « il y a beaucoup de choses 
«qm'sont en "essence sans être e« acte» : ainsi, quoique le 
« phénix ne s'affirme pas actuellement de plusieurs indi- 
« Aldus, 'Cependant il est en état d'en être affirmé; ce que je 
« n'entends p&s, à moins que l'on ne dise : cette matière qui 
« est le sujet de la forme de ce phénix peut la perdre, et, en 
« prenant une autre forme, constituer un autre individu; et de 
«la sorte, la même matière, qui n'est autre chose que l'espèce, 
«peut, mais dans différents temps et non pas dans le même 
«temps, être en plusieurs individus. Voici donc comment il 
-« faut prendre la définition en question : l'espèce est cette na- 
«ture qui peut être affirmée. de plusieurs individus, etc., soit 
M dans le même temps, soit en des temps différents. On dira 
« peut-être : puisque la matière du phénix est une seule et uni- 
« que essence , ce phénix pourrait être considéré avec raison 
«comme sa matière à lui-même; ce qui ne peut se dire des 
«individus humains et de l'espèce, c'est-à-dire de l'homme; 
« Socrate n'est pas ces différents individus qui sont l'espèce. 
« Mais je le nie; autrement nous tomberions dans cette contra- 
« diction que le singulier serait l'universel, par. le raisonnement 
« que voici : ce phénix est sa matière même; or, cette matière est 
« un universel, donc ce phénix est un universel. Au contraire, 
«nous disons d'une manière générale que toute matière est 
« opposée à ce dont elle est la matière, de sorte que l'une n'est 
« pas l'autre. 

' Boeth. inPraedicatm., j5ag. 71. 



INTRODUCTION. clxix 

« On dira encore^ : cette essence d'homme qui est en moi est 
« quelque chose ou rien ; si elle est quelque chose , elle est 
« substance ou accident ; si elle est substance , elle est substance 
«première ou seconde; substance première, elle est individu; 
« substance seconde , elle est genre ou espèce. Nous répondons 
« que cette sorte d'essence n'a pas reçu de nom ni d'une ma- 
« nière directe, ni par métaphore. Car les auteurs n'ont donné 
«de noms qu'aux natures véritables; or, nous avons montré 
« que cette essence n'est pas une nature. On ne peut donc dire 
« proprement que ce soit quelque chose ni que ce soit une 
« substance. Si cela semble absurde , nous accorderons que ce 
«soit quelque chose, une substance; mais nous n'accordons 
« pas que, si elle est une substance, elle est une substance pre- 
« mière ou une substance seconde; car cette division n'a été 
« faite que pour les natures véritables. Et si en effet nous nous 
«y soumettions ici, nous tomberions dans cette difficulté de 
« faire de l'essence dont nous parlons, ou bien un individu, ou 
« bien un genre ou une espèce ; car les secondes substances sont 
« les espèces et leurs genres, comme dit Aristote^. Et que l'on 
« ne s'étonne pas de nous voir avancer que toute substance 
«n'est pas nécessairement première ou seconde; d'autres font 
« de même , lorsqu'ils disent qu'homme blanc est une substance 
« et n'est pourtant ni une substance première ni une substance 
« seconde. » 

Après avoir ainsi parcouru les objections de ses adversaires 
et opposé à ces objections les réponses que nous venons de 
rapporter, Abélard passe à l'autre partie de la discussion , l'exa- 
men des autorités. Comme il y a un peu de tout dans Boëce, 
les adversaires d'Abélard avaient essayé de tourner contre 

' Fol. àS v\ c. 1, c. 2. De notre édit., pag. 534. « Amplius opponetur : illa essentia 
hominis... nec tamen primam vel secundara. » — * Categ., pag. 45 1. 

INTRODUCTION. y 



cLxx INTRODUCTION. 

lui plusieurs passages de Boëce, qu'il s'attache à expliquer ici 
dans un sens favorable à sa doctrine. Nous traduirons encore 
ce morceau , parce qu'il est court et que cette partie de la dis- 
cussion avait, au xii^ siècle, une importance égale ou supé- 
rieure même à la première. 

«Boëce^ dit dans son second commentaire sur Porphyre^ : 
« Quelque nombreuses que soient les espèces, il y a en toutes 
« un seul et unique genre : non pas que chaque espèce en 
« prenne une partie, mais de telle sorte que chacune le contient 
« tout entier dans le même temps. » Ici il semble nier formei- 
« lement ce que nous disons. Car dans notre opinion une partie 
« des individus qui constituent le genre animal , prend la forme 
u de la rationalité pour constituer l'homme ; une autre partis 
« prend celle de l'irrationalité pour constituer l'âne, et jamais 
« la quantité totale n'est dans quelqu'une des espèces. Or, Boëce 
«dit tout au contraire que ce n'est jamais la partie, mais le 
« tout qui est en chacune. Voici notre solution : Boëce s'exprime 
« ainsi dans le traité où il prouve que les genres et les espèces ne 
« sont pas; ce qui ne pouvait se prouver que par un sophisme. 
« Nous soutenons donc que ce qu'il dit est faux ; et il n'y a rien 
« d'impossible à ce qu'en faisant un sophisme il glisse une 
«proposition fausse; car on ne peut prouver l'absurde que 
« par le faux. On peut dire encore : lorsque Boëce nie que les 
«espèces prennent des parties du genre, il ne parle pas des 
« individus qui composent la collection , mais des parties de 
«la définition. Par exemple, l'animal, qui est un genre, est 
« composé d'un corps qui en est la matière et de la sensibi- 
« lité qui en est la forme. Lors donc qu'il passe dans les es- 
' ». ' 

' Fol. 46 r°, c. 2; à6 v% c. i, c. 2. De notre édit. , pag. 535-537. «Boethius 

diligens logicorum scriptorum inquisitor inveniet. » 
^ Boeth. in Porph., pag. bà. 



INTRODUCTION. clxxi 

«pèces, une des espèces ne prend pas la matière sans la 
«forme, et l'autre la forme sans la matière; mais dans cha- 
« cune des espèces est la forme et la matière du genre. De 
« même dans le traité de la différence , à propos de ce passage : 
« La différence ^ est ce par quoi l'espèce surpasse le genre. » 
«Boëce dit^: «En effet, il n'en est pas du genre comme d'un 
« corps , où une partie est blanche et une autre noire ; car le 
«genre, considéré en lui-même, n'a point de parties, si on ne 
« le rapporte aux espèces. Ainsi tout ce qu'il possède , il le 
«possède en toute sa grandeur, c'est-à-dire en toute sa quan- 
« tité. » Cela semble contre nous; car, selon nous, l'animal, qui 
« est le genre prend en une partie de lui-même la rationalité 
« et en une autre l'irrationalité , et il est impossible que la par- 
« tie affectée de la rationalité prenne l'irrationalité ; car c'est 
« par là que nous échappons à l'absurdité d'admettre des opposée 
« en une même chose ; absurdité que ne peuvent éviter ceux 
« qui tiennent pour la doctrine que nous combattons. Voici 
« notre solution : Boëce dit cela dans un passage où il prouve 
« que les différences ne sont rien , ou bien que deux opposés 
« se rencontrent en une même chose; ce qui est faux et ne peut 
« être prouvé que par un sophisme. Il a donc glissé dans son 
« argumentation cette proposition fausse , et il n'est pas pour 
« cela dans l'erreur; car il voyait bien la fausseté de sa propo- 
«sition, mais il ne l'en a pas moins avancée pour mener à fin 
« son sophisme. Vous pourriez dire encore qu'il n'appelle pas 
« quantité celle qui est formée des individus qui composent le 
« genre, mais celle qui ^t constituée par les parties de la défi- 
« nition; et sous ce rapport on pourrait dire : chaque individu 
« de ce genre a la quantité du genre. Quant à cette proposition , 

* Porphyr. /sagf., pag. Sgi. 
' Boetli. in Porph., pag. 87. 



cLxxxii INTRODUCTION. 

réalisme. est vrai, le iiominalisme- est faux. Or, le conceptua- 
lisme est le principe du nominalisme ; c'est le nominalisme 
lui-même, sauf la conclusion, qui pourtant est nécessaire, 
et qui, dans sa nécessité à la fois et dans son extravagance, 
trahit le vice du conceptualisme. 

Il y a un rapport si intime entre le conceptualisme et le 
nominalisme que, selon les temps et les circonstances, et le 
plus ou moins de force et de hardiesse des esprits , le nomi- 
nalisme, sans se détruire, se réfugie et se métamorphose dans 
le conceptualisme, ou le conceptualisme se développe en 
nominalisme. Ainsi, après Torage qui, au concile de Soissons, 
éclata sur Roscelin , le nominalisme , proscrit et couvert d'ana- 
thèmes, se réduisit au conceptualisme, perdant ainsi de sa ri- 
gueur, mais sauvant ses principes , où sont déposées toutes ses 
conséquences. Et quand le conceptualisme, après avoir laissé 
passer l'orage et le règne de l'orthodoxie et du réalisme, eut 
fait ainsi quelque temps son chemin dans l'ombre, dès qu'il 
trouve au quatorzième siècle de meilleures circonstances, il 
reprend sa forme et son nom de nominalisme. Avancez 
dans l'histoire ; entrez dans la philosophie moderne : le nomi- 
nalisme y passe tour à tour par les mêmes métamorphoses» Il 
se montre dans Hohbes à visage découvert; mais Hobbes dé- 
crie le nominalisme au commencement du xvii" siècle, comme 
Roscelin à la fin du xi^. Aussi , entre les mains du sage et in- 
conséquent auteur de l'Essai sur l'entendement humain , le 
nominalisme s'efface un peu sans cesser d'être, et redevient 
une sorte de conceptualisme. L'esprit plus libre du xviii^ siècle 
lui restitue son caractère et son nom : Condillac et, après 
lui, M. de Tracy l'érigent en une doctrine régulière et 
complète , avec tous ses principes et toutes ses conséquences, 
sans aucune limite, mais aussi sans aucun contre-poids. On 



INTRODUCTION. cxxxxiii 

ne peut pas s'arrêter au conceptualisme ; il faut ou remonter 
jusqu'au réalisme ou descendre jusqu'au nominalisme. Il y a 
cinquante ans, le judicieux Reid^ rencontre sur son chemin 
cette vieille querelle des universaux, et rejetant tout d'abord 
le réalisme sans accepter pourtant le nominalisme, il témoigne 
une certaine sympathie pour le conceptualisme. L'école écos- 
saise fait un pas. Dugald Stewart^ développe la doctrine de son 
maître, et il ne s'arrête plus au point fixé par Reid : il s'avance 
jusqu'au nominalisme. Quelquefois aussi, quand le conceptua- 
lisme se rencontre dans une doctrine qui incline à l'idéalisme, 
alors ne pouvant suivre la pente qui d'ordinaire l'entraîne au 
nominalisme, et ne pouvant pas non plus s'arrêter à ce point 
indécis et mobile qui est , à proprement parler, le conceptua- 
lisme, il remonte invinciblement jusqu'au réalisme. C'est ainsi 
qu'en Allemagne, nous avons vu le conceptualisme de Kant 
s'élever successivement jusqu'au système le plus réaliste et le 
plus objectif qui ait été depuis Platon. Au fond, Abélard est 
un nominaliste qui s'ignore ou qui se cache. Moins conséquent 
et moins hardi , il ne révolte plus le sens commun , et il regagne 
en bonne apparence tout ce qu'il perd en profondeur. Plus 
faible dans la doctrine , il est plus fort dans la polémique , il 
prête moins le flanc aux attaques du réalisme et le combat avec 
plus d'avantage. Quand Abélard descendit dans l'arène , le 
nominalisme ne pouvait plus soutenir la lutte, et le réalisme 
était victorieux sur tous les points. Abélard renouvela la lutte; 
il força le parti vainqueur de compter avec le parti vaincu; il 
maintint sous un autre nom les droits du nominalisme ; il le 
sauva en le tempérant; et d'un autre côté, sans le vouloir, en 
combattant le réalisme il l'épura. On ne peut donc nier qu'il 

' Essais sur les facultés de l'esprit humain , Essai V, ch. vi. 

^ Philosophie de l'esprit humain, ch. iv, sect. 2 , avec les notes. 



ca.xxiv INTRODUCTION. 

« ter toutes les autorités que l'on trouverait à l'appui de notre 
« opinion en feuilletant attentivement les traités de logique. » 
Il semble que la discussion pourrait être considérée comme 
épuisée, mais Abélard a réservé pour la fin l'objection la plus 
épineuse , qui transforme en quelque sorte la question des 
universaux, et lui donne une face nouvelle. La doctrine d' Abé- 
lard repose sur ce principe qu'il, n'existe que des individus et 
dans l'individu rien que d'individuel. Dans l'individu Socrate 
il n'y a pas autre chose que la forme qui le fait être Socrate, 
la socratité; et le sujet de cette forme, n'est pas l'humanité en 
sois mais ce quelque chose de la nature humaine qui est la 
nature de Socrate. La matière dans l'individu Socrate est donc 
tout aussi individuelle que sa forme. Or, cette conséquence 
soulève l'objection suivante : mais est-il possible que dans ce 
composé qu'on appelle l'individu il n'y ait rien que d'indivis 
duel, et ne reste~t-il pas à chercher d'où viennent et cette 
forme et cette matière tout individuelles auxquelles l'analyse 
s'est arrêtée ? H y a dans tout composé des éléments antérieurs 
à ce composé; par exemple, le feu, la terre, l'eau, l'air, ou 
bien le sec, l'humide, etc. Ces éléments eux-mêmes supposent 
un sujet, un sujet corporel ou incorporel. Et si, au terme de 
l'analyse, on est forcé de supposer quelque chose de simple 
au delà de quoi il n'y a plus rien à chercher, ce quelque chose 
de simple , cette substance , cette essence pure est alors le fon- 
dement de tout le reste, le substratum de tous les accidents 
ultérieurs et de toutes les formes, le sujet véritable dans lequel 
s'opérera plus tard la merveille de l'individualisation ; or, ce 
sujet dans cet état n'est-ce pas l'universel? Ainsi la doctrine 
des éléments appliquée à la question des universaux , conduit 
Abélard à la question de Torigine et de la formation des in- 
dividus. 



INTRODUCTION. clxxv 

«C'est là\ dit-il, une dure question dont aucun de nos 
«maîtres, à mon sens, n'a donné une solution raisonnable. 
« Voici cependant ce qui me semble le plus vrai. Les physi- 
« ciens, faisant de la nature l'objet de leurs recherches , s'occu- 
« pèrent primitivement des objets visibles qui tombaient sous 
« leurs sens. Mais il leur était impossible de connaître la nature 
« de ces composés sans connaître les propriétés des parties. Ils 
«s'attachèrent donc à subdiviser les parties composantes, jus- 
« qu'à ce qu'ils fussent parvenus à la partie la plus petite qu'il 
« fût possible de concevoir , et qui ne fût plus divisible en 
« parties intégrantes. Le terme de la division des parties inté- 
« grantes une fois atteint , ils se mirent à chercher si un pareil 
«petit être était composé de forme et de matière, ou s'il était 
« absolument simple. Le raisonnement trouva que c'était un 
« corps chaud ou froid , ou de toute autre forme ; car c'est là , 
«je pense, ce que Platon a nommé les éléments purs. Laissant 
« donc la forme , il se demanda si la matière du moins était 
« simple. Il trouva que c'était un corps , et que par consé- 
« quent elle était constituée par la corporéité et par la subs- 
« tance. Pour la substance , il la trouva encore constituée 
«par une forme, la faculté de recevoir les contraires, et par 
« une matière , l'essence pure. En considérant cette matière 
« de tous les côtés , on la trouva absolument simple , et non 
« plus constituée par une forme et une matière. Cette essence 
« pure, avec tous les autres sujets essentiels des formes sensibles, 
«on l'appella universel, c'est-à-dire sans forme, non qu'elle 
« ne soit pas le sujet des formes , mais parce qu'elle n'est pas 
« constituée par des formes. Vous direz peut-être : l'âme est 
« donc constituée par un universel ; si en effet elle est constituée 

' Fol. A6 v°, c. 2; 47 r", c. 1, 2. De notre édit., pag. 538-54i. «Et dura est haec 
provincia Et haec hactenus. » 



cLxxvi INTRODUCTION, 

par une substance, constituée elle-même par l'essence pure 
«que l'on appelle universelle, il faut bien qu'elle soit cons- 
« tituée par un universel. 

« Si vous voulez savoir comment se fait la constitution des 
«choses corporelles, faites attention.... Prenons pour exemple 
« Socrate, afin que ce que le raisonnement nous fera découvrir 
«en lui, nous n'hésitions pas à l'appliquera d'autres. H y a 
« donc dans Socrate une pure essence que l'on appelle univer- 
« selle.... Il faut de plus la faculté de recevoir les contraires, 
« qui donne la forme, et il en résulte alors une essence réelle. 
« Mais la faculté de recevoir les contraires , qui advient à 
«toute l'essence, advient aussi à chacune de ses parties. En- 
« suite ce résultat de l'essence pure qui est en Socrate et de la 
« faculté de recevoir les contraires , prenant la forme de la cor- 
« poréité , il s'en fait une certaine essence de corps. Mais dès 
« l'instant où le tout est affecté de la corporéité , toutes les 
«différentes parties de ce tout sont affectées de corporéités 
«particulières, et forment des êtres corporels. L'animation 
« advient à ce tout de la i.îîême manière , et donne une essence 
« de corps animé. Mais l'animation n'advient pas pour cela à 
« toutes les parties de ce tout , mais bien son contraire , l'ina- 
« nimation ; car, tandis que le tout est animé , ses parties sont 
« inanimées. De même advient au tout la sensibilité , qui donne 
« une essence d'animal, et aux parties d'autres formes qui 
« donnent des essences d'espèces , dont les noms ne me viennent 
« pas maintenant à l'esprit. De même encore advient au tout 
« la faculté d'apprendre , qui constitue l'homme , et aux diffé- 
« rentes parties d'autres formes qui donnent d'autres essences 
« animées. Enfin la socratité donne sa forme à toute cette 
«essence d'humanité, et il en résulte Socrate. Mais au même 
« instant d'autres atomes de cette essence de l'humanité sont 



INTRODUCTION. clxxvii 

« affectés des couleurs et des formes du feu, d'où résulte le feu ; 
«d'autres des formes de l'eau, d'où résulte l'eau; d'autres 
des formes de l'air, d'où résulte l'air; d'autres des formes de 
«la terre, d'où résulte la terre; et de la sorte toutes les diffé- 
« rentes particules sont feu, eau, air ou terre. Ainsi il n'est pas 
« plus impossible que Socrate soit formé de quatre éléments , 
«qu'il ne l'est qu'il soit formé de pieds et de mains; car ces 
« éléments sont aussi des parties composantes. Nous avons ex- 
« pliqué l'origine des éléments et l'origine des individus » . . . . 
Nous doutons fort que ces explications satisfassent le lecteur et 
éclaircissent à ses yeux le mystère de l'individualisation. Du 
moins faut-il convenir que cette discussion est l'antécédent de 
celle qu'instituèrent sur ce profond sujet les maîtres les plus 
célèbres du siècle suivant. La question de principio individua- 
tionis, tant agitée au xiif siècle, n'est pas autre chose que le 
point de vue métaphysique et ontologique du problème géné- 
ral de Porphyre; point de vue qui remplit toute la seconde 
époque de la philosophie scolastique, de même que le côté 
logique de ce problème remplit la première. L'histoire a mar- 
ché comme la raison. La raison, la méthode, veulent quon 
gravisse successivement les hauteurs de l'ontologie et de la mé- 
taphysique, parles degrés de la psychologie et de la logique. 
Aussi la première époque de la philosophie scolastique a-t-elle 
été toute dialectique; et c'est dans la seconde que sont arrivées 
toutes les grandes questions et les grandes solutions, sous la 
double inspiration de la physique et de la métaphysique d'Aris- 
tote, enfin connues, et de la théologie chrétienne, interrogée 
avec une indépendance suffisante et une admirable intelligence. 
Le problème de Porphyre s'est développé régulièrement à tra- 
vers ces deux époques; mais dans la première même, où il se 
réduit en général au point de vue dialectique , on peut dire 



INTRODUCTION. 



cLxxviii INTRODUCTION, 

qu'il a eu aussi son progrès. Les écoles carlovingiennes Tex- 
hument pour ainsi dire et le livrent à la discussion. On com- 
mence par répéter en bégayant les solutions équivoques qu'en 
avait laissées Boëce. Enfin Roscelin le soumet à une critique in- 
dépendante; mais il est évident qu'il ne l'envisagea d'abord que 
sous le point de vue logique, puisqu'il arriva à une solution toute 
grammaticale. Guillaume de Champeaux le considéra sous un 
point de vue plus relevé. Sa première opinion est déjà méta- 
physique; la seconde est presque un retour à la psychologie et 
à la logique. Abélard embrassa les différents points de vue de 
ses devanciers et les agrandit encore. La polémique que nous 
venons de reproduire est sans contredit le mot le plus avancé 
et le plus compréhensif du xii'' siècle et de la première époque 
de la philosophie scolastique. Toutes les manières d'envisager 
le problème fondamental sont, dans Abélard, plus ou moins 
développées; mais Abélard est de son siècle, et la face du 
problème de Porphyre qu'il a le plus considérée est sa face 
logique; et la solution qu'il en a donnée, élevée à sa formule 
la plus générale, a reçu un nom qui témoigne assez de son 
caractère essentiel , un nom psychologique et dialectique en 
quelque sorte, le conceptualisme. 

Maintenant quelle est la valeur de cette solution et de l'é- 
cole intermédiaire que prétendit élever Abélard entre le réa- 
lisme et le nominalisme ? Cette école est-elle en effet également 
éloignée des deux écoles qu'elle combattait ? A-t-elle un carac- 
tère qui lui soit propre ? et quel service a-t-elle rendu à la 
philosophie et à l'esprit humain? Ce sont là des questions aux- 
quelles aboutit naturellement cette longue exposition des faits. 
-u 11 ne faut pas s'y tromper : l'école que fonda Abélard n'est pas 
une école éclectique ; c'est même précisément tout le contraire: 
Le drapeau de l'éclectisme est ce grand mot de Leibnitz : « Tous 



INTRODUCTION. clxxix 

« les systèmes sont vrais en grande partie par ce qu'ils affirment; 
« ils sont faux par ce qu'ils nient. » L'éclectisme, s'il est profond, 
doit donc être positif; il doit emprunter aux écoles rivales toutes 
leurs parties positives , et ne leur laisser que leurs parties né- 
gatives, leurs contradictions et leurs querelles. L'éclectisme, 
au XII'' siècle , dans la querelle des universaux , eût consisté à 
discerner dans le réalisme cL It; uominalisme les vérités essen- 
tielles sur lesquelles ces deux systèmes reposaient, et à les réu- 
nir et à les organiser dans le sein d'un système plus vaste. Ce 
n'est point là le moins du monde ce que fit Abélard. Au lieu 
de mettre à- profit les trésors de l'école réaliste , dépositaire 
de tant de vérités, toujours anciennes et toujours nouvelles, 
il se borna à la combattre , et il ne lui emprunta aucune 
maxime positive : il n'eut guère de réaliste que la négation du 
nominalisme. Il est vrai qu'il emprunta davantage à l'école 
nominaliste : il y avait été formé , et s'il était d'un parti , il 
était de celui-là. A l'égard du réalisme, il n'est qu'adversaire; 
à l'égard du nominalisme , il est adversaire sans doute, car il le 
combat dans ses conséquences excessives; mais il en garde 
l'esprit et le principe fondamental , à savoir que rien n'existe 
que l'individu et dans l'individu rien que d'individuel. On 
pourrait donc avancer que Técole fondée par Abélard est une 
branche nouvelle, un développement du nominalisme; déve- 
loppement où les principes nominalistes, dégagés des extra- 
vagances qui les décriaient , ont pu reparaître à la lumière, se 
soutenir contre les principes de l'école opposée , et faire leur 
chemin à travers les siècles. Ce rapport du prétendu système 
intermédiaire d' Abélard avec le nominalisme est attesté par 
l'histoire ; car dans l'histoire le rôle le plus marqué d' Abélard , 
comme philosophe, est sa querelle avec Guillaume de Cham- 
peaux : or, l'adversaire public et constant et sans réserve de 



cLxxx INTRODUCTION. 

Guillaume de Champeaux était, qu'il le sût ou qu il l'ignorât, 
un allié de Roscelin ; et c'est peut-être par le sentiment confus 
de cette vérité qu'à une certaine distance , et quand le temps 
eut mis en oubli les intentions et fait paraître les choses sous 
leur véritable jour, plus d'un historien ^ a rangé Abélard dans 
l'école nominaliste. 

En effet , examinons le conceplualisme en lui-même , et nous 
reconnaîtrons aisément que ce n'est pas autre chose qu'un no- 
minalisme plus sage et moins conséquent. D'abord, le nomi- 
nalisme renferme nécessairement le conceptualisme. Abélard 
argumente ainsi contre son ancien maître ^ : Si les universaux 
ne sont que des mots , ils ne sont rien du tout ; car les mots 
ne sont rien; mais les universaux sont quelque chose : ce sont 
des conceptions. Roscelin aurait très - bien pu répondre : Qui 
a jamais songé à nier cela ? Assurément, quand la bouche pro- 
nonce un mot, l'esprit y attache un sens, et ce sens qu'il y 
attache est une conception de l'esprit. 

Je suis donc conceptualiste comme vous. Mais vous, pour- 
quoi n'êtes -vous pas nominaliste comme moi? Dire que les 
universaux ne sont que des conceptions de l'esprit, c'est dire 
implicitement qu'ils ne sont que des mots; car, dans mon 
langage, les mots sont les opposés des choses, et, n'admettant 
pas que les universaux soient des choses , j'ai dû en faire des 
mots. Je n'ai rien voulu dire de plus; rejetant le réalisme, j'ai 
conclu au nominalisme , en sous-entendant le conceptualisme. 

Bien plus; ces conceptions de l'esprit, auxquelles vous avez 
réduit les universaux , sont , comme vous l'avez démontré , des 
abstractions, des généralisations, nées de comparaisons plus 
ou moins étendues. Or, la comparaison , l'abstraction , la gé- 

' Entre autres, les auteurs de V Histoire littéraire, tome XI , page SSg. 
* Voyez plus haut , page clii 



INTRODUCTION. clxxxi 

néralisation , exigent et supposent un plus ou moins long em- 
ploi de la mémoire; et un emploi quelque peu long de la 
mémoire exige et suppose des signes, un langage, des mots; 
car les mots ne servent pas seulement à s'entendre avec les 
autres , mais ils servent d'abord à s'entendre avec soi-même. 
Pour abstraire et généraliser au point d'arriver à cette con- 
ception que vous appelez une espèce, il faut des mots , et ces 
mots-là sont nécessaires pour permettre à l'esprit de s'élever 
à une abstraction et à une généralisation plus haute encore, 
celle du genre. Vous me dites que, si les espèces et les genres 
sont des mots, comme les genres sont la matière des espèces, 
il s'ensuit qu'il y a des mots qui sont la matière d'autres 
mots^ Au langage près, qui vous appartient, tout cela n'est 
pas si déraisonnable. Comme c'est avec des idéos moins géné- 
rales que , dans la doctrine du conceptualisme , qui nous est 
commune, on arrive à des idées plus générales, de même 
c'est avec des mots moins abstraits qu'on fait des mots plus 
abstraits encore. Il est incontestable que, sans l'artifice du 
langage, il n'y aurait pas d'universaux, en entendant les 
universaux comme nous l'entendons tous les deux , à savoir ; 
de» pures notions abstraites et comparatives. Donc , encore 
une fois, les universaux, précisément parce qu'ils ne sont 
que des notions, des conceptions abstraites, ne sont que des 
mots; et, si le nominalisme part du conceptualisme, le con- 
ceptualisme doit aboutir au nominalisme. 

Nous ne savons trop ce qu'Abélard aurait pu répliquer 
à cette réponse de son premier maître , et nous ne connais- 
sons qu'un seul moyen de le faire, c'est de se placer dans 
la doctrine de son second maître, Guillaume de Ghampeaux. 
Si le réalisme est faux, le nominalisme est vrai; mais si le 

' Voyez plus haut, page cMii. 



cLxxxii INTRODUCTIOJN. 

réalisme. çst vrai, le nominalisnie est faux. Or, le conceptua- 
lisme est le principe du nominalisme ; c'est le nominalisme 
lui-même, sauf la conclusion, qui pourtant est nécessaire, 
et qui, dans sa nécessité à la fois et dans son extravagance, 
trahit le vice du conceptualisme. 

Il y a un rapport si intime entre le conceptualisme et le 
nominalisme que, selon les temps et les circonstances, et le 
plus ou moins de force et de hardiesse des esprits , le nomi- 
nalisme, sans se détruire, se réfugie et se métamorphose dans 
le conceptualisme, ou le conceptualisme se développe en 
nominalisme. Ainsi, après l'orage qui, au concile de Soissons, 
éclata sur Roscelin , le nominalisme , proscrit et couvert d'ana- 
thèmes , se réduisit au conceptualisme , perdant ainsi de sa ri- 
gueur, mais sauvant ses principes , où sont déposées toutes ses 
conséquences. Et quand le conceptualisme , après avoir laissé 
passer l'orage et le règne de l'orthodoxie et du réalisme, eut 
fait ainsi quelque temps son chemin dans l'ombre, dès qu'il 
trouve au quatorzième siècle de meilleures circonstances, il 
reprend sa forme et son nom de nominalisme. Avancez 
dans l'histoire ; entrez dans la philosophie moderne : le nomi- 
nalisme y passe tour à tour par les mêmes métamorphoses» Il 
se montre dans Hohbes à visage découvert; mais Hobbes dé- 
crie le nominalisme au commencement du xvii^ siècle, comme 
Roscelin à la fin du XI^ Aussi , entre les mains du sage et in- - 
conséquent auteur de l'Essai sur l'entendement humain , le 
nominalisme s'efFace un peu sans cesser d'être , et redevient 
une sorte de conceptualisme. L'esprit plus libre du xviii^ siècle 
lui restitue son caractère et son nom : Gondillac et, après 
lui, M. de Tracy l'érigent en une doctrine régulière et 
complète , avec tous ses principes et toutes ses conséquences, 
sans aucune limite, mais aussi sans aucun contre-poids. On 



INTRODUCTION. clxxxih 

ne peut pas s'arrêter au conceptualisme ; il faut ou remonter 
jusqu'au réalisme ou descendre jusqu'au nominalisme. Il y a 
cinquante ans, le judicieux Reid^ rencontre sur son chemin 
cette vieille querelle des universaux, et rejetant tout d'abord 
le réalisme sans accepter pourtant le nominalisme, il témoigne 
une certaine sympathie pour le conceptualisme. L'école écos- 
saise fait un pas. Dugald Stewart^ développe la doctrine de son 
maître, et il ne s'arrête plus au point fixé par Reid : il s'avance 
jusqu'au nominalisme. Quelquefois aussi, quand le conceptua- 
lisme se rencontre dans une doctrine qui incline à l'idéalisme, 
alors ne pouvant suivre la pente qui d'ordinaire l'entraîne au 
nominalisme, et ne pouvant pas non plus s'arrêter à ce point 
indécis et mobile qui est , à proprement parler, le conceptua- 
lisme, il remonte invinciblement jusqu'au réalisme. C'est ainsi 
qu'en Allemagne, nous avons vu le conceptualisme de Kant 
s'élever successivement jusqu'au système le plus réaliste et \v 
plus objectif qui ait été depuis Platon. Au fond, Abélard est 
un nominaliste qui s'ignore ou qui se cache. Moins conséquent 
et moins hardi , il ne révolte plus le sens commun , et il regagne 
en bonne apparence tout ce qu'il perd en profondeur. Plus 
faible dans la doctrine , il est plus fort dans la polémique , il 
prête moins le flanc aux attaques du réalisme et le combat avec 
plus d'avantage. Quand Abélard descendit dans l'arène , le 
nominalisme ne pouvait plus soutenir la lutte, et le réalisme 
était victorieux sur tous les points. Abélard renouvela la lutte; 
il força le parti vainqueur de compter avec le parti vaincu; il 
maintint sous un autre nom les droits du nominalisme ; il le 
sauva en le tempérant; et d'un autre côté, sans le vouloir, en 
combattant le réalisme il l'épura. On ne peut donc nier qu'il 

' Essais sur les facultés de l'esprit humain. Essai V, ch. vi. 

^ Philosopliie de l'esprit humain, ch. iv, sect. 2 , avec les notes. 



. cLxxxiv INTRODUCTION. 

n'ait par-là servi d'une manière mémorable la cause de la phi- 
losophie et celle de l'esprit humain. 

ni. Application de la philosophie d'Abélard à la théologie. 

Nous avons reconnu le rapport du réalisme et de l'orthodoxie 
chrétienne dans saint Anselme et dans Guillaume de Cham- 
peaux. Roscelin nous a montré la tendance hétérodoxe du 
nominalisme; nous retrouvons cette même tendance dans 
Abélard et dans toute son école. Abélard est en théologie 
ce qu'il est en philosophie : ni tout à fait orthodoxe, ni tout à 
fait hérétique; mais beaucoup plus près de l'hérésie que de 
l'orthodoxie , et cela par une conséquence nécessaire de l'esprit 
du nominalisme. 
Méthode Roscelin, au lieu de se borner à l'exposition fidèle du dogme 

d'ASd.^ chrétien, avait tenté de l'expliquer, et en l'expliquant dans le sens 
^"d^prèfies"' du nominalisme, il l'avait détruit. Abélard entra d'un pas ferme 
deTaîntTidiei daus la routc frayée par Roscelin, et ce qui n'avait été jusqu'alors 
Marmoutie ^u'uue tentative incertaine , il l'érigea en un principe général, 
il en fit une méthode. Partout dans ses ouvrages imprimés , il 
proclame l'introduction de la philosophie dans le domaine de 
la foi ^ Mais on ne démontre que ce qui est ou paraît douteux, 
et pour convertir les dogmes en démonstrations , il faut d'abord 
en faire des problèmes ; et il faut poser ces problèmes avec le 
pour et le contre , avec des solutions contraires tirées d'auto- 
rités presque égales, avant d'établir soi-même la véritable so- 
lution. C'est ce qu' Abélard a fait dans un ouvrage original et 
hardi qui représente et résume toute sa méthode théologique. 

' Abael. opp. Invectiva in quemdam ignarum dialectices, pag. 238; le début de Vlntro- 
ductio in theologiam christianam , pag. 97/i , et le second et le troisième livre de la Theologia 
christiana dans le Thésaurus anecd. noviss. de Pez, tom. V. 



I 



INTRODUCTION. clxxxv 

Cet ouvrage est le fameux Sic et non, le oui et le non, que nous 
avons retrouvé et que nous publions ici pour la première fois. 
Il convient donc à tous égards de faire connaître en détail ce 
curieux monument. 

Guillaume de Saint-Thierry en dénonçant à saint Bernard 
la théologie d'Abélard, déférée plus tard et condamnée 
au concile de Sens, en 1 1 Ao, lui parle du Sic et non comme 
d'un ouvrage suspect qui circulait mystérieusement parmi les 
élèves et les partisans d'Abélard \ C'est là la seule mention 
qu'on rencontre du Sic et non dans tout le moyen âge. 
Cependant l'ouvrage oublié n'avait point péri. Martène et 
Durand ^ nous apprennent qu'il existait encore de leur 
temps à Saint-Germain , et que leur confrère Dachery avait 
songé à le mettre au jour; mais qu'après l'avoir examiné 
sérieusement, il n'avait osé le publier de peur de scandale^. 
Ce que les historiens de la philosophie ont dit du Sic et non 
n'a pas d'autre fondement que ce peu de lignes des deux 
savants bénédictins''. L'auteur de l'article Abélard, dans Y His- 
toire littéraire de la France, D. Clément, en parle seulement 
sur les notes laissées par ses prédécesseurs; car il déclare 
qu'il n'a pu retrouver à Saint-Germain le manuscrit qu'avaient 

' S. Bernard, opp., tom. I, pag. Soi. «Sunt autem, ut audio, adhuc alia ejus opus- 
« cula, quorum nomina sunt : Sic et non, scito te ipsum, et alia quaedam de quibus timeo 
«ne, sicut monstruosi sunt nominis, sic etiam sint monstruosi dogmatis; sed, sicul 
« dicunt , oderunt lucem , nec etiam quœsita inveniuntur. » 

* Préface du tome IV du Thesaar. nov. anecd. 

' Ibid. «Est pênes nos ejusdem Abaelardi liber in quo, genio suo indulgens, omnia 
«christianae religionis mysteria in utramque parlera versât, negans quod asserueral 
n et asserens quod negaverat; quod opus aliquando publici juris facere cogitaverat noster 
«Dacherius, verum serio examinatum aeternis tenebris potius quam luce dignum de 
« virorum eruditorum conSilio existimavit » 

* Brucker, tome III, page 763; Tiedemann , tome IV, page 286, etTennemann, 
tome VIII, page 190. 

INTRODOCTION. a a 



cLxxxvi INTRODUCTION, 

eu entre les mains Dachery, Martène et Durand; il sup- 
pose que ce manuscrit n'appartenait pas à Saint-Germain et 
que c'était l'un des deux exemplaires qui se voyaient de son 
temps , à ce qu'il assure , à la bibliothèque de Marmoutiers et 
à celle du mont Saint-MicheP. En effet, le Sic et non n'est 
point aujourd'hui dans le fonds de Saint-Germain conservé à 
la bibliothèque royale de Paris. Il n'est pas non plus et il ne 
passe point pour avoir jamais été dans l'ancien fonds du Roi, 
ni dans ceux de Saint-Victor, de Sorbonne et de Notre-Dame. 
Toutes nos espérances se reportaient donc sur Marmoutiers et 
sur Saint-Michel; et elles n'ont pas été trompées. 

De la dévastation de la bibliothèque du mont Saint-Michel 
pendant la révolution , nous savions qu'il était échappé un bon 
nombre de manuscrits qui avaient été transportés au chef- 
lieu du département, à Avranches. Un écrit récent^ donne 
une sorte de catalogue de ces manuscrits , fait par M. de 
Saint-Victor. On y trouve l'indication suivante : Commentarius 
in psalterium ac in Sic et non, sans nom d'auteur. Il n'était pas 
bien difficile de soupçonner sous ce titre le Sic et non d'Abé- 
lard ; et ayant obtenu la communication de ce manuscrit par 
l'entremise de M. le ministre de l'instruction publique, en 
l'ouvrant nous y lûmes d'abord en caractères rouges, par- 
faitement formés : Incipit prologus Pétri Abœlardi in Sic et non. 
Et la preuve incontestable que ce manuscrit est bien celui de 
Saint-Michel, c'est que sur le dernier feuillet est écrit d'une 
main ancienne : Iste liber est monasterii montis sancti Michae- 
lis in periculo maris. 

Sur le dos de la couverture est le titre suivant : In psalte- 
rium ac in Sic et non, avec le n'* 2881, qui est probablement 

* Hist. littér. de la France , tome XII, page i3i. 

* Histoire pittoresque du Mont-Saint-Michel, par Max. Raoul. Paris, i833 , in-8'. 



INTRODUCTION. clxxxvit 

celui de la bibliothèque d'Avranches, tandis qu'à l'intérieur 
sur la marge du premier feuillet, est marqué, d'une écriture 
beaucoup plus ancienne, le n° 287, qui doit avoir été celui 
de la bibliothèque de Saint-Michel. 

Le manuscrit est in-4°, en parchemin, réglé, écrit avec 
soin , mais avec beaucoup d'abréviations; il appartient certaine- 
ment au XIII® siècle. 

Il contient deux ouvrages : le commentai^ de Bruno de 
Segni sur le psautier, qui a été publié \ et le Sic et non, sans 
autre titre que celui-ci : Incipit prologus Pétri Abœlardi m Sic 
et non; ce dernier ouvrage occupe 176 feuillets, qui forment 
le tiers du manuscrit. 

Cependant notre parfaite confiance dans l'exactitude de Dom 
Clément nous laissait convaincu que le Sic et non devait se 
trouver aussi parmi les manuscrits de l'abbaye de Marmoutiers, 
et par conséquent à la bibliothèque publique de la ville de 
Tours où ces manuscrits sont déposés aujourd'hui. Aussi , au 
premier examen , et sur les indications que nous avions 
transmises, le Sic et non fut -il trouvé sous le n" 99, dans 
un in-folio, intitulé : Glossœ in sacrum scriptnram; et nous par- 
vînmes à obtenir de la ville de Tours que ce manuscrit nous 
fût envoyé , afin de le collationner avec celui d'Avranches , et 
de tirer de l'un et de l'autre un texte plus sûr. 

Nul doute que ce manuscrit ne soit celui de l'abbaye de 
Marmoutiers ; car on lit sur le premier feuillet : Glossœ in scrip- 
tnram sacram majoris monasterii congr. S. Mauri. C'est un in-folio 
en parchemin, d'une écrifure qui appartient, comme celle 
du manuscrit d'Avranches, au xiii® siècle. 

Ce manuscrit est une collection d'un grand nombre de 

^ Voyez Fabricius, Bihl med. lat.. art. Brum. 



cLxxviii INTRODUCTION, 

qu'il a eu aussi son progrès. Les écoles carlovingiennes l'ex- 
hument pour ainsi dire et le livrent à la discussion. On com- 
mence par répéter en bégayant les solutions équivoques qu'en 
avait laissées Boëce. Enfin Roscelin le soumet à une critique in- 
dépendante; mais il est évident qu'il ne l'envisagea d'abord que 
sous le point de vue logique, puisqu'il arriva à une solution toute 
grammaticale. Guillaume de Champeaux le considéra sous un 
point de vue plus relevé. Sa première opinion est déjà méta- 
physique; la seconde est presque un retour à la psychologie et 
à la logique. Abélard embrassa les différents points de vue de 
ses devanciers et les agrandit encore. La polémique que nous 
venons de reproduire est sans contredit le mot le plus avancé 
et le plus compréhensif du xii^ siècle et de la première époque 
de la philosophie scolastique. Toutes les manières d'envisager 
le problème fondamental sont, dans Abélard, plus ou moins 
développées; mais Abélard est de son siècle, et la face du 
problème de Porphyre qu'il a le plus considérée est sa face 
logique; et la solution qu'il en a donnée, élevée à sa formule 
la plus générale, a reçu un nom qui témoigne assez de son 
caractère essentiel , un nom psychologique et dialectique en 
quelque sorte, le conceptualisme. 

Maintenant quelle est la valeur de cette solution et de l'é- 
cole intermédiaire que prétendit élever Abélard entre le réa- 
lisme et le nominalisme ? Cette école est-elle en effet également 
éloignée des deux écoles qu'elle combattait ? A-t-elle un carac- 
tère qui lui soit propre ? et quel service a-t-elle rendu à la 
philosophie et à l'esprit humain.^ Ce sont là des questions aux- 
quelles aboutit naturellement cette longue exposition des faits. 
1 II ne faut pas s'y tromper : l'école que fonda Abélard n'est pas 
une école éclectique ; c'est même précisément tout le contraire. 
Le drapeau de l'éclectisme est ce grand mot de Leibnitz : « Tous 



INTRODUCTION. ciaxix 

« les systèmes sont vrais en grande partie par ce qu'ils affirment; 
« ils sont faux par ce qu'ils nient. » L'éclectisme, s'il est profond, 
doit donc être positif; il doit emprunter aux écoles rivales toutes 
leurs parties positives , et ne leur laisser que leurs parties né- 
gatives, leurs contradictions et leurs querelles. L'éclectisme, 
au XTi'' siècle, dans la querelle des universaux , eût consisté à 
discerner dans le réalisme cL le nominalisme les vérités essen- 
tielles sur lesquelles ces deux systèmes reposaient, et à les réu- 
nir et à les organiser dans le sein d'un système plus vaste. Ce 
n'est point là le moins du monde ce que fit Abélard. Au lieu 
de mettre à- profit les trésors de l'école réaliste , dépositaire 
de tant de vérités, toujours anciennes et toujours nouvelles, 
il se borna à la combattre , et il ne lui emprunta aucune 
maxime positive : il n'eut guère de réaliste que la négation du 
nominalisme. Il est vrai qu'il emprunta davantage à l'école 
nominaliste : il y avait été formé , et s'il était d'un parti , il 
était de celui-là. A l'égard du réalisme, il n'est qu'adversaire; 
à l'égard du nominalisme , il est adversaire sans doute, car il le 
combat dans ses conséquences excessives; mais il en garde 
l'esprit et le principe fondamental , à savoir que rien n'existe 
que l'individu et dans l'individu rien que d'individuel. On 
pourrait donc avancer que Técole fondée par Abélard est une 
branche nouvelle, un développement du nominalisme; déve- 
loppement où les principes nominalistes, dégagés des extra- 
vagances qui les décriaient , ont pu reparaître à la lumière , se 
soutenir contre les principes de l'école opposée , et faire leur 
chemin à travers les siècles. Ce rapport du prétendu système 
intermédiaire d'Abélard avec le nominalisme est attesté par 
l'histoire ; car dans l'histoire le rôle le plus marqué d'Abélard , 
comme philosophe, est sa querelle avec Guillaume de Cham- 
peaux : or, l'adversaire public et constant et sans réserve de 



cLxxx INTRODUCTION. 

Guillaume de Champeaux était, qu'il le sût ou qu'il l'ignorât, 
un allié de Roscelin ; et c'est peut-être par le sentiment confus 
de cette vérité qu'à une certaine distance , et quand le temps 
eut mis en oubli les intentions et fait paraître les choses sous 
leur véritable jour, plus d'un historien ^ a rangé Abélard dans 
l'école nominaliste. 

En effet, examinons le conceplualisme en lui-même, et nous 
reconnaîtrons aisément que ce n'est pas autre chose qu'un no- 
minalisme plus sage et moins conséquent. D'abord, le nomi- 
nalisme renferme nécessairement le conceptualisme. Abélard 
argumente ainsi contre son ancien maître ^ : Si les universaux 
ne sont que des mots , ils ne sont rien du tout ; car les mots 
ne sont rien ; mais les universaux sont quelque chose : ce sont 
des conceptions. Roscelin aurait très - bien pu répondre : Qui 
a jamais songé à nier cela ? Assurément, quand la bouche pro- 
nonce un mot, l'esprit y attache un sens, et ce sens qu'il y 
attache est une conception de l'esprit. 

Je suis donc conceptualiste comme vous. Mais vous , pour- 
quoi n'êtes -vous pas nominaliste comme moi? Dire que les 
universaux ne sont que des conceptions de l'esprit, c'est dire 
implicitement qu'ils ne sont que des mots ; car , dans mon 
langage, les mots sont les opposés ries choses, et, n'admettant 
pas que les universaux soient des choses , j'ai dû en faire des 
mots. Je n'ai rien voulu dire de plus; rejetant le réalisme, j'ai 
conclu au nominalisme , en sous-entendant le conceptualisme. 

Bien plus; ces conceptions de l'esprit, auxquelles vous avez 
réduit les universaux , sont, comme vous l'avez démontré , des 
abstractions, des généralisations, nées de comparaisons plus 
ou moins étendues. Or, la comparaison , l'abstraction , la gé- 

' Entre autres, les auteurs de l'Histoire littéraire, tome XI, page Sôg. 
* Voyez plus haut , page clii 



INTRODUCTION. clxxxi 

néralisation , exigent et supposent un plus ou moins long em- 
ploi de la mémoire; et un emploi quelque peu long de la 
mémoire exige et suppose des signes, un langage, des mots; 
car les mots ne servent pas seulement à s'entendre avec les 
autres , mais ils servent d'abord à s'entendre avec soi-même. 
Pour abstraire et généraliser au point d'arriver à cette con- 
ception que vous appelez une espèce, il faut des mots , et ces 
mots-là sont nécessaires pour permettre à l'esprit de s'élever 
à une abstraction et à une généralisation plus haute encore , 
celle du genre. Vous me dites que, si les espèces et les genres 
sont des mots, comme les genres sont la matière des espèces, 
il s'ensuit qu'il y a des mots qui sont la matière d'autres 
mots^ Au langage près, qui vous appartient, tout cela n'est 
pas si déraisonnable. Comme c'est avec des idées moins géné- 
rales que , dans la doctrine du conceptualisme , qui nous est 
commune, on arrive à des idées plus générales, de même 
c'est avec des mots moins abstraits qu'on fait des mots plus 
abstraits encore. Il est incontestable que, sans l'artifice du 
langage, il n'y aurait pas d'universaux , en entendant les 
universaux comme nous l'entendons tous les deux , à savoir ; 
de» pures notions abstraites et comparatives. Donc , encore 
une fois , les universaux , précisément parce qu'ils ne sont 
que des notions, des conceptions abstraites, ne sont que des 
mots; et, si le nominalisme part du conceptualisme, le con- 
ceptualisme doit aboutir au nominalisme. 

JNous ne savons trop ce qu'Abélard aurait pu répliquer 
à cette réponse de son premier maître , et nous ne connais- 
sons qu'un seul moyen de le faire, c'est de se placer dans 
la doctrine de son second maître , Guillaume de Champeaux. 
Si le réalisme est faux, le nominalisme est vrai; mais si le 

' Voyez plus haut, page crin. 



cLxxxii INTRODUCTION, 

réalisme est vrai,» le nominalisma.est faux. Or, le conceptua- 
lisme est le principe du nominalisme ; c'est le nominalisme 
lui-même, sauf la conclusion, qui pourtant est nécessaire, 
et qui, dans sa nécessité à la fois et dans son extravagance, 
trahit le vice du conceptualisme. 

Il y a un rapport si intime entre le conceptualisme et le 
nominalisme que , selon les temps et les circonstances, et le 
plus ou moins de force et de hardiesse des esprits , le nomi- 
nalisme , sans se détruire , se réfugie et se métamorphose dans 
le conceptualisme, ou le conceptualisme se développe en 
nominalisme. Ainsi, après l'orage qui, au concile de Soissons, 
éclata sur Roscelin , le nominalisme , proscrit et couvert d'ana- 
thèmes, se réduisit au conceptualisme, perdant ainsi de sa ri- 
gueur, mais sauvant ses principes , où sont déposées toutes ses 
conséquences. Et quand le conceptualisme, après avoir laissé 
passer l'orage et le règne de l'orthodoxie et du réalisme, eut 
fait ainsi quelque temps son chemin dans l'ombre, dès qu'il 
trouve au quatorzième siècle de meilleures circonstances, il 
reprend sa forme et son nom de nominalisme. Avancez 
dans l'histoire; entrez dansla philosophie moderne : le nomi- 
nalisme y passe tour à tour par les mêmes métamorphoses» Il 
se montre dans Hobbes à visage découvert; mais Hobbes dé- 
crie le nominalisme au commencement du xvii*" siècle, comme 
Roscelin à la fin du XI^ Aussi , entre les mains du sage et in- 
conséquent auteur de l'Essai sur l'entendement humain , le 
nominalisme s'efface un peu sans cesser d'être, et redevient 
une sorte de conceptualisme. L'esprit plus libre du xv!!!*" siècle 
lui restitue son caractère et son nom : Gondillac et , après 
lui, M. de Tracy l'érigent en une doctrine régulière et 
' complète , avec tous ses principes et toutes ses conséquences, 
sans aucune limite, mais aussi sans aucun contre-poids. On 



INTRODUCTION. clxxxiii 

ne peut pas s'arrêter au conceptualisme ; il faut ou remonter 
jusqu'au réalisme ou descendre jusqu'au nominalisme. Il y a 
cinquante ans, le judicieux Reid^ rencontre sur son chemin 
cette vieille querelle des universaux, et rejetant tout d'abord 
le réalisme sans accepter pourtant le nominalisme, il témoigne 
une certaine sympathie pour le conceptualisme. L'école écos- 
saise fait un pas. Dugald Stewart^ développe la doctrine de son 
maître, et il ne s'arrête plus au point fixé par Reid : il s'avance 
jusqu'au nominalisme. Quelquefois aussi, quand le conceptua- 
lisme se rencontre dans une doctrine qui incline à l'idéalisme, 
alors ne pouvant suivre la pente qui d'ordinaire l'entraîne au 
nominalisme, et ne pouvant pas non plus s'arrêter à ce point 
indécis et mobile qui est , à proprement parler, le conceptua- 
lisme, il remonte invinciblement jusqu'au réalisme. C'est ainsi 
qu'en Allemagne, nous avons vu le conceptualisme de Kant 
s'élever successivement jusqu'au système le plus réaliste et le 
plus objectif qui ait été depuis Platon. Au fond, Abélard est 
un nominaliste qui s'ignore ou qui se cache. Moins conséquent 
et moins hardi , il ne révolte plus le sens commun , et il regagne 
en bonne apparence tout ce qu'il perd en profondeur. Plus 
faible dans la doctrine , il est plus fort dans la polémique , il 
prête moins le flanc aux attaques du réalisme et le combat avec 
plus d'avantage. Quand Abélard descendit dans l'arène , le 
nominalisme ne pouvait plus soutenir la lutte, et le réalisme 
était victorieux sur tous les points. Abélard renouvela la lutte; 
il força le parti vainqueur de compter avec le parti vaincu; il 
maintint sous un autre nom les droits du non)inalisme ; il le 
sauva en le tempérant; et d'un autre côté, sans le vouloir, en 
combattant le réalisme il l'épura. On ne peut donc nier qu'il 

' Essais sur les facultés de l'esprit humain. Essai V, ch. vi. 

^ Philosophie de l'esprit humain, ch. iv, sect. 2 , avec les notes. 



. cLxxxiv INTRODUCTION. 

n'ait par-là servi d'une manière mémorable la cause de la phi- 
losophie et celle de l'esprit humain. 

m. Application de la philosophie d'Abélard à la théologie. 

Nous avons reconnu le rapport du réalisme et de l'orthodoxie 
chrétienne dans saint Anselme et dans Guillaume de Cham- 
peaux. Roscelin nous a montré la tendance hétérodoxe du 
nominalisme; nous retrouvons cette même tendance dans 
Abélard et dans toute son école. Abélard est en théologie 
ce qu'il est en philosophie : ni tout à fait orthodoxe, ni tout à 
fait hérétique; mais beaucoup plus près de l'hérésie que de 
l'orthodoxie , et cela par une conséquence nécessaire de l'esprit 
du nominalisme. 
Méthode Roscelin , au lieu de se borner à l'exposition fidèle du dogme 

d'AbS"^ chrétien, avait tenté de l'expliquer, et en l'expliquant dans le sens 
"d'après les' ^u uominalismc, il l'avait détruit. Abélard entra d'un pas ferme 
deTa?S!chei ^^^^ ^^ routc frayée par Roscelin, et ce qui n'avait été jusqu'alors 
qu'une tentative incertaine , il l'érigea en un principe général, 
il en fit une méthode. Partout dans ses ouvrages imprimés , il 
proclame l'introduction de la philosophie dans le domaine de 
la foi ^ Mais on ne démontre que ce qui est ou paraît douteux, 
et pour convertir les dogmes en démonstrations , il faut d'abord 
en faire des problèmes ; et il faut poser ces problèmes avec le 
pour et le contre , avec des solutions contraires tirées d'auto- 
rités presque égales, avant d'établir soi-même la véritable so- 
lution. C'est ce qu' Abélard a fait dans un ouvrage original et 
hardi qui représente et résume toute sa méthode théologique. 

' Abael. opp. Invectiva in quemdam ignarum dialecticeSy pag. 288; le début de VJntro- 
ductio in theologiam christianam , pag. 97A , et le second et le troisième livre de la Theologia 
ckristiana dans le Thésaurus anecd. noviss. de Pez, tom. V. 



et de 
Marmoutiers. 



INTRODUCTION. clxxxv 

Cet ouvrage est le fameux Sic et non, le oui et le non, que nous 
avons retrouvé et que nous publions ici pour la première fois. 
Il convient donc à tous égards de faire connaître en détail ce 
curieux monument. 

Guillaume de Saint-Thierry en dénonçant à saint Bernard 
la théologie d'Abélard, déférée plus tard et condamnée 
au concile de Sens, en i i/io, lui parle du Sic et non comme 
d'un ouvrage suspect qui circulait mystérieusement parmi les 
élèves et les partisans d'Abélard ^ C'est là la seule mention 
qu'on rencontre du Sic et non dans tout le moyen âge. 
Cependant l'ouvrage oublié n'avait point péri. Martène et 
Durand ^ nous apprennent qu'il existait encore de leur 
temps à Saint-Germain, et que leur confrère Dachery avait 
songé à le mettre au jour; mais qu'après l'avoir examiné 
sérieusement, il n'avait osé le publier de peur de scandale^. 
Ce que les historiens de la philosophie ont dit du Sic et non 
n'a pas d'autre fondement que ce peu de lignes des deux 
savants bénédictins*. L'auteur de l'article Abélard, dans l'His- 
toire littéraire de la France, D. Clément, en parle seulement 
sur les notes laissées par ses prédécesseurs; car il déclare 
qu'il n'a pu retrouver à Saint-Germain le manuscrit qu'avaient 

^ S. Bernard, opp., tom. I, pag. Soi. «Sunt autem, ut audio, adhuc alia ejus opus- 
«cula, quorum nomina sunt : Sic et non, scito te ipsam, et alia quaedam de quibus linneo 
« ne , sicut monstruosi sunt nominis , sic etiam sint monstruosi dogmatis ; sed , sicul 
« dicunt , oderunt lucem , nec etiam quaesila inveniuntur. » 

* Préface du tome IV du Thesaar. nov. anecd. 

^ Ibid. «Est pênes nos ejusdem Abaelardi liber in quo, genio suo indulgens, omnia 
«christianae religionis mysteria in ulramque partem versât, negans quod asseruerat 
«et asserens quod negaverat; quod opus aliquando publici juris facere cogitaverat noster 
«Dacherius, verum serio examinatum aeternis tenebris potius quam luce dignum de 
« virorum eruditorum con^ilio existimavit » 

* Brucker, tome III, page 768; Tiedemann , tome IV, page 286, etTennemann, 
tome VIII, page 190. 

INTRODUCTION. a a 



cLxxxvi INTRODUCTION, 

eu entre les mains Dachery, Martène et Durand; il sup- 
pose que ce manuscrit n'appartenait pas à Saint-Germain et 
que c'était l'un des deux exemplaires qui se voyaient de son 
temps , à ce qu'il assure , à la bibliothèque de Marmoutiers et 
à celle du mont Saint-Michel ^ En elFet, le Sic et non n^est 
point aujourd'hui dans le fonds de Saint-Germain conservé à 
la bibliothèque royale de Paris. Il n'est pas non plus et il ne 
passe point pour avoir jamais été dans l'ancien fonds du Roi, 
ni dans ceux de Saint-Victor, de Sorbonne et de Notre-Dame. 
Toutes nos espérances se reportaient donc sur Marmoutiers et 
sur Saint-Michel; et elles n'ont pas été trompées. 

De la dévastation de la bibliothèque du mont Saint-Michel 
pendant la révolution , nous savions qu'il était échappé un bon 
nombre de manuscrits qui avaient été transportés au chef- 
lieu du département, à Avranches. Un écrit récent^ donne 
une sorte de catalogue de ces manuscrits , fait par M. de 
Saint-Victor. On y trouve l'indication suivante : Commentarius 
in psalterium ac in Sic et non, sans nom d'auteur. Il n'était pas 
bien difficile de soupçonner sous ce titre le Sic et non d'Abé- 
lard ; et ayant obtenu la communication de ce manuscrit par 
l'entremise de M. le ministre de l'instruction publique, en 
l'ouvrant nous y lûmes d'abord en caractères rouges, par- 
faitement formés : Incipit prologus Pétri Abœlardi in Sic et non. 
Et la preuve incontestable que ce manuscrit est bien celui de 
Saint-Michel, c'est que sur le dernier feuillet est écrit d'une 
main ancienne : Iste liber est monasterii montis sancti Michae- 
lis in periculo maris. 

Sur le dos de la couverture est le titre suivant : In psalte- 
rium ac in Sic et non, avec le n° 2 38i, qui est probablement 

* Hist. littér. de la France, tome XII, page i3i. 

* Histoire pittoresque du Mont-Saint-Michel, par Max. Raoul. Paris, i833 , in-8*. 



INTRODUCTION. clxxxvit 

celui de la bibliothèque d'Avranches , tandis qu'à l'intérieur 
sur la marge du premier feuillet, est marqué, d'une écriture 
beaucoup plus ancienne, le n** 287, qui doit avoir été celui 
de la bibliothèque de Saint-Michel. 

Le manuscrit est in-/i*', en parchemin, réglé, écrit avec 
soin , mais avec beaucoup d'abréviations ; il appartient certaine- 
ment au xiif siècle. 

Il contient deux ouvrages : le commentai!^ de Bruno de 
Segni sur le psautier, qui a été publié \ et le Sic et non, sans 
autre titre que celui-ci : Incipit prologus Pétri Abœlardi in Sic 
et non; ce dernier ouvrage occupe 176 feuillets, qui forment 
le tiers du manuscrit. 

Cependant notre parfaite confiance dans l'exactitude de Dom 
Clément nous laissait convaincu que le Sic et non devait se 
trouver aussi parmi les manuscrits de l'abbaye de Marmoutiers, 
et par conséquent à la bibliothèque publique de la ville de 
Tours où ces manuscrits sont déposés aujourd'hui. Aussi , au 
premier examen , et sur les indications que nous avions 
transmises, le Sic et non fut -il trouvé sous le n" 99, dans 
un in-folio, intitulé : Glossœ in sacrant scriptnram; et nous par- 
vînmes à obtenir de la ville de Tours que ce manuscrit nous 
fût envoyé , afin de le collationner avec celui d'Avranches , et 
de tirer de l'un et de l'autre un texte plus sûr. 

Nul doute que ce manuscrit ne soit celui de l'abbaye de 
Marmoutiers ; car on lit sur le premier feuillet : Glossœ in scrip- 
tnram sacrant majoris monasterii congr. S. Mauri. C'est un in-folio 
en parchemin, d'une écriture qui appartient, comme celle 
du manuscrit d'Avranches, au xiii^ siècle. 

Ce manuscrit est une collection d'un grand nombre de 

* Voyez Fabricius, Bihl. med. lat., art. Bruno. 



cLxxxviii INTRODUCTION, 

pièces de toutes sortes. Un savant bénédictin, peut-être Da- 
chery, Martène ou Durand, en a fait un examen approfondi 
et a déterminé le sujet et le titre de chacune de ces pièces, 
dans un index placé en tête du volume. 

Le Sic et non occupe dan» le manuscrit de Tours vingt- 
sept feuillets , à deux colonnes. 

Quand on compare ce manuscrit à celui d'Avranclies, on le 
trouve plus conrplet sous certains rapports et moins complet 
sous quelques autres. L'ouvrage comprend d'abord une préface, 
appelée prologue ,pro/o^K5, exactement de la même étendue dans 
les deux manuscrits. Puis vient l'ouvrage lui-même , composé 
d'un certain nombre de chapitres , sous la forme de questions. 
Chacune de ces questions a son titre soigneusement marqué 
en encre rouge dans le manuscrit d'Avranches, tandis que les 
titres manquent assez souvent dans celui de Tours. Souvent 
aussi plusieurs questions sont réunies en une seule dans ce 
dernier manuscrit ; celui d'Avranches divise davantage. Quel- 
quefois l'ordre des chapitres ou questions n'est pas le même, 
dans tous les deux, et il y a une foule de morceaux qui dans 
celui-ci se rapportent à telle question et dans celui-là à telle 
autre ; et dans chaque question , l'ordre des paragraphes n'est 
pas le même non plus. Enfin les dernières questions manquent 
entièrement dans le manuscrit de Tours. Mais , en revanche , il 
contient de fort longs extraits de Bède le Vénérable , qui peuvent 
très-bien avoir été faits par Abélard dans le même but que le 
reste de l'ouvrage; à la suite de ces extraits viennent encore 
d'autres extraits du livre des Retractationes de saint Augustin, 
que le prologus promettait formellement dans l'un et l'autre 
manuscrit, et que celui d'Avranches ne donne point. 

Si maintenant on examine ces deux manuscrits sous le 
rapport de la pureté du texte , celui de Tours nous paraît en 



INTRODUCTION. glxxxix 

général préférable. Il présente rarement de ces fautes gros- 
sières qui trahissent un copiste sans intelligence. Nous avons 
donc pris pour base de notre travail le manuscrit d'Avranches, 
à cause de son ordonnance, de ses divisions bien marquées, 
de ses titres commodes, et nous l'avons fréquemment rectifié 
dans le détail sur le manuscrit de Tours. 

Mais il est temps d'arriver à l'ouvrage lui-même. Expli- 
quons-en d'abord le sujet et le titre. 

Le dialecticien Abélard, en entrant dans la théologie, y 
transporta d'abord ses habitudes philosophiques. Il conçut 
l'idée très-simple en elle-même , mais très-féconde , d'établir 
sur tous les points de quelque importance le pour et le contre , 
à l'aide de passages des saintes écritures et des saints pères qui 
semblent se combattre et dire le oui et le non , le sic et non. 

Au premier coup-d'œil, c'est donc ici une pure compilation 
d'autorités contraires; mais, en réalité, c'est une construction 
de problèmes et d'antinomies théologiques puissamment éta- 
blis, qui condamnent l'esprit à un doute salutaire, le pré- 
munissent contre le danger de toute solution étroite et préci- 
pitée, et le préparent à des solutions meilleures. Mais ces 
solutions ne sont pas même indiquées, et elles ne devaient 
pas l'être ; car Abélard eût fait alors un traité de théologie , 
et non pas ce qu'il voulait faire , une préparation critique à la 
théologie. Et il ne faut point s'effrayer ici , avec Dachery , Durand 
et Martène, de l'apparence du scepticisme; car ce scepticisme 
n'est que provisoire : Abélard se réservait de lever ensuite les 
contradictions qu'il avait d'abord amassées , et de reconduire à 
la foi et à l'orthodoxie chrétienne à travers le doute et par la 
puissance même de la dialectique. 

Les questions du Sic et non embrassent la théologie tout 
entière , et forment en quelque sorte la table des matières des 



cxc INTRODUCTION, 

traités dogmatiques de théologie et de morale composés par 
Abéiard. Chaque question ou chapitre suppose une assez 
grande lecture , et le choix des autorités une érudition bien 
entendue. Les auteurs les plus fréquemment employés sont, 
avec les saintes écritures , les pères et les docteurs de l'Eglise 
latine, surtout saint Augustin , saint Jérôme, saint Ambroise, 
saint Hilaire, saint Isidore, saint Grégoire, Bède le Vénérable. 
Les pères de l'Eglise grecque sont bien plus rarement invoqués, 
et on se sert toujours des traductions latines. Boèce revient 
souvent et comme théologien et comme philosophe. Des auto- 
rités profanes sont mêlées aux autorités sacrées. Aristote est 
cité plusieurs fois, et dans la traduction latine de Boèce. A côté 
de Boèce et d' Aristote, sujets habituels des études d' Abéiard, 
on rencontre quelquefois Sénèque et Gicéron. Un seul poète 
est cité, et ce poëte est Ovide, et Ovide dans VArt d'aimer. 

Quant aux questions elles-mêmes, elles sont posées avec 
une grande indépendance. Par exemple , les questions sui- 
vantes contiennent et renouvellent les vieilles controverses 
de l'arianisme et du sabellianisme : Q. 6. Quodsit Deus triparti- 
tus? et contra. 7. Quod in trinitate non sunt dicendi plures œterni? 
et contra. 9. Quod non sit substantia? et contra. 11. Quod divinœ 
personœ ah invicem differunt? et contra. 12, Quod in trinitate alter 
sit unus cum altero? et contra. 1 3. Quod Deus sit causa filii? et con- 
tra, là. Quod sit jilius sine principio? et contra. i5. Quod Dms 
non genuit se. 17. Quod solus pater dicatur ingenitus ? et contra. 1 8. 
Quod œterna generatio filii narrari vel sciri vel intelligi possit? et 
contra. Voici des questions qui ne sont pas sans rapport au nes- 
torianisme : 6 2 . Quod Deus personam hominis non susceperit, sed 
naturam? et contra. 63. Quod filins Dei mutatus sit suscipiendo 
carnem? et contra. En voici d'autres qui remuaient les cendres 
du pélagianisme : Q. 27. Quod prœdestinatio Dei in hono tantum 



INTRODUCTION. cxci 

sit accipienda? et contra. 35. Quod nihil fiat Deo nolente? et con- 
tra. 54. Quodhomo liberum arbitrium peccando amiserit? et contra. 
Je veux encore signaler la question 2 3. Quod philosophi (jnocjue 
trinitatem seii verbum Dei crediderint? et non; question qui peut 
nous faire comprendre cette autre accusation portée contre 
Abélard, qu'il était trop favorable à la philosophie païenne 
et surtout à Platon ^ Du reste, il est impossible de donner 
une idée plus précise du travail d' Abélard : ce serait citer 
des citations; nous renvoyons à l'ouvrage lui-même^. Nous 
avons publié intégralement toutes les questions qui présentent 
encore aujourd'hui quelque intérêt, et nous avons eu soin de 
donner le titre de toutes les autres et de marquer leur place , 
afin qu'on eût une idée exacte de l'ensemble de cette singu- 
lière composition. 

Mais la partie la plus curieuse du Sic et non, celle qui lui 
donne son vrai caractère, c'est l'introduction , leprologus, où 
Abélard indique lui-même le but qu'il s'est proposé, et dé- 
couvre de loin en loin l'indépendance de ses vues. Il s'y ren- 
contre plus d'un germe, faible encore, que le temps a 
développé. 

i** Abélard commence par remarquer l'extrême difficulté de 
l'interprétation des textes sacrés , et il en énumère plusieurs 
raisons ; celle sur laquelle il insiste davantage , est le caractère 
particulier du langage des saintes écritures et même de la 
plupart des saints pères. Ce langage n'était pas destiné aux 
doctes; il a été fait pour les ignorants, et il en est d'autant 
mieux approprié aux besoins du peuple. A cette occasion Abé- 
lard prend vivement le parti de cette façon d'écrire et de 
parler, et, en manière d'apologie des saints pères, et paria 

Epistol. ad papam Innocentium. S. Bern. 0pp. tom. I. , pag. 65o. 
" De la prés. édit. , pag. 3 -160. 



cxcn INTRODUCTION. 

bouche de saint Augustin il adresse aux professeurs de son 

temps les conseils de la sagesse la plus ingénieuse et la plus 

hardie. 

2° La seconde difficulté d'une bonne interprétation est la 
corruption des textes, et la multiplicité des ouvrages apo- 
cryphes. Ici Abélard est encore plus en avant de son temps. Il 
n'hésite pas à déclarer que souvent — « on a mis parmi les livres 
« sacrés bien des ouvrages qui ne le sont pas , afin de leur donner 
« de l'autorité. ».... « Et dans les ouvrages authentiques, et qu'il 
«faut véritablement attribuer à l'esprit saint, beaucoup de 
« passages sont corrompus. » Il ne s'en tient point à cette asser- 
tion générale; il l'explique et il donne un assez bon nombre 
d'exemples décisifs. Or, « s'il en est ainsi dans le texte des saintes 
« écritures , à plus forte raison en est-il de même dans les ou- 
« vrages des pères. La source de ces altérations est l'ignorance 
« des copistes. Les églises primitives étaient composées de gentils 
« ignorants, et le copiste qui ne comprenait pas tel ou tel mot, 
« tel ou tel tour de phrase , croyait faire merveille en les chan- 
^ géant ; et pour corriger de .prétendues erreurs , il en introdui- 
« sait de véritables ^ . » 

3° Une condition essentielle d'une saine interprétation, est 
de rechercher si le passage de tel ou tel père , dont on s'autorise, 
n'a pas été rétracté par lui; par exemple, il y a beaucoup d'as- 
sertions de saint Augustin , sur lesquelles on pourrait être tenté 
de s'appuyer , si on ne connaissait pas ses Rétractations. 

4° Il y a dans les pères bien des choses qui se sentent de 
leur érudition profane, et qu'ils ont avancées sans y attacher 
une grande importance. 

5** Ils parlent quelquefois selon le sens apparent, et d'après 
les opinions reçues de la multitude à laquelle ils s'adressent. 

' Et ut errorem emendaret, fecit errorem. 



INTRODUCTION. cxcm 

6^ Leurs contradictions apparentes viennent souvent de la 
diversité du sens que les différents pères attachent quelquefois 
au même mot. 

7'' Quand les contradictions ne peuvent pas être résolues de 
cette manière, il faut s'en rapporter aux témoignages les plus 
accrédités; et pour les passages dont on ne peut pas se rendre 
compte , il faut les abandonner en se disant, non que tel père a 
tort, mais que le manuscrit dont on se sert est défectueux, ou 
telle autre raison qui note rien à l'autorité générale de ce père. 
8" Distinguer les écritures canoniques de l'Ancien et du Nou- 
veau Testament, où tout est nécessairement vrai , d'avec tous les 
autres écrits ecclésiastiques, qu'il faut consulter sans qu'on soit 
tenu de les suivre. Faire exception en faveur des apôtres, 
mais des apôtres seuls, et bien se garder encore de confondre 
les commentaires avec les textes. 

Ces dernières règles sont exposées par Abélard avec beau- 
coup de réserve et entourées d'une foule d'autorités. On voit 
qu'il redoute de passer pour un téméraire , et de paraître trop 
donner à la raison; aussi va-t-il jusqu'à recommander de 
porter dans l'interprétation sacrée l'esprit d'humilité et cette 
charité « qui croit tout, espère tout, supporte tout, et ne soup- 
« çonne pas aisément les défauts de ceux qu'elle aime. » Il 
faut avouer que, sous cet appareil de précautions et de cita- 
tions, la pensée d' Abélard fléchit au milieu de ce prologue, et 
le style avec la pensée ; mais l'un et l'autre se relèvent à la lin , 
quand Abélard arrive au but du Sic et non. Là il proclame hau- 
tement , que la vraie clef de la sagesse est le doute. « Haec quippe 
« prima sapientiae clavis definitur, assidua scilicet seu frequens 
« interrogatio — Dubitando enim ad inquisitionem venimus; 
« inquirendo veritatem percipimus^ » Il s'appuie sur Aristote. 

' De la prés. édit. , page i6. 



INTRODUCTION. 



bb 



cxciv INTRODUCTION. 

Il cite le témoignage de la Vérité elle-même, qui a dit : Cher- 
chez, et vous trouverez ; frappez , et on vous ouvrira. 11 invoque et 
présente à ses auditeurs l'exemple de Jésus-Christ lui-même, 
qui dès l'âge de douze ans s'asseyait parmi les docteurs, inter- 
rogeait, étudiait et faisait l'office d'écolier. C'est précisément, 
dit Abélard , parce que les saintes écritures sont inspirées qu'il 
faut s'efforcer davantage d'en pénétrer le sens caché. 

Il resterait à rechercher l'époque à laquelle a pu être 
composé le Sic et non. On voit par ]a lettre de Guillaume de 
Saint-Thierry qu'il parut dans le monde vers le même temps 
que les deux traités de théologie et de morale, et quelques 
autres ouvrages, par lesquels probablement il faut entendre 
YHexameron et surtout le commentaire sur les épîtres de 
saint Paul , commentaire évidemment écrit après V Introduction 
à la théologie, qui y est citée, et avant la Théologie morale, qui 
y est annoncée. Le Sic et non parut donc ou plutôt com- 
mença à être connu en même temps que ces différents ou- 
vrages; mais nous regardons comme assez vraisemblable qu'il 
aura été composé auparavant. En effet, il semble impliquer 
qu'on pose des questions après les avoir résolues. Il eût été aussi 
inutile pour Abélard que pour les autres de revenir sur des 
contradictions qu'il aurait déjà levées; et c'est un homme au 
début de la carrière, et non pas un athlète consommé , qui fait 
ainsi provision de passages et d'autorités. Par cette même 
raison , on pourrait penser que cet écrit est même antérieur 
au concile de Soissons; car on ne conçoit guère que notre 
auteur ait pu entreprendre un traité dogmatique de la Tri- 
nité, avant les études d'érudition et de critique que repré- 
sente le Sic et non. Nous inclinerions donc à le placer avant le 
concile de Soissons , c'est-à-dire avant 1121. Dans ce cas , il 
ne resterait que deux époques à choisir : ou , lorsqu'après les 



INTRODUCTION. rxcv 

malheurs qui résultèrent de sa liaison avec Héloise , retiré à 
Saint-Denis, Abélard donna dans un lieu voisin de cette 
abbaye ces leçons qui attirèrent tant d'auditeurs, lui firent 
tant d'ennemis, et frayèrent la voie à sa première condamna- 
tion ; c'est l'époque certaine de la publication du traité sur la Tri- 
nité ^ ; ou lorsque , avant de connaître Héloïse, à son retour de 
Laon , il commença à appliquer la dialectique à la théologie , et 
que , en possession de l'école du cloître , il faisait, comme il le dit 
lui-même, des leçons de philosophie et de théologie^, avec 
des succès incroyables, attestés par la lettre de Foulques^. 
Cette dernière hypothèse semble préférable, parce qu'il est 
difficile d'admettre aucune publication ni aucun enseigne- 
ment théologique régulier d' Abélard avant ce premier travail, 
en quelque sorte préparatoire. H y a une analogie frappante 
entre notre prologue et un opuscule du même auteur, inséré 
dans la collection de d' Amboise ^, contre un ignorant en dialec- 
tique, qui prétendait qu'elle était contraire à la théologie. 
Une grande partie des citations que renferme ce petit écrit sont 
celles dont se compose la première question du Sic et non : Quod 
fides humanis rationibus sit adstruenda? Aristote y est cité comme 
dans le prologue, avec le titre de Peripateticorumprinceps, presque 
à l'égal de Jésus-Christ. Sans doute on reconnaît dans ces deux 
écrits un homme qui se tient en garde contre les interprétations 
fâcheuses; mais son aventure de Laon, à l'occasion de son dé- 
but en théologie et de son commentaire sur Ezéchiel \ suffit 
à expliquer ces précautions ; et les écrits qu' Abélard a com- 
posés depuis sa première condamnation, entre le concile de 
Boissons et celui de Sens, contiennent des précautions bi-en 
autrement fortes et une apologie bien plus explicite. Le 

* Abael. opp., pag. 19 , 20. — ^ Ibid. pag. 9. — ' Ibid. , pag. 218. — * Ibid., 238-252. 
— * Ibid., pag. 9. 

bb. 



Doctrine 
théologique 



cxcvi INTRODUCTION. 

Sic et non serait donc de la même époque que ï Invectiva; 
ce serait le premier ouvrage théologique d'Abélard , ouvrage 
qui n'aurait pas été d'abord fort répandu dans le monde : 
ce qui explique la plainte tardive de Guillaume de Saint- 
Thierry; parce qu'il avait été composé pour les besoins per- 
sonnels du professeur, comme une compilation commode d'au- 
torités diverses, où il pouvait puiser dans l'occasion, et peut- 
être aussi comme un texte à son enseignement. Par tous ces 
motifs, et sans prétendre donner ces conjectures pour des 
démonstrations, il nous semble que le Sic et non peut être 
considéré comme l'ouvrage de théologie le plus ancien que 
nous possédions d'Abélard , et comme un monument précieux 
de la première application de sa méthode théologique. 

Maintenant à quelle théologie cette méthode l'a-t-elle con- 
d'Abéfard. cluit? Le Sic et tion ouvrait une voie périlleuse ; comment Abé- 
lard y a-t-il marché? A-t-il vraiment expliqué la foi chré- 
tienne, ou, comme Roscelin, a-t-il détruit ce qu'il entre- 
prenait d'expliquer? Ici les écrits d'Abélard et tous les mo- 
numents du XII*' siècle parlent assez haut. On sait qu Abé- 
lard, dès ses premiers pas dans la théologie, y rencontra le 
dogme de la Trinité, ce fondement de la foi chétienne, et 
qu'il y échoua comme avait fait avant lui Roscelin. On sait/ 
qu'en 1121, traduit à un nouveau concile de Soissons comme 
Roscelin l'avait été en 1092 à un concile du même nom, 
il y fut obligé de désavouer l'explication qu'il avait donnée 
du redoutable mystère; et que, malgré ses rétractations, 
ayant persévéré dans sa doctrinç, il fut vingt ans plus 
tard traduit à un autre concile, celui de Sens, condamné 
de nouveau et relégué dans la solitude. Le premier 
écrit sur la Trinité, qu'il fut contraint de brûler lui- 
même en 1121, n'a laissé aucune trace; mais les écrits 



[ 



INTRODUCTION. cxcvii 

condamnés au concile de Sens subsistent et sont imprimés. 
Ce sont, avec le Sic et non, Y Introductio ad theoîogiam et la 
Theologia christiana. Nous avons donc le corps du délit en 
quelque sorte , et l'acte d'accusation préparé par Guillaume 
de Saint - Thierry , dressé et soutenu par saint Bernard ; 
car saint Bernard a été pour Abélard ce que saint Anselme 
avait été pour Roscelin. «Habemus in Francia, dit saint Ber- 
« nard, novum de veteri magistro theologum qui ab ineunte 
« aetate sua in arte dialectica lusit et nunc in scripturis sanctis 

«insanit Et dum paratus est de omnibus reddere ra- 

« tionem , etiam quae sunt supra rationem , et contra ratio- 
« nem praesumit et contra lidem'.» En effet, quand on lit 
aujourd'hui les deux ouvrages incriminés, l'Introduction à 
la théologie et la Théologie chrétienne, on y trouve la dialec- 
tique, placée à la tête de la théologie , et l'esprit caché du no- 
minalisme y minant les bases du christianisme, au lieu de les 
attaquer directement. C'est là la seule différence qui sépare 
ici comme ailleurs le disciple du maître. Le principe fonda- 
mental du nominalisme est que .rien n'existe qui ne soit indi- 
viduel , c'est-à-dire un. Mais le mystère de la Trinité est bien 
difficile à concilier avec ce principe, et Roscelin n*avait pu 
se tirer de cette alternative : ou Dieu seul, qui est un, existe, 
et les trois prétendues personnes de la Trinité n'ont pas 
d'existence propre et ne sont que des points de vue de notre 
esprit, ou les trois personnes existent réellement, et alors 
ce sont trois réalités non - seulement distinctes pour l'es- 
prit, mais séparées entre elles et formant chacune une 

' Epistol. ad pap. Innocent. — 0pp. S. Bern. , tom. I , pag. 6A4, sqq. Guillaume de 
Saint-Thierry s'exprime de même {ihid. , tom. I, pag. 3oi), ainsi que Gautier de Mor- 
tagne (Dachery, Spicilegiiim ^ tom. III, pag. 52/1). Voyez aussi une lettre d'un anonyme 
dans le Thésaurus anecd. noviss. de Pez, tom. V, pag. 55 1- 



cxcvin INTRODUCTION, 

unité indépendante , et dans ce cas Tunité qui les comprend 
est une chimère. Abélard, qui part du même principe et qui 
est imbu du même esprit, rencontra la même alternative, et 
il y succomba également mais différemment. Roscelin avait 
sacrifié la réalité de l'unité de Dieu à la réalité des trois per- 
sonnes; Abélard paraît avoir sacrifié la réalité des trois per- 
sonnes à l'unité de Dieu. Il est certain, du moins, que les in- 
terprétations qu'il a données des trois personnes ont bien 
l'air de substituer des distinctions logiques à de véritables 
existences. Tantôt il compare les trois personnes de la Trinité 
aux divers termes d'un syllogisme^; tantôt à l'empreinte 
d'un cachet relativement à ce cachet lui-même, ou bien 
encore à la forme relativement à la matière^. Plus d'une fois 
il assimile les rapports des trois personnes entre elles au rap- 
port dialectique de l'espèce et du genre ^, analogie dont il 
résultait une subordination de rangs, une hiérarchie entre 
les trois personnes ^. Il aime à comparer la Trinité chrétienne 
à celle de Platon , et dans cette comparaison le Saint-Esprit 

' Introd., lib. II, pag. 1078. «Ideioa igitur est propositio quomodo conclusio, sed dif- 
« ferunt, etc. elc. » Theoïog. christ., lib. in, pag. 1281; lib, IV, pag. 1295. 

* Introd, lib. II, pag. 1081. Ibid., lib. IV, pag. i3o5 et iSiy. 
' Jgîrf.,lib.II,pag. io83. 

* S. Bern. opp., tom. XI , pag. 6A7 « Execranda illa de génère et specie non simililudo 

« sed dissimilitudo quoniam cum genus quidem et species quod ad se invicem sunl, 

«alterum superius, altéra inferior sit, Deus autem unus Absit ut huic acquiescamus 

« dicenti hoc esse filium ad patrem quod speciem ad genus , quod hominem ad animal , 
«<|uod aereum sigillum ad aes, quod aliquam potentiam ad potentiam.... Ibid., pag. 6A8. 
«Tenemus autem te docente ad hominis positionem poni animal, sed non e converso, 
« secundum regulam dialecticae tuae qua non quidem posito génère ponitur species , sed 
« posita specie ponitur genus. Cum ergo patrem ad genus , fdium ad speciem referas , 
«nonne id oratio similitudinis postulat ut similiter posito filio, patrem poni ostendas 
«et non converti : ut quomodo qui homo est, necessario animal est, sed non conver- 
«titur; ita quoque qui fdius est necessario pater sit, et aeque non convertatur? Sed con- 
« tradicit tibi in hoc catholica fides. » 



INTRODUCTION. cxcix 

est l'âme du mondée Mais, dans cet abaissement du Saint- 
Esprit , le dogme augustinien de la grâce devait nécessairement 
recevoir quelqu'échec; de sorte qu'à parler sincèrement, saint 
Bernard était assez fondé à lancer contre Abélard ces formi- 
dables paroles^ : « Cum de trinitate loquitur sapit Arium , cuni 
« de gratia sapit Pelagium , cum de persona Christi sapit 
« Nestorium. » On peut le dire aujourd'hui, si Roscelin 
était tri théiste , Abélard était sabellien. Car, encore une 
fois , dès qu'on admet que rien n'existe que ce qui est indi- 
viduel et un, ou la Trinité se résout en trois dieux, ou les 
trois personnes ne sont plus que ce que sont les genres et 
les espèces, c'est-à-dire des ressemblances mêlées de diffé- 
rences, c'est-à-dire des points de vue divers de la même chose, 
des conceptions distinctes de notre esprit, que le langage per- 
sonnifie. Le conceptualisme , en philosophie, donne le sabel- 
lianisme en théologie, et le conceptualisme n'est pas autre 
chose que le nominalisme dans son principe, moins ses consé- 
quences extrêmes qui en révèlent toute la portée^. 

Tel fut Pierre Abélard. Il est, avec saint Bernard, dans l'ordre Conclusion. 
intellectuel le plus grand personnage du xif siècle. Comme 
saint Bernard représente l'esprit conservateur et l'orthodoxie 
chrétienne, dans son admirable bon sens, sa profondeur sans 

' Introd., lib. II, pag. ioi5. Theol. christ., lib. I, pag. n86. S. Bernard, opp., ibid. 

' S. Bern. opp., tom. I, pag. i85, epistol. ad Guidonem de Castello. 

' Ce jugement est celui qu'a porté de la thcologie d' Abélard un de ses contempo- 
rains les plus éclairés , Othon de Freisingen , de Gestis Frid. , lib. I : u Sententiam vocum 
« seu nominum in naturali tenens facultate non caute theologiae admiscuit. Quare de 
« sancta theologia docens et scribens , très personas quas sancta ecclesia non vacua 
« nomina tantum, sed res distinctas suisque proprietatibus discretas hactenus et pie cre- 
« didit et fideliter docuit , nimis attenuans , non bonis usus exemplis , inter caetera dixit : 
(isicut eadem oratio est propositio, assumptio et conckisio , ila eadem essentia est 
a pater et filius et spiritus sanctus. » 



ce INTRODUCTION, 

subtilité , sa pathétique éloquence , mais aussi dans ses ombrages 
et dans ses limites parfois trop étroites, de même Abélard 
et son école représentent en quelque sorte le côté libéral et 
novateur du temps, avec ses promesses souvent trompeuses et 
le mélange inévitable de bien et de mal , de raison et d'extra- 
vagance. Il exerça sur son siècle une sorte de prestige. De 
1 108 à 1 i4o , il obtint dans l'enseignement des succès inouis 
jusqu'alors, et qui, s'ils n'étaient attestés par d'irrécusables 
témoins , ressembleraient à des inventions fabuleuses. Il avait 
trouvé à Paris deux écoles célèbres, celle du cloître et celle 
de Saint-Victor, et il en suscita une foule d'autres pour sou- 
tenir ou pour combattre son système, et c'est de là qu'est 
née l'Université de Paris. Malgré ses erreurs et les anathèmes 
de deux conciles, sa périlleuse mais féconde méthode est 
devenue la méthode universelle de la théologie scolastique. 
Les erreurs s'effacèrent, et la méthode resta, comme une 
conquête de l'esprit d'indépendance. Pierre le Lombard est 
le fondateur reconnu de la théologie scolastique ; or, Pierre 
le Lombard est un élève direct d' Abélard, et l'héritier si- 
non de sa doctrine , au moi^ns de sa méthode épurée et perfec- 
tionnée : le Sic et Non est l'antécédent du livre des Sentences ^ 
Voilà pour la théologie. En philosophie , l'école que fonda 
Abélard eut un succès presque universel par le moyen terme 
commode qu'elle avait l'air de présenter à toutes les opinions. 
Chose assez rare , la modération du conceptualisme fit sa for- 
tune. Toute son originalité consistait peut-être à ne pas aller 
jusqu'au bout de ses principes : cette retenu^ lui conquit les 
esprits prudents, et l'autorité de Boëce lui donna la foule. 
Il resta bien encore quelques nominalistes , mais sans aucun 
crédit; le réalisme se soutint honorablement; mais les es- 

^ Hist. litt., tom. XII , page 588. 



INTRODUCTION. cci 

prits les plus distingués passèrent sous les drapeaux d'Abé- 
lard. Le conceptualisme est en possession du sceptre des 
écoles, il joue le principal rôle dans le curieux et frappant 
tableau que Jean de Salisbury^ nous trace du mouvement 
des études et des luttes des écoles à Paris au milieu du xiV 
siècle. Jean de Salisbury, sans contredit le plus bel esprit de 
son temps, libre penseur, élégant écrivain, est un disciple 
fidèle d'Abélard^, et partout, dans le Policraticus ^ et dans 
le Metalogicus ^ il expose ouvertement son opinion sur les 
universaux, et cette opinion est celle d'Abélard, c'est-à-dire 
le conceptualisme. 

Ainsi finit la première éjDoque de la philosophie scolastique. 
Cette première époque s'est formée et développée sur le pro- 
blème antique de la nature des universaux, transmis par 
Boëce à l'Europe chrétienne. Les diverses solutions de ce 
problème ont fait toute la philosophie de ce temps et les 
trois systèmes qui la partagent, à savoir, le nominalisme, 
le réalisme et le conceptualisme; nous avons vu aussi com- 
ment ces trois systèmes philosophiques, dans leur applica- 
tion à la théologie , ont engendré autant de systèmes théolo- 
giques, dont chacun porte les caractères du principe qui l'a 

' Mort vers 1 180. Hist. littér., tome XIV, page 89. 

* Metalog., II, 10. Ibi ad pedes ejus prima artls hujus (la dialectique) rudimenla 
accepi, et pro modulo ingenioli mei, quidquid excidebal ab ore ejus, tota mentis avidi- 
tate excipiebam. 

' Policratic, lib. II, c. xviii. Quod (universale) forte facilius in intellectu quam in 
natura rerum poterit inveniri, in quo gênera et species, differentias, propria et acci- 
dentia, quae universaliter dicuntur, planum est invenire, cum in aclu rerum substantiam 
universalium quaerere exiguus fructus sit et labor infmitus , in mente vero uliliter el 
facillime reperiuntur.... 

* Metalog. II, 17. Alius sermones intuetur et ad illos detorquet quidquid alicubi 
de universalibus meminit scriptum. In bac autem opinions deprebensus est Peripate- 
ticus Palalinus Abaelardus noster, qui multos reliquit et adbuc quidem aliquos habel 
hujus sectatores. Amici mei sunt 

INTRCDDCTION. CC 



(XII INTRODUCTION. 

produit et qui le domine toujours. Et c'est ici qu'il faut se 
donner le spectacle de la puissance des principes. Un pro- 
blème, digne à peine, ce semble, d'occuper les rêveries des 
philosophes , donne naissance à divers systèmes de métaphy- 
sique. Ces systèmes troublent les écoles; mais d'abord ils ne 
troublent que les écoles. Bientôt de la métaphysique ils passent 
dans la religion , et de la religion dans l'état. Les voilà sur la 
scène de l'histoire ; ils interviennent dans les événements de ce 
monde , suscitent des conciles, occupent des rois. Un Guillaume 
le Conquérant est mis en mouvement par le clergé d'Angle- 
terre contre le nominaliste Roscelin, et Louis VII préside l'as- 
semblée où saint Bernard, le héros du siècle, porte la pa- 
role contre le conceptualiste Abélard , le maître d'Arnaud de 
BresQia. Encore n'est-ce là qu'un prélude. Laissez marcher le 
temps : le conceptualisme , qui pendant près de deux siècles a 
retenu dans son sein le nominalisme, le laisse échapper enfin, 
et cette nouvelle conséquence , ou plutôt cette conséquence re- 
nouvelée du même principe, trouvant des temps plus favora- 
bles, jette un bien autre éclat, soulève de bien autres tempêtes. 
Un autre Roscelin , Occam , en appliquant encore une fois le 
nominalisme à la théologie et par la théologie à la politique, 
fait échec au pape, met dans sa querelle un roi et un em- 
pereur, et s'abritant contre les foudres de Rome sous les 
ailes de l'aigle impériale , il peut dire avec un légitime or- 
gueil au chef du saint empire : « Défends-moi avec ton épée ; 
« moi, je te défendrai avec ma plume. Tu me défende gladio, 
« 3go te defendam calamo. » Abandonné par le roi de France, 
secouru par l'empereur d'Allemagne, l'indompté franciscain, 
échappé au cachot de Roger Bacon, meurt dans l'exil-à Mu- 
nich ; mais il a enseigné à Paris; et cette terre n'a jamais laissé 
périr aucun des germes qui lui ont été confiés. L'université de 



INTRODUCTION. ccm 

Paris embrasse la doctrine proscrite; le nominalisme victorieux 
répand l'esprit d'indépendance; cet esprit nouveau produit les 
conciles de Constance et de Bâle, où siègent les grands nomina- 
listes, Pierre d'Ailly, Jean Gerson, ces pères de l'église gallicane, 
sages réformateurs dont la voix n'est pas écoutée , et que rem- 
place bientôt cet autre nominaliste, qui s'appelle Luther. Il ne 
faut donc pas tant plaisanter avec la métaphysique ; car la mé- 
taphysique ce sont les principes premiers et derniers de toutes 
choses. La philosophie scolastique a donc aussi sa grandeur: 
elle mérite l'intérêt de l'histoire et par elle-même et par les évé- 
nements auxquels elle se lie ; et quelque chose de cet intérêt doit 
se réfléchir jusque sur son enfance, si obscure et si négligée. La 
première époque de la philosophie scolastique est une époque 
de barbarie à la fois et de lumière : c'est Charlemagne qui 
l'ouvre; ce sont les écoles carlovingiennes qui la remplissent; 
tout son trésor est l'Aristote de Boëce, tout son travail est la 
glose, et son résultat une première polémique où luttent déjà 
toutes les opinions. Abélard résume cette polémique et cou- 
ronne cette époque. A ce titre, il méritait d'être sérieusement 
étudié, et nous croyons avoir jeté quelques lumières nouvelles 
et sur l'école qu'il a fondée et sur celles qui l'ont précédé, à 
l'aide des manuscrits que nous avons retrouvés, et que la 
munificence nationale nous a permis de tirer de la poussière 
des bibliothèques et de livrer à l'étude des amis de la philo- 
sophie. 

V. Cousin. 

En Sorbonne, ce i"juin i836. 



SOMMAIRE DE L'INTRODUCTION. 



Description du manuscrit du Roi, n° 7493 viii 

Description du manuscrit de Saint-Germain, n° i3io x 

Description du manuscrit de Saint-Victor, n° 8/14 . xviii 

Plan de l'ouvrage renfermé dans le manuscrit de Saint-Victor xxiii 

Que cet ouvrage est probablement la dialectique d'Abélard xxviii 

Date probable de la composition -de ce traité de dialectique xxxi 

Des ouvrages d'Abélard jusqu'alors inconnus qu'indiquent nos manuscrits. ... xxxvi 

Que Roscelin a été le maître d'Abélard xl 

Qu'Abélard était très-ignorant en mathématiques XLiii 

Qu'il ne savait pas le grec XLiv 

Qu'Abélard ne connaissait tout au plus de Platon que le Timée dans la version 

de Chalcidius xlix 

Qu'Abélard ne connaissait d'Aristote que YOrganuin, et de YOrganumque les 

parties traduites par Boëce , l 

Que la philosophie scolastique est sortie d'une phrase de Porphyre traduite par 

Boëce - LVi 

Du problème de la nature des genres et des espèces , tel qu'il est posé dans la 

phrase de Porphyre lx 

Point de départ de la philosophie scolastique : opinion de Boëce sur le problème 

des espèces et des genres lxvi 

Opinion de Raban-Maur au ix' siècle lxxvi 

Opinion d'un anonyme du x" siècle lxxx 

Nominalisme de Roscelin lxxxvi 

Réalisme théologique de saint Anselme ci 

Réalisme plus scientifique de Guillaume de Champeaux ex 

Développements du réalisme : Odon de Cambray et Bernard de Chartres cxxiv 

Entreprise d'Abélard '. cxxx 

f. Polémique d'Abélard contre les deux écoles réaliste et nominaliste cxxxu 

Réfutation du réalisme ibid. 

Réfutation du nominalisme cl. 

II. Exposition du système d'Abélard clv 

Conceptualisme d'Abélard ibid. 

III. Application de la philosophie d'Abélard à la théologie clxxxiv 

Méthode théologique d'Abélard. Du Sic et Non, d'après les manuscrits de 

Saint-Michel et de Marmoutiers ibid. 

Doctrine théologique d'Abélard cxcvi 

Conclusion cxcix 



PETRI AB^LARDI 

SIC ET NON. 



PETRI AB^LARDI 

SIC ET NON. 



INCIPITi 

PROLOGUS PETRI AB^ELARDr 

IN SIC ET NON. 

Gum in tanta verborum multitudine nonnulla etiam sanctorum 
dicta non solum ab invicem diversa, verùm etiam invicem adversa 
videantur, non est temere de eis judicandum per cfuos mundus ipse 
judicandus est, sicut sciiptum est: Judicabunt sancti nationes; etite- 
rum : Sedebitis et vos judicantes; nec tamquam mendaces eos arguera 
aut tamquam erroneos contemnere praesumamus, quibus a domino 
dictum est : Qui vos audit, me audit; qui vos spernit, me spernit. Ad 
nostram itaque récurrentes imbecillitatem , nobis potius gratiam in ^ 
intelligendo déesse quam eis in scribendo defuisse credamus, quibus 
ab ipsa dictum est Veritate : Non enim vos estis qui loquimini, sed spi- 
ritus patris vestri qui loquitur in vobis. Quid itaque mirum si , absente 
nobis spiritu ipso , per quem ea et scripta sunt et dictata atque ipso 
quoque scriptoribus intimata , ipsorum nobis desit intelligentia , ad 
quam nos maxime pervenire impedit inusitatus locutionis modus ac 
plerumque earumdem vocum significatio diversa , cum modo in bac , 
modo in illa significatione vox eadem sit posita? Quippe, quemad- 
riiodum in sensu suo , ita et in verbis suis unusquisque abundat. Et 

^ Incipit deest in Turon. — * Turon. Abailardi. — ' Deest in in Godd. 



4 PETRI AB^LARDI 

cum juxta Tullium in omnibus identitas mater sit satietatis , id est 
fastidium generet, oportet in eadem quoque le verba ipsa vaiiare, 
nec omnia vulgaribus et communibus denudare verbis ; quœ , ut ait 
beatus Augustinus, ob hoc teguntur ne vilescant, et eo amplius sunt 
gratiora quo sunt majore studio investigata et difficilius conquisita. 
Saepe etiam , pro diversitate eorum quibus loquimur, verba commu- 
tari oportet; cum fréquenter eveniat ut verborum propria signifi- 
catio nonnuUis sit incognita aut minus usitata. Quibus quidem si 
ad doctrinam , ut oportet , loqui volumus , magis eorum usus quam 
proprietas sermonis aemulandus est, sicut et ipse grammaticae prin- 
ceps et locutionum instructor Priscianus edocet. Quod etiam diligen- 
tissimus ecclesiae doctor beatus attendens Augustinus, cum in quarto 
de doctrina christiana ecclesiasticum instrueret doctorem, omnia 
illum quae intelligentiam praepediunt eorum quibus loquitur, prae- 
terire admonet, et tam ornatum quam proprietatem sermonis con- 
temnere , si absque istis ad intelligentiam facilius poterit pervenire ; 
non curante^, inquit, illo qui docet quanta eloquentia doceat, sed quanta 
evidentia. Diligens appetiius aliquando negligit verba cultiora. Unde ait 
quidam, cum de tali génère elocutionis ageret, esse in ea quamdam diligentem 
negligentiam. Item : In bonis doctoribus tanta docendi cura sit ut verbum 
quod, nisi obscurum sit^ vel ambiguum , latinum esse non potest, vulgi 
autem more, sicut ^ dicitur, ut ambiguitas obscuritasque vitetur, non sic 
dicatur ut a doctis, sed potins ut ab indoctis dici solet. Si enim non piguit 
dicere interprètes nostros de sanguinibus ^, quoniam senserunt ad rem per- 
tinere ut eo loco pluraliter enuntietur hoc nomen, quod in latina lingua 
singulariter tantummodo dicitur; cur pietatis doctorem pigeât imperitis 
loquentem ossum potius quam os dicere, ne ista syllaba non ab eo quod 
sunt ossa, sed ab eo quod sunl ora intelligatur? Quid enim prodest lo- 
cutionis integritas quam non sequitur intellectus audientis, cum loquendi 
omnino nulla sit causa, si quod loquimur non intelligunt propter quos, ut 
intelligant, loquimur? Qui ergo docet vitabii verba omnia quœ non docent. 

^ 0pp. Aug., tom. III, P. 1, pag. 78 , éd. Paris. — ^ Sit deest in Codd. — ' Edit. sic. — 
* Psalm. XV, k : Non congregabo conventicula eorum (h sanguinibus. 



SIC ET NON. 5 

ïtem^: Insignis est indolis in verbis verum amare , non verba. Quid enim 
prodest clavis aurea, si aperire quod volumus non potcst? aut quid obesl 
lignea, si hoc potest, quando îiihil quœrimus nisi patere quod clausum est? 

Quam sit etiam temerarium de sensu et intelligentia alteiiiis alte- 
rum judicare, quis non videat? cum soli Deo corda et cogitationes, 
pateant, qui nos etiam ab hac praesumptione revocans ait : Nolite 
judicare et nonjudicabimini. Et Apostolus : Nolite, inquit, ante tempus 
judicare, quoadusque veniat qui illuminabit abscondita tenebrarum et ma- 
nifestabit consilia cordium; ac si aperte dicat : lili committite in talibus 
judicium, qui solus omnia novit atque ipsarum quoque discretoi- 
est cogitalionum, juxta quod et de occultis ejus mysteriis tropice 
super agno paschali scriptum est : Si quid residuum fuerit , igni combu- 
ratur; lioc est, si quid est divinorum mysteriorum quod intelligeie 
non valeamus, spiritui per quem scripta sunt docenda jiotius reser- 
vemus quam temere definiamus. 

Illud quoque diligenter attendi convenit ne , dum aliqua nobis ex 
dictis sanctorum objiciuntur, tamquam sint opposita vel a veritate 
aliéna , falsa tituli inscriptione vel scripturge ipsius corruptione falla- 
mur. Pleraque enim apocrypha ex sanctorum nominibus , ut auctori- 
tatem baberent, intitulata sunt; et nonnulla, in ipsis etiam divi- 
norum testamentorum scriptis, scriptorum vitio corrupta sunt. Unde 
lidelissimus doctor et veracissimus interpres Hieronymus , ad Lœtam 
de institutione filiae scribens, nos praemunivit dicens^ : Caveat omnia 
apocrypha; et si quando ea non ad dogmatum veritatem , sed ad signorum 
reverentiam légère voluerit, sciât non eorum esse quorum titulis prœno- 
laniar, et grandis esse prudentiœ aurum in luto quœrere. Idem super lxxvii 
psalmum, de inscriptione tituli ejus quae est hujusmodi intellectus^, 
Asapb, ait : Sic scriptum est secundum Matthœum : cum locutus fuisset 
Dominus in parabolis et illi non intelligerent, etc.; hœc, inquit, /<7c/a sunt 
ut adimplerelur quod scriptum est per Isaiam prophetam : aperiam in 
parabolis os meum. Evangelia usque hodie ita habent. Hoc Isaias non 

' 0pp. Aug., ibid., pag. 7/i. — '^ 0pp. Hieron., lom. IV, pag. SgG, edit. Bened. — 
' Sic Codd. ? 



6 PETRI AB.î:LARDI 

loqaitur, sed Asaph, Item ergo simpliciter di camus quomodo scriptum 
est in Matthaeo et Johanne, quod Dôminus hora sexta crucifixus sit, 
in Marco quidem hora tertia; error scriptorum fuit, et in Marco 
hora sexta scriptum fuit ; sed multi pro episimo graeco ^ putaverunt 
esse gamma, sicut ibi error fuit scriptorum, ut pro Asaph Isaiam scri- 
berent. Scimus enim quod plurima ecclesia de imperitis congregata 
fuit gentiiibus. Gum ergo legerent in evangelio : Ut impleretur quod 
scriptum est in Asaph propheta, iile qui primus scribebat evangeiium 
cœpit dicere : quis est iste Asaph propheta? Non erat notus in populo. 
Et quid fecit? ut errorem emendaret, fecit errorem. Dicamus aiiquid 
simile in aiio loco secundum Matthaeum : Retulit, inquit, XXX ar- 
genteos, pretium appretiati, sicut scriptum est in Jeremia propheta^. In 
Jeremia hoc penitus invenire non possumus , sed in Zacharia ; evi- 
dens^ ergo quod hic error fuit sicut ibi. Quid itaque mirum, si in 
evangeiiis quoque nonnulla per ignorantiam scriptorum corrupta 
fuerint, ita et in scriptis posteriorum patrum, quae longe minoris 
sunt auctoritatis , nonnunquam eveniat.^ Si itaque aiiquid a veritate 
absonum in scriptis sanctorum forte videatur, pium est et humi- 
litati congruum atque caritati debitum, quae omnia crédit, omnia 
sperat, omnia suffert, nec facile vitia eorum quos amplectitur 
suspicatur, ut aut eum scripturae locum non fideliter interpretatum 
aut corruptum esse credamus, aut nos eum non intelligere profi- 
teamur. 

Nec illud minus attendendum esse arbitror, utrum talia sint ea 
quae de scriptis sanctorum proferuntur, quae vel ab ipsis alibi re- 
tractata sint et, cognita postmodo veritate, correcta, sicut in plerisque 
beatus Augustinus egit; aut magis secundum aliorum opinionem 
quam secundum propriam dixerunt sententiam, sicut in plerisque 
Ecclesiastes dissonas diversorum inducit sententias , imo et tumul- 
tuanter * interpretatur , beato in quarto Dialogorum attestante Gre- 
gorio ; aut sub quœstione potius reliquerunt ea inquirentes quam 

* Codd. episomo. Episimus, vox infimœ latinitatis, ex graeco i'nicvifJiov, signum. — 
* Matth. XXVII, 9. — ' Codd. videns. — * Codd. tumultuator. 



SIC ET NON. 7 

certa definitione terminarent , sicut praedictus venerabilis doctor 
Augustinus in editione super Genesim ad litteram se fecisse perhi- 
bet, ita de hoc opère in primo Retractationum suarum commemorans : 
in quo opère, inquit, plura quœsita^ quam inventa sunt^, pauciora Jir- 
mata, cœtera vero ita posita velut adhuc requirenda sint. Beato quoqiie 
attestante Hieronymo , novimus morem catholicorum doctorum hune 
fuisse ut in commentariis suis nonnullas hœreticorum pessimas 
opiniones suis insérèrent sententiis, dum, perfectioni studentes, nulla 
antiquorum praeteriisse gauderent. Unde rescribens ad beatum Au- 
gustinum, cum ab eo super expositionem cujusdam loci epistolae 
Pauli ad Gaiatas pulsaretur, ait^ : Quœris car dixerim in commentariis 
epistolœ Pauli ad Gaiatas, Paulum id in Petro non potuisse reprehen- 
dere quod ipse fecerat. Et asseris simulationem apostolicam non fuisse 
dispensatoriam , sed veram, et me non debere docere mendacium. 
Respondeo debere prudentiam tuam prœfatiunculœ commentariorum 
meorum meminisse , quod, imbecillitatem virium mearum sentiens, Ori- 
genis commentarios sum secutus. Scripsit enim ille vir in epistolam Pauli 
ad Gaiatas volumina; prœtermitto Didymum videntem meum'' et Apolli- 
narem Laodicenum de ecclesia nuper egressum et Alexandrum veterem 
hœreticum , qui et ipsi nonnullos super hac re commentarios reliquerunt. 
Legi hœc omnia, et in mentem meam plurima coacervans, accito notario, 
vel mea vel aliéna dictavi. Item : Eruditionis tuœ fuerat quœrere utrum 
ea quœ scripsimus haberentur in Grœcis; ut, si illi non dixissent, tune 
meam proprie sententiam condemnarem, prœsertim cum libens^ in prœfa- 
tione confessus sim Origenis commentarios me esse secutum , et vel mea 
vel aliéna dictasse, ut lectoris arbitrio derelinqiierem utrum probanda 
essent an improbanda. Sic et beatum Hilarium et nonnullos sanctos 
multa ex ipsius Origenis vel aliorum errantium scriptis interseruisse 
sententiis non ambigimus , opinionem nobis aliorum potius praesen- 
tantes quam sententiam proferentes; quod tamen non tam per 

' 0pp. Aug., tom. 1, pag. 28. Turon. requisita. — ^ Turon. quam inventa sunt, et eorum 
quœ inventa sunt p. — ' Tom. IV, pag. 618. — * Sic Codd. Vid. not. edit. Bened. — 
' Abrinc. et Edit. libère. 



8 PETRI ABiELARDl 

ipsos nobis quam per alios postmodo innotuit. Unde et praedictus 
doctor Hieronymus ad Vigilantiuni J3resbyterum , cum se excusaret 
quod Origenis dicta nonnunquam vel poneret vel transferret : Si 
hoc, inquit, crimen est, argaatur confessor Hilarius qui psalmorum 
interpretalionem et home lias in Job ex libris ejus transtulit^. Ubi qui- 
dem cum nonnulla reperiremus a veritate dissona vel aliorum sanc- 
torum dictis contraria, Origeni potius quam Ililario sunt imputanda, 
licet ipse hoc Hilarius non distinguât quale est illud statim quod 
primum psalmum de capite^ non esse intelligendum adstruere ni- 
titur, sed generaliter de quolibet alio justo esse accipiendum. Quod 
et ipse Hieronymus in quadam expositione quorumdam psalmo- 
rum, Origenem similiter prosecutus, posuit. Ipsum quoque fortasse 
Origenem, ipso attestante, non ambigendum est nonnulla magnis 
erroribus implicita juxta opinionem aliorum protulisse. Unde et 
Hieronymus ad Avitum scribendo presbyterum, multipliées colligens 
errores quos Origenes in libris suis péri arcon^ posuit, de ipso ita 
locutus est Origene : Post tam nefandam disputationem quœ lectoris ani- 
mum vulneravit, hœc , inquit, juxta nostram sententiam non sunt dog- 
mata, sed quœsita tantum atque projecta , ne penitus intacta videantar. 
Sic et ipse supra Hieronymus dixit sua vel aliéna saepe dictasse , ut 
lectoris arbitrio derelinqueret utrum probanda essent an impro- 
banda. Beatus quoque Augustinus, pleraque ex operibus suis retrac- 
tando ac corrigendo, multa se ibi ex opinione magis aliorum quam ex 
propria posuisse sententia profitetur. Nonnulla etiam in Evangelio 
juxta opinionem hominum magis quam secundum veritatem rerum 
dici videntur ; veluti cum Joseph pater Christi a matre quoque ipsius 
domini, juxta opinionem et morem vulgi , appellatur, ita quidem di- 
cente : Ego et pater tuus dolentes quœrebamus te''. Et juxta quod as- 
pectu percipitur, modo cœlum stellatum dicimus, modo non; modo 
solem calidum , modo vero minime , vol modo lunam plus vel minus 

' 0pp. Hieron., tom. IV, pag. 276. — ^ Vro Jilio Dei, ut docet Hilarius, in primum 
psalm., pag. 1 4 , et in sec. psalm., pag. 28 , Ed. Paris. — ' Sic G)dd. TneÀ àp^y. — * Haec ab 
Et juxta usque ad Samuel quoque desunt in Turon. 



SIC ET NON. 9 

liicere, modo etiam penitus non lucere, cum tamen œqualiter haec 
semper in perpetuum maneant quas non nobis aequaliter semper 
apparent. Et Apostolus , in plerisque dicta derogantium sibi secutus , 
aliter de se ipso quam sentiat esse , non veretur profiteri ; quale est 
illud : Nos stulti propter Christum, vos autem prudentes in Christo. Idem 
etiam apostolus Melcbisedech sine pâtre et matre et sine genealo- 
gia dicit , nec initium dierum aut finem habere ; quia hoc scilicet 
nostram notitiam latet quod scriptura non docet, non quod ita rei 
veritas sese habeat. Samuel quoque in phantasmate apparuisse Py- 
tlionissae dicitur, non tam secundum veritatem quam secundum 
rei similitudinem , quae intuentibus falsam gignebat opinionem. 
Ut enim beatus meminit Augustinus , pliantasma illud Samuel appel- 
latum est, quia similitudinem Samuelis exliibebat , sicut et aliquis 
in somnis se Romam vidisse dicit, quia similitudinem ejus mente 
concepit. 

Poeticae quoque seu philosopbicae scripturœ pleraque ita juxta opi- 
nionem loquuntur quasi in veritate consistant , quae tamen a veritate 
penitus discrepare liquet. Unde est illud ovidianum : 

Fertilior seges est alienis semper in agris , 
Vicinumque pecus grandius uber habet '. 

Boetius quoque in quarto Topicorum accidens et substantiam 
duo prima rerum gênera cum dixerit, ad opinionem potius quam 
ad veritatem aspexit. Quod vero philosophi quoque pleraque juxta opi- 
nionem aliorum magis quam juxta suam proférant sententiam , Tul- 
lius, lib. II de Officiis, bis verbis manifeste profitetur : Justitia cum sine 
prudentia satis habeat auctoritatis , prudentia sine justitia nihil valet ad 
faciendam fidem. Quo enim quisque versutior et callidior , hocinvidiosior 
et suspeclior, detracta opinione probitatis. ^ Quamobrem intelligentiœ jus- 
titia conjuncta quantum volet habebit ad faciendam fidem virium. Justitia 
sine prudentia multum poterit; sine justitia ml valebit prudentia. Sed ne 

' Ovid., Art. Am., Hb. I, v. 35o. — ^ Haec a Quamobrem usque ad Qaid itaque mirum 
desunt in Turon. 

SIC ET NON. 3 



10 PETRI AB^LARDI 

qais sit admiratus car, quod inter omnes philosophos constet a meque ipso 
disputatum sœpe sit , qui unam habet omnes habere virtutes , nunc ita se- 
jungam, quasi possit quisquam, cum non idem priidens sit, justus esse : 
alia est illa cum veritas ipsa limatur in disputatione , alia cum ad omnes 
accommodatur oratio. Quamobrem, ut valgus, ita nos loquimur, ut alios 
fortes, alios bonos viros, alios prudentes esse dicamus; popularibus enim 
verbis est agendum et usitatis cum loquimur. Quotidiani denique ser- 
monis usus est juxta judicium corporalium sensuum , pleraque 
dici aliter quam in re consistât. Cum enim nulius in toto mundo 
vacuus omnino sit locus, qui non vei aère vei aiiquo corpore re- 
pleatur, vacuam tamen prorsus arcam esse dicimus in qua niliil 
esse visu percipimus. Qui res juxta ocuiorum aspectus judicat, 
modo cœlum steliatum dicit, modo non, et modo solem calidum, 
modo vero minime , vei modo lunam plus vei minus lucere , modo 
etiam penitus non lucere , cum tamen aequaliter haec semper in re 
permaneant quae non nobis aequaliter semper apparent. Quid itaque 
mirum si a sanctis quoque patribus nonnulla ex opinione magis 
quam ex veritate nonnunquam prolata sint aut etiam scripta ? Dili- 
genter et illud discutiendum est , cum de eodem diversa dicuntur, 
quid ad praecepti discoarctationem \ quid ad indulgentiœ remissio- 
nem vei ad perfectionis exhortationem intendatur, ut secundum in- 
tentionum diversitatem adversitatis quaeramus remedium; si vero 
prœceptio est , utrum generalis an particularis , id est, an ad omnes 
communiter an ad aliquos specialiter directa. Distinguenda quoque 
tempora sunt et dispensationum causse , quia saepe quod uno tem- 
pore est concessum , alio reperitur prohibitum ; et quod ad rigo- 
rem saepius praecipitur, ex dispensatione nonnunquam temperatur. 
Haec autem in institutionibus ecclesiasticorum decretorum vei ca- 
nonum distingui maxime necesse est. Facilis autem plerumque 
controversiarum solutio reperietur, si eadem verba in diversis 
significationibus a diversis auctoribus posita defendere poterimus. 
His omnibus praedictis modis solvere controversias inscriptis sanc- 

' Sic Abrinc. ; coarctationem Turon. 



SIC ET NON. 11 

torum diiigens lector attentabit. Quod si lorte adeo maniiesta sit 
conti oversia , ut nuila possit absoivi i ationc , conferendae suiit aiicto- 
ritates, et quae potioris est testimonii et majoris confirmationis, po- 
tissimum retinenda. Unde illud est Isidoii ad Massionem episcopum : 
In fine autem epistolœ hoc adducendumpiitavi ut, quotiescumque in ges~ 
tis conciliorum discors sententia invenitur, illius tenealur magis sententia 
cujus antiquior aut potior extat auctoritas. Constat vcro^ et prophetas 
ipsos quandoque prophetia; gratia caïuisse , et nonnulla ex iisu pi o- 
phetandi , cum se spiritum prophétise habere crederent , per spiri- 
tum suum lalsa protulisse; et hoc eis ad humilitatis custodiam per- 
missum esse , ut sic videlicet vei ius cognoscei eut quales per spiritum 
Dei et quales per suum existèrent , et se eum qui mentiri vel falli 
nescit ex dono habere, cum haberent. Qui etiam^, cum haberent^, 
sicut non omnia uni confert dona , ita nec de omnibus mentem ejus 
quem replet, illuminât, sed modo hoc, modo illud révélât, et cum 
unum aperit, alterum occultât. Quod quidem beatus Gregorius , in 
prima super Ezechielem homelia, manifestis déclarât exemplis, 
ipsum etiam apostolorum principem, qui tôt divinœ gratiœ donis et 
miraculis coruscabat , praeter illam quoque specialeln a domino pro- 
missam sancti spiritus effusionem , qui ejus discipulos omnem do- 
ceret veritatem, lapsum in ^ errorem de circumcisionis adhuc et 
quorumdam antiquorum rituum observantia , cum a coapostolo suo 
Paulo graviter atque salubriter publiée correctus esset , a perniciosa 
simulatione desistere non puduit. Quid itaque mirum, cum ipsos 
etiam prophetas et apostolos ab errore non penitus fuisse constat 
alienos , si in tam multiplici sanctorum patrum scriptura nonnulla 
propter suprapositam causam erronée prolata seu scripta videan- 
tur? Sed nec tamquam mendacii reos argui sanctos convenit, si 
nonnulla quandoque aliter quam se rei veritas habeat , arbitrantes , 
non per duplicitatem , sed per ignorantiam dicant; nec praesumptioni 
vel peccato imputandum est quidquid ex caritate ad aliquam œdifica- 
tionem dicitur, cum apud dominum omnia discuti juxta intentio- 

' Abrinc. quippe. — * Abrinc. est. — ' Turon. habent. — " In deest in Codd. 

2. 



12 PETRI AByELARDI 

nem constet, sicut scriptum est : Si oculus tuusfuerit simplex, iotum 
corpus tuum lucidum erit. Unde et illud est beati Aiigustini de eccle- 
siastica disciplina tractantis : Habe , inquit , càritatem , et Jac quod 
vis. Item super epistoiam Johannis : Qui non habent càritatem , non 
sunt ex Deo; quidquid vis , habe; hoc solum nisi habeas , nihil tibi pro- 
dest; alia si non habeas , hoc habe , et implesti legem. Item : Semel ergo 
brève prœceptum tibi prœcipitur: dilige, et quod vis fac. Item, de doc- 
trina christiana, libro primo : Quisquis^, inquit, divinas scripturas vet 
quamlibet earum partent iniellexisse sibi videtur, iia ut eo intellectu 
non œdijicet isiam geminam càritatem Dei et proximi, nondum intellexit. 
Quisquis vero talem inde sententiam dixerit ut huic œdijicandœ caritati 
sit utilis, nec tamen hoc dixerit quod ille quem legit eo loco sensisse pro- 
batur, non perniciose fallitur, nec omnino mentitur. Inest quippe in men- 
tiente voluntas falsa dicendi. Idem contra mendacium ^ : Mendacium 
est falsa significatio cum voluntate fallendi. Idem in Enchiridio ^ , 
cap. XXIII : Nemo sane mentiens judicandus est qui dicitfalsum quod putat 
verum; quoniam, quantum in ipso est, non fallit ipse, sed fallitur. Non * 
itaque mendacii, sed aliquando temeritatis arguendus est qui falsa incautius 
crédita pro veris habet. Potius e contrario ille mentitur, qui dixit verum 
quod putat falsum ^, quantum ad animum ejus attinet, quia non quod sentit, 
hoc dicit; non verum dicit, quamvis verum inveniatur quod dicit, nec ullo 
modo liber est a mendacio qui ore nesciens verum loquitur, sciensautem vo- 
luntate mentitur. Item : Omnis qui mentitur, contra id quod animo sentit 
loquitur, voluntate fallendi. Idem super Evangelia, iib. W: Jacob autem 
quod matre fecit auctore , ut patrem fallere videretur, si diligenter atten- 
datur, non est mendacium, sed mysterium. Verax enim significatio nuilo 
modo mendacium recte potest dici. Mendacium quippe boc loco 
spiritualis doctor non nisi peccatum accipit, quod magis juxta in- 
tentionem loquentis quam secundum qualitatem locutionis. Do- 
minus, qui cordis et renum probator est, compensât, non tam ea quœ 

' Op. Aug., tom. III, P. 1, pag. 17. — ' Rid., tom. VI, pag. 464- — ' Ihid., tom. VI, 
pag. 202 . — * Haec a l^on itaque ad Potius e contrario desunt in Turon. •— * Haec a quantum 
ad Mendacium quippe hoc loco sp. desunt in Turon. — * Tom. VI, p. 46 1. 



SIC ET NON. 15 

fiunt qiiam quo animo fiunt attendens. A quo quidem immunis 
est, quisquis prout existimat sincère ac non fraudulenter neque 
per duplicitatem loquitur, juxta quod scriptum est : Qui ambulai 
simpUciter, ambulat confidenter. Alioquin et apostolus Paulus men- 
dacii aiguendus esset qui existimationem suam magis quam veri- 
tatem rei secutus , scribens ad Romanos \ ait : Hoc igitur cum con- 
summavero , et assignavero fructum hune , profieiscar per vos in Hispa- 
niam. Aliud itaque estmentiri, aliud itaque est errare loquentem, 
et a veritate in verbis per errorem, non per malitiam, recedere. 
Quod si forte sanctis ipsis , ut diximus , accidere Deus permittat , 
in liis quidem qui nullum fidei detrimentum habent , nec id etiam 
illis infructuose accidit, quibus omnia cooperantur in bonum ; boc 
et ipsi ecclesiastici doctores diligenter attendentes et nonnulla in 
suis operibus corrigenda esse credentes , posteris suis emendandi 
vel non sequendi licentiam concesserunt , si qua illis retractare et 
corrigere non licuit. Unde et supra nominatus doctor Augustinus 
Retraetationum libr. ^ : Scriptum est, inquit, ex multiloquis non effu- 
gere peccatum. Item apostolus Jacobus : Sit, inquit, omnis homo velox 
ad audiendum , tardus ad loqnendum^. Item : In multis offendimus omnes. 
Si quis in verbo non offendit, hic perfectus est vir^. Ego mihi hanc per- 
fectionem nec nunc arroge, cum sim senex ; quanto minus cum juvenis 
cœpi scribere? Idem, in prologo libr. III, de trinitate : Noli meis litte- 
ris quasi scripturis canonicis inservire; sed in illis, quod non credebas , 
cum inveneris, constanter crede. In istis autem, quod certum non habebas, 
nisi certum intellexeris , noli firmiter retinere. Idem, ad Vincentium S 
libr. II : Negare non possum nec debeo, sicut in ipsis moribus, ita multa 
esse in tam multis opusculis meis quœ possunt justo judicio et nulla teme- 
ritate culpari. Item , in epistola ad Vincentium Victorem : Noli, frater, 
contra divina tam clara. testimonia colligere velle calumnias ex episco- 
porum scriptis, sive nostrorum sive Hilarii sive Cypriani et Agrippini; 
quia hoc genus litterarum ab auctoritate canonis distinguendum est. 

' XV, 28. — * Epist. cath. Jacob., i, 19. — ' Ibid., m, 2. — * 0pp. Aug., tom. I, 
pag. 2. 



14 PETRI ABiELARDI 

Non enim sie leguntur, tanqaam ita ex eis tcstimomum proferatur, ut 
contra sentire non liceat, sicubi forte aliter sapaerint quam veritas pos- 
tulat. Idem, ad Fortunatianum : Neque quorumlibet disputationes, quam- 
vis catholicoram et laadatorum hominum velat scripturas canonicas ha- 
bere debemus , ut nobis non liceat, salva honorificentia quœ illis debetar 
hominibus, aliquid in eorum scriptis improbare atque respuere, si forte 
invenerimus quod aliter senserunt quam veritas habet. Talis ego sum in 
scriptis aliorum quales volo esse lectores meos in meis. Idem, contra 
Faustum, iib. I, cap. xi^ : Paulum aliquando errasse et proficiendo mu- 
tasse sententiam , absit ut dicamas. De his enim libris dici potest ali- 
quid eos habere non consonum , qui non prœcipiendi auctoritate, sed 
proficiendi exercitatione scribuntur a nobis. Item : Nos eorum ^ sumus 
quibus idem dicit apostolus : et si quid aliter sapitis , id quoque nobis 
Deus revelabit. Quod genus litterarum non cum credendi necessi- 
tate , sed cum judicandi libertate legendum est. 

Cui tamen ne intercluderetur iocus, et adimeretur posteris ad 
quaestiones difficiles tractandas atque versandas linguae et stili salu- 
berrimus labor, distincta est a posteriorum libris excellentia canonicae 
auctoritatis veteris et novi testamenti. Ibi si quid veluti absurdum 
moverit ^, non licet dicere : auctor liujus libri non tenuit veritatem ; 
sed aut codex mendosus est, aut interpres erravit, aut tu non intel- 
ligis. In opusculis autem posteriorum quae libris innumerabilibus 
continentur , si qua forte propterea putantur a vero dissentire quia 
non ut dicta sunt intelliguntur , tamen liberum habet ibi lector 
auditorve judicium quod vel approbet quod placuerit, vel im- 
probet quod offenderit, et ideo cuncta hujusmodi, nisi vel certa 
ratione vel canonica auctoritate defendatur, ut demonstretur sive 
omnino ita esse sive fieri potuisse quod vel ibi disputatum est vel 
narratum ; si cui displicuerit , aut credere noluerit , non reprehen- 
ditur. Scripturas itaque canonicas veteris et novi testamenti dicit 
instrumenta in quibus a veritate aliquid dissentire haereticum est 

' Tom. Viri, pag. 222. — ^ Edit. eorum. Codd. enim. — ' Sic Codd. Sub. quis, aut leg. 
invertis aut noveris. 



SIC ET NON. 15 

profitent De quibus quidem scripturis, idem in epistola quartaad 
Hieronymum ita meminit : In expositione qnoqne epistolœ Pauli apos- 
toli ad Galatas invenimus qiioddam quod nos multum mordeat. Si enim 
ad scripturas sanctas admissa fuerint vel officiosa mendacia , quid in eis 
remanebit auctoritatis? quœ tandem de scripturis illis sententiaproferetur? 
cuj us pondère contentiosa falsitatis obteretur improbitas? Idem ad eum- 
dem de eisdem scripturis : Mihi videtur exitiosissime credi aliquid in 
sacris libris esse mendacium, idest eos homines , per quos nobis illa scrip- 
tura ministrata est atque ^ conscripta , aliquid in suis libris fuisse men- 
titos. Admisso enim semel in tantum auctoritatis fastigium officiosa 
mendacio aliquo, nulla illorum librorum particula remanebit quœ non, 
ut cuique videbitur, vel ad mores dijfficilis vel ad fidem incredibilis , 
eadem pemiciosissima ad mentis auctoiis consilium officiumque refe- 
ratur. Beatus quoque Hieronymus , cum inter ecclesiasticos doctores 
quosdam caeteris anteferret , ita nobis legendos esse consuliiit , ut eos 
magis dijudicemus quam sequamur. Unde est illud ejus consilium ad 
Laetam de institutione fdiae : Cypriani, inquit , opuscula semper in 
manu teneat ; Athanasii opuscula et Hilarii librum inoffenso currat pede ; 
illorum tractatibus, illorum ingeniis delectetur quorum pietas fidei non 
vacillât; cœteros sic légat ut magis dijudicet quam sequatur^. Idem, in 
psalmo Lxxxvi , quasi auctoritatem his omnibus penitus auferens , 
ait : Dominus narrabit in scriptura populorum et principum horum qui 
fuerant in ea. Non dixit qui sunt in ea , sed qui fuerunt. Populorum 
non suj/icit , sed etiam principum dicit ; et quorum principum? Qui fue- 
runt. Videte ergo quomodo scriptura sancta sacramentis plena est, Legi- 
mus Apostolum dicentem : an experimentum ejus quœritis qui in me lo- 
quitur Christm ? Quod Paulus loquitur, Christus loquitur : qui enim vos 
recipit, me recipit. In scripturis principum , m scriptura populorum quœ 
est scripta populis omnibus. Videte quid dicat : qui fuerunt , non qui 
sunt; ut, exceptis apostolis, quodcumque aliud postea dicatur, abscin- 
datur, non habeat postea auctoritatem. Quamvis ergo sanctus sit aliquis 

' Sic Codd. Post dicit supplendus videtur Augustinus qui infra laudatur. — ^ Turon. 
atque aliquando consc. — ' Haec ab Idem ad His autem preelibatis désuni in Turon. 



16 PETRI AB.ELARDI 

post apostolos , quamvis disertus sit, non habeat aactoritatem. Idem, 
ad Vigilantium : Quisquis multoram iractatomm opuscula legit, débet 
esse sicut probatus nummalarius , ut si quis nummus adulterinus est et 
figuram Cœsaris non habet nec signatas moneta publica, reprobetar; 
qui autem Christi faciem claro prœfert lumine, in cordis marsupio re- 
condatur. Non enim praejudicata doctoris opinio , sed doctrinae ratio 
ponderanda est, sicut scriptum est : Omnia probate: quod bonnm est 
tenete. Hoc tamen de commentatoribus dictum est , non de canoni- 
cis scripturis, quibus indubitatam fidem convenit adhibere. Idem 
ad Paulinum de sanctis doctoribus, in ea^ : Bonus homo de bono 
cordis thesauro. Taceo de cœteris vel defunctis vel adhuc viventibus, 
super quibus in utramque partent post nos judicabunt alii. 

His autem ^ praelibatis , placet, ut instituimus, diversa sanctorum 
Patrum dicta coliigere , quando ^ occurrerint memoriae , aliquam ^ ex 
dissonantia quam habere videntur, quaestionem contrahentia ^, quae 
teneros lectores ad maximum inquirendae veritatis exercitium ^ pro- 
vocent et acutiores ex inquisitione ^ reddant. Haec quippe prima ® sa- 
pientiae clavis definitur : assidua sciiicet seu frequens interrogatio ; 
ad quam quidem toto desiderio arripiendam ^ philosophus iile om- 
nium perspicacissimus Aristoteles in prsedicamento ad aliquid, studio- 
sos ^^ adhortatur, dicens : Portasse autem difficile est de hujusmodi rébus 
confidenter declarare nisi pertractatœ sint sœpe ". Dubitare autem de sin- 
gulis non erit inutile ^^. Dubitando enim^' ad inquisitionem venimus; 
inquirendo veritatem percipimus; juxta quod et Veritas ipsa : Quœrite, 
inquit, et invenietis, pulsate et aperieturvobis. Quae nos etiam proprio 
exemplo moraliter instruens, circa duodecimum aetatis annum sedens 
et interrogans in medio doctorum inveniri voluit, potius ^^ discipuii 
nobis formam per interrogationem exhibens quam magistri per prae- 

' Suppl. aut sub. epistola.-'— ^ Histoire littéraire de la France, tom. XII, pag. i32: 
itaque. — ' Ibid. prout. — * Ibid. et in Turon, aliqaa. — ^ Ibid. continentia. — * Ibid. stu- 
dium. — ' Ibid. in executione. Turon. in exquisitione. — * Ibid. primée. — ' Ibid. amplec- 
tendam. — " Ibid. studiose. — " Ibid. deest sœpe. — '* Categ. V. Ed. Buhle, tom. I, 
pag. 486. — " Ibid. et in Turon. autem. — " Codd. primum. 



SIC ET NON. 17 

dicationem, cum sit tamen in ipsa Dei plena ac perfecta sapientia. 
Cum autem aliqua scripturarum inducuntur dicta, tanto amplius 
lectorem excitant et ad inquirendam veritatcm alliciunt , quanto 
magis scripturae ipsius commendatur auctoritas. Unde placuit nobis 
huic operi nostro, quod ex sanctorum dictis compilavimus in unum 
volumen congregatis, decretum illud ^ Gelasii papae^de authenticis 
libris prœscribere ^, quo videlicet sciatur nihil nos ex apocryphis in- 
duxisse. Excerpta etiam retractation um beati Augustini adjunximus, 
ex quibus appareat nihil bic, ex bis quae ipse retractando correxerit, 
positum esse. 

EXPLICIT PROLOGUS". 

Incipiunt sententiae ex divinis scripturis collectae, quae contrariae 
videntur. Pro qua quidem contrarietate , haec compilatio sententiarum 
Sic et Non appellatur. 



Quod fides humanis rationibus sit adstruenda, et contra. 



Gregorius, in homelia XXVI ^ : Sciendum nobis est quod divina 
operatio , si ratione comprebenditur, non est admirabilis ; nec fides 
habet meritum, cui humana ratio praebet experimentum. Idem, in 
homelia V '^ : Ad unius jussionis vocem Petrus et Andréas, relictis re- 

* Hist. litt. 1. 1. deest illud. — ' Ibid. deest papœ. — * Decretum illud Gelasii, quod 
ibi afferendiun laudatur, abest in Codd. Vid. BuUarium roman. Pontif., tom. I, pag. 71 . 
et 409. — * Turon. deest expUcit prol. usque ad Gregorius in hom. — ^ Deest hic in Turon . 
quaestionum titulus : Quod fides hum. etc. Numéros quaeslionibus adscripsimus , quo 
facilius quaeque ad usum foret. — * 0pp. Greg., edit. Paris., tom. I, pag. i552. — 
' Ibid. pag. \^bl. 

SIC ET NON. 3 



18 PETRI AB/ELARDI 

tibus, secuti sunt redemtorem. Nulla vero hune facere miracula 
viderant; niliil ab eo de praemio œternae retributionis audierant; 
sed ' ad unum Domini praeceptiim , hoc quod possidere videbantur, 
obliti sunt. Idem, in moralibus, lib. XX , hinc rursum ait : Mel 
Invenisti ; comede quod sufficit tibi , ne forte satiatus evomas illud. 
Dulcedinum quippe spiritualis intelligentiœ qui ultra quam capit ap- 
pétit, etiam quod comederat evomit; quia, dum summa intelligere 
ultra vires quaerit , etiam quod bene intellexerat amittit. Hinc rursum 
dicit : Sicut qui mel multum comedit , non est ei bonum ; sic qui 
scrutator est majestatis opprimetur a gloria : quippe invisibilis 
conditoris maj estas, quia moderate inquisita nos erigit, ultra vires 
perscrutata premit. Ex libro primo Augustini contra Faustum, Faus- 
tus^: Sed tamen et hoc enervis est fidei confessio in Christcw 
sine teste et argumento non credere. Nempe ipsi vos dicere sole- 
tis , idcirco nihil esse curiosius exquirendum , quia simplex sit et 
absoluta christiana credulitas; quomodo ergo nunc fidei simplici- 
tatem destruitis, judiciis eam ac testibus fulciendo? Ex vita sancti 
Silvestri ' ubi ei cum Judaeis disputanti Roasi rabi dixit : Rationi hu- 
manae non est committenda fides , quae dominum hune suadeat 
credi quem tu vivum dominum , patrem et filium et spiritum sanc- 
tum confiteris. Augustinus, de fide symBbli, ad Laurentium papam : 
Propheta dicit : Nisi credideritis, non intelligetis ; item quomodo 
sane Deus patêr genuerit filium , nolo discutias , née te curiosius 
inferas in profundum hoc aquarum , ne forte , cum in accessu lucis 
fuigorem pertinacius perscrutaris , exiguum ipsum quod mortalibus 
divino numine concessum est, perdas aspectum. Idem, de baptismo 
parvulorum : Ubi de re obscurissima disputatur, non adjuvantibus 
divinarum scripturarum certis elarisque documentis, cohibere se 
débet humana praesumptio , nihil faciens in alteram partem de'cli- 
nando. Item, in libro de moribus ecclesiœ , contra Manichœos , caputll: 
Naturae quidem ordo ita se habet, ut, cum aliquid dicimus, ratio- 

' Edit. et tamen pro sed. — * 0pp. Aug., tom. VIII, pag. 2a5. — ' Disputatio Christia- 
norum et Judaeorum Romae habita, etc. Romae, i 544- 



SIC ET NON. 19 

nem praecedat auctoritas ; nam infirma videri ratio potest, quia, 
cum reddita fuerit, auctoritatem postea pcr quam firmetur assu- 
mit. Idem : Innumerabiles sunt in sacra scriptura quaestiones quae non 
finiendae sunt ante finem, ne finiatur vita sine fide; sed, plane re- 
tenta jam fide , ad exercitandam delectationem fidelium mentium 
studiose requirendœ sunt, et quod in eis eluxerit, sine superbia 
communicandum , et quod latuerit , sine salutis dispendio toleran- 
dum. Idem, in psalmo XXXIX : Nonne superbus inveniris, cum 
dicis : primo videam et sic credam? Idem, super Johannem, homel. 
XXVII: Audiat consilium qui dicit : nondum inteliexi. Vidit utique 
Christus hoc profundum non omnes intellecturos , et in conse- 
quenti dédit consiiium : inteiligere vis , crede ; Dominus enim per 
prophetam dicit : nisi credideritis , non intelligetis. Ad hoc pertinet , 
quod etiam secutus adjunxit : si quis voluerit voluntatem ejus fa- 
cere, cognoscet de doctrina utrum a Deo sit, an ego a me ipso lo- 
quor. Si non intellexisti , inquam , crede ; intellectus enim merces 
est fidei. Noli ergo quaerere inteiligere ut credas, sed crede ut in- 
telligas , quia , nisi credentes , non intelligetis. Quid est : cognoscet 
de doctrina ? hoc est, intelliget. Quid est : si quis voluerit volun- 
tatem ejus facere ? hoc est, credere. Quis nesciat hoc esse facere 
voluntatem Dei operari opus ejus? Ipse autem Dominus alio loco 
ait : hoc est opus Dei ut credatis in eum quem ille misit. Idem, 
homel. XXXVII : Nos ergo , fide praeeunte quae sanat oculum co]- 
dis, quod intelligimus, sine obscuritate capiamus ; quod non in- 
telleximus, sine dubitatione credamus. Idem, libr. VIII, de civitate: 
Priusquam intelligamus, credere debemus, vigilandum quod nobis 
est ne ficta sit fides nostra. Si autem falsum de illa credimus , ina- 
nis erit spes et non casta caritas. Ambrosius : Si ratione convincor, 
fidem abnuo. Hieronymns , super Jerem., libr. VI : Quid sibi in loco 
hoc voluerit editio vulgata possem dicere etsensum aliquem reperire, 
nisi de verbo Dei humano sensu argumentari esset sacrilegium. 
Gregorius Dominico episcopo^ : Quamquam ergo hoc se ita habeat et 
' Epist. lib. V, indict. XIII, epist. 5. 



20 PETRI AByî:LARDI 

desideremus omnes haereticos a catholicis sacerdotibus vigore sem- 
per rationeque compesci. Idem, in pastorali, cap. XXX : Aliter ad- 
monendi sunt sapientes hujus sœculi , atque aliter liebetes ; illos 
plerumque rationis argumenta , istos noniiunquam melius exempla 
convertunt. Illis nimirum prodest ut in suis allegationibus victi 
permaneant; istis vero aliquando sufficit ut laudabilia eorum facta 
cognoscant. Idem ^ moralium libr. XIX : A veritate avertentes judi- 
cium ad fabulas convertunt ; scripta Dei ubique reperta opponuntur 
oculis, sed hœc cognoscere homines dedignantur; paene nullus 
quaerit scire quod crediderit. Idem Bonifacio^: Si ita, ut audieram, 
Magnitude vestra intentione sollicita de animœ suae vita cogitaret, 
nequaquam mihi de fide sua per epistolas, sed per semet ipsam 
posceret respondere ; et vos de nostra ratione , et nos de vestra cre- 
duiitate gauderemus. Nam nos , licet in omnibus causis , in bis tamen 
praecipue quae Dei sunt, ratione magis stringere bominesquam potes- 
tate festinamus. Nicolaus papaadxoncilia Bulgaroram, cap. XII : De bis 
qui cbristianitatis bonum suscipere renuunt, nibil aliud scribere 
possumus, nisi ad fidem rectam monitis et exbortationibus et ra- 
tione eos potius quam vi convincatis. Isidorus , sententiarum libr. II, 
cap. II: Fides nequaquam vi extorquetur, sed ratione atque exemplis 
suadetur ; quibus autem exigitur violenter , perseverare in eis non 
potest ; exemplo, ut ait quidam, novellae arboris, cujus si quis 
cacumen violenter depresserit, denuo cum laxatur, in id quod fue- 
rat, confestim revertitur. Hilarius, de trinitate , in lib. XIP : Oportet 
eos , qui Ghristum praedicant mundo , irreligiosis mundi imperfectis- 
que doctrinis per scientiam sapientis omnipotentiœ contra ire , juxta 
dictum Apostoli : Nostra enim arma non sunt carnalia, sed potentia 
Deo ad destructionem munitionum , rationes destruentia et omnem alti- 
indinem elevatam adyersus cognitionem Dei. Fidem non nudam Apos- 
tolus atque inopem rationis reliquit; quœ quamvis potentissima 
ad salutem sit, tamen nisi per doctrinam instruatur, habebit quidem 

' Locus hic omnino deest in Turon. — ' Epist. lib. IV, indict. XII, epist. 43. — 
' Pag. 1 122. Vid. not. 



SIC ET NON. 21 

inter adversa tutum diffugiendi recessum, non etiam retinebit cons- 
tantem obnitendi securitatem ; eritque , ut infirmioi ibus sunt post 
fugam castra, non etiam, ut castra habentibus, adest interrita fortitudo. 
Contundendae ergo sunt insolentes adversus Dominum disputatio- 
nes, et destruenda rationum fallacium munimenta, et elevata ad 
impietatem ingénia contcrenda, nec carnalibus armis , sed spiritua- 
libus , nec terrena doctrina , sed cœlesti sapientia , ut quanta rerum 
divinarum humanarumque discretio est, tanta^ultra terrena studia 
ratio cœlestis excédât. Hieronymus , in epistola ad Galalas , lib. I, lau- 
dans sanctam Marcellam : Scio equidem ardorem ejus, scio fidem, 
quam flammam habeat in pectore, superare sexum, oblivisci bomi- 
nes, et divinorum voluminum tympano concrepante rubrum hujus 
saeculi pelagus transfretare. Certe, cum Romae essem, nunquam me 
tam festina vidit ut non de scripturis aliquid interrogaret ; nec 
vero , more pytbagorico , quidquid responderem , rectum putabat , 
nec sine ratione praejudicata apud eam valebat auctoritas, sed exa- 
minabat omnia , et sagaci mente universa pensabat , ut me sentirem 
non tam discipulam babere quam judicem. Augustinus ad Valerium 
Comitem, judicans de nuptiis et concupiscentia : Quod licet fide ro- 
bustissima irriseris, bonum est tamen ut noveris etiam defendendo. 
adjuvare quod credimus. Et apostolus enim Petrus paratos nos esse 
praecipit ad satisfactionem omni poscenti nos rationem de fide et spe 
nostra. Et apostolus Paulus : Sermo, inquit, vester sit in gratia sale 
conditus, ut sciatis quomodo oporteat vos unicuique respondere. 
Idem , in tractatu de anima : Petite orando , quœrite disputando , pul- 
sate rogando. Idem, in secundo de doctrina christiana: Restant ea quœ 
non ad corpoiis sensum , sed ad rationem pertinent, ubi disciplina 
régnât disputationis et numeri\ Sed disputationis disciplina ad om- 
nia gênera quœstionum , quae in sanctis libris sunt , penetranda plu- 
rimum valet. Tantum ibi cavenda est libido rixandi, et puerilis 
quaedam ostentatio decipiendi adversarium. Sunt enim multa quœ 

' Sic Codd. et Edit., tom. JII, P. i, p. 38. 



22 PETRI AB^LARDl 

appeliantur sophismata , falsae conclusiones rationum , et plerum- 
que ita veras imitantes ut non solum tardes , sed ingeniosos etiam 
minus attentes decipiant. Quod genus captiosarum conclusionum 
scriptura , quantum existimo , detestatur illo loco ubi dictum est : 
Qui sophistice loquitar odibilis est. Beda, in I epistola Pauli apostoli: 
Duobus modis de spe et fide nostra rationem poscentibus reddere 
debemus, ut et justas spei ac fidei nostrae causas omnibus intime- 
mus , sive fideliter ^ve infideliter quaerentibus , et ipsam fidei ac 
spei nostrae professionem illibatam semper teneamus etiam inter 
pressuras adversantium. 

IL 

Quod fides sit de non apparentibus tamen, et contra ^ 

Gregorius, homel. VII, lib. II in Evangeliis : Cum Apostolus dicat : est 
enim fides sperandarum substantia rerum, argumentum non appa- 
rentium; profecto liquet quia fides illarum rerum argumentum^ est 
quae apparere non possunt. Quae enim sunt apparentia fidem non 
habent, sed agnitionem : sed aliud vidit, aliud credidit. A mortali 
quippe homine divinitas videri non potuit; hominem igitur vidit et 
Dominum confessus est dicens : dominus meus et Deus meus. Idem , 
Dialogorum lib. IV, cap. VIL Cum Paulus dicat : est enim fides spe- 
randarum substantia rerum, argumentum non apparentium; hoc 
veraciter dicitur credi quod non valet videri; nam credi jam non 
potest quod videri potest. Haimo^ in epistola Pauli ad Romanos : Fides 
igitur est qua veraciter credimus id quod nequaquam videre vale- 
mus. Sin autem quod credimus jam videmus, fides non est habenda, 
sed cognitio. Augustinus , de verbo domini et quibusdam sententiis 
Pauli apostoli, sermone LXXX : Justus ex fide vivit, quia crédit quod 
non vidit; filii Dei sumus, et nondum apparuit quid erimus; quia 

' Qui titulus deest in Turon. — * Alcuini discipulus. Fabric. , Bibîioth. mediœ lati- 
nitatis. lib. VIIT. . 



SIC ET NON. 25 

tiondum apparuit, ideo fides. Modo ergo lides, antequam appareat 
quod erimus; scimus quidem : cum apparuerit, similes ei erimus. 
Quare? quia videbimus eum sicut est. Apostolus dicit habitare 
€hristum per fidem in cordibus nostris : modo per fidem , tune per 
speciem ; modo per fidem , quamdiu in vita , quamdiu in pei egrina- 
tione; quamdiu enim sumus in corpore, peregrinamur a Domino; 
per fidem enim ambulamus, non per speciem. Quid erit species, audi , 
ut sit Deus omnia in omnibus. Quicquid hic quaerebas, quicquid 
hic pro magno habebas , ipse tibi erit. Cum venerimus , tenebimus ; 
jam visio erit, non fides; jam res erit, non spes; amabimus videndo 
et tenendo. Ergo caritas perfecta erit, sicut ait Apostolus : fides, 
spes, caritas, tria hœc : major autem horum caritas. Securi, illo ad- 
juvante , persévérantes in eo dicamus : Quis nos separabit a caritate 
Christi? tribulatio? an angustia? an gladius.** etc. Idem, de baptismo 
parvulorum ^ : Quid enim magnum erat , videndo non mori eos qui 
crederent, credere se non morituros? quanto est majus ita credere, 
ut se speret moriturus sine fine victurum ! Denique hoc quibusdam 
in fine largietur, ut mortem istam repentina commutatione non sen- 
tiant, sed simul cum resurgentibus rapiantur obviam Christo, et sic 
semper cum Domino vivant. Et recte illis, quia non erunt jam pos- 
teri, qui propter hoc credant, non sperando quod non vident, sed 
amando quod vident ; quae nec fides ^ omnino dicenda est , quia 
quidem fides ita definita est : fides est sperandarum substantia rerum , 
argumentum non apparentium. Idem, super Johannem, homel. : Et 
nunc dico vobis priusquam fiât, ut, cum factum fuerit, credatis. 
Quid est hoc , cum magis credere habeo antequam fiât id quod cre- 
dendum est? haec est enim laus fidei, siquidem creditur, non vide- 
tur; nam quid magnum est si id creditur quod videtur? scilicet 
secundum illam Domini sententiam qua discipulum arguit dicens : 
(fuia vidisti, credidisti; beati qui non viderunt et crediderunt. Nam 
ipsa fides est definita : est autem fides sperandarum substantia rerum 

' Tom. X, pag. 63. Hic locus omnino deest in Turon. — ^ Ed. quœ fuies est enervis et 
dehiVis, nec fid.... 



24 PETRI ARyELARDI 

quœnon videntur. Quapropter quid sibi vult, ut, cum factum fuerit, 
credatis? nam et ille cui dictum est : quia vidisti, credidisti, non 
hoc credidit quod vidit; cernebat carnem et credebat Dominum in 
carne latentem. Sed etsi dicuntur credi quae videntur, sicut dicit 
unusquisque oculis suis se credidisse , non tamen ipsa est quae in 
nobist^dificatur fides; sed ex rébus quae videntur, agitur in nobis 
ut ea credantur quae non videntur. Idem : Credituri non fide nova 
sedaucta, aut certe, cum mortuus esset, defecta, cum resurrexisset, 
refecta. Idem, homel. XXXVIII : Quid promittit credentibus? cognos- 
cetis veritatem. Non quia cognoverunt, sed ut cognoscerent , credi- 
derunt. Gredimus ut cognoscamus, non cognoscimus ut credamus. 
Quid est enim fides nisi credere quod non vicies? fides ergo est, 
quod non vidisti, credere; veritas, quod credidisti, videre : veritas 
est, sed adhuc creditur, non videtur. /c?em, lih. II qaœst. evangel.: 
Intelligitur quidem fides qua creduntur ea quae non videntur; sed 
tamen est fides rerum , quando non verbis , sed rébus ipsis praesen- 
tibus, creditur quod futurum est, cum jam per speciem manifestam 
se contemplandam praebebit sanctis Dei sapientia. De qua fide rerum 
lucisque ipsius praesentatae forsitan Paulus dicit : Justitia enim Dei 
in eo revelatur ex fide in fidem. Dicit enim et alio loco : Nosautem, 
revelata facie Dei gloriam spéculantes, in eamdem imaginem trans- 
iormamur de gloria in gloriam. Sicut enim dicit hic de gloria in 
gloriam , ita et ibi ex fide in fidem ; de gloria scilicet evangelii , quo 
nunc credentes illuminantur in gloriam manifestée veritatis. Haimo , 
super cpistolam ad Ephesios : Et ipse dédit quosdam quidem aposto- 
los, etc.; donec occurramus omnes obviam Christo in resurrectione 
in veritatem fidei et agnitionem filii Dei , scilicet quousque unam 
fidem habeamus post resurrectionem et omnes aequaliter Dominum 
cognoscamus. In praesenti siquidem sœculo, sicut est diversitas 
scientiae, ita et diversa fides, quia alius plus, alius minus de Deo 
intelligit, et simul quod intelligit et cognoscit, habet fidem. Post 
resurrectionem autem jam non erit diversitas fidei , quia, sicut tune 
aequaliter Dommum videbunt, ita aequaliter fidem habebunt. Boetins, 



SIC ET NON. 25 

super topica Ciceronis , lib. / ; Multa enim sunt quœ faciunt iidem; 
sed quia rationes non sunt, nec argumenta esse possunt; ut visus 
facit fidem his quae videntur, sic quia ratio non est visus , nec argu- 
nientum esse potest. 

III. 

Quod sit credendum in Deum solum, et contrat 

Augustinus ad neophytos, homel. III : Quod autem interrogavimus : 
credis sanctam ecclesiamP non eo modo interrogavimus, ut, quo- 
modo in Deum creditur , sic et in ecclesiam sanctam. Non ergo 
diximus ut in ecclesiam quasi in Deum crederetis. Idem , super 
Johannem , tract. XVII : Dominus alio loco ait : ut credatis in eum 
quem ille misit, ut in eum, non ut ei : daemones credebant ei, et 
non credebant in eum. Credimus Paulo, sed non in Paulum ; Petro , 
sed non in Petrum. Credenti in eum qui justificat impium. Quid 
est credere in eum ? credendo amare , credendo diiigere , credendo 
in eo ire et ejus membris incorporari. Ipsa est fides quam définit 
plenissime Apostolus, dicens : sed fides quae per dilectionem ope- 
ratur. Idem, de baptismo parvulorum, lib. I : Credenti in eum qui jus- 
tificat impium. Quisquis ergo fiierit ausus dicere : justifico te; con- 
sequens est ut dicat etiam : crede in me ; quod nemo sanctorum recte 
dicere potuit, nisi sanctus sanctorum : crédite in Dominum et in 
me crédite. Idem, in epistolam Johannis, serm. X: Quid poterant plus 
credere daemones quam ut dicerent : scimus quia sis filius Dei ^ 
Quod dixerunt daemones , hoc dixit et Petrus : tu es Christus , filius 
Dei vivi ; et audit a Domino : beatus es Simon Barjona, etc. Hoc di- 
cebant daemones ut Christus ab eis recederet, nam dixerunt : quod 
venisti ante tempus perdere nos. Item : Cum dilectione fides chris- 
tiani; sine dilectione fides daemonis. Qui autem non credunt, pe- 
jores sunt quam daemones et tardiores. Quisquis non vult credere 

' Turon. deest hic tiluliis. 

SIC ET NON. A 



26 PETRI AB^LARDI 

inChristum, adhuc nec daemones imitatur; jam crédit in Ghristo, 
sed odit Christum ; habet confessionem fidei in timoré pœnae , non 
in amore coronae ; nam et illi puniri timebant. Ex symbolo fidei 
quod Romae habetur, post altare sancti Pauli, in tabula argentea 
ligno superposita, quam Léo tertius fecit componi ad cautelam 
fidei catholicae , sicut in eadem tabula subjunctum est : Credo in 
unum dominum patrem omnipotentem , factorem cœli et terrœ , visi- 
bilium omnium et invisibilium ; et in unum dominum Jesum Chris- 
tum , filium Dei unigenitum , et ex pâtre natum ante omnia saecula ; 
lumen de lumine , deum verum de deo vero , natum non factum , 
consubstantialem patri , per quem omnia facta sunt ; propter nos 
homines et propter nostram salùtem, descendentem de cœlo, et 
incarnatum spiritu sancto et Maria virgine humanatum \ cruci- 
fixumque pro nobis sub Pontio Pilato , et passum et sepultum , et 
resurgentem tertia die , sicut scriptum est , et ascendentem in cœ- 
lum et sedentem ad dextram patris , et iterum venturum cum gloria 
judicare vivos et mortuos; cujus regni non erit finis; et in spiri- 
tum sanctum , dominum et vivificatorem , ex pâtre procedentem , 
cum pâtre et filio coadorandum et glorificandum , qui locutus est 
perprophetas;in unam sanctam, catholicam et apostolicam ecclesiam. 
Confiteor unum baptismum iaremissionem peccatorum. Spero resur- 
rectionem mortuorum et vitam venturi saeculi. Amen. Léo indignus 
tertius episcopus pro amore et cautela orthodoxe fidei fecit. 74m- 
brosias, de sacramentis , sermone primo : Crédit etiam catechumenus in 
crucem domini Jesu , qua et ipse signatur. Idem , sermone II : ïnterro- 
gatuses: credisin Deum patrem omnipotentem ? Dixisti credo ; et me- 
ruisti. Iterum interrogatus es : credis in dominum nostrum Jesum 
Christum, et in crucem ejus ? Dixisti credo. Idem, in libro de mys- 
teriis : Constringeris ut credas in filium sicut et in patrem, similiter 
in spiritum sanctum ; hoc solo cxcepto quod in cruce solius do- 
mini Jesu fateris tibi esse credendum. Hieronymus ad Paulam et 
Eustochium , in expositione Pauli ad Philemonem : Credidit populus 

' Sic Codd. 



SIC ET NON. 27 

domino et Moisi sei vo ejus ; una atque eadem credulitas in Moïsen 
referetur et dominum , cum populus qui credebat in domino , ae- 
que credidisse scribatur in servum. Hoc autem non solum in Moisi , 
sed in omnibus sanctis est, et quicunque crédit Deo, aliter fidem 
ejus recipere non queat nisi credat et in sanctos ejus. Quod autem 
dico taie est , nisi prius crediderit de sanctis ejus vera esse quœ 
scripta sunt ; item non valebit adduci ad fidem veteris testamenti , 
nisi quaecunque de patriarcbis et proplietis et aliis insignibus viris 
narrât historia , comprobarit , ut ex fide legis ad fidem veniat evan- 
gelii, et justitia Dei in eo reveletur ex fide in fidem. Idem, in dis- 
putatione Luciferiani et Orthodoxi : Luciferianus ait : Sed laïco viro 
ignoscendum est quia ecclesiam Dei putans simpliciter accessit, et 
juxta fidem suam baptizatus est. Orthodoxus dixit: novam rem asse- 
ris, ut christianus quisquam factus sit ab eo qui christianus non 
est. Accedens ad Arianos , in qua fide baptizatus est ? nempe in ea 
quam habebant Ariani. Aut, si jam ipse bene credebat et sciens ab 
haereticis baptizatus est, erroris veniam non meretur. /fem : Praeterea 
cum solemne sit in lavacro post trinitatis confessionem interrogare : 
credis in sanctam ecclesiam "^ credis remissionem peccatorum ? in 
quam ecclesiam credidisse eum dicis ? In Arianorum ? sed non ha- 
bent nostram? Sed extra banc baptizatus non potuit in eam credere 
quam nescivit. 

IV. 

Quod agnitio non sit de non apparentibus , sed fides tamen , et contra ^. 

Gregorim, homel. IV, lib. II: In Evangelio profecto liquet quia 
fides illarum rerum argumentum est quae apparere non possunt ; 
quae enim apparentia sunt, fidem non habent, sed agnitionem. 
Haimo, in epistola Pauli ad Rom. : Fides igitur est qua veraciter cre- 
dimus id quod nequaquam videre valemus. Sin autem quod credi- 

' Non tantum titulus , sed quaestio ipsa deest in Turon. 

4. 



28 PETRI AB^LARDI 

mus jam videmus, fides non est habenda, sed cognitio. Paalus, 
in II epist. adCorinth.: Et nos credimus, propter quod et loquimur; 
sciantes quoniam qui suscitavit Jesum , et nos cum Jesu suscitabit 
et constituet nobiscum. Item : Scimus enim quia , si terrestris domus 
nostra dissolvatur, generaliter ^ habemus domum aeternanri in cœlis. 
August., lib. I retractationum : Quod dixi multum interesse utrum 
aliquid certa mentis ratione teneatur, quod scire dicimus; an fama 
vel litteris credendum posteris utiliter commendetur. Et paulo post: 
Quod scimus igitur , rationi debemus ; quod credimus , auctoritati : 
non sic accipiendum est , ut in sermone usitatiore vereamur nos 
dicere scire quod idoneis testibus credimus; proprie quippe cum 
loquimur , id solum scire dicimus quod mentis firma ratione com- 
prehendimus. Cum vero loquimur verbis consuetudini aptioribus, 
non dubitemus dicere scire nos et quod percipimus nostri corporis 
sensibus et quod fide dignis credimus testibus. Idem , ad Paulinum : 
Satis est ut inter videre et credere hoc distare dicamus , quod prae- 
sentia videntur, creduntur absentia. Item : Constat igitur nostra 
scientia ex visis rébus et creditis. Item : Non autem immerito scire 
nos dicimus non solum ea quœ videntur vel videmus, verum et 
quae idoneis commoti testimoniis credimus. 

V. 

Quod non sit Deus singularis, et contra, 

Athanasius, in symholo fidei : Et tamen non très Dei , sed unus est 
Deus. Augustinus, quœst. veteris et novœ legis, cap. LU: Unusquidem 
est , sed non singularis ; babet ex aeternis in mysterio alterum qui 
sit cum altero. Item : Deus pater in se babet alterum cum altero, 
sicut dixi. Amhrosius, defide, ad Gratianum imperatorem : Quod unius 
est substantiae separari non potest, nisi non sit singularitatis sed uni- 
tatis. Singularitas ad personam pertinet , unitas ad naturam. Hila- 

' Sic G)d. Vid. cap. v, i. 



SIC ET NON. 29 

rius, de trinitate , libr. /F : Et dixit Deus : Faciamus hominem ad 
imaginem et similitadincm nostram. Sustulit singularis intelligen- 
tiam professione consortii; consortium autem esse aliquis solitario 
sibi non potest; neque rursus recipit solitarii similitudo faciamus. 
Item : Solitario convenit faciam et meum , non solitario vero facia- 
mus et nostram. Item : De rubo apparuit Dei angélus Deus, non 
ideo Deus quia angélus Dei est; neque rursum angélus Dei non id- 
circo quia Deus est. Sic significata personarum distinctione ac ma- 
nifesta sacramentorum cœlestium dispensatione , non solitarium 
decuit deum opinandum^ Hormisdas papa ad Justinum imperatorem: 
Servemus pi opria unicuique personae , ut nec personis singularitas 
denegetur, nec ad essentiam hoc quod proprium nominum est 
transferatur. Gregorius Leandro episcopo : Reprehensibile esse nuUa- 
tenus potest infantem in baptismate vel ter vel semel mergere , 
quando et in tribus mersionibus personarum trinitas et in una 
potest divinitatis singularitas designari. Isidorus, Etymologiarum 
libr. VI, cap. IV : Trinitas in relativis personarum nominibus est ^ 
deitas vero non triplicatur , sed in singularitate est ; quia , si tripli- 
cetur, deorum inducimus pluralitatem. Nomen autem deorum in 
angelis et in sanctis hominibus ideo pluraliter dicimus quod non 
sunt merito aequales ; de quibus psalmus : ego dixi , dii estis. De 
pâtre autem et filio et spiritu sancto , propter unam et œqualem di- 
vinitatem, non nomen deorum sed Dei esse ostenditur. 

VI. 

Quod sit Deus tripartitus, et contra. 

Augustinus, in Enchirid., cap. IX : Satis est christiano rerum 

creatarum causam non nisi credere bonitatem creatoris qui est Deus 

unus; nullamque esse naturam quae non aut ipse sit aut ab ipso, 

eumque tripartitum, patrem scilicet et filium et spiritum sanctum. 

' Hilar. opp., p. SAy. 



50 PETRI AB^LARDI 

Idem, de tnnitate , lihf. VU, cap. F//; Non quia Deus trinilas, ideo 
triplex putandus est; alioquin minor esset in singulis quam in tri- 
bus pariter 

VII. 

Quod in trinitate non sunt dicendi plures aeterm , et contra ^ 

Athanasius, in symbolo fidei : Et tamen non très aeterni , sed unus 
aeternus. Item : Sic totae très personœ coaeternae sibi sunt et coaequa- 
\es. Angustinns, in lihro contra hœreses : Pater pater est, filius filius 
est; et ille nunquam non pater fuit, et iste nunquam non lilius 
fuit; ambo aeterni nec cœperunt esse nec desistunt. Item : Ignis 
et splendor temporales sunt , pater autem et filius aeterni sunt. 
Qualitas in pâtre, unitas est in deitate. Idem, in lihro de agone 
christiano : Gredimus ergo in pâtre m et filium et spiritum sanctum. 
Haec aetema sunt et incommutabilia , scilicet unus Deus unius sub- 
stantiae, trinitas œterna ; Deus, exquoomnia, per quem omnia , 
iii quo omnia. 

VIII. 

Quod non sit multitudo rerum in trinitate , et quod non sit trinitas aliquod 
totum , et contra. 

Ex lihro sententiarum Prosperi, cap. CCXXVIIP : In trinitate di- 
vina tanta est substantiae unitas ut aequalitatem teneat , pluralitatem 
non recipiat. In bac quoque trinitate cum dicimus personam patris, 
non aliud dicimus quam substantiam patris , quia persona patris non 
aliud est quam pater. Ad se quippe dicitur persona , non ad filium 
vel ad spiritum, sicut Deus et similia. Hoc ut^ solum nomen est, 
quod cum dicatur de singulis , ad se pluraliter non singulariter acci- 
pitur in summa ; dicimus namque : pater est persona et filius persona 

' Haec quaestio deest in Turon, — * Initium hujus quaestionis usque ad In hac quoque 
Trinitate deest in Turon. — ' Abrinc. enim pro a^ 



SIC ET NON. 51 

et spiritus sanctus persona. Pater tamen et filius et spiritus sanctus 
non sunt una persona , sed très personse \ Cum dicimus très personas 
unam essentiam , neque ut gcnus de speciebus neque ut speciem de 
individuis praedicamus. Videtur posse dici ut tantum - très homines 
una natura; sed plus sunt duo homines quam unus. Sed non est 
major ^ essentia pater et fdius quam sol us pater aut solus fdius. Item 
non tantum est unus homo quantum très homines simul, et plus ali- 
quid sunt duo homines quam unus homo. At in Deo non est ita; 
non enim major essentia pater et fdius simul quam solus pater aut 
solus filius, sed très simul personae aequales sunt singulae. Ex epistola 
sanctoram Augustini et Alypii ad Maximum, medicum thenitaimm : Hœc 
trinitas unius ejusdemque naturœ atque substantiae non minor in 
singulis quam in omnibus, née major in omnibus quam in sin- 
gulis ; sed in solo pâtre vel in solo filio tanta est quanta in pâtre 
simul et filio, et tanta in spiritu sancto quanta simul in pâtre et 
filio. Augustinas super Johannem, traciatu XXXV II : Très personœ, sed 
non très dii. Est ibi aliquid ineffabile quod verbis explicari non 
possit , ut et numerus sit, et numerus non sit, sed très. Quid tres.^^ 
déficit numerus ; ita Deus nec recedit a numéro nec capitur numéro, 
quia très sunt , tamquam inest numerus. Si quaeris : quid très } non 
est numerus : unde dictum est ; magnus Deus noster et magna 
virtusejus, etc. Ubi cogitare cœperis, incipis numerare ; ubi nume- 
rabis , quid numeraveris non potes respondere. Quid sunt isti très ? 
pater et filius et spiritus sanctus : non très dii , non très omnipo- 
tentes , non très creatores. Hoc solum numerum insinuât quod ad 
invicem sunt , non quod ad se sunt : pater ad se est Deus , ad so est 
omnipotens , non ad se est pater sed ad filium ; non est quod 
dicamus très, nisi patrem et filium et spiritum sanctum. Boetius, 
de trinitate, loquens de simplicitate divinae substantiœ : Quod non 
est, inquit , hoc atque hoc, sed tantum hoc est; illud vere est id 

' Abrinc. una persona, sed très personœ vel unum; cum dicimus. Turon. deest sed très per- 
sonœ vel unum. — ^ Turon. deest tantum. — ' Abrinc. major quantum très homines simul 
est essentia. 



52 PETRI AB^LARDI 

quod est , et hoc fortissimum est quod nullo nititur. Quocirca hoc 
est vere unum , in quo nullus numerus , nullum in eo aliud praeter 
id quod est. Neque enim fieri subjectum potest : forma enim est, 
formae vero subjectas esse non possunt. Item : Nulla igitur in eo 
diversitas , nulla ex diversitate pluralitas , nulla ex accidentibus mul- 
titudo , atque idcirco nec numerus. Item : Ubi vero nulla est diffe- 
rentia, nulla est pluralitas ; quare nec numerus ; igitur unitas tantum. 
Item : Numerus enim duplex est : unus quidem quo numeramus, 
alter vero qui innumerabilibus rébus constat. Item : Ergo in numéro 
quo numeramus , repetitio unitatum facit pluralitatem ; in rerum 
vero numéro non facit pluralitatem unitatum repetitio : velut si 
de eodem dicamus : gladius unus , mucro unus , ensis unus , repe- 
titio quaedam est ejusdem, non numeratio diversorum ; velut si di- 
camus : sol, sol, sol. Non igitur de pâtre et fdio et spiritu sancto, 
tertio praedicatur Deus, idcirco trina numeratio numerum facit. 
Item : Non vero ita dicitur pater et fdius et spiritus sanctus , quasi 
multivocum quoddam ; nam mucro et ensis et ipse est et idem ; 
pater vero ac filius et spiritus sanctus idem quidem est, non vero 
ipse ; in qua re paulisper considerandum est , requirentibus enim 
ipse est pater qui filius, minime inquiunt; rursus idem alter qui 
alter negatur; non est igitur inter eos in re omni indifferentia; 
quare ^ subintrat numerus quem ex subjectorum diversitate confici 
superius explanatum est. Item : De forma ejus superius demonstra- 
tum est , quoniam is sit forma et unum vere , nec ultra pluralitas. 
Item : Quare secundum rei alicujus in eo quod ipsa est, proprieta- 
tem non faciunt praedicationem , nihil alternare vel mutare queunt , 
nuUamque omnino variare essentiam. Quocirca si pater ac filius ad 
aliquid dicuntur , nihilque aliud, ut dictum est, differunt nisi 
sola relatione ; relatio vero non praedicatur ad id de quo praedicatur , 
quasi ipsa sit, sed^ secundum rem de qua dicitur, non faciet alteri- 
tatem rei de qua dicitur. Sed si dici potest, quo quidem modo id 

' Edit. qua. — * Edit. et pro sed. 



SIC ET NON. 55 

quod vix intelligi potuit, interprçtatum est personarum. Item : Pater 
Dans et filius Deus et spiritus sanctus Deus. Deus vero nullas ha- 
bet diflerentias quibus différât a Deo : a nullo eorum differt. Diffe- 
rentiae vero ubi absunt , abest pluralitas ; ubi abest pluralitas , adest 
unitas. Sed quia nulla relatio ad se ipsam referri potest , facla qiii- 
dem est trinitatis numerositas in eo quod est praedicatio relationis , 
servata vero unitas in eo quod est indiffercntia vel substantiae vel 
operationis vel omnino ejus quae secundum se dicitur praedicationis» 
Ita igitur substantia continet unitatem , relatio multiplicat trinita- 
tem; nam idem pater qui fdius non est, nec idem uterque qui spi- 
ritus sanctus, idem tamen Deus est et pater et filius et spiritus 
sanctus; idem justus, idem bonus, idem magnus, idem omnia quaî 
secundum se poterunt praedicari. Sane sciendum est non sem- 
per talem esse prœdicativam relationem ut semper ad differens prœ- 
diceljur ; nam aequale aequali aequale est , et simile simili simile 
est, et idem ei quod est idem idem est; et similis est relatio in 
trinitate patris ad filium , et utriusque ad spiritum sanctvim , ejus 
quod est idem ad id quod est idem. Quod si id in cunctis aliis 
rébus non potest inveniri , boc facit cognata caducis rébus alteritas. 
Athanasius , de trinitate, lib. VI, cap. II: Maledictus qui secundum 
très personas diversas substantias in bis confitetur, fiat, fiat. Item: 
Maledictus qui, propter tria nomina personarum, très Deos aut très 
substantias aut très spiritus confitetur, fiat, fiat. Hieronymus , in epis- 
tola de explanatione fidei , ad Damasum papam : Confundentes Arium , 
unam eamdemque dicimus trinitatis substantiam. Item impietatem 
Sabellii déclinantes, très personas expressas sub proprietate distin- 
guimus. Item : Non enim nomina tantummodo, sed etiam nominum 
proprietates, scilicet personas, vel, ut Graeci exprimunt, hypostasisS 
boc est subsistentias confitemur. Itaque substantia unum sunt, per- 
sonis ac nominibus distinguuntur. Jdem ad eumdem, de novo nomine 
trium hypostasium : Interrogemus quid hypostasis posse arbitrentur 
intelligi. Très personas subsistentes ajunt : respondemus nos ita cre- 

' Sic Codd. v-TTCfflcurnç. 

SIC ET NON. 5 



I 



54 PETRI AB^LARDI 

dere. Non sufficit sensus, ipsum. nomen efflagitant, quia nescio 
quid veneni in syllabis latet Si quis autem , hypostasim usian ^ intei* 
ligens, non in tribus personis unam hypostasim dicit, alienus a 
Christo est. Item : Tota saecularium litterarum schola nihil aliud 
hypostasim nisi usian novit. Et quis unquam , rogo , ore sacrilego 
très substantias prœdicabit ? Una est sola Dei natura. Quisquis tria 
esse, hoc est très hypostasis dicit , très naturas conatur asserere. Et 
%i ita est, cur ab Ario parietibus separamur, perfidia copulati? 
Sufficit nobis dicere unam substantiam très personas perfectas, 
coœquales , coœternas. Non bonae suspicionis est , cum in eodem 
sensu verba dissentiunt ; aut si rectum putatig très hypostases cum 
interpretationibus suis debere nos dicere, non negamus. Sed mihi 
crédite , venenum sub melle latet ; transfigurât se angélus Satanae 
in angelum lucis. Hilarius, saper psalm. CXXIX : Quisquis ita vo- 
let credere ut corporalis Deus sit, quia ad imaginem ejus Homo 
factus est , compositum Deum esse statuet. Quidquid autem com- 
positum est, necesse est non fuerit aBternum, quia compositio ha- 
bet initium quo corporatur ut maneat. Gennadius, de orthodoxa fide : 
Omousion ^ ergo est coessentialis in divinitate patri filius ; omousion 
patri et filio spiritus sanctus. Isidorus , etymolog. libr. VI, cap. IV : 
Trinitas appellata est quod fiât totum unum ex quibusdam tribus 
quasi trinitas. Item : In hac trinitate alia appellativa nomina , alia 
propria sunt. Propria sunt essentialia , ut Deus et dominus omni- 
potens , immutabilis , immortalis ; et inde propria , quia ipsam 
significant substantiam , idem sunt. Appellativa vero : pater et filius 
et spiritus sanctus et procedens; eadem et relativa. Augustinus , in 
libr. I de doctrina christiana : Res aliœ sunt quibus fruendum est, 
aliae quibus utendum. Illœ quibus fruendum est, nos beatos faciunt; 
istis, quibus utendum est, tendentes ad beatitudinem vivamus. Frui 
est inhaerere amore alicui rei propter se ipsam ; uti autem , quod 
in usum venerit ad id quod amas obtinendum referre , si tamen 
amandum est. Nam usus illicitus, abusus potius vel abusio nomi- 

' Sic Codd. ovfftav. — ^ Sic Codd. ô/À,oov(riov. 



SIC ET NON. 55 

nanda est. Si redire in patriam volumus , ubi beati esse possumus , 
utendum est mundo , non fruendum , ut invisibilia Dei per ea quae 
facta sunt intellecta conspiciantur. Res igitur quibus fruendum est : 
pater et filius et spiritus sanctus, eademque trinitas summa una 
quaedam res est , communisque omnibus fruentibus ea , si tamen res 
et non rerum omnium causa sit, si tamen et causa. Idem, lib. VII 
de trinitate , cap. IV : Et dum intelligatur saltem in aenigmate quod 
dicitur, placuit ita dici ut diceretur aliquid, cum quaereretur quid 
tria sint, quae tria esse fides vera pronuntiat, cum et patrem non 
dicit esse filium, et spiritum sanctum, quod est donum Dei, nec 
patrem dicit esse nec filium. Item : Cum conaretur humana inopia 
loquendo proferre ad hominum sensus quod tenet de domino 
Deo, timuit dicere très essentias, ne intelligeretur in iila summa 
aequalitate ulla diversitas. Rursus non esse tria quaedam non pote- 
rat dicere , quod Sabellius , quia in haeresim lapsus , dixit. Item : 
Loquendi causa de ineffabilibus , ut fari aliquo possemus modo 
quod effari nuUo modo possumus , dictum est a nostris Graecis una 
essentia très substantias , a Latinis una essentia vel substantia très 
personas, quia, sicut jam diximus, non aliter in sermone latino essen- 
tia quam substantia solet intelligi. Item : Quod de personis secun- 
dum nostram , hoc de substantiis secundum Graecorum consuetu- 
dinem , ea quae diximus oportet intelligi. Sic enim illi dicunt 
très substantias unam essentiam , quemadmodum nos dicimus très 
personas unam essentiam vel substantiam. Idem, libr. V, cap. VIII: 
Quapropter illud praecipue teneamus, quidquid ad se dicitur di- 
vina sublimitas, substantialiter dici; quod autem ad aliquid non 
substantialiter , sed relative, tantamque vim esse ejusdem substantiae 
in pâtre et filio et spiritu sancto , ut quidquid de singulis ad se 
ipsos dicitur , non pluraliter in siimma, sed singulariter accipiatur. 
Item : Quidquid ergo ad se ipsum dicitur Deus , et de singulis per- 
sonaliter dicitur, et simul de ipsa trinitate non pluraliter , sed sin- 
gulariter dicitur. Idem \ libr. VII, cap. F//; Pater ad se dicitur persona, 

^ Haec usque ad Hieronymus in psalm. desunt in Turon. 



56 PETRI AByELARDï 

non ad filium vel spiritum sanctum. Idem, de concordia evangelis- 
tarum : Haec sententia , quod filius doctrina patris est , dissolvit Sa- 
bellii haeresim qui ausus est dicere patrem et filium duo no- 
mina esse, sed unam rem. Alicujus est enim doctrina filii, si sua 
non est. Idem , in expositione ad papam Laurentium : Quomodo ignis 
cœlestis générât ex se ipso splendorem lucis et producit vaporem , 
et cum sint tria in rébus , unum sint in substantia , ita trinitas est 
majestas. Hieronymus, in psalm. LXXXVI : Fundamenta ejus in mon- 
tibus sanctis, sive Dei , sive certe ecclesiae. Quœ sunt autem funda- 
menta nisi pater et filius et spiritus sanctus? Loquitur Paulus : Quasi 
sapiens architectus fundamentum posui , hoc est fidem trinitatis. 
Et alio loco : Exspectabant enim civitatem habentem fundamenta , 
cujus artifex et conditor Deus. Quomodo possumus dicere montes 
Apostolos ? in illis erant fundamenta ubi primum posita est fides 
ecclesiae. Idem : De tribus virtutibus David in psalmo très spiritus pos- 
tulat dicens : Spiritu principali confirma me; spiritum rectum innova in 
visceribus meis ; spiritum sanctum tuum ne auferas a me. Qui sunt isti 
très spiritus ? principalis spiritus pater est ; rectus spiritus Christus 
est; spiritus sanctus spiritus sanctus est. Idem \ in psalm. L; Spiritum 
rectum ad vivendum et discernendum sicut antea rectus fuit in me. 
Item : Tu qui legis sanctam scripturam , hic trinitatem summam 
intellige ; spiritum sanctum , hoc est , spiritum prophétise ; spiritum 
principalem, patrem; spiritum rectum, filium; spiritum sanctum, 
ipsum spiritum sanctum. Origenes, super epistolam Pauli ad Romanos, 
libr. VIII : Quam beati pedes evangelizantium bona ! Quse sint bona 
quae bonis addidit, requiramus ; unum et verum bonum, quia in 
pâtre et filio et spiritu sancto est, bona nominavit. 

' Haec usque ad BoetiUs de tiinitate désuni in Turon. 



SIC ET NON. 57 

IX. 

Quod non sit substantia, et contra'. 

Boetius, de trinitate : Decem omnino prœdicamenta traduntui quae 
de rébus omnibus universaliter praBdicantur, id est, substantia , qua- 
litas, quantitas, etc. Item de Deo : substantia in illo non est substantia, 
sed ultra substantiam ; item qualitas, etc.. quae evenire queunt. Nam , 
cum dicimus Deus, substantiam quidem significare videmur, sed 
eam quae sit ultra substantiam; cum vero justus, qualitatem quidem, 
sed non accidentalem , sed eam quae sit substantia ultra substan- 
tiam. Neque enim aliud est quod est, aliud quod justus est, 
sed idem est esse Deo quod justum. Item, cum dicitur magnus vel 
maximus , quantitatem quidem significare videmur, sed eam quae sit 
ipsa substantia talis qualem esse diximus ultra substantiam. Idem, in 
secundo topicoriim : Substantia est quod omnibus accidentibus possit 
esse subjectum ; albedo autem nullis accidentibus subjecta esse 
potest; albedo igitur substantia non est. Augustinus, in VII lib. de 
trinitate, cap. /F: Nam si hoc est Deo esse quod subsistere, ita non 
erunt dicendae très substantiae , ut non dicantur très essentiae ; quem- 
admodum , quia hoc est Deo esse quod sapere , sicut non essentias 
très, ita non très sapientias dicimus. Sic enim quia hoc illi est esse 
Deum quod esse , tam très essentias quam très Deos dici fas non 
est; si autem aliud est Deo esse, aliud subsistere, sicut aliud est Deo 
esse, aliud patrem esse vel dominum esse; quod enim est, ad se 
dicitur , pater autem ad filium , et dominus ad servientem creaturam ; 
relative ergo subsistit, sicut relative gignit et relative dominatur. Ita 
jam substantia non erit substantia , quia relativum erit; sicut enim 
ab eo quod est esse appellatur essentia , ita ab eo quod est subsistere 
substantiam dicimus^. Absurdum est autem ut substantia relative 
dicatur; omnis enim res ad se ipsam subsistit; quanto magis Deus.»^ 

' Turon. deest titulus. — ^Turon. ab eo quod est esse essentiam dicimus, ita ab eo quod est 
subsistere substantia nominatur. 



58 PETRI AB^LARDI 

Si tamen dignum est ut Deus dicatur subsistere , de his rebus recte 
intelligitur in quibus subjectis sunt ea quœ in aliquo subjecta e«se 
dicuntur, sicut color in corpore. Item : Ras mutabiles neque simplices 
proprie dicuntur substantiae. Nefas est autem dicere ut subsistât et 
subsit Deus bonitati suîe, atque illa bonitas non substantia sit, vel 
potius essentia , neque ipse Deus sit bonitas sua , sed in illo sit tan- 
quam in subjecto. Unde manifestum est Deum abusive substantiam 
vocari, ut nomine usitatiore intelligatur essentia. Est enim vere solus, 
quia incommutabilis est, idque suum nomen esse Moysi nuntiavit, 
cum ait : Ego sam qui sum; et dices ad eos : qui est misit me ad vos. Sed 
tamen, sive essentia dicatur quod proprie dicitur, sive substantia quod 
abusive, utrumque ad se dicitur, non relative. Unde hoc est Deo 
esse quod subsistere; et ideo summa essentia trinitas, una etiam 
substantia. Item, in eodem cap. ejusd. lib. : Loquendi causa de ineffabili- 
bus, ut fari aliquo modo possemus quod efFari nullo modo pos- 
sumus, dictum est a nostris Graecis una essentia très substantias; 
a Latinis una essentia vel substantia très personas; quia, sicut jam 
diximus , non aliter in sermone latino essentia quam substantia solet 
intelligi. Quod enim de personis secundum nostram, hoc de substantiis 
secundum Graecorum consuetudinem. Sic enim dicunt illi très sub- 
stantias unam essentiam , quemadmodum nos dicimus très personas 
unam essentiam vel substantiam. Item, lib. V: Sic intelligamus Deum 
quantum possumus , sine qualitate bonum, sine quantitate magnum, 
sine indigentia creatorem , sine situ praesentem , sine habitu omnia 
continentem , sine loco ubique totum , sine tempore sempiternum , 
sine uUa sui mutatione mutabilia facientem, nihilque patientera. 
Quisquis Deum ita cogitât, etsi nondum omnino potest invenire 
quid sit, pie tamen cavet quantum potest aliquid de illo sentire 
quod non sit ; est tamen sine dubitatione substantia , vel , si melius 
hoc appellatur, essentia. Hieronymus ad Damasum, de novo nomine trium 
hypostasium : Interrogemus quid hypostasis posse arbitrentur intelligi. 
Très personas subsistentes ajunt : respondemus ita nos credere. 
Non sufficit sensus , ipsum nomen efflagitant , quia nescio quid ve- 



SIC ET NON. 39 

neni in syllabis latet. Si quis autem, hypostasim usian intelligens, 
non in tribus personis unam hypostasim dicit, alienus a Christo est. 
Item : Tota saecularium litterarum schola nihil aliud hypostasim nisi 
usian novit. Et quis unquam , rogo, ore sacrilego très substantias prœ- 
dicabit? una est sola Dei natura. Qui tria, hoc est, très hypostases 
dicit, très naturas conatur asserere. Et si ita est, cur ab Ario parie- 
tibus separamur, perfidia copulati ? Sufficit nobis dicere unam sub- 
stantiam très personas perfectas, œquales, coaeternas. Non bonté 
suspicionis est, cum in eodem sensu verba dissentiunt; autsi rectum 
putatis très hypostasis cum interpretationibus suis nos debere dicere, 
non negamus. Sed mihi crédite, venenum sub melle latet ; transfi- 
gurât se angélus Satanae in angelum lucis. Idem ad eundem : Confun- 
dentes Arium, unam eamdemque dicimus trinitatis substantiam. 
Item impietatem Sabellii déclinantes, très personas expressas sub 
proprietate distinguimus. Et post aliqua : Non enim nomina tantum- 
modo , sed etiam nominum proprietates , scilicet personas , vel , ut 
Graeci exprimunt , hypostasis , scilicet subsistentias confitemur. Item : 
Itaque substantia unum sunt , in personis ac nominibus distin- 
guuntur^ 

X. 

Quod Deus inter omnia connumerandus sit, hoc est, unum aiiquid ex 
omnibus , et non ^. 

Paulus, in epistola prima ad Corinthios: Omnia enim subjecit sub pe- 
dibus ejus. Cum autem dicat : omnia subjecta sunt ei, sine dubio 
praeter eum qui subjecit ei omnia. Amhrosius, de incamatione dominica : 
Caveamus ne et nostrum alicui dicatur : si recte offeras , recte autem 
nondividas, peccasti, quiesce; hoc est, si nesciamus quae propria divi- 
nitatis incarnationisque distinguere , si creatorem cum suis operibus 
conferamus , si auctorem temporum dicamus cœpisse post tempora ; 

' Cf. eosdem iocos, in quaest. VIII, pag. 34- Tam multi vero auctorum loci crebro ite- 
rantur, ut lectorem monere operae pretium non sit. — ° Haec quaestio omnino deest in 
Turon. 



40 PETRI AB^LARDI 

neque enim potest fieri ut per quem sunt omnia , sit unus in omnibus. 
Nolo , nobis credatis , scriptura recitetur ; non ego dico a me quod in 
principio erat verbum , sed audio ; non ego affingo, sed lego, quod om- 
nes legimus , sed non omnes intelligimus ; et cum legitur, audimus 
omnes : In principio erat verbam, hoc est, remaneat cœlum. Denique 
in principio fecit Deus cœlum et terram : aliud est fecit, aliud est 
erat; quod fit, incipit; quod erat, principium nonaccepit, sed praeve- 
nit. Remaneant et tempora, quia post cœfum tempora. Remaneant 
etiam angeli , etsi principium eorum non invenio , erat tamen quum 
non erant. Si ergo principium eorum invenire non possum , quod cer- 
tum est habere , quomodo possumus invenire verbi principium , a quo 
omne principium non solum creaturarum, sed etiam cogitationum 
nostrarum? Idem, de f.de, ud Gratianum : Non enim inter omnia, sed 
super omnia spiritus sanctus est. Item : Quod si non servit spiritus , 
omnia autem serviunt, super omnia est spiritus, quia non servit sicut 
omnia. Servire autem omnia liquet, sicut scriptum est : universa ser- 
viunt tibi, dixitos spiritus per prophetam. Ergo cum universa servivmt, 
si non servit spiritus, utique inter universa spiritus sanctus non est. 
Item : Omnia per filium scriptura dicit esse quae facta sunt. Cum au- 
tem erectus non doceatur spiritus sanctus , utique nec ut inter omnia 
probari potest. Item scriptum -est : Nobis autem unus Deus pater, ex quo 
omnia et nos per ipsum; etdominus Jésus, per quem omnia et nosperipsum. 
Cum dicit : Jésus per quem omnia, ab omnibus utique excepit Dei 
filium, qui excepit et patrem. Itaque quiputant spiritum inter omnia 
debere numerari, quia omnia legunt facta per ipsum, etiam filium 
inter omnia adnumerandum putent , quia legunt ex Deo omnia. 

XL 

Quod divinae personœ ab invicem differunt , et contra ^. 

Athanasius, in symbolofidei : Alia est persona patris , alia filii, alia spi- 
ritus sancti. Item : Pater a nuUo est factus nec creatus nec genitus; fi- 

' Turon. deest titulus. 



SIC ET NON. 41 

lius a pâtre solo est, non factus nec creatus, sed genitus; spiritus 
sanctus a pâtre et fiiio, non factus nec genitus nec creatus, sed pro- 
cedens. Léo papa, in sermone Pentecostes : In trinitate divina nlhiJ 
dissimile, nihil imparest. Ambrosius, defide, ad Gratianum , lib. H : 
Apostoius dicit imaginem patris Christum esse. Arius dicit esse 
dissimilem, et vult ut pater dissimileni genuerit sui, quasi ini- 
potens qui generare sibi similem non potuerit. Item : Imago docet 
non esse dissimilem. Augustinus, quœstion. veteris et novœ leçjis, 
cap. CXLVni: qui me videt, videt et patrem, quia una sunt natura patei- 
et filius, hoc est, in nullo discrepare alterum ab altero. Item, cap. LV III: 
Unum qui videt, videt très; dum nihil differt alter ab altero. Hilarius, 
de trinitate, lib. I: Deus a Deo, ab ingenito unigenitus, alter ab altero 
nihil difFerens, quia vita viventis in vivo est. Lib. IV: Cum itaque legi- 
mus ifaciamushominemad imaginem et similitudinem nostram, quiasermo 
uterque ut non solitarium tantum, ita neque differentem significat, 
nobis quoque nec solitarius tantum nec diversus est confitendus. 

XII. 

Quod in trinitate aller sit cum allero, et contra^. 

Hymnus ambrosianus ad tertiam '^ : Nunc sancte nobis spiritus , unus 
patri cum fdio. Hieronymus^, inepistola adGalatas, lib. II : Qui cum 
secundum Deum unum sit ipse cum pâtre, secundum mediatoris 
officium alius ab eo intelligitur. Hilarius, de trinitate, lib. /, de pâtre 
loquens et fdio : Ut unum fide nostra sit, uterque non unus. 

XIII. 

Quod Deus pater sit causa filii , et contra *. 

Augustinus, lib. I super Genesim , contra calumnias Manichœorum: 
Qui dicit : quare Deus fecit cœlum et terram.^ respondendum estilli 

' Turon. deest titulus. — ^ Cf. amb. hymn. Corp. Poet. éd. Maitt. tom. II, pag. i564. 
— ' Locus Hieron. deest in Turon. — " Turon. deesl titulus. 

SIC ET NON. 6 



42 PETRI AB^LARDÏ 

quia voluit; voluntas enim Dei causa est cœli et terrae, et ideo major 
quam cœlum et terra. Qui autem dicit : quare voluit? majus aliquid 
quaerit quam est voluntas Dei; nihil autem majus inveniri potest. 
Idem, in libro quœstionum LXXXIII, cap. XXX: Qui quaerit quare Deus 
voluit mundum facere, causam quaerit voluntatis Dei. Sed omnis 
causa efficiens est ; omne autem efficiens majus est quam quod effi- 
citur; nihil autem majus voluntate Dei; non ergo ejus causa quae- 
renda est. Idem, in lih. VII confessionum, loquens ad Dominum : Nec 
cogeris invitus ad aliquid , quia voluntas tua non est major quam po- 
tentia ; esset autem major, si te ipso tu ipse major esses. Item : Vo- 
luntas et potentia Dei Deus ipse est. In libro quœstionum LXXXIII , 
cap. VII, de filio Dei disserens ait : Deus omnium quae sunt causa est. 
Quod autem omnium causa est , et sapientiae suae causa est , nec un- 
quam Deus sine sapientia sua fuit. Qui igitur sempiternae sapientiae 
causa est sempiterna , nec tempore prior est quam sua sapientia. 



XIV. 

Quod sit filius sine principio, et contra*. 

Hieronymus, inpsalmo CXIX: Tecum principium, pater principium , 
sed et filius principium. Principium non habet principium ; si enim 
habuerit aliud principium, jam ipsum desinet esse principium. 
Quicquid ergo dederimus patri , hoc demus et filio ; si enim pater 
in filio et filius in pâtre, et omnia patris filii sunt et omnia filii patris 
sunt , et principium patris principium filii est. Ergo ^ quod dicit , hoc 
est eo tempore quo patiebaris , dicebas : Pater, in manus tuas com- 
mendo spiritum meum; et quasi de hominis loquebaris affectu, non 
quasi imbecillis rogabas. Tecum erat principium , tecum erat divinitas, 
sed propterea deprecabaris auxilium , ut accepto auxilio dares sanctis 

* Turon. deest titulus. — * Haec usque ad Fulgentius, in lih. desunt inTuron. 



SIC ET NON. 45 

tuis ut illi splendeant. ïterum per hominem loquitur; si enim corpus 
hominis assumsit, necesse est ut et hominis verba suscipiat. Ful- 
gentius, in lih. de immensitate filii Dei : In principio erat verbum : an 
forte , quia in principio erat aliquid , filio existendi audebimus assi- 
gnare principium, et ideo sine initio natus esse non creditur? absit. 
Ipse dixit : Ego sum alpha et oméga, initium et finis; quia ipse inchoa- 
vit perficienda, ipse perfecit inchoata. Credimus igitur Dei fdium 
sine aliquo suae divinitatis initio de patiis substantia genitum. Joh. 
Chrysostomus, saper epistolam Pauli ad Hehrœos, in sermone XII : Mel- 
chisedech quomodo initium dierum neque finem vitœ habuerit; quo- 
modo in illo non est narrata ejus genealogia, sic et Christus, ipsa 
hatura rei, et sine initio et sine fine est. Sicut enim istius nescimus 
nec initium nec fmem vitae, quod non sit scriptum, sic etiam nes- 
cimus filii nec initium nec finem. Item : Intuens sine initio filium , 
non quia non habet causam ex qua sit ; hoc enim impossibile est ; 
habet namque patrem; alioquin, quomodo filius? sed quia non ha- 
bebat initium vitae neque finem. Item, in expositione symboli, quae sic 
incipit : Universalis ecclesia congaudet. Istum unicum Dei filium de 
substantia patris natum et genitum profitemur, et initium de pâtre 
habere dicimus. Augustinus, de trinitate, lih. V, cap. F//;Dicitur rela- 
tive pater, idemque relative dicitur principium ; sed pater ad filium 
dicitur principium ad omnia quae ab ipso sunt. Item et principium 
dicitur filius; cumenim diceretur ei : tu qui es? ^esipondiiT: Principium, 
gui et loquor vobis. Creatorem quippe se ostendere voluit , cum dixerit 
se esse principium , sicut et pater principium est creatorum , quia ab 
ipso sunt omnia. Item : Unum ergo principium ad creaturam dicitur 
Deus , non duo vel tria principia ; ad se tamen invicem in trinitate , 
si gignens ad id quod gignit principium est , pater ad filium princi- 
pium est, quia gignit eum. Utrum autem et ad spiritum principium 
sit pater, quum dictum est : principium sit : pater de pâtre procedit, 
non parva quaestio est. Item, post aligua, in seguenti cap. : Si el quod 
datur, principium habet eum a quo datur, fatendum est patrem 
et filium principium esse spiritus sancti. Item : Cognosci quod ab illo 



44 PETRI AB^LARDI 

procédât qui tamen a filio proceditî. Sed totius divinhatis, sive 
melius dicilur, deitatis principium pater est. Idem, in lib. quœstionum 
veteris et novœ legis, cap.LVIII: Caput filii pater est, caput spiritus 
sancti filius , quia de ipso accepit , et sicut pater misit fdium , ita et 
tilius misit spiritum sanctum. Item, cap. XXXIII: Hoc est adimagi- 
iiemDei factum esse hominem,ut, sicut ab uno Deo sunt omnia, ita 
ab uno homine totum genus humanum. Mulier de eo facta est, ut 
per eam nativitas oriretur ; filius vero Dei ideo natus est ut per ipsum 
fieret creatura. Item, cap. XCIV : Filium Dei perfectum a Deo natuni 
nemo fidelium ambigit. Omnia enim divinitatis paternae accepit 
nascendo de Deo pâtre. Tune ergo accepit nomen quod est super 
omne nomen, scilicet ut hoc dicatur quod pater Deus; nam nihil 
apud eum futurum dicitur; omnia enim ante se habet; ideo ad haec 
omnia creanda et restauranda natus est. Nam utique ordo et ratio 
hoc habet ut paterno nomine omne genu flectatur, hoc pater do- 
navit filio propter ea quae erat acturus; donavit autem , quum genuit. 
Sic enim illum genuit ut in eodem honore esset quo ipse pater 
est. Gennadius, de orthodoxa jide ecclesiasticorum dogmatujn, cap. I : 
Gredimus unum Deum esse patrem et filium et spiritum sanc- 
tum : filium eo quod habeat patrem; spiritum sanctum eo quod 
sit ex pâtre et filio ; pater ergo principium deitatis , a quo filius natus, 
a quo spiritus sanctus non natus, sed ex Deo pâtre et Deo filio 
Deus proce(fens. 

XV. 

Quod Deus non genuit se, vel quod etiam secundum divinitatem filius factus 
sive creatus dicatur; vel quod principatu quodam sine auctoritate procédât 
patris, et contra 2. 

Augustinus , in I. de trinitate: Qui putat hujus potentiae Deum ut se 
ipsum ipse genuerit, eo plus errât quod non solum Deus ita non est , 
sed nec spiritualis creatura nec corporalis. NuUa enim res est omnino 

' August. 0pp., tom. VIII, pag. 84 1- — ^ Turon. deest titulus. 



SIC ET NON. 45 

quae se ipsiini gignat. Idem, m libro quœstionum veteris et nov. leg,, 
cap. VIP : Deus perfectio estetnullius eget. Quidergo opiisfuit Christo 
ul nasceretur? Deus pater, cum ea quae non erant voluisset existere, 
et majestatis suae in hoc condignum opus sciret, priiis de se filiuni 
generavit in quo ipso videretur, qui nihil ab eo distaret, ut magni- 
tudini suœ congruus responderet effectus. Quid enim ultra possct la- 
cère quam ut ex se alterum qui perfectus estgeneraret?hoc ergo peifec- 
tum opus, quo non potest videri prœstantius aliud.Deus enim ex quo 
sunt omnia, volens et de creatura prius fdium, quem in mysterio in 
se vel apud se habebat, generavit, per quem faceret quae facta sunt , ut 
ostenderet creaturae mysterium quod latuit in illo ex aeternis, sicut 
dicitApostolus. Item, cap. CJTLF///; Deus omnipotens , cum magnitu- 
dine ac bonitate praestantior sit, magnum aliquid et maximum bonum 
edere ex se atque exhibere debuerat. Sed si quid edidisset quod con- 
tra modum excellentiae suae foret, aut non potuisse amplius, quod in 
omnipotentem non cadit , aut poluisse , quod inbenignissimum esse 
videretur. Certe in summo Deo grande non fuerat fecisse quod intra 
se positum vim plenœ summitatis non esset liabiturum ; supra se ergo 
nihil erat ; nihil est enim quod Deum vincat. Infra se parum fuerat quod 
minus maximo non congruebat. Simillimum itaque suum filium creans, 
edidit ex se quasi alterum se. Item : Qui ergo habuit fdium totis sibi si- 
militudinis partibus congruentem, hoc est, unions unicum, beatus bea- 
tum , maximus maximum , sempiternus sempiternum , habuit itaque 
ante mundum creatae sobolis principatum , de quo rébus oriundis im- 
pertiebat exemplum , ut gignentium germina suis respondere semi- 
nibus cogerentur. Nec sane aliter sinebat ordo legitimus quam ut pa- 
ter rerum futurus antea esse debuerit pater proprius , hoc est , propri i 
sui fœtus. Item : Ex se id quod in se et secum semper habuit, eduxit et 
protulit; ut si lucem ex sole nasci dicam quod ab eo procédât, non 
utique quia aliqua sine luce sol aut esse non possitaut fuerit. Idem, in 
lib. Vhœres. : Hermès, qui latine Mercurius dicitur, scripsit hbrum qui 
logos teleos^ appellatuf, scilicet verbum perfectum . Magnum nomen 

' Vid. August. 0pp., ton). III. Append. P. i, pag. 61. — ^Sic Codd. f^oyç timoç. 



l 



46 PETRI AB^LARDJ 

libri ejus, quia magnus est de quo scriptus est. Audiamus quid loqua- 
tur de verbo perfecto. Dominus, inquit, etiam omnium factorum 
deorum secundum fecit dominum ; hune fecit primum et solum et 
verum. Bonus autem ei visus est et plenissimus omnium bonorum. 
Quantum plenissimus sit , evangelista dicat : de plenitudine ejus omnes 
accepimus. Laetatus est valde et dilexit tanquam unigenitum suum , 
quem primo factum dixit, unigenitum suum appellavit postea. Item , 
alio loco, dixit : Filius benedicti Dei atque bonae voluntatis. Quaerebas , 
pagane, conjugem Dei? audi Mercurium : ConjugemDei quaerisPcon- 
juxDei, bona voluntas est. Idem, in libro quœstionum vet. etnov. legis, 
cap. LVIII: Spiritum sanctum, qui tertius sit a pâtre, secundus autem 
a Ghristo secundum numeri ordinationem ; juxta substantiam autem 
non esse et non differre unum ab altero. Ex libro quœstionum Orosii; ad 
Augustinum Orosius : Voluntate pater genuit fdium an necessitate.^ 
Augustinus : Nec voluntate née necessitate ; quia in Deo nécessitas 
non est , praeire voluntas sapientiam pon potest. Igitur prius fuit ra- 
tionabiliter sapere quam rationabiliter velle ; nam quidam nostrum , 
cum eum interrogasset haereticus , utrum volens an nolens genuerit 
pater filium, laudabiliter respondisse fertur : Die, inquit, et tu, hœ- 
retice, Deus pater necessitate estDeus an voluntate .^^ Si dixisset : ne- 
cessitate ; sequebatur grandis absurditas ; si voluntate , respondebatur 
illi : ergo voluntate Deus est, non natura. Idem, de verbis Domini, ser- 
mone JT : Insinuatur in nobis : in pâtre auctoritas, in filio nativitas, in 
spiritu sancto patris filiique communitas. Ecclesiasticus : Omnis sa- 
pientia a domino Deo est, et cum illofuit semper et est in omne œvum. Sa- 
pientiam Dei praecedentem omnia, quis investigavit.*^ Prior omnium 
creata est sapientia , et intellectus prudentiae ab aevo ; fons sapientiae 
Dei in excelsis. Hilarius, super psalm. CXXXVII : Tu formasti me 
et posuisti super me manum tuam. Utrumque significat ut quod 
formavit, antiquum sit; quod superposuit manum , novissimum sit. 
Quod enim secundum naturam divinitatis formatus sit, Apostolus 
docet dicens, qui cum informa Dei esset; quod enim in forma est, 
formatur, in forma et ei pater, naturae et divinitatis est ut referri 



SIC ET NON. 47 

possit ad patiem et formatus ab ipso sit'. Idem, de tnnitate , lib. III: 
Secundum Apostolum, quia in Christo habitat omnis plenitudo divim- 
tatis corporaliter. Sed incomprehensibiliter, inenarrabiliter ante omne 
tempus et saecula , unigenitum ex his quae ingenita in se erant , pro- 
creavit, omne quod Deus est per caritatem atque virtuteni nativi- 
tati ejus impertiens; ac sic ab ingenito, perfecto aeternoque patie 
Linigenitus et perfectus et seternus est filius. Ea autem, quae ei sunt, 
secundum corpus quod assumsit, bonitatis ejus ad salutem nos- 
tram voluntas est^. Idem, in XI : Verba quœ loquor vobis, non a me 
loquor. Nam , dum non a se loquitur , auctori eum necesse est de- 
bere quod loquitur. Item ad id quod agit secundum nativitatem , 
sibi pater auctor est. Rursus in XII, de non nato Deo pâtre et nato 
ab eo fdio loquens , ait : Neque id ipsum est non natum atque nasci : 
quia illud ab altero , hoc vero a nemine est. Et aliud est sine auc- 
tore esse semper aeternum , aliud quod patri , id est , auctori esse 
aeternum. Ubi enim pater auctor est , ibi et nativitas est. At vero ubi 
auctor aeternus est, ibi et nativitas aeternitas est; quia sicut nativitas 
ab auctore est, ita et ab aeterno auctore aeterna nativitas. Itemque ex 
aeterno natum est; id si non aeterno^ natum, jam non erit et pater 
auctor aeternus. Si quid igitur ei qui ab aeterno pâtre natus est, ex ae- 
ternitate defuerit, id ipsum auctori, qui pater est, non est ambiguum 
defuisse , quia quod gignenti est infinitum , infinitum est etiam nas- 
centi. Item : Ex aeterno nihil est aliud quam aeternum, quod si non 
aeternum, jam nec pater qui generationis auctor est, aeternus est. Item : 
Ex te natus ostenditur , ut nihil aliud quam te sibi significet aucto- 
rem. Item, in XII: Filius ex te Deo pâtre Deus verus et a te genitus; 
post te ita confitendus , ut tecum , quia aeternœ originis suae auctor 
aeternus es. Nam dum ex te, secundus a te est. Ambrosius'^, in epist. prima 
Pauli ad Corinth: Caput Christi est Deus. Dignum est ut fdii caput pa- 
ter dicatur, quia est genitor ejus. Idem , in secunda : Omnia autem e\ 

' 0pp. S. Hilarii, pag. 5 1 1 . Vid. ibi not. — ' Sic Codd. et Ed. pag. 809. — ' Turon. sine 
œterno nat. Abrinc. si non œternum. — " Tiiron. hœc omnino desnnt usque ad sequenleni 
quœstionem. •> 



48 PETRI AB^LARDl 

Deo. Quamvis Chiistus nos redemeiitv omnia tamen ex Deo, quia ab 
ipso est omnis paternitas ; ideoque necèsse est prœferri personam patris. 
Item, in epistola adEphesios : UnusDeus et pater omnium, qui super est, etc.; 
patrem Deum, quia nulli débet quod est, super omnia esse dixit, etc. 
Hieronymus, nicœni concilii fidem exponens : Absit ergo in fdio Dei ali- 
quid plus minusve , aut in loco aut in tempore aut in potentia aut in 
scientia aut in aequalitate aut in subjectione, cum dicitur hoc: ut 
deitati ejus, non carni adscribantur. Si enim plus minusve aliquid 
invenitur, excepto hoc quod genuerit pater filium , etexceptohoc quod 
fdius non ex semet ipso natus est, sed de pâtre natus est proprie, aut 
invidens aut impotens pater, insuper et temporalis agnoscitur. Au- 
gustinus, de incamata deitate, ad Januarium, de filio Dei sic ait : Videa- 
mus etiam qualiter sentiendum sit, quod in sapientia Salomonis le- 
gimus, qui ait de sapientia, quia vapor est quidam virtutis Dei, etc. 
Item : Ex quo ostenditur semper fuisse vaporem istum virtutis Dei , 
nuUum habentem initium , nisi ipsum Deum ; neque enim decebat 
aliud esse initium nisi ipsum unde etiam est et nascitur. Item, post 
o/i^«a : Imago bonitatis ejus; principalis namque bonitas sine dubio 
pater est, ex quo filius natus qui per omnia imago est patris; procul 
dubio etiam bonitatis ejus convenienter imago dicitur. Non enim ali- 
qua alia bonitas existit in filio, praeter eam quae est in pâtre. Item prin- 
cipalis bonitas in Deo pâtre scienda est , ex quo vel filius vel procedens 
spiritus sanctus. Chrysostomus, super Matthœum : Ductus est Jésus in de- 
sertum a spiritu; a spiritu sancto ductus est, sed non quasi minor 
majoris praecepto, sed major minoris hortatu. Nam non solum duc- 
tus aut adductus dicitur qui alicujus potestate ducitur, sed etiam ille 
qui aliter exhortatione rationabiliter placatur. Item dixit pater familias 
procuratori suo. Sine dubio filius dicit spiritui sancto, et, si volueris, 
concedo tibi ut pater filio dicat. Non quaero utrum filius sit patris pro- 
curator, aut spiritus sanctus filii ; sed hoc dico quia procurator domus 
et pater familias nec ejusdem substantiae possunt esse , nec una per- 
sona esse nec aequalis dignitas. Si ergo alter pater familias, alter pro- 
curator patris familias, quomodo locum haèeat trinitas tua? Si autem 



SIC ET NON. kg 

ejuiHem substantiae est, et est minor, injuriam facis substantiae. Si 
non aequalis dignitas, ubi est una substantia? Item : Et vidit spirituni 
sanctum descendentem sicut columbam et manentem super se \ Non 
dixit : bic est fdius noster ddectus, ut ne, quemadmodum Deus, ita 
et spiritus sanctus videatur pater Christi fuisse. Nam si aequales sunt 
per omnia , quemadmodum ille est paternitate bonoratior, sic et spiri- 
tus sanctus. Si autem Deus quidem pater est quia fibum babet, spi- 
ritus autem sanctus non est pater quia nec filium babet, non est per 
omnia aequalis. Nec dictum est : bi sunt fibi mei dilecti , nec cum 
Cbristo etiam fibus est quemadmodum Cbristus. Si autem non est 
fdius quemadmodum Cbristus, sed minister fidebs Cbristi, non est 
aequalis Cbristo. Pauiusapostolus ad Pbilippenses : Hoc sentite in vobis 
quod et in Christo Jesu ; qui, cum informa Dei esset, non rapinam arbitra- 
tus est esse se œqualem Deo. Athanasius, in symholo fidei : Filius a pâtre 
solo est, non factus, non creatus, sedgenitus. Item:Seà in bac trinitate 
nibil prius ac posterius , nibil majus aut minus ; sed totae très personae 
coaeternae sibi sunt et coaequales. 

. XVI. 

Quod tilius dicatur a patre gigni , non lamen genitus, et contra. 

Gregorius, in Job, lib. XXXIIl: Lingua mea calamus scribae; quod 
loquimur transit, quod scribimus permanet. Lingua patris calamus 
scribae dicitur, quia ab eo verbum illius coaeternum ac sine transitu ge- 
neratur. Ambrosius, defide, adGratianum imperatorem : Non bœc sunt 
in Deo ut corporaliter existimanda; incomprebensibiliter generatur 
fdius; impassibiliter générât pater, et tamen ex se générât et ante 
omnem intellectum générât Deus verus Deum verum. Hieronjmus, 
in definitione fidei catholicœ nicœnique concilii symboli : Quod de sub- 
stantia patris natus est , semper ipse ait Salvator in Evangeliis : quod 
nascitur de carne caro est , et quod nascitur de spiritu spiritus est. 

■ Matth. ni, 16. 

SIC ET NON. 7 



50 PETRJ AB.^LARDI 

Augustinas , de trimtate , lib. V, cap. XIU< Si gignens ad id quod gl^nit 
principiuni est, pater ad filium est principium, quia gignit eum. 
/rfem, de generatione filii ex Deo paire disserens,vin lih. LXXXUl 
(fuœstionum , cap. XXXVIII : Meliusest, inquit, s«niper natiis, quam 
semper nascitur; aliiid est enim nasci, aliud natum esse ; ac per hoc 
nunqaam fdius, si nunquam natus; et si semper filius, semper igitur 
natus. Idem, ad Pascentium comitem Arianum ^ : Quid eigo dicimus? si 
natus est fdius de pâtre, jam pater destitit gignere, et, si destitit, 
cœpit; si autem cœpit gignere, fuit aliquando sine filio; sed nunquam 
fuit sine fdio, quia fdius ejus sapientia ejus est; ergo semper gignit 
pater et semper nascitur fdius. Hic rursus timendum est ne putetur 
imperfecta generatio , si non dicimus natum esse, sed nasci. Com- 
patere mecum , obsecro , in his angustiis humanae cogitationis et lin- 
guae ; et pariter confugiamus ad spiritum Dei per prophetam dicen- 
tem: Generationem ejus quis enarrabit? Gregorius , super Job lib. XXIX: 
Dominus Deus Jésus Christus , in eo quod virtus et Dei sapientia est , 
de pâtre ante tempora natus est , vel potius quia nec cœpit nasci nec 
desiit, dicamus verius semper natus. Non autem possumus dicere : 
semper nascitur, ne imperfectus esse, videatur. At vero ut aeternus 
designari valeat et perfectus , semper dicamus et natus , quatenus 
et natus ad perfectionem pertineat , et semper ad aeternitatem , quam- 
vis hoc ipso quod perfectum dicimus , multum ah illius veritatis ex- 
pressione deviamus; quia quod factum non est, non potest dici per- 
fectum; et tamen infirmitatis nostrae verbis Dominus condescendens, 
estote, inquit, perfecti, sicut et pater vester cœlestis perfectus est ^. 

XVÏI. 

Quod solus pater dicatur ingenitus, et non. 

Isidorus , etymologiarum /i6. F/ .-Pater solus non est de alio, ideo 
solus appellatur ingenitus. Athanasius, de trinitate, lib. F///':Nativitas 

' Haec usque ad Gregorius super Job désuni in Turon. — ^ Greg. opp., tom. I , pag. 917. 
— ' Haec usque ad Augustinus de orthod.f. désuni in Turon. 



SIC ET NON. 51 

filii Dei ante principium apud patrem est. Confiteor unum iniiasci- 
bilem et unum natum. Confiteor patrem omnipotentem sineinitio, 
sine fine , qui omnia tenet et a nullo tenetur, omnia guliernat et a 
nullo gubernatur. Quantam habet pater virtutem , tantam habet et 
filius. Non diminuitur genitus ab eo , qui est innascibilis. Spiritus 
sanctus nec natus nec innascibilis; si autem dixero natum, duos 
filios statuo. Augustinus, de orthodoxa fide : Pater, inquit, principium 
deitatis, a quo filius natus, a quo spiritus sanctus non natus, quia 
non est filius, necingenitus, quia non est pater. Gregorius, in registro, 
cap. I: Spiritum vero sanctum nec genitum nec ingenitum , sed coaeter- 
num, de pâtre etfilioprocedentem. Augustinus, in quœstionibus abOrosio 
propositis et ab ipso solutis, cap. Il : Spiritum sanctum nec genitum 
nec ingenitum fides certa déclarât ; quia , si dixerimus ingenitum , 
patrem affirmare videbimur; sin autem genitum, duos filios credere 
culpamur ; sed , quod certa fides tenet, nec ingenitus est nec genitus , 
sed ab utrisque procedens, scilicet a pâtre et filio. Idem, in lib. V de 
trinitate, cap. VII : Quod ergo dicitur ingenitus , hoc ostendit quod 
non sit filius; sed genitus et ingenitus commode dicuntur ; filius au- 
tem latine dicitur, sed infilius ut dicatur non admittit loquendi 
consuetudo. Nihil autem intellectui demitur, si dicatur non filius; 
quemadmodum etiam, si dicatur non genitus, pro eo dicitur ingeni- 
tus , nihil aliud dicitur. Item : Non ergo jam dicemus ingenitum , 
quamvis latine dici possit; sed pro eo dicamus non genitum, quod 
tantum valet; non ergo aliud dicimus quam non filium. Item : Ingeni- 
tus porro quid est nisi non genitus? Sicut enim genitus non ad se 
ipsum dicitur, sed quod ex pâtre sit, ita, cum dicitur ingenitus, non 
ad se ipsum dicitur, sed quod ex genitore non sit, ostenditur. Am- 
brosius, de incamatione dominica^: Cum dudum audierint quidam, di- 
centibus nobis, filium Dei qui generatus sit patri qui generavit 
inaequalem esse non posse , quamvis ille generatus sit et iste genera- 
verit, quia generatio non potestatis est , sednaturœ; adversus illam 
quidem quaestionem vocem sibi arbitrantur occlusam. Sed vestigium 

' Turon. deest hic Ambr. locus. 

7- 



52 PETRI AB7î:LARD1 

vertunt , mutatione sermonis dicentes : quomodo possunt ingenitus 
et genitus esse unius naturae atque siibstantiae? Ergo, ut respondeam , 
primum omnium ingenitum in scripturis divinis nusquam invenio , 
non legi, non audivi. Cujus mirabîlitatis sunt homines istius modi, 
ubi dicant nos usurpai e non scripta , cum scripta dicamus , et ipsi ob- 
jiciant quoud scriptum non sit? Item asserant ubi ingenitum patrem 
legerunt; itemverbum ingeniti ubi legerunt, demonstrent. Lectum 
est, inquiunt; nam Arius dixit ingenitum patrem, et genitum et crea- 
tum filium. Quo auctore contra apostolica scripta contendunt. Si 
modo Arii se discipulos fateantur ! Sed si illi dicunt quod Arius jus- 
tius, ego debeo dicere quod Apostolus dixit : patrem non ingenitum, 
fdium et genitum dixit. Quod legi, non nego, imo libenter usurpo; 
quod non legi, usurpare non debeo. Sed usurpent ne forte dicant 
quia genitum non legimus patrem ,ideo ingenitum existimare debe- 
mus. Intelligitur ergo boc, non legitur; sed nec spiritum sanctum 
genitum legi. Ergo et spiritus sanctus ingenitus secundum nostram 
sententiam nominandus est. 

XVIII. 

Quod oeterna generatio filii narrari vel sciri vel intelligi possit, et non. 

Hieronymus, super Ecclesiastem , ubi dicitur : Quis scit spiritum 
filiorum hominum , si ascendat sursum et spiritus pecoris descendat 
deorsum in terram ? adjiciendo : quis difficultatem rei voluit demons- 
trare ? per nomen enim quis in scripturis sanctis non pro impossibili 
sed pro difficili semper accipitur, ut ubi: generationem ejus, scili- 
cet Christi , quis enarrabit? Idem , in prologo super Isaiam : Neque , ut 
Montanus somniat, propbetae in extasi sunt locuti ut nescirent quid 
loquerentur, et, cum alios erudirent, ipsi ignorarent quid dicerent. 
Sic , juxta Salomonem qui loquitur in proverbiis : sapiens intelli- 
git quœ profert de ore suo , et in labiis suis portabit sententiam , 
et ipsi sciebantquid dicerent. Item : Quomodo sapientes propbetae, 



SIC ET NON. 53 

instar brutorum animalium , quid dicerent ignorabant ? Legimus 
et in alio Apostoli loco : Spiritus prophetarum prophetis subjecti 
sunt, ut in sua habeant potestate quando taceant, quando loquantui. 
Idem, super Isaiam , libr. I: Audituaudivi a Domino. Propter hoc enim 
proprie videntes vocabantur , qui dicere poterant : ocuU nostri semper 
ad Dominum. Istos cordis oculos et sponsa habebat in Cantico can- 
ticorum, cum ei sponsus dicit : vulnerasti cor meum, soror mea sponsa, 
une ex oculis tuis. Et in evangelio legitur : lucerna corporis tui est 
oculus tuus. In veteri quoque dicitur testamento quod populus 
audivit vocem Dei. Ex quo Montani deliramenta conticeant, qui 
in extasi et cordis amentia prophetas putat ventura dixisse; ne- 
que enim videre poterant quod ignorabant. Origenes \ in epistola 
Pauli ad Romanos : Secundum revelationem mysterii temporibus œternis 
taciti , etc. Sed requirendum est utrum ita dicat in silentio habi- 
tum , ut omnino nullus agnoverit , nec ipsi quidem qui annuntia- 
bant prophetae. Mihi quidem valde absurdum videtur ut dicamus 
prophetas ita scripsisse de sacramentis divinis, ut non inteiligerent 
quae dicebant , cum scriptura dicat : Sapiens intelliget quœ de ore ejus 
procédant et in labiis portât intellectam. Si vero non intellexerunt quœ 
de ore proprio proferebant, non erant sapientes. Unde si stuitum 
est prophetas negare sapientes fuisse , restât ut intellexerint quae 
proferebant. Paulus dicit se audisse verba quae non licet homini 
loqui ; non quod ipse ignoret quod audierit , sed quod aiiis pan- 
dere quae sibi sunt indicata non iiceat. Ita ergo potest et hoc loco 
dictum videri , sacramentum in silentio habitum , quod scirent qui- 
dem prophetae , sed hominibus , scilicet vulgo , non manifestave- 
rint , si silentio texerunt sanctum praeceptum Dei usque quoad tenipus 
adesset, et verbum caro fieret. Augustinus, super Johannem : In princi- 
pio erat verbum, et verbum erat apud Deum, et Deus erat verbum. Hoc 
animalis homo non percipit. Quid ergo, fratres.^ silebimus hinc. Quare 
ergo legitur, si siletur.^ aut quare auditur, si non exponitur.^ aut 
quid exponitur, si non intelligitur ? Itaque quum nirsus esse non 

' Turon. deest hic locus Origenis. 



54 PETRI AB^LARDJ 

dubito in numéro vestro quosdam a quibus possil non solum ex- 
positum capi , sed et , antequam exponatur , intelligi , non fraudabo 
eos qui possunt capere , dum timeo superfluus esse auribus eorum 
qui non possunt capere. Idem , de trinitate , lihr. II : Non aliud est 
illi esse de pâtre , vel nasci de pâtre , quam videre patrem ; aut aliud 
videre patrem operantem, quam pariter operari. Hierony mus , super 
Matth., lihr. jgeneraiionis Jesu Christi : In Isaia iegimus : generationem 
ejus quis ei^arrabit ? Non ergo putemus evangelium prophetœ esse 
contrarium , ut quod ilie impossibiie dixit , efFatu bic narrare inci- 
piat ; quia ibi de generatione divinitatis , bic de incarnatione dictum 
est. Augustinus, lib.II contra Maximum : Distinguere inter banc gene- 
rationem et banc processionem nescio , non vaieo , non sufficio , 
quia et ilia et ista est inefïabilis , sicut propbeta de filio ait : gene- 
rationem ejus quis enarrabit? Athanasius\ de trinitate, lihr. VI cap. II: 
Maledictus qui inenarrabiliter filium vere genitum de substantia 
patris esse non confitetur, fiât, fiât. Idem, lihr. VIII: O bomo, dei- 
tatem quaeris, vitupero te. Si credis, bene facis; credere tibi jussum 
est, non discutere permissum. Si autem discutis et dicis : quomodo 
patert^ de lumine excidisti ; et si dixeris : quomodo filius ? occurret 
tibi : generationem quis enarrabit? Unde ergo ne similiter excidas a 
lumine; nemo enim novit patrpm nisi filius, nec filium nisi pater. 
Ambrosius, de fide , ad Gratianum imperatorem : Mibi impossibiie est 
generationis scire secretum ; supra potestates , supra angelos , supra 
cberubim, supra serapbim, supra omnem sensum est. Scrutari non 
licet superna mysteria; licet scire quod natus, non licet discutere 
quemadmodum. Item: Credere jussum est, et non discutere per- 
missum est. Item : Mysterium patris nec angeli potuerunt compre- 
hendere. Augustinus, quœstion. veteris et novœ /e^fi^ : Cberubim et 
serapbim non comprebenderunt penitus quid Deus sit , quia nemo 
novit patrem nisi filius. 

' Hi duo Athanasii loci desunt in Turon. 



SIC ET NON. 55 

XIX. 

Quod de aeterna generatione filii iHud sit accipiendum : Ego hodie genui te. 

Aagustinus, super secundum psalmum : Filius meus es tu; ego hodie genui 
te. Quamquam possit etiam ille dies in prophetia dictus videri quo 
Dominus secundum hominem natus est, tamen hodie quia prœsentiam 
significat, atque in aeternitate nihii praeteritum est, quasi esse de- 
sierit,'nec futurum quasi nondum sit, sed prœsens tantum accipitur 
hoc quod dictum est : ego hodie genui te; quo sempitertiam gênera- 
tionem sapientiae Dei , quae est unigenitus filius , fides sincera et ca- 
tholica praedicat. Idem in libro V, contra hœreses : Audi adhuc , qui 
negas Deum genuisse filium , audi quid pater dicat per Isaiani : 
Numquid ego, qui alio s parère facio , ipse non pariam? dicit Dominus. 
Si ego qui generationem caeteris aliis tribuo, sterilis ero? dicit Domi- 
nus. Cui dictum est : filius meus es tu; ego hodie genui te. Irrides, 
cum audis hodie ; apud Deum nunquam crastinum , nunquam hes- 
ternus dies est, sed semper /iO(/ie. Idem^, in Enchiridio , cap. XLIX: 
Non enim renascebantur qui baptismate Johannis baptizabantur, sed 
quodam praecursorio ministerio, qui dicebat : parate viam Domino. 
Huic, in quo solo renasci poterant, parabantur. Hujus enim bap- 
tisma est non in aqua tantum , sicut fuit Johannis , verum etiam in 
spiritu sancto, ut de illo spiritu sancto regeneraretur quisquis in 
Christum crédit; de quo Christus generatus regeneratione non eguit. 
Unde vox illa patris quae super baptizatum facta est : ego hodie genui 
te ; non unum illum temporis diem quo baptizatus est , sed immu- 
tabilis aeternitatis ostendit , ut illum hominem ad unigeniti patrem 
pertinere monstraret. Ubi enim dies, nec hesterni fine inclioatur 
nec initio crastini terminatur, semper hodiernus dies est. In aqua 
ergo baptizari voluit a Johanne, ut magna ejuscommendaretur hu- 

' Hic locus deest in Turon. 



56 PETRI ABv^LARDI 

militas. Idem, insermone Ilferiœ paschalis, qui sic incipit : Non minus 
etiam nunc laetari debemus quam hesterno die laetati sumus. Ghris- 
lus qui nos illuminavit nobis dies factus est; ipse pro nobis hodie 
genitus est, secundum quod David ex persona Dei patris ait: Filius 
meus es tu; ego hodie genui te. Non quod in die illa genuerit filium , 
sed quod ipsum filium , diem lucemque genuerit , qui fulgeat cunc- 
tis, luceat universis. Hodie autem dicitur quod velut praesens et 
indeficiens lumen de ipsa perpetuitate fulgoris una dies esse videa- 
tur; quod enim nec vetusta antiquitate subterfugiunt nec futura 
ignoratione praetereunt. Item : Quo autem tempore dictum sit filio : 
ego hodie genui te, scire debemus non illo quo ex Maria secundum 
carnem natus est , nec illo quo secundum divinitatem ex Dei patris 
ore processit , sed illo tempore quo a morte resurrexit. Sicut enim 
apostolus Paulus ait : Resuscitans dominum Jesum, sicut scriptum 
est in psalmo : Filius meus es tu; ego hodie genui te. Recte ergo tune 
hodie vocitatur, quia de inferorum tetra nocte ad superos, velut 
praeclarum lumen, emicuit. Idem, in tractatude incamatione Domini: 
De eo quod minor est pâtre et consubstantialis est matri ^ , pro- 
pheta cecinit dicens : ego hodie genui te. Item : Illa prophetia nativi- 
tatem futurae carnis ostendit , eo quod de Maria virgine nuper natus 
est. Nam de aequalitate divinitatis ejus cum pâtre non dicit : hodie 
genui te, sed, ante luciferum genui te, scilicet antequam dies vel an- 
geli fièrent. Ambrosius, de sacramentis , lih. III : Quid est regeneratio? 
habes in actibus Apostolorum , quod ille versiculus in psalmo : Filius 
meus es tu; ego hodie genui te, ad resurrectionem spectare videatur. 
Namque in actibus Apostolorum Petrus apostolus sic interpretatus 
est , quod tune quando resurrexit filius a mortuis , vox patris resul- 
taverit : Filius meus es tu, etc. Unde et primogenitus a mortuis dici- 
tur; resurrectio est quando de morte ad vitam transimus. Sic et in 
baptismate, quia similitudo mortis est dum mergis, dum resurgis 
similitude fit resurrectionis^. Recte itaque secundum interpretationem 

' Sic Codd. Locus hic non reperitur in Edit. tom. VIII. Append,, pag. 5i seqq. — 
" Ambr. opp. , tom. II, pag. 36 1, 



SIC ET NON. 57 

apostoli Pétri , sicut illa resurrectio generatio fuit , ita et ista resur- 
rectio regeneiatio est. Hilarius super Matth}, cap. H, de Domino hap- 
tizato : Nam baptizato eo , reseratis cœloruin aditibus, spiritus sanctiis 
eniittitur et specie columbae visibilis agnoscitiir, et istiiis modi pa- 
terne pietatis unctione perfunditiir ; vox deinde de cœlo ita locuta 
est : Filius meus, etc. Idem, in II psalm. :Natus est rursum ex baptismo 
et '^ fuit tum Dei fdius, ut et in id ipsum et in id aliud nasceretur. 
Scriptum est autem , cum ascendisset ex aqua : Filius meus es tu : ego 
hodie genui te; sed secundum generationem hominis renascentis , tune 
quoque ipse Deo renascebatur in fdium. Sed id quod nunc in psalmo 
est : Filius meus es tu, etc., non ad virginis partum , neque ad lavacri 
regenerationem , sed ad primogenitum exmortuis pertinere apostolica 
auctoritas est. Namque in libro actuum Apostolorum ita dictum est : 
suscitans dominum nostrum Jesum , sicut in psalmo primo scriptum 
est : Filius meus, etc. , cum suscitavit eum a mortuis, amplius non re- 
gressurum in interitum. Idem, in lib. XI de trinit. .Jésus quemadmodum 
in virtute et spiritu Dei unctus sit, non ambiguum est tune, cum ascen- 
dente eo de Jordane vox patris audita est : Filius meus es tu, etc., ut per 
hoc testimonium sanctificatœ in eo carnis unctio spiritalis virtutis 
cognosceretur. Item : Denique ille prophetiae sermo posteriorem unc- 
tionem banc, quae in tempore esset, ostendit dicens : Dilexisti justi- 
tiam, et odisti iniquitatem, etc. Meruisse posterius est quam esse. Si 
igitur nativitati unigeniti unctionem Dei deputamus ' , quœ unctio 
ob meritum dilectœ justitiœ et perosae iniquitatis indulta sit, pro- 
vectus potius per unctionem unigenitus Deus quam genitus intel- 
ligetur; jamque per incrementa et profectus deus consummabitur , 
qui non natus deus sit, sed in deum sit unctus, ex merito; et jam 
per causam erit deus Christus, et non omnis causa per dominum 
nostrum Jesum * Christum. 

' Turon. deest prior hic Hilarii locus usque ad : Hilarius super secundum psalmum : 
Natus est, etc. — ^Turon. deest. et — ' Edit. pag. 109/i. ckputabimus. — " Turon. ut in 
Edit. deest nostrum Jesum. 



58 PETRI AB.f:LARDI 

XX. - ■ 

Quod primus psalmus de Christo sil accipiendus ^ 

Hieronymus, in majore breviario ^ : et in via peccatorum non stetit. 
Non dixit; non ambulavit; hoc quippe impossibile est; quia nullus 
absque peccato non stetit , hoc est non perseveravit in delicto , sed 
per pœnitentiam ad meliora conversus est. Item : et omnia quœcunque 
faciet prosperabuntur. Judsei hune psalmum dictum esse existimant 
de Josia , quod solus inter profanos regcs non abierit in consilio im- 
piorum, sed secutus sit legem Dei. Unde hoc : et omnia quœcunque 
faciet prosperabuntur, de nullo sanctorum accipi potest, nisi forte 
in futuro sœculo. Mehus igitur de eo intelligimus homine qui a Sal- 
vatore assumptus est , non quo alium assumsisse , alium assumtum 
esse testemur ; sed quo unus atque idem filius Dei et fihus hominis. 
Idem, in minore breviario. quod sic incipit ; Psalterium est quasi 
magna domus. Beatus vircjui non-abiit. Quidam putant ut beatus iste 
vir secundum hominem, Ghristus sit. Bona quidem voluntas, sed 
imperitia est ; si enim vir beatus hic Ghristus est , et Ghristus legem 
dédit, quomodo de Ghristo dicitur : in lege domini voluntas ejus. De- 
nique quomodo alteri ligno comparatur, et dicitur : et erit tamquam 
lignum quod plantatum est secus decursus aquarum. Omne quod com- 
paramus, minus est ab eo qui comparatur. Videtis igitur quia super 
Domini persona non potest interpretari psalmus , sed generaliter de 
quolibet. 

XXI. 

Quod iilud : eructavit cor meum, de generatione filii sit accipiendum ^. 

Hieronymus, in psalmo XLIV : Eructavit cor meum verbum bonum. 
Psalmus iste nuntiatur voce ^aterna. Eructavit cor meum verbum, non 
de conjunctione corporea, sed de corde; protulit aequale sibi verbum, 

' Deesthaec quaeslio in Turon. — *Opp. Hieron., tom. II, Append. pag. 122. — ' Turon. 
deest haec quaestio. 



SIC ET NON. 59 

per quod facta sunt omnia; dico ego opéra mea regi; loquor ipsi 
verbo, regi filio, et cuncta perficiuntur. Idem, defdioprodigo : Vitulus 
saginatus, qui ad patriae immolatur salutem, ipse Salvator est, cujus 
quotidie carne pascimur, cruore potamur, pinguedine saturati , vir- 
tutum laudem ejus erumpimus dicentes : eructavit cor meum, etc.; 
licet quidam superstitiose magis quam vere, non considérantes 
textum psalmi, ex patris persona hoc arbitrantur intelligi. 

XXII. 

Quod solus filius ex substantia patris non sit, et contra '. 

Hieronymus , lih. Il ad Pammachium et Marcellam : contra accusa- 
torem defensio. Multa in libro Eusebii scandala reperiuntur et aper- 
tissimae blasphemiae. Dicit fiiium patris ministerium , spiritum sanc- 
tum non de eadem patris fdiique substantia. Amhrosius , lih. IV de 
trinitate , cap. V : Inventa est in utero habens de spiritu sancto. Quod 
ergo ex aiiquo est, aut ex substantia est aut ex potestate ejus; ex 
substantia, sicut filius, qui ait: Ex ore Altissimi prodivi, sicut spiritus 
qui a pâtre procedit ; ex potestate , sicut illud est : Unus Deus pater, 
ex quo omnia. Nicœna synodas : Credimus in unum Deum patrem om- 
nipotentem , omnium visibilium invisibiliumque factorem ; et in 
unum dominum Jesum Christum, filium Dei unigenitum, hoc est 
ex substantia patris, deum ex deo, lumen de lumine, etc. 

XXIII. 

Quod spiritus domini ferebatur super aquas intelligendum sit de spiritu sancto ^ 

AmbrosiuS, de sacramentis, sermone /.-Vidisti aquas non solas, crede 
divinitatis illic adesse praesentiam. Spiritus ferebatur super aquas, 
dicit propheta. Verbo Domini cœli firmati sunt, et spiritu oris ejus 

' Turon. deest haec quaestio. — ''Turon. multa sunt turbata et hoc disposita ordine: 
1° Hieronymus super Genesim usque ad spiritum tuum et creahuntur. 2° Amhrosius de sacra- 

8. * 



60 PETRI AB^LARDl 

omnis virtas corum. Qui super ferebatur, operabatur, Accipe aliud 
testimonium : Non permanebit , inquit, spiritus meus in hominibus, quia 
carnes sunt; quo ostendit Deus quia carnalem immunditiam giatia 
spiritualis avertit. Idem, in Hexameron, de die primo : Et spiritus Domini 
ferebatur super aquas. Spiritum sanctum accipimus, ut in constitu- 
tione mundi opéra divinitatis ^ eluceant. Praemisso enim quia in prin- 
cipiofecit Deus cœlum et terram, id est, in Christo velper filium Deus 
fecit, quia omnia pcr ipsum facta sunt, supererat plénitude opera- 
tionis in spiritu, sicut scriptum est : Verbo Domini cœlifirmati sunt, etc. 
Spiritus Dei superferebatur aquas ; ornando enim polos cœli , germi- 
aaturis terris pulchre spiritus superferebatur , quia per ipsum habe- 
bant novorum partuum semina germinare , secundum quod dixit pro- 
pheta : Emitte spiritum tuum, etc. Denique Syrus, qui vicinus Hebraeo 
est, sic babet : et spiritus Dei fovebat aquas, id est vivificabat , ut in 
novas cogeret ^ creaturas et fotu suo animaret ad vitam. Nam et spiri- 
tum sanctum legimus creatorem, dicente Job : spiritus divinus qui 
fecit me. Item : Sive, ut quidam volunt, aerem accipiant, respondeant 
qua ratione dixerit spiritum Dei, cum satis fuerit spiritum nuncu- 
pare. Hieronymus super Genesim, in libro hebraicarum quœstionum : Et 
spiritus Dei ferebatur super aquas; pro eo quod in nostris codicibus 
scriptum est ferebatur, in hebnaico babet : merefetb ^ quod nos 
appellare possumus incubabat sive confovebat, in similitudinem vo- 
lucris ova calore animantis. Ex quo intelligimus non de spiritu mundi 
dici, ut nonnuUi arbitrantur, sed de spiritu sancto, qui et ipse 
vivificator omnium a principio dicitur ; si autem vivificator , et 
conditor; quod si conditor, et Deus. Emitte , inquit, spiritum tuum 
et creabuntur. Augustinus super Genesim, libr. I : Spiritus Domini fereba- 
tur super aquas. Egenus atque indigens amor ita diligit, ut rébus 
quas diligit subjiciatur; propterea, cum commemoretur spiritus 
Dei, in quo sancta ejus benevolentia dilectioque intelligitur , su- 

mentis usque ad spiritualis avertit. 3° Augustinus super Genesim usque ad amare pntaretur. 
h" Idem in libro quœstionum usque ad omnem creaturam. — ' Abrinc. trinitatis. — * Abrinc. 
foveret. — ' Vid. Hieron. opp. tom. II, pag. 5o8. 



SIC ET NON. 61 

perferri dictus est, ne facienda opéra sua per indigentiae necessita- 
tem potius quam per abundantiam beneficentiœ Deus amare puta- 
retur. Idem, de incamata deitate, ad Januarium : Spiritus igitur Dei qui 
super aquas ferebatur in principio , puto quod non sit alius quam 
spiritus sanctus, non tantum secundum bistoriam, scd secundum in- 
telligentiam spiritualem. Idem, in lihro quœsiionum veteris et nov. leg., 
cap. LVI : Si ideo spiritus sanctus putatur quia Dei spiritus esse 
legitur, inanis est assertio. Ait Dominus : Non permanebit spiritus 
meus in istis hominibus, propterea quod sint caro. Et in subjectis : ^er/ 
delebo , inquit, omnia ab homine usque ad pecus. Hoc utique dixit, 
quia diluvium inducere habuit super terram. Numquid ^ hic spiritus 
sanctus potest intelbgi? De animabus enim dixit. Et in Ezechiele 
sic dictum est : Hœc dicit Dominus ossibus istis: extendam supervos cutem, 
et dabo in vos spiritum meum, et vivetis. Item : Et anima bominis spiritus 
dicitur et ventus simibter, et aer, et anima pecoris, etangeli, etquae- 
cunque acceperunt ut vivant per substantiam propriam. Item : Quo- 
tiescunque autem spiritum, qui proprie de Deo est, vult scriptura 
significare, addit dicens spiritum sanctum, ut per hoc creatura non 
intelbgatur. Moyses autem cum creaturam hylicam^, idest confusio- 
nem rerum describeret quœ utique sensu bruta est , super terram et 
abyssum tenebrosam spiritum Dei superferri interfatus est , ut ex eo 
spiritu et loco in quo ferebatur, superior creatura, quam spiritalem 
dicimus, cognoscatur. Nam ex eo quod superferri illum dixit, crea- 
turam illum significavit; quia omnis creatura Dei ferturvirtute, a quo 
accepit ut sit. Nam quis ordo est, ut spiritus sanctus super aquas fer- 
retur, quem constat utique super omnem esse creaturam ? 

XXIV. 

Quod spiritus sanctus pater quoque et filius dici possit, et non^. 

Augastinus, de trinitate, lib. K: Spiritus sanctus secundum id quod 
scriptum est , quod Deus est spiritus , potest idem universaliter dici , 

' Sic Codd. Edit. nunquam. — ^ Sic Codd. Ja/x^V. — ^ Turon. deest hic titulus. 



62 PETRI AB^LARDI 

quia etpater spiritus, etfilius spiritus , etpater sanctus, et filius sanctus. 
Et postpauca : Spiritus sanctus quaedam patris filiique communio est, et 
ideo fortasse sic appellatur, quia patri et filio potest eadem appellatio 
convenire. Ut ergo, exnomine quod utrique convenit, utriusque com- 
munio significetur, vocatur donum amborum spiritus sanctus. Idem, 
in lib. XV: Multis exemplis doceri potest, multarum rerum vocabula et 
universaliter poni et proprie qaibusdam adhiberi. Hoc ideo dixi, ne 
quis propterea^ nos inconvenienter existimet caritatem appeilare spiri- 
tum sanctum , quia et Deus pater et Deus fdius potest caritas nuncu- 
pari. Item : Denique si in nobis Dei nihil majus est caritate et nullum 
majus est donum Dei quam spiritus sanctus, quid consequentius 
quam ut ipse sit caritas, quae dicitur Deus et ex Deo ? Et si caritas, qua 
pater diligit filium et patrem diligit filius , inefFabiliter communio- 
nem amborum demonstrat , quid convenientius quam ut iile proprie 
dicatur caritas, qui spiritus est communis amborum? Ambrosius, de 
fide : De spiritu Dei vii^o concepit, et quod concepit hoc peperit, 
scilicet Deum , bomini suo sociatum ; sicut ipse dixit : Quod nascitur 
de came caro est, et quod nascitur de spiritu spiritus est, quia Deus 
spiritus est et de Deo natus est; sicuti angélus ad Mariam dixit : Spiri- 
tus Dei veniet in te, et virtus Altissimi obumbrabit tibi, propterea quod nas- 
cetur ex te sanctum vocabitur filius Dei^, Vides ergo ipsum spiritum, id 
estfiliumDei, venisseadvirginem, etindeDei et hominis filium proces- 
sisse; nec tamen ipso indumento carnis Dei filium esse mutatum. 
Ephraem diacon., lib. F; Deus, spiritus sanctus, solus sine peccato, 
propter te proprio filio non pepercit; et tu, infeiix, tui non misereris. 
Hieronymus, super psalmum ^TF//: Spiritus sanctus nec pater est nec 
filius, sed dilectio quam habet pater in filio et filius in pâtre. Beda, 
in homel. I post ascensionem : Cum spiritus gratia datur hominibus, 
profecto mittitur a pâtre spiritus , mittitur et a filio, procedit a pâtre, 
procedit et a filio, quia et ejus missio ipsa est processio quae ex pâtre pro- 
cedit et filio. Augustinus, in V. de trinitate : Quod datum est, et ad eum 
qui dédit refertur, et ad eos quibus dédit; ita spiritus sanctus dici- 
' Turon. deest propterea. — ^ Evang. Luc, cap. i, v. 35. 



SIC ET NON. 63 

tur et Dei, qui dédit, et nostri\ qui accepimus. Unde scriptum est de 
Johanne, quod in spiritu Eliae veniret; hoc et de Moyse intelligen- 
dum est, cum aitDominus : Tollam de spiritu tuo et dabo eis, hoc est, 
de spiritu sancto quem tihi dedi. Item : Si non procedit nisi cum da- 
tur, nec procederet utique prius quam esset cui dai etur ^. Nam donum 
potest esse et antequam donetur ; donatum autem , nisi datum fuerit , 
nullo modo dici potest. Item : Nec moveat quod spiritus sanctus, cum sit 
coaeternus patri etfiho, dicatur tamen aliquid extempore, veluti hoc 
ipsum quod donatum dicimus. Nam sempiterne spiritus donum , tem- 
porahter autem donatum ; nam et si dominus non dicitur, nisi cum 
habere irlcipit servum , et ista appellatio relativa ex tempore est Deo : 
non enim sempiterna creatura est, cujus est ilie dominus. Item : Ecce 
dominum esse non sempiternum habet, ne cogamur etiam creaturam 
sempiternam dicere , quia etiam ille sempiterne non dominaretur, nisi 
etiam ista sempiterne famularetur. 

XXV. 

Quod philosophi quoque trinitatem seu verbum Dei crediderint , et non ^. 

Paulus apostolus, ad Romanos : Quod notum est Dei , manifestum 
est in illis; Deus enim illa revelavit; invisibilia enim ipsius, etc. Au- 
gustinus, in lib. VIII de civitate Dei : Homo christianus, litteris tantum 
ecclesiasticis eruditus , caveat eos qui secundum elementa hujus 
mundi philosophantur ; admonetur enim prœcepto apostolico : Cavete 
ne quis vos decipiat per philosophiam et inanem seductionem, secundum 
elementa mundi. Deinde ne omnes taies arbitretur, audit ab eodem 
apostolo dici de quibusdam , quia quod notum est Dei manifestum est m 
illis... Invisibilia^ etc. Et ubi, Atheniensibus loquens, cum rem magnam 

' Sic Codd. noster Ed. 0pp. Aug., tom. VIII, pag. 84i. — ^ Turon. Nisi prias esset 
cui detur. — ' Haec quaestio deest in Turon. Verum hic reperitur sine titulo quaes- 
tio Vil: Qtwd in trinitate non sint dicendi plures œterni, et contra. Et subsequitur absque ti- 
tulo quaestio LXVI : Qaod Deus et homo in Christo partes esse videantur. 



64 PETRI AB^LARDI 

de Deo dixisset et quae a paucis possit intelligi , quod in illo vivimus, 
movemur et sumas, adjecit : Sicut et vestri quidam dixerunt: novit sane 
etiam ipsos, in quibus errant, cavere. Idem super Johannem, tract. II: 
Quidam philosophi hujus mundi exstiterunt et inquisiverunt créât o- 
rem percreaturam, evidenter dicente Apostolo : invisibilia enim ipsius, etc. 
Viderant quia per verbum Dei facta sunt omnia; illud potuerunt videre 
quod est; noluerunt tenere humilitatem Christi, et sorduit eis crux 
Christi. Idem, in lib. XIII de trinitate : Praecipui gentium philosophi, qui 
invisibilia Dei per ea quae facta sunt intellecta conspicere potuerunt , 
sine mediatore, id est, sine homine Christo philosophati sunt, quem 
necventurum prophetis nec venisse apostolis crediderunt. Idem, de spi- 
ritu et littera : Vita sapiens quae fecit mundum contemplato mundo in^^ 
telligitur; interroga mundum , ornatum cœli, terram fructificantem 
herbis et lignis, animalibus plenam, mare, quantis natalibus plénum 
est; aerem, quantis volatilibus; interroga omnia, et vide si non sponte 
sua tamquam voce respondeant tibi : Deus nos fecit. Hoc philosophi 
nobiles quaesiverunt , et ex arte artificem cognoverunt. Idem, in exposi- 
tione quarandam propositionum in epistola Pauli ad Romanos : Ait et Sa- 
lomo de sapientibus mundi : Si enim tantum potuerunt scire ut 
possent aestimare factum , quomodo ipsius mundi dominum et crea- 
torem nonfaciliusinvenerunt? Sed quos arguit Salomo, non cogno- 
verunt per creaturam creatorem ; quos vero arguit Apostolus, cogno- 
verunt , sed gratias non egerunt. Sapientes gentium quod invenerunt 
creatorem manifeste vel Apostolus, cum Atlieniensibus loqueretur, 
ostendit. Cum enim dixisset quia in illo vivimus et movemur et sumus , 
addidit: 5ic«^ quidam secundum vos dixit. Hieronymus, ad Paulinum pres- 
hyterum, de omnibus divinœ historiœ libris: Johannes rusticus, piscator 
indoctus; et unde illa vox, obsecro : In principio erat verbum , etc.? 
Hoc doctus Plato nescivit; hoc Demosthenes eloquens ignoravit. 
Perdam, inquit, sapientiam sapientium , etc. Item: Taceo de mei 
similibus qui , si forte ad scripturas sanctas post saeculares litteras 
venerint, et sermone composito aurem populi mulsèrint quicquid 
dixerint, hoc legem Dei putant, nec scire dignantur quid apostoli et 



SIC ET NON. 65 

prophetae senserint; sed ad sensiim suum incongrua aptant testimo- 
nia , quasi grande sit et non vitiosum ad voluntatem suam scriptii- 
ram trahere repugnantem; quasi non legerimus Homerocentonas et 
Virgiliocentonas, ac non sic etiam Maronem sine Christo possimus 
dicere christianum quia scripserit : Jam redit et virgo, etc. Jam nova pro- 
genies, etc. Et patrem loquentem ad filium : Nate, meœ vires, mea magna 
potentia soîus. Et post verba Salvatoris in cruce : 7 a/ia perstabat me- 
morans fixusque manebat. . • 

XXVI. 

Quod de praescienlia judicet Deus, et non ^ 

Ambrosius, in epist. ad Romanos ^uod si volens Deus ostendere iram, etc. 
De praescientia Pharaonem damnandum censuit, sciens eum non se 
correcturum ; apostolum vero Paulum elegit, pi aescius utique quod fu- 
turus esset fidelis. Quibusdam autem data est gratia in usum , ut Saûli ; 
vide quibus dixit : Ecce nomina vestra scripta sunt in cœlo, et prias abie- 
runt retrorsum. Item .-Nomina eorum scripta erant in cœlo propter jus- 
titiam ciii deseï viebant ; secundum vero praescientian* iii numéro ma- 
lorum erant. Dejustitia enim Deusjudicat, non de praescientia; unde 
et Moysi dicit : Si guis peccaverit ante me, delebo eum de libro vitœ; ut 
secundum justitiam judicis tune videatur deleri, eum peccat; juxta 
praescientiam tamen nunquam in libro vitae fuerat ^ ; e contra tune 
videtur adscribi , eum malus esse desinit, qui secundum praescientiam 
nunquam defuit. 

XXVII. 

Quod providentia Dei causa sit eventuurn reruni , et non ^. 

Boetius, de consolatione, lib. IV : Quidam ajunt non ideo quid esse 
eventurum, quum provfdentia id futurum esse -prospexerit , sed e con- 

' Haec quaestio deest in Turon . — ' Fuisse Ed. , pag. 8 1 , tom II. — ' Haec quaestio deest 
in Turon. 



66 PETRI AB^LARDI 

trario potius, quum quid futurum est, id divinam providentiam la- 
tere non posse, eoque modo necessarium hoc in contrariam relabi 
partem. Neque enim est necesse contingere quas providentur, sed ne- 
cesse est ea quae futura sunt provideri. Item : Jam vero quam prae- 
posterum est ut aeternae praescientiae temporalium reium eventus 
causa esse dicatur? Quid est autem aliud arbitrari ideo Deum futura, 
quia sunt eventura , providere, quam putare quae olim acciderunt cau- 
sam summae illius esse providentiae? Origenes, super epistolam Pauli ad 
Romanos : et quos vocavit. Quomodo quos vocavit, justificavit, cum 
constet multos esse vocatos, paucos electos? Sed omnes quidem vo- 
cati sunt, non tamen omnes secundum propositum vocati ; nam hi qui 
secundum propositum bonum et bonam voluntatem, quam circa 
cultum digerunt, vocantur, ipsi suM qui secundum propositum vocati 
dicimtur. Quod si secundum propositum ad Deum referatur, hoc est, 
ut secundum propositum Dei , qui sciens^ in eis religiosam mentem et 
salutis inesse desiderium, vocati dicantur; non videbitur his quae 
exposuimus, contrarium. Hoc ergo pacto, nec in praescientia Dei vel sa- 
lutis vel perdition] s nostrae causa consistit, neque justificatio ex sola 
vocatione pendebit, neque gloriari de nostra penitus potestate subla- 
tum est. Nam et si communi intellectu de praescientia sentiamus, 
non propterea aliquid erit, quia id scit Deus futurum, sed quia futu- 
rum est, scitur a Deo antequam bat. Ut autem scias quia non in praes- 
cientia Dei uniuscujusque salutis causa ponitur, sed in proposito et 
actibus suis, vide Paulum, verentem ne forte, cumaliispraedicaverit, 
ipse reprobus efTiciatur, macerare corpus suum, etc. 

XXVIII. 

Quod nihii fiât casu , et contra ^. 

Aagustinus, quœstionum LXXXIII, cap. XXVII : Quidquid casu fit, 
temere fit ; quidquid temere fit, non fit providentia. Si ergo casu aliqua 

' Sic Cod. et Edit. Orig. opp., tom. IV, pag. 6o5. — * Haec quaestio deest in Turon. 



SIC ET NON. 67 

fiunt in mundo , non providentia universus mundus administratur. 
Item : Illud bonum, cujus participatione sunt bona caetera; nam non 
propter aliud , sed per semet ipsum bonum est qiiod divinam etiam 
providentiam vocamus. Nihil igitur casu fit in mundo. Itein, Retracta- 
tionum cap. /.-Non mihi placet totiens me appellasse foitunam , quam- 
vis non aliquam deam voluerim boc nomine intelligi , sed fortuitum 
rerum eventum ; unde et illa verba sunt quœ nulla religio dici pro- 
hibet : forte , forsitan , fortasse , fortuitum ; quod tamen tantum ad 
divinam revocandum est providentiam. Pœnitet me illic nominasse 
fortunam, cum bomines babeant in pessima consuetudine , ubi dici 
débet: hoc Deus volait, dicere : hoc volait Jvrtuna. Item, in libro de con- 
cordia evangelistarum : Nihil fortuitu fit ab eo qui omnia disponit, 
quamvis nullus inteliigat causam. Unde Dominus : £"^0 veni, ut qui 
non vident vidcant, et qui vident cœci fiant. ïpsa est enim altitudo 
divitiarum , sapientiae et scientiae Dei , qua fit ex eadem massa aliud 
vas in honorem, aliud in contumeliam, et qua dicitur carni et san- 
guini : homol tu quis es qui respondeas Deo? 

XXIX. 

Quod praedestinatio Dei in bono tantum sit accipienda, et non K 

Augustinus, de prœdestinatione sanctorum : Praedestinatio est gratiae 
praeparatio quae sine praescientia non potest esse ; potest autem esse 
sine praedestinatione praescientia. Praedestinatione quippe Deus ea 
praescivit esse quae fuerat ipse facturus. Unde dictum est : fecit 
quae futura sunt; praescire autem potens est et quae ipse non facit, 
sicut quaecunque peccata. Quocirca praedestinatio Dei quae in 
bono est , gratiae , ut dixi , est praeparatio ; gratia vero est ipsius 
praedestinationis effectus. Item : Praedestinationis nomine non ali- 
qua voiuntatis bumanae coactitia nécessitas exprimitur, sed mise- 
riccys et ita divini operis sempiterna dispositio. Item : Contingit cre- 

' Haec quœstio deest in Turon. 

9- 



68 PETRI AB^LARDI 

dere Deum praesciisse peccatores quia nihil eum latere potuit; non 
tamen praedestinasse quemlibet liominem ad peccandum. Quia si ad 
peccatum hominem praedestinaret , pro peccatis hominem non puni- 
ret. Dei praedestinatione aut peccatorum praeparata est pia remissio 
aut peccatorum j 11 sla punitio. Idem, in expositione quarundam proposi- 
tionum in epistola Pauli ad Romanos : Non praedestinavit aliquem , 
nisi quem praescivit crediturum. Idem super Johannem : sed vos non 
creditis, quia non estis ex ovibus meis. Dixit : non estis ex ovibus meis, 
quia videbat eos ad sempiternum interitum praeparatos. Item : non 
rapit eas quisquam de manu mea. Quid potest fur et latro ? Non per- 
dunt nisi ad interitum praedestinatos. De illis autem ovibus, de 
quibus dicit Apostolus : Novit Dominus qui sunt ejus et quos prœscivit et 
prœdestifiavit ; quos autem prœdestinavit , etc., nec lupus rapit, ne c fur 
tollit, nec latro interimit. Idem in Enchiridio, cap. CIV : Magna opéra 
Domini, exquisita in omnes voluntates ejus : ut per creaturae voluntatem 
qua factum est quod creator noluit, impleret ipse quod voluit; bene 
utens et malis tanquam summe bonus ad eorum damnationem 
quos juste praedestinavit ad pœnam , et ad eorum salutem quos bé- 
nigne praedestinavit ad gloriam. Responsiones Prosperi ad Rufinum : In 
praescientia et bona novit et mala. Item : Prœdestinatio Dei semper in 
bono est, aut ad retributionem justitiae aut.ad damnationem per- 
tinens gratiae. Item : Potest itaque sine praedestinatione esse prae- 
scientia; prœdestinatio autem sine praescientia esse non potest. Ex 
dictis Ambrosii de prœdestinatione : His omnibus testimoniis praedes- 
tinati ostenduntur mali ad pœnam , sed non prsedestinati ad pec- 
catum, quoniam eorum quae facturus est, Deus praedestinator est; 
quae vero non facit nec facturus est , ea non praedestinavit. Item : 
Impios praedestinavit ad pœnam, et pœnam praedestinavit iUis; ad 
peccatum autem eos non praedestinavit, quoniam non est auctor 
iniquitatis; quoniam, sicut justitia ex Deo est et omne bonum, ita 
iniquitas et omne opus pravum ex diabolo. Item : Iniquos itaque 
quos praescivit Deus banc vitam in peccato terminaturos , pi'ae- 
destinavit supplicio. In quo prœdestinatio justissime laudanda est 



SIC ET NON. 69 

ultionis, ut agnosceretur non ab eo prœdestinatum hominem ad 
peccatum, quem prœdestinavit peccati merito puniendum. Deus ita- 
que omnia opéra sua , sive bona sive mala , prœscivit ; sed sola bona 
praedestinavit ; mala vero futura opéra eorum , quos non praedestina- 
vitadregnum sed ad interitum , praescivit et ordinavit provida boni- 
tate. Isidorus, desummo bono, lib. Il, cap. VI: Gemina est praedestinatio, 
seu electorum ad requiem, seu reprobatorum ad mortem. Ex dictis 
ejusdem : Deus potuit , si eut voluit , quosdam praedestinare ad gloriam, 
quosdamad pœnam. Quosdam autem praedestinavit ad pœnam, non 
praedestinavit ad culpam. 

XXX. 

Quod peccata etiam placeant Deo, et non ^ 

Ambrosius Rutpertus, m Apocalypsi lib. IX : Deus enim dédit in 
cordibus eorum ut faciant quod illi placitum est, ut dent regnum 
suum bestiae, donec consummentur verba Dei. Praecedentium ini- 
quitatum mérita exigunt ut reprobi in errorem a Deo ire permissi 
ita agant , ut non misericordia parcentis solvantur, sed justitia pu- 
nientis damnentur. Ideo enim Dei placitum perficiunt, quod ^ iniqui- 
tatem amando, quamDeus oditjustitiae se damnandos praeparant, quae 
Deo super omnia placet, cuvn àiciluTidilexistijustitiam, etc. Gui enim 
placere non potest iniquitas, placet justitia quae damnât perpétuas 
iniquitates. Quamobrem unde displicent, inde quod illi placitum 
est perficiunt. 

XXXI. 

Quod Deus quoque maiorum causa vel auctôr sit, et non '. 

Dominus, perisaiam : Ego Dominus^ et non est alter formans lucem 
et creans tenebras , faciens pacem et creans malum ; ego Dominus 
faciens haec. Amos propheta : Non erit malum in civitate, quod Do- 

' Haec quaestio deest in Turon. — * Cod. peificiant quo. — ' Haec quaestio deest in Turon. 



70 PETRI AB^LARDI 

minus non fecit. Simeon ad Mariam de Christo : Ecce positus est hic 
in ruinam et resurrectionem muitorum. Et ipse Christus : Si non 
venissem et locutus eis noti fuissem , peccatuni non baberent. Et 
alibi : In judicium ego veni in bunc mundum, ut qui non vident 
videant , et qui vident caeci fiant. Et Apostolus, in epistola ad Romanos : 
Propter quod tradidit illos Deus in passiones ignominiae, etc. Et 
paalo post: Tradidit illos Deus in reprobum sensum, etc. Idem infra: 
Quod quserebat Israël , hoc non est consecutus ; electio vero con- 
secuta est; caeteri vero excsecati sunt, sicut scriptum est : Dédit illis 
spiritum compunçtionis, oculos ut non videant, et aures ut non au- 
diant usque in hodiernam jjiem. Idem, in II ad Corinth. : Quod si oper- 
tum est evangelium nostrum, in bis qui pereunt est opertum , in qui- 
bus Deus hujus sœculi excœcavit mentes infidelium , ut non fulgeat 
illuminatio evangelii gratiœ Christi. Augustinus, quœstionumvet. etnov. 
legis cap. LXXXVI : Nam omne quod permittit Deus, facere dicitur, 
quia si non permittit non sit. Unde îlicit Dominus ad Pilatum : Non 
kaberes potestatem in me, nisi datum esset desnpçr. Idem, in Enchiri- 
dio : Non fit aliquid nisi Omnipoteris fieri velit, vel sinendo ut 
fiât, vel ipse faciendo. Nec dubitandum est Deum facere bene , etiam 
sinendo fieri quaecunque sunt maie. Non enim hoc nisi justo judicio 
sinit ; et profecto bonum est omne quod justum est. Item : Nam nisi 
esset hoc bonum , ut essent mala nuUo modo esse sinerentur ab 
omnipotente bono. Idem, de gratia et libero arbitrio : Scriptura divina, 
si diligenter inspiciatur , ostendit hominum voluntates ita esse in 
Dei potestate , ut eos quo voluerit faciat inclinari , vel ad bénéficia 
quibusdam prœstanda, vel ad pœnas quibusdam ingerendas. Nam 
invenimus aliqua peccata etiam pœnas esse aliorum peccatorum : si- 
cut vasa irge , quœ perfecta dicit Apostolus in perditionem ; sicut est 
induratio Pharaonis, cujus etiam causa dicitur ad ostendendam in 
illo virtutem Dei. Item : Et dixit David ^ : Eccefilius meus quœrit ani- 
mam meam, et adhuc modo jilius Jemini. Sinite illum ut maledicat, quo- 
niam dixit illi Deus. Quomodo dixcrit Dominus huic homini male- 
' Ree. II, 16, 11. 



SIC ET NON. 71 

dicere ? Non enim jubendo dixit ubi obedientia laudaretur, sed quod 
ejus voluntatem vitio suo malam in hoc peccatum judicio juste et 
occulto inclinavit. Item : Per Ezechielem dixit Deus : Et propheta si 
erraverit et locutus fuerit, ego Dominus seduxi illum prophetam , et 
exterminabo eum de medio populi mei Israël. Idem, in epistola Pauli ad 
Romanos : Propterea tradidit illos Deus, etc. Et ad Thessalonicemes, in 
epist. secund., ait de quibusdam : Pro eo quod dilectionem vei itatis non 
receperunt ut salvi fièrent, ideo mittet illis operationem erroris ut 
credant mendacio , ut judicentur omnes qui non ciediderunt veritati, 
sed consenserunt iniquitati. Idem, degratia et libero arbitrio : Scriptuin 
est in proverbiis : Cor régis in manu Dei est: quocuncfue voluerit inclinât 
illud. Et in psalmo legitur de Egyptiis : Convertit cor eorum ut oderint 
populum ejus et Dei, etc. Apostolus quoque : Propterea tradidit illos in 
desideria cordis , in immunditiam. Talibus testimoniis satis, quantiuii 
existimo , manifestabitur operari Deum in cordibus liominuni ad 
inclinandas eorum voluntates quocunque voluerit, sive ad bona 
pro sua misericordia , sive admala pro meritis eorum, judicio utique 
aliquando aperto, aliquando occulto, semper autem justo. Ac per 
hoc quando legitis a Deo seduci homines aut obtundi aut obdurari 
corda eorum , nolite dubitare prœcessisse mala mérita eorum , ut 
juste ista paterentur; ne incurratis illud proverbii Salomonis : Insi- 
pientia viri violât vias ejus; Deum autem causatur in corde suo. Idem, de 
correptione et gratia : Electi sunt ad regnandum cum Christo , non 
quomodo Judas ad opus cui congruebat; ab illo quippe electus est 
qui novit bene uti etiam malis , ut per ejus opus damnabile illud 
propter quod ipse venerat , opus venerabile compleretur. Cuni 
itaque audimus : Nonne ego vos duodecim elegi? et unus ex vobis 
diabolus est, illos debemus intelligere electos per misericordiam , 
illum per judicium. Ergo elegit illos ad obtinendum regnum suum , 
illum ad effundendum sanguinem.suum. Idem, in libro XX quœstio- 
num Exodi : Causa obdurationis cordis Pharaonis non solum fuit' 
quod incantatores similia faciebant , verum etiam ipsa Dei patientia 
quae parcebat secundum corda, quibusdam utilis ad pœnitendum, 



72 PETRI AB^LARDI 

quibusdam inutilis ad resistendum Deo et in malo perseverandum. 
Hieronymus, ad Castricianam : Magna ira est, quando peccantibus 
irascitur Deus. Item de pœna est, dum suae peccator relinquitur vo- 
luntati; unde est quod peccata patrum in tertiam et quartam pro- 
geniem restituit, dum non vult statim percutere peccantes; sed inno- 
cens primis postrema condemnat^. Idem, in Osée libr. I: Grandis offensa 
est posteris, quando peccaveris, iram Dei non vereri. Item : Qui vici- 
nis iratus est, ut nequaquam percutiat delinquentes. Isidoras, de sum- 
mo bono, lih. II, cap. XVIII : Prœcedentia peccata sequentium sunt 
criminum causa, ut illa quae sequuntur sunt prœcedentium pœna. 
Pœna ipsa dicitur induratio veniens de divina justitia. Hinc est quod 
ait propheta : Indarasti cor nostrum, ne timeremus te. Sicut et Apos- 
tolus dicit : Quoniam veritatem Dei non receperunt , immisit illis Deus 
spiritum erroris. Facit ergo Deus quosdam peccare , sed in quibus jam 
talia peccata prœcesserunt ut justo judicio ejus mereantur ire in 
deterius. Ex libro IIIRegum : Dixit Micheas propheta: Audi sermonem 
Domini ; vidi Dominum sedentem super solium ejus , et omnem exer- 
citum ejusassistentem ei a dextris et a sinistris. Et ait Dominus : quis 
decipiet Achab regem Israël , ut ascendat et cadat in Ramoth Galaad ? 
Et dixit unus verba hujuscemodi , et alius aliter. Egressus est autem 
spiritus et stetit coram Domina et ait : ego decipiam illum. Gui lo- 
cutus est Dominus : in quo ? et ille ait : egrediar et ero spiritus men- 
dax in ore omnium prophetarum ejus. Et dixit Dominus : Decipies 
et prœvalebis ; egredere et fac ita. Nunc igitur ecce dédit Dominus 
spiritum mendacem in ore omnium prophetarum tuorum qui hic 
sunt, et Dominus locutus est contra te malum. Hieronymus, in epis- 
tola Pauli ad Romanos : Propterea tradidit illos Deus.; non quod ipse 
sit causa; per longanimitatem et patientiam non inducendo vindictam, 
patitur eos secundum cordis sui agere voluntatem. Item : Tradere di- 
citur cum non retinet delinquenjes sicut dixit : et dimisi eos secundum 
• desideria cordis eorum. Augustinus question. LXXXIII, cap. XXII : 

^ Non in Edit. Hieron. epistola ad Castricianum, neque hic locus in édita epist. ad 
Castrucium reperitur. 



SIC ET NON. 75 

atrum Deusmali auctor sit. Quisquis omnium quae sunt auctor est, et 
ad cujus bonitatemi id tantum pertinet ut sit omne quod est, non 
esse ad eum pertinere nullo modo potest. Omne autem quod déficit , 
ab eo quod est esse déficit, et tendit ad non esse. Esse autem et in 
nullo deficere bonum est, et malum deficere. At ille ad quem non 
esse pertinet , non causa est deficiendi , id est , tendendi ad non esse, 
quia, ut ita dicam , essendi causa est; boni igiturtantummodo causa 
est, et propterea ipse bonum summum est. Quocirca mali auctor 
non est , quia omnium quse sunt auctor est , et quia in tantum sunt 
in quantum bona sunt. De prœdestinatione divina : Quem vult indurat 
non ita intelligendum est quasi Deus in bomine ipsam , quse non est , 
cordis duritiam operetur. Quid enim est aliud duritia quam Dei ob- 
viare mandatis? Item : Indurare dicitur eum quem mollire noluerit. 
Gregorius, super Ezechielem, homel. XI : Nobis eum tremore conside- 
randum est, quomodo Deus, eum pisecedentibus peccatis irascitur, 
permittit ut cœca mens malis labatur. Unde Moyses ait : Nondum 
compléta sunt peccata Amorrhœorum. David quoque : Appone iniquitatem 
super iniquitatem eorum, etc. Paulus ait : Ut impleant peccata sua. 
Johanni quoque per angelum dicitur : Qui nocet , noceat adhuc ; et 
qui in sordibus est, sordescat adhuc. Unde nunc et Dominus dicit : Si 
conversas a justifia sua fecerit iniquitatem, ponam ojfendiculum coram 
eo ; ac si aperte dicat : quia videre pœnitendo noluit ubi jam impegit, 
justojudioio eum deserens ponam ei ut alibi impingat.QuidtamenDei 
ponere est? nequaquam ad peccatum premere, sed noUe a peccato 
liberare ; sicut de Pbaraone dicitur : Ego indurabo cor ejus. Non enim 
cor peccatis Dominus obdurat , sed obdurare dicitur, eum ab obdura- 
tione non libérât. Responsiones Prosperi adRufinum, cap. ///.-Et quod 
ex Deo non nisi bonum est , et quod bonum est mali causa non est. 
Non itaque recte opinatur qui putat prorogatorem vitae lapsuris auc- 
torem esse peccati. Non enim relicti sunt a Deo ut lelinquerent 
Dominum , sed reliquerunt et relicti sunt. 



SIC ET NON. 



74 PETRI ABiELARDI 

XXXII. 

Quod omnia possit Deus, et non ^ 

Chrysostomus, homel. XXVI, in expositione symboli, quae sic inci- 
pit : Universalis ecclesia congaudet : Credo in Deum , patrem omnipo- 
tentem. Creditis Deo omnipotenti , quia posse illius non potest inve- 
niri non posse; tamen aliqua non patrem puta mentiii, fallere, 
ignorare , initium et finem habere , non prsevidere , praeterita obli- 
visci, prœsentia attendere, futura nescire; ad ultimum negare se 
ipsum non potest. Tamen ideo est omnipotens, quia superius re- 
prehensa non potest. Idem, in homel. XXVIII, de expositione symboli, 
quae sic incipit : Super fabricam totius ecclesiae : Credo in Deum, pa- 
trem omnipotentem. Omnipotens dicitur quia posse illius non potest 
inveniri non posse , dicente propheta : Omnia quœcunque volait fecit. 
Ipse est ergo omnipotens ut totum quod vult possit. Hieronymus, in 
epistola ad Eustochium : Audacter loquar; cum omnia possit Deus, 
suscitare virginem non potest post ruinam : valet quidem liberare 
de pœna, sed non vult coronare corruptam. Ambrosius Chromatio: 
Impossibile est Deum mentiri ; impossibile istud non infirmitatis 
est, sed virtutis, sed majestatis, quia veritas non recipit menda- 
cium. Hoc impossibile ejus plenitudinis ejus est; ex quo colli- 
gitur impossibile Dei potentissimum esse. Quid enim potentius 
quam nescire quidquid infirmitatis est? est tamen et illud infir- 
mum Dei quod fortius est bominibus, et stultum Dei quod sa- 
pientius est bominibus; sed boc crucis, illud divinitatis. Augus- 
tinus, contra epistolam Gaudentii: Cur boc fieri non posset, nisi quia 
juste fieri nuUo modo possit? Sic et dicimus : atque utinam possim 
me occidere! Sic et Dominus Lotb : Non potero, inquit, /acere rem, 
donec tu illuc introeas ^. Non posse dixit se , quia sine dubio poterat per 
potentiam, sed non poterat per justitiam. Augustinus, in Enchiridio : 

^ Turon. desunt titulus et plurima hujus quaestionis. — * Gènes. XIX, 22. 



SIC ET NON. 75 

Neque enim ob aliud veraciter vocatur omnipotens, nisi quoniam 
quidquid vult potest, nec potestate cujuspiam creaturae voluntatis 
omnipotentis impeditur effectus. Idem, in lihro de spirita et litlera: 
Non potest facere injusta, quia ipse est summa justitia et bonitas. 
Omnipotens vero est, non quod omnia possit facere , sed quia potesl 
facere quidquid vult , ita ut nibil valeat resistere ejus voluntati quin 
compleatur, aut aliquo modo impedire eam. Idem, quœstion. vet. et 
nov. leg. cap. CXLIX : Omnia quidem potest Deus ; sed non facit 
nisi quod conveniat veritati ejusac justitiœ. Idem, in tractatu de sym- 
bolo : Deus non potest mori , non potest mutari , non potest falli. 

XXXIII. 

Quod Deo resisti non possit, et contrat 

Psalmista : Tu terribiiis es; et quis resistet tibi ? Esther • Domine, 
rex omnipotens, in tua ditione cuncta sunt posita, et non est qui 
possit resistere tuœ voluntati. Aposlolus, ad Romanos : Voluntati enim 
ejus quis resistit.^ Psalmista : A resistentibus dextrse meae custodi me. 
Stephanus, in actibus Apostolorum : Vos semper spiritui sancto resis- 
titis, sicut et patres vestri. Marc us : Dicebat eis Jésus : quia non est 
propheta sine honore nisi in patria et cognatione sua et in domo 
sua. Et ideo non poterat ibi virtutem uUam facere ; nisi paucos in- 
firmos impositis manibus curavit. Et mirabatur propter increduli- 
tatem eorum. 

XXXIV. 

Quod Deus non habeat liberum arbitriuni , et contra -. 

Hieronymus Damaso, de jilio prodigo : Nulli videatur periculosum, 
nulli esse blasphemum , quod et in apostolos invidiœ malum dixi- 
mus potuisse subrepere , cum etiam de angelis hoc dictum pute- 

' Turou. deest haec quaestlo. — ' Turon. quaestio deesl. 



76 PETRI ABy^LARDI 

mus: Sidéra quippe non sunt munda in conspecta ejus, et contra an- 
gelos suos perversum quid intellexit. Et in psalmis : Non justificabitur 
in conspectu tuo omnis vivens. Non ait : omnis homo , sed omnis vivens, id 
est, non evangelista, non apostolus, et ad majora conscendendo, non 
angeli , non throni , non dominationes , caeteraeque virtutes. Solus 
Deus est in quem peccatum non cadit. Caetera cum sint liberi arbi- 
trii, in utramque partem possunt suam flectere voluntatem^ Idem, 
ad Paalam et Eustochium , in expositione epistolae Pauli ad Philemo- 
nem : Ut non velut ex necessitate bonum tuum esset, sed volunta- 
rium. Quod a plerisque quœritur de praesenti loco, solvi potest. Si 
enim Deus voluntarie et non ex necessitate bonus est , debuit ho- 
minem facere ad suam imaginem et similitudinem , ita ut ipse vo- 
luntarie et non ex necessitate bonus esset. Ex quo manifestum est 
rem eos inter se postulare contrariam ; nam ex eo quod dicunt : de- 
buit homo Deo similis fieri , illud petunt ut liberi fieret arbitrii , 
sicut Deus ipse est ; ex eo autem quod inferunt : talis debuit fieri 
qui malum recipere non posset, cum necessitatem ei boni impor- 
tant, illud volunt ut homo Deo non similis fieret^. Augustinus, 
quœstion. LXXXIIl , cap. /F.Melior homo est qui voluntate quam 
qui necessitate bonus est. Voluntas ergo libéra danda homini fuit. 
Idem, super Genesim : Sic oportebat primum hominem fieri , ut et velle 
bene posset et maie; postea vero sic esse ut maie velle posset et 
bene; postea vero sic esse ut maie velle non posset nec ideo uti 
libero arbitrio. Multo quippe liberius erit arbitrium , quod omnino 
non poterit servire peccato. Neque enim voluntas libéra dicenda non 
est, quia beati volumus sic esse ut esse miseri non solum non velimus, 
sed nec esse possimus. Idem, de civitate Dei, lib. XXII: Id etiam beata 
illa civitas magnum in se bonum videbit, quod nuUi superiori uUus 
inferior invidebit, sicut nunc non invident archangelis angeli. Nec 
ideo liberum arbitrium non habebunt, quiapeccata eos delectare non 
poterunt; magis quippe erit liberum a delectatione peccandi usque 
ad delectationem non peccandi. Item : Sicut prima immortalitas fuit, 
' Hieron., tom. IV, pag. iSg. — ' Ihid., pag. 45o. 



SIC ET NON. 77 

quam peccando Adam perdidit, posse non mori, novissima erit non 
posse mori : ita primum liberum arbitrium posse non peccare , novis- 
simum non posse peccare. Item : Certe Deus ipse numquid , quoniam 
peccare non potest, ideo liberum arbitrium babere negandus est.^ Erit 
ergo illius civitatis in singulis voluntas libéra , ab omni malo liberata, 
impleta omni bono, oblita culparum , oblita pœnarum; nec ideo 
tamen suœ liberationis oblita , ut liberatori suo sit ingrata. Quan- 
tum ergo attinet ad scientiam rationalem , memor prseteritorum etiam 
malorum suorum ; quantum autem ad sensum , prorsus immemor. 
Idem, de correptione et gratia : Quid est liberius libero arbitrio, quum 
non poterit servire peccato ? quae futura erit et bomini sicut et an- 
gelis sanctis merces meriti. Item : Prima ergo libertas voluntatis erat 
posse non peccare, novissima erit multo major : non posse peccare. 
Item : Illi ergo sine peccato ullo data est , cum qua conditus est , li- 
béra voluntas , et eam fecit servire peccato. Horum vero cum fuisset 
voluntas serva peccati , liberata est per illum qui dixit : Si vos filins 
liberaverit, vere liberi eritis \ 

XXXV. 

Quod ubi deest velle Dei , desit et posse , et contra '^. 

Ex vita sancti Hieronymi , quae sic incipit : Hieronymus noster, 
sanctus Hieronymus Eustochio ad meliora studuit bortando man- 
dare : Cum omnia possit Deus, virginitatem suscitare non potest post 
ruinam , quod non posse Dei non velle alio omni modo dici poterat 
verbo ; per quemdam namque sapientem dicitur Deo : Tu autem 
dominator virtutis , cum tranquillitate judicas, et cum magna reve- 
rentia disponis. Subest enim tibi, cum volueris, posse; ergo ubi non 
est velle Dei , deest posse : Deus quippe ut immutabilis naturœ , ita 
immutabilis est voluntatis. Augustinus, in tractatu de symholo : Quod^ 

August. opp., tom. X, pag. 770. — ^ Haec quaestio in Turon. sub hoc titulo est : Qiuod 
Deusfaciat quidquid potest, et contra. — ' Turon. quidquid. 



78 PETRI AB^LARDI 

non vult Omnipotens, hoc solum non potest. Item : Sed quoniam 
dixi hoc solum Omnipotentem non posse quod non vult, ne quis 
me temere dixisse arbitretur aliquid Omnipotentem non posse. Hoc 
et Apostolus ait : Si non credimus, ille qui fidelis permanet, ne- 
gare se ipsum non potest, quia et velle non potest. Non enim po- 
test justitia velle facere quod injustum est. Item : Si ergo potest 
esse quod non vult, omnipotens non est. Est autem omnipotens; 
ergo quidquid vult potest, et ideo quod non vult esse non po- 
test; qui propterea dicitur omnipotens, quoniam quidquid vult 
potest. Idem, de trinitate, îib. XIII, cap. X;Eos sane, qui dicunt : 
itane defuit Deo modus alius quo liberaret liomines, ut unigeni- 
tum fdium hominem fieri vellet, mortalemque factum nostram 
mortem perpeti.*^ parum est sic refellere ut istum modum, quo 
nos liberare dignatur, asseramus bonum esse; etiam ut ostenda- 
mus non alium modum possibilem Deo defuisse , cujus potestati 
cuncta aeque subjacent, sed sanandse nostrae miseriae convenientiorem 
alium modum non fuisse, cur non fieret mors Christi , imo cur non, 
praetermissis innumerabilibus modis quibus ad nos liberandos uti 
posset Omnipotens, ipsa potissimum eligeretur^ Item .-Poterat utique 
Deus hominem aliunde suscipere , in quo esset mediator Dei et 
hominum; non de génère illiusAdam, sicut ipsum, quem primum 
creavit, non de génère creavit alicujus; poterat ergo, vel sic, vel alio 
quo vellet modo, creare unum alium de quo vinceretur victor 
prioris; sed melius judicavit de ipso, quod victum fuerat, génère 
hominem assumere^. Idem, in Iib. quœst. vet. et nov. legis: Potuit Deus 
simul cuncta facere, sed ratio prohibuit; poterat animam limo terrœ 
admiscere, et sic formare corpus, sed ration e infirmabatur, quia pri- 
mum oportebat domum compaginari et sic habitatorem induci. Idem, 
in Enchiridio : Omnipotentis voluntas mala esse nunquam potest. Prae- 
terea ^ multa potest facere quœ non facit , nec vult. Potuit enim effi- 
cere ut XII legiones angelorum pugnarent contra eos qui eum ce- 

' August. opp., tom. VIII, pag. gSô. — * Ibid., pag. gAS. — ' Turon. deest mala esse 
numquam potest. Prœterea. 



SIC ET NON. 79 

perunt. Evangelista Matthœus : An putatis quia non possum rogare pa- 
trem, et exhibebit milii plus quam XII legiones angelorum? Item : Tune 
in clarissima sapientise luce videbitur quod nunc fides habet : quam 
certe immutabilis et efficacissima sit voluntas Dei , quam multa possit 
et non velit , nihil autem velit quod non possit. Idem, in libro de spi- 
ritu et littera: Absurdum tibi videtur dici aliquid fieri posse, cujus 
desit exemplum ; cum , sicut credo , non dubites nunquam esse fac- 
tura ut per foramen acus camelus transiret, et tamen ille boc quoque 
dixit Deo esse possibile. Item : His addi possunt etiam illa quœ leguntuj 
in libro Sapientiœ, quoniam multa posset nova tormenta exercere 
Deus in impios, ad nutuni sibi serviente creatura, quœ tamen non 
exercuit. Potest et de monte illo , quem fides in mare transferret , 
facere quod tamen nusquam factum esse vel audimus vel legimus. 
Quisquis borum abquid Deo dixit impossibile , vides quam desipiat , 
quamque adversus fidem ejus scriptura loquatur. Multa alia bujus- 
modi possunt occurrere vel legenti vel cogitanti , quse possibilia Deo 
negare non possumus, quamvis eorum desit exemplum. Idem, in libro 
de natura etgratia : Dominus Lazarum suscitavit; sine dubio potuit '. 
Quia vero Judam non suscitavit, numquid dicendum est : non potuit.^ 
Potuit ergo, sed noluit. Nam si voluisset, eadem etiam boc potes- 
tate fecisset ; quia filius quos vult vivificat '^. 

XXXYI. 

Quod quidquicl vult Deus facial, et non. 

David, in psalmo CXXXIV : Omnia quaecumque voluit Dominus, fe- 
cit in cœlo et in terra, etc. Et Apostolas, ad Romanos : Voluntati ejus 
quis resistit? Idem, in epistola prima ad Timotheum : Hoc enim bonum 
et acceptum est coram salvatore nostro Deo, qui vult omnes salvos 
fieri. Et per semetipsam Veritas ad Jeremiam loquitur : Quoties vo- 
lui congregare filios tuos, etc. Hieronymus, super Danielem , in tertia 

'■ Turon. deestsme duhio potuit. — ^ August. opp., tom. X, pag. i3o. 



80 PETRI ABvî:LARDI 

visione , ubi de Deo et de Nabuchodonosor sic loquitur : Juxta volun- 
tatem enim suam facit tam in cœlo quam in terra ; et non est qui 
résistât manui ejus et dicat : quare fecisti ? Loquitur quemadmodum 
homo scilicet. Non enim quod vult hoc facit, sed quod bonum est, 
hoc vult Deus. Nabuchodonosor autem sic locutus est , ut , duni po- 
tentiam Dei praedicat, justitiam ejus videatur arguere, quod immé- 
rité pœnas sustinuerit ^ 

XXXVII. 

Quod nihil fiai Deo nolente, et contra. 

Ex verbis Habacuc prophetœ : Domine , non dico sine te quicquam 
fieri, et te nolente tantam esse potestatem impii. Cum ergo sis omnium 
Creator et dominus , necesse est ut facias quod sine te heri non po- 
test. Augustinus, in libro de spiritu et littera : Infidèles quidem contra 
voluntatem Dei faciunt, cum ejus evangelio non credunt. Idem, de 
civitate Dei , libro XXII : Multa fiunt quidem contra voluntatem Dei , 
sed tantae sapientiae ille tantseque virtutis ut in eos exitus sive fi- 
nes, quos bonos et justos ipse praescivit, tendant omnia quae volun- 
tati ejus videntur adversa. Item : Deus est qui operatur in nobis et 
velle ; secundum ergo hanc voluntatem , qua Dominum velle dicimus 
quod alios effecit velle, multa vult nec facit. Multa enim volunt fieri 
sancti ejus ab illo inspirati sancta voluntate , nec fiunt, sicut orant 
pro quibusdam pie sancteque; et quod orant, non facit. Idem, in En- 
chiridio : Aliquando homo bona voluntate vult, aliquando non vult, 
tanquam si bonus filius patrem velit vivere , quem Deus bona volun- 
tate vult mori. Et rursus fieri potest ut hoc velit homo voluntate 
mala , quod Deus vult bona ; velut si malus filius mori patrem velit , 
hoc etiam Deus. Item: Omnes homines vult salvos fieri; tamquam si 
diceretur : nuUum hominem salvum fieri , nisi quem fieri salvum 

* Post hanc quaestionem in Turon. subito ad praedestinationem lilii transitur et ad 
questionem LXIX. 



SIC ET NON. 81 

esse voluit; aut certe sic dictum : omnes hommes, id est de omni 
génère hominum, salvos fieri. 

XXXVIII. 

Quod omnia sciât Deus, et non. 

Apostolus, aclHebrœos, de spiritu Dei : Omnia nuda sunt et aperta 
oculis ejus, etc. Ex libro sententiarum Prosperi, cap. CCLXXXl : Cum 
Salvator dicit unum passeiem non cadeie in terram sine voluntate 
Dei , et quod fœnum agri post paululum mittendum in clibanum 
ipse tamen formet ac vestiat, nonne confirmât non solum totam 
mundi partem , rébus mortalibus et corruptibillbus deputatam , ve- 
rum etiam vilissimas ejus abjectissimàsque particulas divina provi- 
dentia régi, ne fortuitis perturbari motibus ea quorum causas com- 
prehendere non possumus, existimemus ? Hieronymus , super Haba- 
cuc prophetam, exponens ista ejus verba^: Domine, mundi sunt oculi 
tui; ne vicleas malum , et respicere ad iniquitatem non poteris. Quare 
non respicis super iniqua agentes , et taces impio dévorante justiorem se? 
Et faciès hommes quemadmodum pisces maris, et quemadmodum reptile 
non habens principem. Non dico sine te quidquam fieri, et te nolente 
tantam esse potestatem impii. Cum ergo sis omnium creator et do- 
minus, necesse est ut facias quod sine te fieri non potest. Non quod 
propbeta sic sentiat, sed quod bumanam impatientiam in sua persona 
exprimat, sicut Apostolus multas in se personas transformat; unde : 
Hoc autem , fratres , transfiguravi in me, etc. Aliter enim non potest 
Deus babere homines quemadmodum pisces maris et quemadmo- 
dum reptilia non babentia principem , quorum angeii quotidie vi- 
dent faciem patris qui in cœlis est. Sicut ergo in bominibus etiam 
per singulos currit Dei providentia, sic etiam in caeteris animalibus 
generalem quidem dispensationem et ordinem cursumque rerum 
intelligere possumus; verbigratia : quomodo nascatur piscium mul- 
' Hieron. opp., tom. III, pag.,i6oo. 

SIC ET NON. 11 



82 PETRI ABiELARDI 

titudo et vivat in aquis; quomodo reptiîiaet quadrupedalia oriantur 
in terra , et quibus alantur cibis. Sed absurdum est ad hoc Dei dedu- 
cere majestatem ut sciât per momenta singula quot culices nascantur, 
quotve moriantur ; quae pulicum et muscarum sit multitude ; quanti 
pisces in aqua natitent et qui de minoribus majorum praedae cederf 
debeant. Non sumus tam fatui adulatores Dei ut omnem potentiani 
ejus etiam ad ima detrudamus , in nosque ipsos injuriosi simus , eam- 
dem irrationabilium providentiam esse dicentes. Unde liber ille apo- 
cryphus stultitiœ deputandus , • in quo scriptum est quemdam ange- 
lum , nomine Tyn, praeesse reptilibus , et similiter piscibus et arbori- 
bus et bestiis universis proprios in custodia angelos assignâtes. ' 

XXXIX. 

Quod opéra hominum nihil sint, et contra. 

Augustinus , in Enchiridio , cap. IX : Satis est Christiano rerum crea- 
tarum causas non nisi bonitatem intelligere creatoris , qui est Deus, 
nuUamque naturam esse quae non aut ipse sit aut abipso. Idem, de 
moribus ecclesiœ catholicœ ^ : CreaXurdi , Paulus clamât, vanitati sub- 
jecta est, neque nos potest a vamtate separare veritatique connectere 
quôd subjectum est vanitati. Et hoc nobis spiritus sanctus praestat. 
Creatura igitur non est , quia omne quod est aut Deus aut creatura 
est. Paulus, in epistola prima ad Corinthios : Scimus quia nihil est ido- 
lum in mundo. Prudentius, hymn. : Isis, ApoUo, Venus nihil est; Maxi- 
mianus et ipse nihil : lUa nihil , quia facta manu , Hic manuum quia 
facta colite Expsalmo CXIII: Simulacra gentium argentum etaurum, 
opéra manuum hominum. 

' August. opp., tom. I, pag. 696. — ' Prudentius, Peristeph. Hymn. III. 



SIC ET NON. 83 

XL. 

Quod Deus quoque loco movealur vel locatus sil, el non. 

XLI. 

Quod Deus ipse sil qui antiquis patribus apparebal, et non. 

XLII. 

Quod solus filius in angelis olini apparebat , et non. 

XLIII. 

Quod nulius creatus spiritus loco movealur , et contra. 

XLIV. 

* Quod solus Deus sit incorporeus, et non. 

XLV. 

Quod Deus per corporales imagines non sit reprœsentandus, et contra. 

XLVI. 

Quod angeli ante coelum et terram vel caeteras omnes creaturas facti sint , et quare 
omnes angeli œquales et beati creati sint, et non. 

XLVII. 

Quod ante ci eationem hominis angélus cecideril , et contra. 

XLVIII. 

Quod boni angeli sive sancti , visione Dei fruentes , omnia sciant , et non. 

11 



84 PETRI AB/ELARDJ . 

XLIX. 

Quod oiimes ordines cœlestium spiriluuni generaliter angeli vocentur, et non. 

L. 

Quod in cœlesti vita neiuo proficial. 

LL 

Quod prîmi parentes creati sint mortales, et non. 

LU. 

Quod Adam extra paradisum sit conditus , et contra. 

LUI. 

Quod peccatum Adoe magnum fuerit , et non. 

LIV. 

Quod primum hominis peccatum non cœpit a persuasione diaboli , et contra. 

LV. 

Quod Eva sola, non Adam, seducta sit, et contra. 

LVI. 

Quod homo liberum arbitrium peccanao*aniiserit , et non. 

Jugastinus , in Enchiridio : Nam libero arbitrio maie uteiis homo 
et se perdidit ipsum. Sicut enim qui se occidit utique vivendo se 
occidit nec se ipsum resuscitaie poterit, ita cum libero peccaretur 



SIC ET NON. ' 85 

arbitrio, victore peccato amissum estetiam liberum arbitrium. A quo 
enim quis devictus est, Imjus servus Jactus est. Quœ aiitem potest servi 
esse liberias, nisi quando eum peccare delectat? llberaliter enim 
servus, qui sui domini libenter voluntalem facit; per hoc et ad pec- 
candum liber est qui peccati servus est\ Idem, de correptione et gratia: 
Liberum arbitrium et ad bonum et ad malum faciendum confiten- 
dum est nos habere. Sed in maie faciendo liber quisque est justitiœ, 
peccatique servus. Idem, de gratia et libero arbitrio : Semper est in no- 
bis voluntas libéra, sed non semper est bona ; aut enim a justilia 
libéra est, quando servit peccato, et tune est mala; aut a peccato 
libéra est, quando servit justitiœ , et tune est bona. Gratia vero Dei 
semper est bona, et per hoc fit ut sit homo voluntatis bonae, qui 
prius fuit mal«. Item : Non enim homo sic gratiam suscepit ut pro- 
priamperdat voluntatem. Tamen ne ipsa voluntas sine gratia Dei pu- 
tetur, boni aliquid posse subjecit: non ego autem, sed gratia Dei me- 
cum , id est non solus, ac propter hoc nec gratia Dei sola nec 
ipse solus. 

LVII. 

Quod Adam in loco calvariae sepullus sit , et conira. 

LVlll. 

Quod Adam salvatus sit et contra. 

LIX. 

Quod de promisse saneti spiritus Maria dubitaverit, et non. 

LX. 

Quod verbum Dei in utero virginis sancl.-v animani et carneni susceporit. 
' August. opp., tom. M, pag. 207. 



86 PETRI ABiELARDI 

LXI. 

Quod Josephus non sit suspicatus Mariam adulteram , et contra. 

LXII. 

Quod Christus clauso utero virginis natus sit, et contra, 

LXIII 

Quod Christus secundum carnem non fuerit de tribu Juda , et contra. 

LXIV. 

Quod Deus persoQAHi hominis non susceperit sed naturam , et contra. 

Aagustinas, de fide, ad Petrum, ita : Verbum caro factum est; ut, 
quamvis naturaliter non sit verbum quod caro, quia duarum natu- 
rarum veritas manet in Christo , secundum unam tamen personam 
idem verbum caro ab ipso fieret maternae conceptionis initio. Deus 
enim verbum personam non accepit hominis, sed naturam. Boetius, 
contra Eutychen etNestorium : Hoc iterum constet quod inter naturam 
personamque difFerre praediximus; quoniam natura est cujuslibet 
substantiœ specificata proprietas , persona vero rationabilis naturae 
individua subsistentia. Ambrosius, super epistolam Pauli ad Romanos : 
Servus Jesu Christi ; utrumque posuit , id est , Jesu Christi , ut Dei et 
hominis personam significaret , quia in utroque est Dominus. Item : 
Quoties scriptura aut Jesum dicit aut Christum , aliquando personam 
Dei, aliquando personam hominis significat. ^tt^ftt^^tWH^, lib. II contra 
Manichœos : Rehquit patrem, cum dixit : a pâtre exivi; apparendo ho- 
minibus , tum verbum caro factum est ; quod non commutationem 
naturae Dei significat, sed susceptionem inferioris personse, id est, 
humanae. 



SIC ET NON. 87 

LXV. 

Quod filius Dei mutatus sil suscipiendo carnem, et non. 

Hieronymus, in psalmum LXXVI :llacc mutatio dexterae Excelsi; nisi 
dextera ejus, hoc est, lilius ejus mutatus fuerit et corpus ejus acce- 
perit , nos misericordiam accipere non possumus. Qui cum in forma 
Dei esset constitutus, non rapinam arbitratus est esse se œquaiem 
Deo, sed exinanivit semet ipsum, formam servi accipiens. Augnstinus, 
de natura summi boni: Naturœ corruptibiles , ideo non incommutabiles 
sunt, quia nihil est unde factae sint. Item : Omnis enim mutatio 
facit non esse qui erat; vere ergo ille est qui incommutabilis est. 
Item : Vera immortalitas haec est summa illa incommutabilitas quam 
solus Deus habet. Isidorus, de summo bono, cap. I : Quid estDei im- 
mortalitas nisi ejus incommutabilitas? Nam angeli et animae immor- 
tales sunt , sed incommutabiles non sunt. Solus Deus dicitur immor- 
talis, quia solus incommutabilis. Nam anima moritur, dum, deserente 
Deo, de bono in malum mutatur; sic et angélus, dum, deserente 
Deo, lapsus est. Quod materiam habet, unde existât, mutabile est, 
quia de informi ad formam transit; quod vero non habet materiam^ 
immutabile est, sicutDeus^ 

LXVP. 

Quod Deus et homo in Christo partes esse videantur, et non. 

Athanasius : Nam sicut anima rationahs et caro unus est homo, ita 
Deus et homo unus est Christus. Hieronymus, w psalmum H : Vox 
Christi : Ego autem constitutus sum rex ab eo ; pro parte carnis dici- 
tur : Idem, in psalmum XÀIII: Quis est iste rex gloriae ? voxangelorum 

' Isidori Sententiarum lib. I, pag. i, tom. II Edit. Matrit. — ' Haec quaestio vakle tur- 
bata est in Turon. Deest Augustinas in libro sententiarum Prosperi et in epistola ad Volu- 
sianum, necnon et Remigius in psalmum XXXIV. Locus de prœdesttnaiione sanciorum alibi esl. 



88 PETRI AByELARDl 

qui apud patrem semper fuerunt. Ac si dicerent : nos patrem et fi- 
lium semper insimul esse videmus. iste rex gloriae quis est ? pro 
parie carnis dicebatur. Augustinus, in libro sententiarum Prosperi: Hoc 
est quod dicimus, quod modis omnibus approbare contendimus, 
sacrificium ecclesiœ duobus confici, duobus constare : visibili ele- 
mentorum specie et invisibili domini nostri Jesu Christi carne et 
sanguine; sacramento et re sacramenti , id est, corpore Christi; 
sicut Christi persona constat et conficitur Deo et homine, cum ipse 
Christus verus sit Deus et verus homo qui omnes illas res , iilarum 
rerum naturam et veritatem in se continet, ex quibus conficitur. 
Est igitur sacramentum et res sacramenti, id est corpus Christi. Idem, 
in libro quœst. Orosii ad ipsum : Sicut anima et caro unus est homo , 
ita verbum et homo^ unus est Christus. Duas substantias accipimus 
in uno fdio Dei , divinitatis et humanitatis , non duas personas. 
Si dixerimus duas esse personas, jam non erit trinitas sed qua- 
ternitas. Idem , de trinitute, lib. IV : Ita sane factum ut ibi sit non 
tantum verbum Dei et hominis caro , sed etiam rationalis hominis 
anima, atque hoc totum et Deus dicatur propter Deum et homo 
propter hominem. Quod si difficile intelligitur, mens fide purgetur. 
Idem, de prœdestinatione sanctorum : Ipsa est illa inefFabilis facta ho- 
minis a Deo verbo susceptio singularis, ut fdius'Dei^t fdius hominis 
simul , et filius hominis propter susceptum hominem et fihus Dei 
propter suscipientem Deum, veraciter et prpprie diceretur, ne qua- 
ternitas sed trinitas crederetur. Idem, in epistola ad Volusianum de in- 
carnatione Christi : Sicut in unitate personœ anima utitur corpore ut 
homo sit, ita in unitate personae Deus utitur homine ut Christus sit. 
In illa ergo persona mixtura est animœ et corporis ; in hac persona 
mixtura est Dei et hominis; ergo persona hominis est mixtura animœ 
et corporis, persona autem Christi mixtura est Dei et hominis. Cum 
enim verbum Dei permixtum est animœ habenti corpus, simul et 
animam suscepit et corpus. lUud quotidie fit ad procreandos ho- 
mines; hoc semel factum est ad liberandoshomines. Undetamen dua- 

. ' Turon. caro pro homo. i^v v. ,. •• .; •,,»•!'..■, ,, . ,, . 



SIC ET NON. 89 

rum rerum incorporearum commixtio facilius credi debuit quam 
unius corporeœ et alterius incorporeae; ac per hoc verbi Dei et animae 
(Tedibilior debuit esse permixtio quam animœ et corporis. Verbuni 
ergo Dei longe alio modo quodam quam in co quo creaturis cœteris 
adest, suscepit hominem, seque et illo fecit unum Jesum Ghristvim. 
Remigim, in psalmum XXXIV : Et oratio mea in sinu, etc. Scimus quippe 
Christum in duabus et ex duabus substantiis constare , divina scilicet 
et humana. Augustinus, contra Maximinum : NuUa sit partium divisio 
in trinitate deitatis; Christus una persona est geminai substantiœ , 
nec tamen Deus pars hujus personae dici potest, alioquin filiusDei, 
antequam formam servi susciperet, non erat totus, et crevit cum 
homo divinitati ejus accessit. Quod si in una persona absurde dici- 
tur quia pars illius reinon potest esse Christus, quanto magis trini- 
tatis esse non potest quicunque unus in tribus? In trinitate ergo, quae 
Deus est, pater est Deus, et filius etiam Deus, et spiritus sanctus est 
Deus, et simui hi très unus Deus, nec hujus trinitatis tertia pars est 
unus : nec major pars duo quam unus est ibi; necmajus aliquidsunt 
omnes quam singuii , quia spiritualis non corporalis est magnitudo \ 
Idem, super Johan. homel. JTLI^: Persimihtudinem Christus muita est, 
quse per proprietatem non est. Per similitudinem : et petra est et os- 
tium et lapis angularis et agnus et pastor et leo , et alia quae connume- 
rare longum est. Si autem proprietates discutias rerum quas videre 
consuevisti, nec petra est nec ostium, etc. Item : pono , inquit, ani- 
mam meam. Quis ponit? quamponit? Quid est Christus? verbum 
et homo; nec sic homo, ut sola caro sit, quia homo constat ex 
carne et anima ; totus autem homo in Christo ; non enim partem dé- 
tériorera suscepit et meliorem deseruit ; pars quippe hominis melior 
est anima quam corpus ; quia ergo totus homo in Christo , quid est 
Christus? verbum et homo. Quid est verbum et homo? verbum, 
anima et caro. Tene ergo quia nonnuUi fuerunt haeretici et in ista 
sente ntia ; ApoUinaristae haeretici ausi sunt dogmatizare quod Chri- 
stus non sit verbum et caro , et animam humanam non éum habuisse 
' August. opp., tom. VIII, pag. 698. 

SIC ET NON. 12 



90 PETRI AB^LARDI 

contendunt. Quis poiiit animam et iterum sumit? Christus, ex eo 
quod verbum est, animam ponit et iterum sumit? Au ex eo quod 
anima humana est, ipsa se ponit et sumit? An ex eo quod caro est, 
animam ponit et sumit ? Si dixerimus quia verbum Dei posuit animam 
et iterum sumsit, metuendum nobis est ne dicatur : ergo anima iila 
aliquando reparata est a verbo, et alîquando verbum illud ex que 
suscepit animam , fuit sine anima ^ Item : Quid fecit passio , quid 
fecit mors, nisi corpus ab anima separavit, animam vero a verbo 
non separavit? Mortuus est Dominus; sine dubio^ caro ipsius expi- 
ravit ; anima ad tempus deseruit carnem , a verbo autem animam 
separatam esse non dico. Latronis animae dixit : Hodie mècum eris 
in paradiso. Latronis animam non deserebat et deserebat suamP 
absit; sed suam inseparabiliter habuit. Sicut Christus animam suam 
posuit, sic et nos debemus animas pro fratribus ponere. Ponere ani- 
mam , mori est ; sic et Petro dixit : Animam meam pro te ponam, id est, 
pro te moriar. Garni hoc tribue : caro ponit animam et iterum sumit. 
Etinclinato capite tradidit spiritum , hoc est ponere animam^ caro illum 
tradidit, emisit, expiravit; ideo dicitur expirare extra spiritum fieri, 
quonxodo exulare extra solum fieri, exorbitare extra orbitam fieri. 
Si ergo caro animam posuit, quomodo Christus animam posuit? non 
est caro Christus. Ita plane et caro Christus et anima Christus et 
verbum Christus ; nec tamen tria haec très Christi , sed unus Christus. 
Quomodo est enim unus homo anima et corpus, sic unus Christus 
verbum et homo. Videte quid dixerim , et intelhgite : anima et cor- 
pus duae res sunt , sed unus homo ; verbum et homo duae res sunt , 
sed unus Christus. De homine quaere ubi est ? ubi est apostolus Pau- 
lus modo? si quis respondeat : in requie cum Christo, verum dixit; si 
quis : Romge in sepulcro , et ipse verum dicit ; Hlud enim de anima , 
hoc de ejus carne accipitur. Nec tamen duos dicimus apostolos , unum 
qui requiescit in sepulcro, alterum qui requiescit cum Domino. Idem, 
de trinitate, lib. I : Quia forma Dei accepit formam servi, uterque 
Deus , uterque homo ; sed uterque Deus propter accipientem Deum , 
' August. opp., tom. III, p. 2 , pag. 611. — ^ Abrinc. deest sine dubio. 



SIC ET NON. 91 

iiterque homo propter acceptum hominem. Item : Ex forma servi cru- 
cifixus, est et tamen gloriœ Deus crucifixus est. Talis enim erat illa 
siisceptio , quae Deum hôminenfï faceret et hominem Deum ; quid ta- 
men propter quid, et quid secundum quid dicatur diligens lector 
inteiligit^ Idem, lib. IV: ïta sane factum ut ibi sit non tantum verbum 
Dei et hominis caro , sed etiam rationalis hominis anima , atque hoc 
totum et Deus dicatur propter Deum et homo propter hominem. 
Quod .si difficile inteiligitur, mensfide purgetur. 

LXVII. 

Quod Chrislus sive Deus non sit dicenclus creatura aut servus , et contra. 

LXVIII. 

Quod Christus secundum carnem factus sit, et contra. 

LXIX. 

Quod filius Dei prœdestinatus sit, et contra. 

LXX. 

Quod Deus niinorari non possit, et contra. 

LXXI. 

Quod etiam secundum divinitatem filius minor pâtre videatur, et contra. 

Hieronymus, de symbolo nicœni concilii : Absit ergo ^ in fdio Dei ali- 
quid plus minusve aut in loco aut in tempore aut in potentia aut in 
scientia aut in œqualitate aut in subjectione, cum dicitur, hoc ut 
deitati ejus, non carni adscribatur. Si enim plus minusve aliquid 

' Cf. August. opp., tom.VIII, pag. 767-768. — * Abrinc. deest crgfo. 



92 PETRI AB^LARDI 

invenitur, excepto quod genuit pater filium et ^ excepto hoc quod 
filius non ex semet ipso natus est , sed de pâtre natus est pi oprie , 
aut invidus aut impotens pater , insuper etiam temporalis agnoscitur. 
Hilarius, de trinitate , lih. IX: Ut sacramentum nativitatis in minis- 
terium assumpti corporis manifestaret , ait : quia pater major me est, a 
quo scilicet esset gloriam resumpturus , apud quem et in quo esset 
glorificandus. Item: Glorificaturus fdium pater, major est; glorifi- 
catus in pâtre fdius, minor non est. Aut quomodo minor est qui in 
gloria Dei patris est? aut numquid pater major non est? major itaque 
pater est, dum pater est; sed fdius, dum fdius est, minor non est. 
Nativitas fdii patrem constituit majorem; minorem vero fdium esse 
nativitatis natura non patitur. Major pater est dum gloriam as- 
sumpto homini rogatur ut reddat ; fdius minor non est dum glo- 
riam resumit apud patrem ; atque ita sacramentum nativitatis et dis- 
pensatio corporationis impletur. Nam et pater, dum pater est et glo- 
rificat nunc^ filium hominis, major est; et pater et fdius unum sunt; 
ex pâtre natus filius post assumptionem ' terreni corporis glorificatur 
in patrem. 

LXXII. 

Quod Christus secundum corpus etiam non creverit , et contra. 



LXXIII. 

Quod humanitas Christi non creverit in sapientia, vel quod tantumdem scierit 
quantum divinitas, et contra. 

LXXIV. 

Quod Christus corporaliter quoque unctus fuisse legatur , et contra. 

' Abrinc. deest excepto quod genuit pater fdium et. — * Abrinc. deest nunc. — ' Turon. 
ascensionem. Vid. Hilar. opp., pag. 1022. 



SIC ET NON. 95 

LXXV. 

Quod in Christo is qui est filius Dei non sit ille qui est filius hominis, sive is qui 
est aeternus non sit is qui est temporalis , et contra ^ 

Hieronymus, in psalmum CXIV : juravit Dominus. Hoc quod dichjura- 
vit non ei qui ante Luciferum genitus est, sed ei juravit qui post 
Luciferum natus est ex virgine. Item : Ipse enim est iste Melchisedec 
sine pâtre, sine matre , sine generatione. Ab omnibus ecclesiasticis 
dictum est : sine pâtre secundum carnem , sine matre secundum 
Deum, Idem, de sermone in assumptione sanctœ Mariœ : Verhum quod 
erat in principio et apud Deum erat verbum ; ipsum Deum genuit 
gloriosa virgo Maria ex se carnem factum ^. Item : Qui elegit nos ante 
mundi constitutionem , quia profecto quicquid Deus fecit ab initio, 
Christus fecit totum per unitatem sacramenti ; et ideo jam Christus 
erat in fdio , quoniam semper per sacramenti unitatem in Deo fuisse 
non dubitatur. Item : Unus in carne , unus in sacramento atque unus 
in spiritu , nec omnino admittit ut alius filius hominis , alius fdius 
Dei intelligatur , quia nec tempore perscribitur nec passione sepa- 
ratur. Sed totus Deus in Christum et Christus in Deum transiit , ut 
quidquid Dei fihus est, Christus dicatur, etquidquid Christus pertulit, 
id Deus pertulisse recte dicatur. Nec nos hominem seorsum colimus 
nec adoramus , sed Deum incarnatum , qui proprium sibi corpus ani- 
matum univit. Item : Ipsum Dei fihum adoramus , qui nihil in se 
pro assumpto homine est auctus, nihilque quod verbum caro factum 
est imminutus vel mutatus, et ideo unus idemque semper cum Deo 
pâtre fihus adoratur, non recedens ex tempore, non ahenus natura 
vel génère. Quod si tibi novum videtur quod hominem assumpsit , 
noveris quod semper cum eoet inejus consilio fuit. Item : In Christo 
Jesu in quo est Deus et homo , sic unus in una persona , ut legatur 

* Turon. haec quaestio habet titulum hune : Quod Deus sive filius Dei passus dicendus sit, 
et non. — * Turon. carnefactum. 



94 PETRI AB.f:LARDl 

quam saepe in divinis litteris homo Deo coœternus propter unitatem 
substantlae, ac deinde homini Deus videatur compassiis, cum nec 
initialis ^ homo nec passibilis Deus. Sic tamen unitus est Deus suo 
corpori ut nullam patiatur fieri inter Deum et hominem humana 
opinione distantiam, ne forte, quod absit, filiusalius Dei et alius fi- 
lius hominis credatur , prœsertim cum scriptura sic connectit et cor- 
porat Deum et hominem ut nec in tempore admodum hominem 
quidem a Deo, nec in passione Deum possit ab homine discernere. 
Unde, si ad tempus respicias, invenies semper filium hominis cum 
filio Dei ; si ad passionem , invenies semper cum fiho hominis eumdem 
fdium Dei ita unitum et individuum , quantum ad vocem scripturae 
pertinet, ut nec homo a Deo separari in tempore nec ab homine 
Deus valeat in passione. Siquidem , ut hoc apertius intelHgatis, ipsius 
Christi verba discutite ; A^e/no , inquit, ascendit in cœlum nisi qui des- 
cendit de cœlo,filius hominis, qui est in cœlo. Item : Deus et homo in una 
substantia vel persona sine divisione dut commixtione. Item : Verbum 
tamen est Deus et non caro , quamquam carnem animatam assump- 
serit. Simihter et caro caro est animata et non verbum , hcet Dei 
verbum caro conspecta sit ac visa. Unde Johannes : Quod fuit ab initio, 
qiiod vidimns de prospeximus et mahus nostrœ tractaverunt de verbo vitië; 
cum nemo Deiim verbum videre-aut tractare possit manibus, nisi per 
sacramentum sibi uniti hominis , quum nimirum unio tam mira est 
ut discerni nequeat. Item : Hinc est quod unus idemque manens filius 
unigenitus, indisseparatus in utrisque naturis conspicitur, et quœ 
sunt utriusque substantiae operatur secundum uniuscujusque essen- 
tiam vel naturalèm proprietatem. Item .-Emmanuel dum unus est, et 
in eo ipso uterque , id est Deus et homo , quœ utriusque naturae sunt 
veraciter gessit, secundum aliud et aliud operans, secundum quod 
Deus, quœ divina suUt, secundum quod homo idem ipse, quœ humana 
sunt. Et non alius miracula operatus est, alius perpetravit humana 
passionesqiie sustinuit; at unus idemque Christus, fdius Dei atque 
filius hominis, qui et divina gessit et humana ; siquidem inseparabiliter 
* Sic Edit. Codd. initiabilis. Abrinc. dicatur pro Deus. 



SIC m NON. 95 

atqiie indivise communes Ghristus habuerit actiones. Sed intelligen- 
dœ sunt ipsorum operum qualitates , contemplandumque est semper 
ad quae provehitur humilitas carnis, ad quœ inclinatur altitudo di- 
vinitatis. Idem, de similitiidine carnis et peccati: Vrior homo de terra, 
tenenus; secundus e cœlo, cœlestis. Quis est iste cœlestis? lUe sine 
dubio qui eum quem gestabat in baptismate, fecit audire : Filins 
meus es tu; ego hodie genui te. Et qualiter dicitur hodie? si in principio 
verbum erat apud Deum , quia non istud verbum quod semper apud 
patrem fuisse et esse filius^ credendum est; sed bonio, quem Deus 
verbum susceperat, audivit quod liic iilius hominis, per Dei filium 
Dei esset filius , in Dei filio promeretur. Ambrosius, de sacramentis, 
lih. VI : Ego sum , inquit, panis vivus, etc. Sed caro non descendit de 
cœlo, quomodo descendit de cœlo panis vivus, quia idem dominus 
noster Jésus Ghristus consors est et divinitatis et corporis; et tu qui 
accipis carnem ejus, divinse substantif in illo participais alimento. 
Augustinus^, contra Maximinum, lih. II : Una persona est Ghristus, 
Deus et homo. Propterea quod etiam : Nemo, inquit, ascendit in cœlum 
nisi qui de cœlo descendit, filius hominis, qui est in cœlo. Si ergo atten- 
das distinctionem substantiarum : filius Dei de cœlo descendit, filius 
hominis crucifixus est; si unitatem personse : et filius hominis de cœlo des- 
cendit et filius Dei crucifixus est; propter banc ergo unitatem personœ 
non solum fdium hominis dixit descendisse de cœlo , sed esse dixit 
in cœlo cum loqueretur super terram. Idem, lit. 1 de trinitate : Ex 
forma servi crucifixus est, et tamen gloriae dominus crucifixus est. Talis 
enim efat illa susceptio , quœ Deum hominem faceret et hominem 
Deum ; quod tamen propter quid dicatur prudens lector intelligit. Nam 
ecce diximus quia , secundum quod Deus est , glorificat nos , secundum 
hoc utique quod Dominus gloriae est ; et tamen Dominus gloriae cru- 
cifixus est. Quia recte dicitur et Deus crucifixus, non ex virtute divi- 
nitatis, sed- ex infirmitate carnis. Idem, contra Faustum : Ipsum domi- 
num gloriae, in quantum homo factus est, Dei filium praedestinatum 
esse dicimus. Glamat doctor gentium : qui factus est ei ex semine 
' Turon. deest^/m5. — ^ Hinc caetera désuni in Turon. 



90 PETRI AB^LARDI 

David secundum carnem , qui praedestinatus est filius Dei in virtute , 
ut qui futurus erat secundum carnem lilius David , esset tamen in 
virtute fdius Dei secundum spiritum sanctificationis, quia natus est de 
spiritu sancto et virgine. Ipsa est illa inefFabiliter facta hominis a Deo 
susceptio singularis, ut filius Dei et filius hominis simul; et filius 
hominis propter susceptum hominem, et filius Dei propter suscipien- 
tem Deum veraciter et proprie diceretur , ne non trinitas sed quater- 
nitas crederetur. Ex libro de bono perseverantiœ : Ita ut qui suscepit 
et quod suscepit una esset in trinitate persona. Neque enim homine 
assumpto quaternitas facta est, sed trinitas mansit, assumptione illa 
inefFabiliter faciente personae uniusin Peo et homine veritatem, 

LXXVI. 

Quod humanitas Christi ignoraverit diem judicii , et non. 

LXXVII. 

Quod Judaei vel dœmones Christum agnoverint etiam ante passionem ejus , et non, 

LXXVIII. 

Quod Christus servilenoi timorem habuisse videatur, et non. 

LXXIX. 

Quod Christus fefellerit , et non . 

LXXX. 

Quod Christus nec secundum hominem passus fuerit aut timuerit , et contra. 



SIC ET NON. 97 

LXXXI. 

Quod in morte Christi separatio divinilalis ei liumanitatis sit, cl non. 

LXXXII. 

Quod in Christo suggestio etiam delectationis fuerit, et contra, 

LXXXIII. 

Quod Ghristus vel sancti niori voiuerint, et non. 

LXXXIV. 

Quod Christus descendens omnes liberavit inde, et non. 

LXXXV. 

Quod incertum sit qua hora Dominus rejiurrexeril , et contra, 

LXXXVI. 

Quod Dominus resurgens primo apparuerit Marise Magdalenae , et non. 

LXXXVIL 

Quod illi qui cum Domino resurrexerunl, iterum mortui sint , et non. 

LXXXVIII. 

Quod Christus post resurrectionem cicatrices , non vulnera , dubitantibus 
demonstraverit , et contra. 

LXXXIX. 

Quod creatura sit adora nda , et non. 



SIC ET XON. 



i3 



98 PETEI ABtELARDI 

XC. 
Quod Domibus post ascensionem non sit locutus in terra , et contra. 

XCI. 

Quod àola Maria in anima passa sit , et contra. 

X'CII. 

Quod an te pentecosten , vel in ipsa , de omnibus sint edocti apostoH , et non. 

XCIII. 

Quod Petrus vel Pauius et caeteri apostoli sint oequales, et contra. 

X'Ctt. 

Quod Petrus instinctu diaboli Domino persuaserit vitare mortem , et contra. 

XCT. 

Quod solus Christus fundamentum sit ecclesiae, et contra. 

Pauius, in prima epistola ad Corinthios : Fundamentum enim aliud 
nemo potest ponere praetei id quod positum est, quod est Christus 
Jésus. Augustinus, retractationum contra epistolam Donatiani : T)'ïxi de 
apostolo Petro quod in illo tamqiiam in petra fundata sit ecclesia ; qui 
sensus etiam cantatur in \ ersibus beatî Ambrosii , ubi de gailo galli- 
naceo ait : hoc , ipsa petra ecclesiae canente , culpam diluit ; sed scio 
me postea sic exposuisse quod dictum est : Tu es Petrus, et super hanc 
petram œdificabo ecclesiam meam , ut super hune intelhgeretur, quem 
confessus est Petrus dicens: Tu es Christus, Jilius Dei vivi; ac si Petrus, 
abbac petra appellatus^ persoflam ecclesiae figuraret, quum super hanc 



SIC ET NON. m 

petram œdificaTetur. Non enim dictum estilli : Tues petra ; sed tu es 
Petrus; petra autem erat Ghristus. Cyprianus, in epistola de disciplina et 
habita virginum : Petrus etiam , cui oves suas Dominus pascendas tuen- 
dasque commendat, super quem posuit et fundavit ecclesiam, etc\ 
[dem, adJuvaianum\ de recitando^ hœreticorum baptismo : Manifestum est 
autem ubi et per quos remissio peccatorum dari possit. Nam primum 
Petro Dominus super quem aedificavit ecclesiam , dédit ut id solveret 
in terris quod ille solvisset. Idem, deeodem, ad Quintum : Petrus, quem 
Deus primum elegit et super quem aediiicavit ecclesiam suam. Orige- 
nesy super Matthœum : Quœcunqae ligaveris super terram. Quoniam autem 
qui episcopatus vindicant locum, utunturhoc textu, quemadmodum 
Petrus, et claves regni cœlorum a Christo acceptas docent : qui ab eis li- 
gati fuerint in cœlo esse ligatos, et qui ab eis soluti fuerint, id est re- 
missionem acceperint, esse et in cœlo solutos : dicendum est, quum 
benedicunt, si opéra habeantillapropterquœ dictum est illi Petro: Tu 
es Petrus, et si taies sint ut super eos aedificetur ecclesia Cbristi. Eccle- 
siastica historia, lib. VI, de bis quœ in expositione primi psalmi dicit 
Origenes : Petrus vero, super quem fundatur ecclesia, duas tantum 
epistolas scribit. Ambrosius, in Hexameron, de operibus quintîe diei, 
cum de gallo loqueretur : Hoc postremo, canente ipsa petra ecclesise, 
culpam suam diluit, quam , priusquam gallus cantaret , negando con- 
traxerat. Hieronymus, in epistolam primam adCorinthios: Si quisenim su- 
peraedificat , super lidem œdificat quilibet doctor. Item :Mic magistros 
et doctores significat super fundamentum, quod est Cbristus, bomi- 
nes recte instruere vel prave ; in quibus magistrorum doctrina in die 
judicii in igné revelabitur, ubi consumptis peccatoribus probati ma- 
nebunt. Doctores autem super bis qui probati fuerint, mercedem re- 
tributionis accipient; in illis vero quos ignis exusserit, damno affi- 
cientur, quia in vacuum laboraverunt. Idem, super Jeremiam, in lib. III: 
Et venabuntur eos de omni monte et de cavemis petrarum. Non solum 
Cbristus petra, sed et Petro apostolo donavit ut vocaretur petra. /c?em, 

' Vid. Cypriani opp. Epist lxxui, pag i3i. Ed. Baluz. — ^ Sic Codd. Portasse 
iterando. 

i3. 



100 PETRI AB^ELARDl 

adMarcellam, dejidenostra etMoniani hœreticidogmate : Si igituraposlo- 
lus Petrus, super quem Deus lundavit ecclesiam , etc. Idem, in psalmum 
LAXAVI: Fundamenta ejas in montibus sanctis. Fundamenta ejus sive 
Dei sive certe ecclesiae. Quae sunt autem fundamenta Dei? pater et 
Hlius et spiritus sanctus. Loquitur Paulus : Quasi sapiens arckitectus 
Jundamentum posai, hoc est, fidem trinitatis. Et in alio loco : Expectabant 
enim civitatem habentem fundamenta, cujus artifex et conditor Deus. 
Quos* nos possumus dicere montes? apostolos; in illis erant funda- 
menta , ubi piimum posita est fides ecclesiae. Diligit Dominus portas 
Sion. Legamus Apocalypsim etisaiam, ubi sedificatur civitas Hieroso- 
lyma , et XII poi tae ipsius dicuntur ; manifestum est quod de apostoiis 
scripsit; aliter mihi videntur portae Sion esse virtutes. Idem, super Mat- 
thœam : Et super hanc peiram œdificabo ecclesiam meam. Si eut ipse lu- 
men apostoiis donavit , ut lumen mundi appellarentur , cœteraque ex 
Deo sortiti vocabulasunt, ita etSimoni, qui credebat in petram Ghris- 
tum, petrae largitus est nomen; ac, secundum metaplioram petrae, 
recte dicitur ei : œdificabo ecclesiam meam super te. Item : Absit a te, 
Domine, non erit tibi hoc'-. Consideret, qui hocquaerit, petram illam, 
benedictionem ac potestatem et aedificationem super eum ecclesiœ in 
futuro promissam, non in prœsenti datam. JEdificabo, inquit, super te 
ecclesiam meam, et portœ inferni, jetc. Quae si statim dedisset ei, nun- 
quam in eo pravae confessionis error invenisset locum. Léo universis 
provinciœ e^iscopis; Dominus Jésus instituit ut veritas, quœ antea legis 
et proplietarum praeconio continebatur , per apostolicam tubam in sa- 
lutem universitatis exiret, sicut scriptum e&t:/w omnem terram exivit 
sonus eorum. Sed hujus muneris sacramentum ita ad omnium apostolo- 
rum officium pertinere voluit , ut in beatissimo Petro principaliter col- 
locaret, utab ipso quasi quodam capite dona sua velutinomne corpus 
diffunderet, ut exsortem benefieii intelligeret esse divini qui ausus 
fuisset aPetri soliditate recedere. Hune enim in consortium individuae 
unitatis assumptum, id quod ipse erat voluit nominare dicendo : Tu 
es Petrus, etc., ut aeterni templi aedificatio mirabili munere gratiae in 
' Hieron. opp., tom. II, pag. 3/47. — ' Malt. cap. xvi, 22. 



SIC ET NON. 101 

Pétri soliditate consisteret. Sermo piimus Maximi episcopi infestivitate 
apostoloram Pétri et Pauli : Hic est Petrus cui Christus Dominas com- 
munionem sui nominis libenter induisit. Ut enim, sicut apostolus Pau- 
lus edocuit, petra erat Christus, ita per Christum Petrus factus est 
petra, dicente Domino : Tu es Petrus, etc. Nam sicut in deserto domi- 
nico sitienti populo aqua fluxit e petra, ita universo mundo perfidiae 
ariditate lacerato de ore Pétri fons salutiferse confessionis emersit. 

XCVI. 

Quod Petrus non negaverit Christum, et conira. 

XGVII. 

Quod Petrus et Paulus eodeni prorsusdie, non revoluto anni tenipore, passi 
sinl, et contra. 

XCVIII. 

Quod Paulus ante conversionem quoque taux Paulus quani Saulus vocatus sil , 

et contra. 

XCIX. 

Quod Jacobus justus, frater Domini, Rlius fuerit Josephi, sponsi Mariae, et contra. 

C. 

Quod Jacobus justus, fra 1er Domini, prinjus fuerit episcopus Hierosolymœ , 

et contra. 



CI. 

Quod Jacobus justus, frater Domini , primam do sepleni (anonicis (>pist<)lant 
scripserit, et contra. 



102 PETRI AB^.LARDJ 

CIL 
Quod Philippus diaconus et Phiiippus apostolus idem non fuerint, et contra. 

cm. 

Quod omnes apostoli , extra Johannem , uxores habuerinl , et contra. 

CIV. 

Quod, in figuris quatuor animalium, Matthseus per hominem, Marcus per ieonem 
praesignatus sit, et contra. 

cv. 

Quod eadem Maria tam caput quam pedes Domini unxerit, et contra. 

CVI. 

Quod sine bàptismo aquae nemo jam saivari possit , et contra. 

CVII. 

Quod omnia peccata baptismus deleat , tam originalia quam propria , et contra. 

Augustinus, in Enchiridio : NuUus est qui non peccato moriatur in 
bàptismo ; sed parvuli tantum originali ; majores autem et his omni- 
bus quaecumque maie vivendo addiderunt ad illud quod nascendo 
traxerint. Idem, in lib. I de civitate Dei, de his qui se occidunt: Quam 
causam si voluerimus admittere, eo usque progressa perveniet ut 
hortandi sint homines tune se potius interimere , cum lavacro sanctae 
regenerationis ablutî universorum remissionem acceperint peccato- 
rum. Tune enim tempus est cavendi omnia futura peccata , cum sunt 
omnia deleta praeterita. Item: mentes amentes! quis est hic tantus 



SIC ET NON. 105 

non error, sed furor ? Gennadius , de orthodoxa fide : Baptizatus suam 
lidem confitetur coram sacerdote ; hoc idem martyr coram persecutore 
faeit. lUi omnia peccata remittuntur; isti extinguuntur. Ex concilio 
carthaginiensi , cap. /.-Qui episcopus ordinandus est, ante examine- 
tur si credat si in baptismo omnia, id est, tam illud originale con- 
tractum quamillaquae voluntarie admissa sunt, dimittantur, etc. Cum 
his omnibus examinatus , pleniterque instructus repertus fuerit , tune 
ordinetur episcopus. Ambrosius, lib. I de pœnitentia : In baptismo 
itaque remissio peccatorum omnium est. Quid interest utrum per 
pœnitentiam an per lavacrum hoc jus sibi datum sacerdotes vindicent? 
unum in utroque mysterium est. Idem, in lib. de mysteriis : Qui lotus 
est, non indiget nisi ut pedes lavet; sed est mundus totus. Mundus 
eratPetrus; sed plantam lavare debebat; habebat enim primi liomi- 
nis de successione peccatum , quando eum supplantavit serpens et 
persuasit errorem. Ideo planta ejus abluitur, ut haereditaria peccata 
tollantur. Nostra enim propria per baptismum relaxantur. Idem, 
de sacramentis, lib. III : Ascendisti de fonte; quid secutum est? 
audisti lectionem ; succinctus summus sacerdos tibi pedes lavit. Quid 
istud mysterium.'^ nisi lavavero, inquit, tibi pedes, non habebis mecum 
partem. Non ignoramus quod ecclesia romana hanc consuetudinem 
non habeat, cujus typum et formam in omnibus sequimur. Hanctamen 
consuetudinem non habet ut pedes lavet ; forte propter multitudinem 
declinavit. Sunt enim qui dicant et excusare conentur, quia hoc non 
in mysterio faciendum est, non in baptismate , non in regeneratione , 
sed quia hospiti pedes lavandi sunt. Aliud est humilitatis, aliud 
sanctificationis. Denique audi quod mysterium est et sanctificatio : 
Nisi lavavero tibi pedes, non habebis mecum partem; hoc ideo dico non 
quod alios reprehendam, sed mea officia ipse commendem. In omni- 
bus cupio sequi ecclesiam romanam , sed tamen et nos homines sen- 
sum habemus ; ideo quod alibi rectius servatur , et nos rectius cus- 
todimus. Ipsum sequimur apostolum Pètrum, ipsius inhœremus 
devotioni. Ad hoc ecclesia romana quid respondet.^^ Utique ipse auctor 
est nobis hujus assertionis Petrus apostolus, qui sacerdos fuit eccle- 



104 PETRI AByELARDl 

siae romanœ; ipse Petrus ait : Domine, non solum pedes , sed et manus. 
Vides lidem; quod ante excusavit, humilitatis fuit; quod postea ob- 
tulit, devotionis et fidei. Respondet Dominus: Qaem lavi, non necesse 
est iterum lavare, nisi solos pedes : quare hoc? quia in baptismate om- 
nis culpa diluitur. Recedit ergo culpa, sed quia Adam supplantatus est 
a diabolo, et venenum ei efFusum est supra pedes, ideo lavas pedes ut 
in ea parte in qua insidiatus est serpens, majus subsidium sanctifica- 
tionis accédât , quo postea te supplantarenonpossit; lavas ergo pedes, 
ut laves venena serpentis. Item : Post fontem superest utperfectio fiât, 
quando ad invocationem sacerdotis spiritus sanctus infunditur, 
spiritus sapientiae et intellectus, etc. Istae sunt VII virtutes quando 
consignaris. Item: Post hoc venire habes ad altare. 

CVIII. 

Quod parvuli peccatum non habeant , et contra. 

Hieronymus , super Ezechielem : Quoniam Domini anima in infantia 
constituta est, peccato caret. Idem, ad Heliodorum , in epitaphio Nepo- 
tiani : Regnavit mors ab Adam usque ad Moysem et in eos, etc. Si 
Abraham et Isaac et Jacob in inferno , quis in cœlorum regno ? Si ami- 
ci tui sub pœna offendentis Adam, et qui non peccaverunt alienis 
peccatis tenebantur obnoxii , quid de bis credendum est qui dixerunt 
in cordibus suis : non est Deus^? Augustinus, dejide, ad Petrum : Ideo 
nec aeternitas irrationabilibus spiritibus data est, nec aliquod eis 
judicium praeparatum est in quo eis vel beatitudo pro bonis vel 
damnatio pro malis reddatur operibus. Ideo in eis nuUa operum dis- 
cretio requiretur , quia nuUam intelligendi facultatem divinitus acce- 
perunt. Propterea igitur eorum corpora resurrectura non sunt; quia 
nec ipsis animalibus aut aequitas aut iniqultas fuit , pro qua eis aut 
aeterna beatitudo sitlribuenda vel pœna. /dfem, in lihro quœstion. veter. 
et nov. legis : Quomodo reus constituitur qui nescit quod fecerit."^ Idem, 
in sermone in hanc lectionem : Cum enim essemus in carne, ait Apostoius , 

* Hieron. opp., tom. IV, pag. 267. 



SIC ET NON. 105 

passiones peccatorum , etc.; concupiscentiam nesciebamnisî lex diceret: 
non concupisces ; homo quod bonum putabat, malum esse cogno- 
vit; voluit fraenare concupiscentiam; conatus est, victus est; cœpit 
esse non solum peccator, sed etiam prœvaricator. Peccator enim 
et antea erat, sed antequam legem audiret, peccatorem se esse 
nesciebat ; factus prœvaricator qui fuit ante nescius peccator. Haymo, 
super epistolam Pauli ad Romanos : Sine enim legc naturali et Moyse 
peccatum mortuum erat, id est, latebat, ignorabatur, non appa- 
rebat. Antequam lex naturalis et intellectus incipiat vigere in 
parvulis aliisque hominibus , licet percutiant patrem et matrem 
et maledicant, non peccant. Similiter, antequam lex Moysi data 
esset , erant quœdam peccata quœ ignorabantur peccata esse , quœ 
commissa non tantae gravitudinis erant; etiamsi cognoscebantur esse 
peccata , latebat qua pœna digna essent. Augustinus , in scrmone 
de verbis Apostoli : Ecce infantes in suis utique operibus innocentes 
sunt, niliil nisi quod de primo parente traxerunt babentes. Res- 
ponde mlbi, quare moriuntur, si omnes bomines, quoniam pec- 
cant, ideo moriuntur.^ Quid putatis dici potuisse ? Peccarunt et 
ipsi. Ubi peccarunt? rogo te; quando ? quomodo .^ bonum et ma- 
lum quid sit nesciunt; peccatum accipiunt, qui prseceptum non ca- 
piunt.»^ Quid de illis dicis qui in utero moriuntur? Et ipsi, inquis , 
peccaverunt. Contradicit Apostolus ; magis Apostolum audio qùam te : 
Nondam natis nec aliquid agentibus boni et mali , etc. Isidorus, de sum- 
mo bono, lib. I : Innoxios esse infantes opère, non esse innoxios co- 
gitatione , quia motum quem gerunt in mente , nondum possunt exer- 
cere opère; ac per boc in illis aetas est imbecillis, non animus; ad 
nutum enim voluntatis non obtempérât illis fragilitas corporls, nec 
adeo opère nocere possunt, sicut cogitatione moventur. Gregorius , 
dialog. lib. IV, cap. XVIII, de puero blasphemo : Et si omnes baptizatos 
infantes atque in infantia morientes ingredi regnum cœleste creden- 
dum est , omnes tamen parvulos qui jam loqui possunt , régna cœles- 
tia ingredi credendum non est, quia nonnuUis parvulis ejusdem re- 
gni cœlestis aditus a parentibus clauditur , si maie nulriantur. Nam 

SIC ET NON. Ii4 



100 PETRI AB^LARDl 

quidam in hac iirbe notissimus ante triennium filiuni habiiit, anno- 
riim, sicut arbitrer, quinque, quem nimis carnaliter diligens , remis- 
se nutriebat, atque idem parvulus, quod dictu grave est, mox ejus 
animo ut aliquid obstitisset, majestatem Dei blaspbemare consue- 
verat. Qui, in hac ante triennium mortalitate percussus, venit ad 
mortem. Gumque eum pater in sinu teneret, sicut testati sunt qui 
praesentes fuerunt, malignes spiritus ad se venisse puer adspiciens 
cœpit clamare : Obsta, pater, obsta! Mauri homines venerunt, qui 
me toUere volunt. Qui cum hoc dixisset, majestatis nomen protinus 
blasphemavit et animam reddidit. Ut enim Deus ostenderet pro quo 
reatu talibus fuisset executoribus traditus, unde viventem pater suus 
noluit corrigere , hoc morientem permisit intrare , quatenus reatum 
suum pater ejus agnosceret , qui parvuli filii animam negligens non 
parvulum peccatorem gehennae ignibus nutrisset. 

CIX. 

Quod tanluindeni valebat circumcisio in antiquo populo quantum nunc 
baptismus , et contra. 

GX. 

Quod baptizafus a quocumque non sit rebaptizandus , et contra. 

CXI. 

Quod ficlo eliam per baptismum peccata dinaittantur. 

CXIÏ. 

Quod una baptisnii immersio suffîciat, et non. 

CXIII. 

Quod etiam sine sacramento altaris baptismus suffîciat, et non. 



SIC ET NON. 107 

CXIV. 

Quod in baptismo Johannis peccata dimitlebantur, e1 non. 

cxv. 

Quod nihil adhuc definitum sit de origine aniniiTe, et contra. 

Augmtinus, retractationum lib. I : Item alio loco de animo dixi se- 
curior : rediturus in cœlum. Iturus autem qiiam rediturus dixissem 
securius , propter eos qui putant animos hiimanos , pro meritis pec- 
catorum suorum de cœlo lapsos sive dejectos, in corpoia ista detnidi. 
Sed ita dixi in cœlum, tanquam dicerem adDeum, qui ejus est conditor, 
sicut beatus Cyprianus non cunctatus dicere : nam cum corpus e terra, • 

spiritum possideamus e cœlo. Et in libro Ecclesiastœ scriptum est: 
Spiritus revertitar ad Deum qui dédit illum. Quod itaque sic intelligen- 
dum est, ut non resistamus Apostolo dicenti nondum natos nihil 
egisse boni aut mali. Sine controversia ergo quaedam originalis regio 
beatitudinis animi Deus ipse est, qui eum non quidem de se ipso 
genuit, sed de nulla re alia condidit. Quod autem attinet ad ejus 
originem , utrum de illo uno sit qui primus creatus est, quando fac- 
tus est homo, an similiter fiant singuli singulis, nec tune sciebam 
nec adhuc scio. Gregorius Secundo^, servo Dei incfuso : De origine ani- ''^ 

mae inter sanctos patres*requisitio non parva est versata. Sed utrum 
ipsa ab Adam descendent, an certe singulis detur, incertum reman- 
sit; eamque in bac vita insolubilem fassi sunt esse quaestionem. Gra- • 

vis enim est quaestio , nec valet ab homine comprehendi ; quia , si de 
Adam substantia anima cum carne nascitur , cur non etiam cum 
carne moritur? Si vero cum carne non nascitur, cur in ea carne quae 
de Adamprolata est, obhgata peccatis tenetur? Sed cum hoc sit incer- 
tum, illud incertum non est quia, nisi sacri baptismatis gratia fuerit 
renatus homo, omnis anima originalis peccati vinculis est obstricta. 

' Sic Codd. Edit. Secundino. Cf. Greg. papae opp., tom. II, pag. 964 sqq. 



108 PETRI ABv^LARDI 

Hinc enim scriptum est : Non est mandas in conspectu ejus nec unius diei 
infans super terram. Hinc David ait : in iniquitatihas conceptus sum. Ex 
lihro Sapientiœ :Sov\\i\xs sum animam bonam , etcum essem magis bo- 
nus, veni ad corpus coinquinatum. Ex obsequio mortuorum, quo ad 
Deum dicitur : Uf animam ad te revertentem blande leniterque susci- 
• pias. Ex lihro Jeremiœ, apud Augustihum \ qui sic incipit : Do reliquis 
quae ad fmem pertinent , an certe quod ecclesiasticum est , secunduni 
eioquia Salvatoris : Pater meus usque mecum operatur et ego operor; 
et illud Isaiae : Qui format spiritum hominis in ipso ; et in psalmis : 
Qui per singulos corda eorum ; quotidie Deus fabricatur animas et 
conditor esse non cessât. Item : Qui dicunt prius animas fuisse quam 
nati sint , et non corpori secundum exemplum primi hominis a Deo 
quotidie fieri , anathema sint. Ambrosius, lihro II de Gain et Abel : 
* * Inseritur hoc loco dogma de incorruptione animas , quod in ipsa 
vera et beata vita sit, qua unusquisque bene cum suis vivit, multo 
purius ac beatius cum hujus carnis anima nostra deposuerit involu- 
crum , et quasi quodam carcere isto fuerit absoluta coi^poreo , in ilium 
superiorem evolans locum , unde nostris infusa visceribus cum pas- 
sion e corporis ejus ingemuit. Gennadius, de dogmate christiano : Animas 
hominum non esse ab initio inter caeteras intellectuales naturas, nec 
simul creatas sicut Origenes fingit , neque cum corporibus per 
coitus seminari , sicut Luciferiani, Cyrillus et ahqui Latinorum prav 

W ' sumptores affirmant, quasi naturae consequentia serviente; sed dici- 

mus corpus tantum per conjugii copulam sefliinari, Dei vero judicio 
coagulari atque compingi et formari, ac formato jam corpore ani- 

• mam creari et infundi , ut vivat homo ex anima constans et corpore ; 

creationem vero animée solum creatorem nosse. Idem : Anima humana 
non cum carne moritur , quia , ut dictum est , nec cum carne semina- 
tur, sed, formato in ventre matris corpore, Dei judicio creari et infun- 
di. Hilarius, super psalmum CXXIX : Deus, hominem ad imaginem sui 
faciens, eum ex humili natura cœlestique composuit , anima videlicet 
et corpore ; et prius quidem animam de uno illo et incomprehensibih 

' NuUus in Edit. apud Augustinum Jereœiae liber repertus est. 



SIC ET NON. 109 

nobis virtutis suse opère constituit. Non enim cuni adimaginem Dei ho- 
minem fecit, tune et corpus effecit. Genesis edocet , longe postea quam 
ad imaginem Dei homo erat factus, pulverem sumptum formatumque 
corpus; dehinc rursum in animam viventem per inspirationem Dei 
factum, naturam hanc, idestterrenam atque cœlestem, quodam inspi- 
rationis fœdere copulatam. Augustinas, de fide, ad Petrum : Credimus 
jam formato corpore animam creari et infundi, ut vivat in utero homo 
constans ex anima et corpore. Idem, in libro quœstionum vet. et nov. legis, 
cap. XXIII : Inhonestum puto animas generari, ut anima nascatur ex 
anima. Nam si cum semine et anima existit, multae animœ quoti- 
diepereuntcum fluxo semine. Item : Quod manifestius déclarât Moy- 
sesdicens : Si quis mulierem liabentem in utero perçussent et aborta- 
verit, si quidem formatum fuerit, reddet animam pro anima; si vero 
informatum fuerit, pecunia mulctetur ; manifeste declarans non esse 
animam ante formam. Item : Consideremus facturam Adœ ; in Adam 
enim exemplum datum est, ut intelligatur cjuia jam formatum corpus 
accepit animam. Non poterat animam limo terrse admiscere et sic for- 
mare corpus ; sed primum oportebat domum compaginari et sic habi- 
tatorem induci animam. Idem, de quantitate animœ : Anima est facta 
similis Deo , quia Deus fecit eam immortalem , indissolubilem , quae 
de nihilo facta est. Item : Sicut elementa pura non habentaliqua prae- 
jacentia vel actu vel natura, ex quibus naturaliter componantur, ita 
nec anima. Idem, in libro de origine animœ : Anima non de Deo est, sed 
ab ipso de nihilo est creata. Item : Si autem de nulla re alia facta est , de 
nihilo facta est, pi ocul dubio , sed ab ipso. Idem, ad Hieronymum : Hoc 
certe sentis quod singulas animas singulis nascentibus modo Deus faji 
ciat. Idem, ad Optatum : Beatus Hieronymus, tam sanctum Victorinum 
martyrem quam plerosque secutus Catholicos, se potius fieri quam 
propagari animas credere significavit, illud etiam adjungens animarum 
propaginemoccidentalemPtenere solere^. Idem, adeumdem:Qm anima- 
rum propaginem inconsiderata temeritate defendunt. Idem, ad eum- 
dem : Quis haec ita intelligêre malit : omnes animœ eorum qui exierunt 
' Cf. August. opp., toiTi. II, pag. 705-706. 



110 PETRI AB/ELARDI 

exfemoribus ejus, ut etiamsic possit inteiiigi secundum corpus tan- 
tum exiisse homines de femoribus patrisP Idem rursus, in epistola ad Hie- 
ronymum, de eodem ioquens : Optarem ut haec sente ntia vera esset; si 
vera est, ut a te invictîssime defendatur. Non enim quod dictum est : 
spiritus revertitar ad Dominum qui dédit illum, istam sententiam confir- 
mât quara volumus esse nostram. Idem, ad eumdem, de eoquod dicitur 
Deus requievisse septimo die ab omni opère : Novas, inquit, creando 
animas singulis singulas , suam cuique nascenti , non aliquid facere 
dicitur quod ante non fecerat. Jam enim fecerat hominem hune, et 
nunc facit non instituendo quod non erat, sed muitiplicando quod 
erat. Idem, super Genesim ad litteram : Si quaeratur unde Christus ani- 
mam habuerit, malim dicere unde Adam quam de Adam. Item: 
Qui amat carnes in uteris matrum ut oriantur. Remigius, super psalmum: 
Domine, quando respicies ,. restitue animam meam, efc. : Unica vocatur 
anima Christi , quae, unice ex virgine nata , unice conversata , singula- 
riter resurrexit , singulariter cœlos ascendit. Isidorus, de summo bono, 
lib. I, cap. XII : Animam non esse priusquam corpori misceatur; sed 
tune eam creari , quando et corpus creatur cui admisceri videtur, cre- 
dimus. 

CXVI. 

Quod peccata patrum reddantur in filios , et contra. 

CXVII. 

De sacramento altaris. Quod sit essentialiter ipsa veritas carnis Christi et san 
guinis ^ et contra. 

GXVIII. 

Quod eucharistia nunquam sit danda intincta , el contra. 

CXIX. 

Quod praesbyter uxoratus a subjectis non sit abjiciendus, et contra. 
' Abrinc. deest et sanguinis. 



SIC ET NON. 111 

CXX. 

Quod haeretici non prosit oblatio, et contra. 

' -^ CXXI. 

Quod missa ante horam lertiam non sit celebranda, nisi in natali ^. 

CXXII. 

Quod omnibus nuptiae concessœ sint, et contra. 
GXXIII. 

Quod conjugium fuerit inter Josephum et Mariam , et c*)ntra. 

CXXIV. 

Quod liceat habere concubinam , et contra. 

cxxv. 

Quod non sit conjugium inter infidèles, et contra. 

CXXVI. 

Quod , demissa fornicante uxore, viro liceat alteram ducere, et contra. 

CXXVII. 

Quod adultéra nuîlo modo retinenda sit, et contra. 
' Abrinc. deest nisi in natali. 



112 PETRI AB^LARDI 



CXXVIII. 



Quod saepius nubere lice«t, et non, 

CXXIX. 

Quod nuUus humanus concubitus esse possit sine cùlpa , et contra. 

cxxx. 

Quod nuHi liceat cara cuni qua fornicatus fuerit in conjugium ducere, et contra. 

CXXXI. 

Quod sterilis non videatur duccnda, et contra. , , 

* CXXXII. 

Quod virginitas non praecipiatur, et contra. 

CXXXIII. 

Quod nuptiae quoque praecipiantur, et non. 

CXXXIV. 

Quod nuptiœ sint bonae, et contra. 

GXXXV. 

Quod dilectio proximi omnem hominem complectatur, et non. 

Augustinus, de doctrina christiana, lib. /;Omnes autem œque diligendi 
sunt. Sed, ciim omnibus prodesse non possis, his potissimum consii- 



SIC ET NON. 115 

iendum est qui iocorum et temporum vel quarumlibet rerum opor- 
tunitatibus constrictius tibi quasi quadam sorte juncti sunt^ Item : 
Quare se vuit diligi? Non ut sibi aliquid , sed ut eis qui diligunt , aeter- 
num prœmium conferatur. Hinc efficitur ut inimicos ctiam diliga- 
mus. Non enim eos timemus qui nobis quod diligimus auferre non 
possunt, sed miseramur potius qui tanto magis nos oderunt, quanto 
ab illo quem diligimus separati sunt. Item : Utrum ad illa duo prœ- 
cepta etiam dilectio pertineat angelorum , quœri potest. Nam quod nul- 
lum'^ exceperit, quum praecepit utproximum diligamus, et Dominus 
ostendit et apostolus Paulus. Item : Duo praecepta protulerat atque in 
eis pendere totam legem prophetasque dixerat. Item : Dominus ait : vade 
et fac similiter ; ut videlicet esse eum proximum intelligamus , oui vel 
exhibendum est officium misericordiœ si indiget, vel exhibendum si 
indigeret. Ex quo est jam consequens ut etiam ille a quo nobis boc 
vicissim exhibendum est, proximus sit noster; proximi enim nomen 
ad aliquid est, nec quisquam esse proximus nisi proximo potest. Item : 
Paulus dicit : non adulterabis ; non homicidium faciès; non fura- 
beris ; non concupisces, et si quid est aliud mandatum, in hoc sermone 
recapitulatur : diliges proximum tuum tamquam te ipsum. Item : Quis- 
quis ergo arbitratur non de omni homine Apostolum prsecepisse , co- 
gitur fateri , quod scelestissimum est, visum fuisse Apostolo non esse 
peccatum, si quis autnon christiani aut inimici adulteraverituxorem. 
Item : Jam vero si vel cui prœbendum vel a quo nobis prsebendum 
officium misericordiae , recte proximus dicitur, manifestum est hoc 
praeceptum quo jubemur diligere proximum , et sanctos angelos 
continere^, a quibus tanta nobis misericordiae impenduntur officia. 
Ambrosius , super epistolam Pauli ad Romanos : Nemini quicquam 
debeatis. Pacem vult nos habere, si fieri potest, cum omnibus; dl- 
lectionem cum fratribus. Qui enim diligit proximum, legem im- 
plevit, legem Moysis. Nam novae legis mandatum est etiam inimi- 
cos diligere. Diliges proximum tuum sicut te ipsum; hoc scriptum 
est in Levitico. Item : Dilectio proximi malum non operatur; pleni- 

' Turon. Jung untur. — * Turon. nuUum hominem. — ' Cocld. contineri. 

SIC ET NON. l5 



114 PETRI AB/ELARDÏ 

tudo enim^ legis est Dei. Malum non operatur, quia bona est di- 

lectio , nec peccari potest per illam quae legis est perfectio ; sed quia 

tempore Ghristi addi aliquid oportuit, non solum proximos sed ini- 

niicos diligi praecepit. Unde plenitudo legis est dilectio, utjustitia sit 

diligere proximum; abundans vero et perfectajustitia etiam inimicos 

diligere. 

CXXXVI. 

Quod sola caritas virlus dicenda sit, el non. 

Augustinus, ad Macedonium judicem :\iTtns nihil est aliud quam di- 
ligere quod diligendum est; id eligere , prudentia est; nullis inde 
averti molestiis, fortitudo est; nullis illecebris, temperantia ; nullasu- 
perbia, justitia. Idem, de moribus ecclesiœ catkolicœ'^ : Nihil igitur aliud 
est optimum hominis oui hœrere beatissimum sit, nisi Deus, oui hae- 
rere"certe non valemus nisi dilectione. Namque illud quod quadripar 
titum dicitur, virtus, exipsius amoris vario quodam affectu ducitur, 
ut temperantia sit amor integrum se prœbens ei quod amatur, forti- 
tudo autem amor facile tolerans omnia propter id quod amatur; jus- 
titia, amor soli amato serviens, etpropterea recte dominans; pruden- 
tia, amor ea, quibus adjuvatur, ab eis quibus impeditur, sagaciterse- 
ligens; sed hune amorem non cujuslibet sed Dei esse diximus. Defi- 
nire etiam licet ut temperantiam dicamus esse amorem Deo se integrum 
incorruptumque servantem ; fortitudinem , amorejn omnia proptei- 

' Abrinc. ergo pro enim. — * Turon. Idem, de moribus ecclesiœ, contra Manichœos : Erit 
aliud optimum honum , nisi cui est hœrere beatissimum? id autem solus Deus, cui hœrere non 
valemus nisi dilectione, amore , caritate. Quod si virtus ad beatitudinem nos ducU, nihil om- 
nino virtutem affirmaverim nisi summum amorem Dei. Itaque illas quatuor virtutes sic etiam 
dejînire non dubitem, ut temperantiam dicamus esse amorem Deo se integrum incorruptumque 
servantem; fortitudinem, amorem omnia propter Deum facile perferentem;justitiam, amorem 
Deo tantum servientem, et ob hoc bene imperantem cœteris quœ homini subjecta sunt ; pru- 
dentiam , amorem Dei bene discernentem ea quibus adjuvatur in Deum ab his quibus impediri 
potesl. Idem, de moribus ecclesiœ catholicœ : Nihil igitur aliud est optimum hominis, etc. Cf. 
Aug. opp., tom. I, pag. 696 sqq. v 



SIC ET NON. 115 

Deiim facile perferentem ; justitiam , amorem Dco tantum servientem , 
etob hoc bene imperantem caeteris quae homini subjecta sunt; prii- 
dentiam , amorem Dei bene discernentem ea quibiis adjuvetur in 
Deum ab bis quibus impediri potest. Quid anipbiis de moribus dis- 
putatiu ? Si enimDeus est summum bonum , quod negari non potest, 
sequitur quoniam summum bonum appetere est bene vivere, ut 
nihil sit aliud bene vivere quam toto corde Deum diligere , ut in- 
corruptusin eo amoratque integer custodiatur, quod est temperantiae ; 
nulbs frangatur incommodis, quod est fortitudinis; nulli alii serviat, 
quod est justitiae; vigilet in discernendis rébus, ne fallacia paulatim 
dolusve subripiat, quod est prudentiae^ Ex libro Prosperi sententia- 
ram Augustini, cap. VII : Dilectio Dei et proximi propria et specialis 
virtus est piorum atque sanctorum , cum caeterae virtutes bonis ac malis 
possunt esse communes. Gregorius, super Ezechielem homel. XVI :Ties 
sunt virtutes sine quibus is qui operari aliquid potest, salvari non 
potest, videlicet ; Fides, spes, caritas. Idem, in homel. VII ev ange liorum: 
Scientia etenim virtus est; humilitas etiam custos virtutis^. Isidorus, de 
summo bono, lib. II, cap. XXXVI: Fides, spes, caritas summae virtutes 
sunt ; nam a quibus habentur, utique veraciter babentur ; allœ vero vir- 
tutes mediae sunt, quae et ad utilitatem et ad perniciem possunt haberi, 
si de eis arroganter quisque intumuerit; ut, puta, doctrina, jejunium, 
castitas, scientia sive temporales divitiae, de quibus scilicet et bene 
operari possumus et maie. Paiilus apostolus, in I epist. ad Corinthios: 
Volo autem omnes liomines esse sicut me ipsum ; sed unusquisque 
proprium donum habet ex Deo ; alius quidem' sic, alius vero sic. 
Dico autem non nuptis et viduis : bonum est si sic permaneant 
sicut et ego; quod si se non continent, nubant. Tullius, de ojficiis, 
lib. II : Justitia cum sine prudentia satis habeat auctoritatis , pru- 
dentia sine justitia nihil valet ad faciendam fidem. Quo enim quis- 
que versutior et callidior,. hoc invidiosior et suspectior, detracta 

' Turon. interponitur locus Augustini de nuptiis et concupiscentia qui ad aliam quaes- 
tionem referendus videtur, et infra locus Hieronymi a quaestione quoque prorsus alienus. 
— ' Turon. deest hic Gregorii locus. 

3 5. 



116 PETRI AB^LARDI 

opinione probitatis. Quamobrem intelligentiae justitia conjuncta, 
quantum volet babebit ad faciendam fidem virium. Justitia sine pru- 
dentia multum poterit , sine justitia nil valebit prudentia. Sed ne quis 
sit admiratus cur non inter omnes pliilosophos constet a meque ipso 
disputatum saepe sit, qui unam habet omnes babere virtutes, nec ita 
sejungam quasi possit quisque , qui non idem prudens sit, justus esse; 
a ia est illa cum veritas ipsa limatur in disputatione , alia cum ad om- 
nes accommodatur oratio. Quamobrem ut vulgus, ita nos hoc loco io- 
quimur, ut alios fortes, alios viros bonos, alios prudentes esse di ca- 
mus. Popuiaribus enim verbis est agendum et usitatis, cum loquimur. 
Hieronymus, ad Fabiolam, de mansionihus filiorum Israël :T)e aliaprovin- 
cia ad aliam transeuntes; non enim semperimi virtuti danda est opéra, 
sed sicut scriptum est : ibunt de virtute ad virtutem ; quia ita inter se 
connexae sunt, ut, qui una caruerit, omnibus careat. Ex libro primo 
dialogorum ejusdem contra Pelagium, Peiagius : Nullus ergo sanctorum , 
quamdiu in isto sœcuio est, cunctas potest babere virtutes. Hierony- 
mus : Nulius, quia nunc ex parte prophetamus et ex parte cognoscimus. 
Neque enim possunt omnino esse in hominibus, quia non est immor- 
talis filius bominis. Peiagius : Et quomodo legimus, qui unam ha- 
buerit, omnes babere virtutes? Hieronymus : Participatione , non 
proprietate. Necesse est enim ut, singuli excédant in quibusdam; et 
tamen hoc ubi scriptum sit, nescio. Peiagius : Ignoras hanc philoso- 
phicam esse sententiam.^ Hieronymus: Sed non apostolorum. Neque 
enim curœ mihi est quid Aristoteles, sed quidPaulus doceat. Augusti- 
nus Hieronymo, de sententia Jacobi apostoli^ : Quando dicit: Quicunque 
totam legem observaverit , ojfendat autem in uno, factus est omnium reus; 
quomodo intelligendum est.^^ Obsecro te ; itane quifurtum fecerit, imo 
vero qui dixerit diviti : hic sede , pauperi autem : tu sta illic; et homici- 
dii et adulterii et sacrilegii reus est? /fem: Gonsequens videtur,nisi alio 
modo intelligendum ostendatur, ut qui .dixerit diviti: hic sede, et 
pauperi : sta illic, huic ampliorem honorem quam illi deferens, et ido- 
lâtres et blasphemus et adulter et homicida , et ne , quod longum est , 

' Aug. opp., tom. II, pag. ôgS sqq. 



SIC ET NON. 117 

cuncta commemorem , reus omnium criminum judicandus sit. Offen- 
dens quippe in unofactus est omnium reus. At enim qui unam virtutem 
habet, omnes habet, et qui unam non habet, nullam habet; hoc si verum 
est, confirmatur ista sententia. Sed ego eam exponi volo , non confir- 
mari, quae estper se ipsam apud nos omnium philosophorum auctorita- 
tibus firmior ; et illud quidem de virtutibus et vitiis si veraciter dicitur, 
non est consequens ut propter hocomnia peccata sint paria. Nam illud 
de inseparabilitate virtutum , et si forsitan fallor , tamen si verum , 
memini , omnibus philosopliis placuit qui easdem virtutes agendae 
vitae necessarias esse dixerint; hoc autem de parilitate peccatorum 
soli Stoici ausi sunt disputare contra omnem sensum generis humani. 
Quam eorum vanitatem in Joviniano illo qui in bac sententia Stoicus 
erat, dilucidissime convicisti , etprœclarissima disputatione satis evi- 
denter apparuit non placuisse auctoribus nostris , vel ipsi potius, quae 
per eos locuta est, Veritati , omnia paria esse peccata. Item: Certe hinc 
persuadent qui unam virtutem habuerit, habere omnes, et omnes 
déesse cui una defuerit; quod prudentia nec ignava nec injusta nec 
intemperans potest esse. Nam et si aliquid hprum defuerit, prudentia 
non erit. Porro si prudentia tum erit, et si fortis et justa et temperans 
sit, profectoubi fuerit, secum habet caeteras. Sic fortitudo imprudens 
esse non potest vel intemperans vel injusta. Sic temperantia necesse 
est ut prudens, fortis et justa sit; sicjustitia non est si non sit pru- 
dens, fortis, temperans. Ita ubi vera est aliqua earum, et aliae 
similiter sunt. Ubi autem aliae desunt, vera illa non est, etiamsi 
aliquo modo simul esse videatur-, sunt enim, ut scis, qusedam 
initia specie fallaci similia\ Item : Catilina, ut de illo scripserunt 
qui nosse potuerunt, frigus, sitim, famem ferre poterat, eratque 
patiens inediœ, algoris, vigiliœ supra quam cuique credibile 
est; ac per hoc praeditus fortitudine videbatur. Sed haec fortitudo 
prudens non erat; mala enim pro bonis eligebat; temperans non 
erat; corruptelis enim turpissimis fœdabatur; justus non erat, nam 
contra patriam conjuraverat , et ideo nec fortitudo erat, sed duritia 

* Turon. deeat Uhi autem usque ad Item : Catilina. 



118 PETRI AB;ELARDI 

sibi , ut stultos falleret , nomen fortitudinis imponebat. Nani si forti- 
tudo esset, virtus esset; si aulem virtus esset, a caeteris virtutibus 
tamquam inseparabilibus comitibus nunquam relinqueretur. Qua- 
propter cum quaeritur etiam de vitiis , utrum similiter omnia sint ubi 
iinum erit, autnulla sint ubi unum non erit, laboriosum est id osten- 
dere, propterea quod uni virtuti duo vitia opponi soient, et quod 
aperte contrarium est, etquodspecie simiiitudinis adumbratur. Item: 
Coglmur fateri vitia plura esse virtutibus. Unde aliquando vitium 
vitio toilitur. Item : Virtus vero quo una ingressa fuerit, quoniam 
secum caetcras ducit, profecto vitia cedunt quaecunque inerant. Haec 
utrum ita se habeant, diligentius inquirendum est; non enim et ista 
divina sententia est qua dicitur : qui unam virtutem 'habuerit , omnes 
babet, eique nullam esse cui una defuerit. Ego vero nescio quemad- 
modum dicam. Non dico virum a quo denominata dicitur virtus, sed 
etiam mulierem, quaeviro suo servat tori fidem, si hoc faciat propter 
prœceptum Dei , et quœ ^ primitus sit fidelis, non habere pudicitiam , 
aut pudicitiam nullam velparvam esse virtutem; sic et maritum qui hoc 
idem servat uxori ; et taman sunt plurimi taies quorum sine aliquo pcc- 
cato esse neminem dixerim, et utique illud qualecumque peccatum ex 
aliquo vitio venit. Unde pudicitiaconjugalis invirisfœminisquereiigio- 
sis , cum procul dubio virtus sit, non tamen secum habet omnes vir- 
tutes ; nam si omnes ibi essent, nullum esset vitium , nulium omnino 
peccatum. Quis ergo sine aliquo vitio, id est, fomite quodam vel 
quasi radice peccati, cum clamet qui super pectus Domini recumbebat : 
Si dixerimus qaia peccatum non habemus, nos ipsos seducimus, etc. Item: 
Scriptum est : in multis olïendimus omnes. Item : Caritas de corde 
pure et conscientia bona et fide non ficta magna et vera virtus est, 
quia ipsa est finis praecepti , merito dicta fortis sicut mors. Quia sicut 
mors avellita sensibus camis animam , sic caritas a concupiscentiis car- 
nalibus. Cur ergo non dicimus, qui banc virtutem habent, habere 
omnes, cum plenitudo legis sit caritas .►^ /fem ; An forte quia plenitudo 
legis caritas est qua Deus proximusque diligitur, in quibus praeceptis 

- ' Cf. Edit. ibid. pag. 598. 



SIC ET NON. 119 

caritatis tota lex pendet et prophetae , merito fit reus omnium , qui 
contra illam facit in qua pendent omnia? Nemo autem facit peccatuni 
nisi adversus illam faciendo; quare non adulterabis, non homicidium 
faciès et si quod est aliud mandatum , in hoc sermone recapitulatui- : 
Diliges proximum tamquam te ipsum. Dilectio proximi malum non 
operatur. Reus itaque fit omnium faciendo contra eam in qua pendent 
omnia. Origenes, super epistolam Pauli ad Romanos, lib. VIII : Habent 
enimzelumDei, sednonsecundumscientiam. Similiterpotestdicere 
Apostolus de aliis quod timorem Dei habeant, sed non secundum 
scientiam , et de aliis quia caritatem Dei habeant, sed non secundum 
scientiam; si enim habeat quis affectum ergaDeum, ignoret autem quia 
caritas patiensdebet esse, benigna, etc.; hœc et bis similia si in caritate 
non habeat, sed in solo affectu diligatDeum, competenter et ad ipsum 
dicitur quia caritatem Dei habeat, sed non secundum scientiam. 

CXXXYIÏ. 

Quod caritas semel habita nunquam araitlatur, et contra. 

Salomon, inproverbiis, cap. XVIII: Omni tempore diligit qui amicus 
est, et frater in angustiis comprobatur. Idem, in cantico canticorum : 
Aquœ multae non poterunt extinguere caritatem, nec flumina 
obruent illam. Paulus apostolus, in epistola ad Romanos : Quis nos se- 
parabit a caritate Dei ? tribulatio, an angustia.»^ etc. Idem, in epistola I 
ad Co rm Ml 05 ; Caritas nunquam excidit, sive prophetiae evacuabuntur 
sive linguae cessabunt sive scientia destruetur. Hieronymus, super 
epistolam ad Corinthios : CarildiS nunquam excidit, hoc est, ipsa illa 
scia permanet in futuro , aut certe quae vera est non finitur. Idem, ad 
Heliodorum : Caritas nunquam excidit^ ; haec vivit semper in pectore. 
Idem, ad Rufinum : Amicïtm quœ desinere potest, vera nunquam fuit. 
In amico non res quœritur , sed voluntas. Amicitia quae finiri potest, 
nunquam vera fuit ; magis enim in insidiis nostrorum periclitamur 

' Turon. deesl nunquam excidit; hœc. 



120 PETRI AB.*:LARDI 

quam allorum. Unde dicitur : Etenim homo pacis meœ in quo, etc. 
Nonimlli altioribus gradibus dediti mutant mores , et quos congluti- 
natos habebant, postquam ad culmen honoris perveniunt, amicos 
habere despiciunt. Amicitia enim vera nulla vi excluditur, et nullo 
tempore aboletur, et, ubicumque se vertit tempus , illa firma per- 
durât, quia veraciter diligit amicum ; quantaslibet ab eo patiatur 
injurias , nullatenus ab amore ejus avertitur. Omni tempore diligit 
qui amicus est et frater^ Augustinus, super psalmum Xi7; Amate, sed 
quid ametis videte. Amor Dei, amor proximi caritas dicitur; amor 
hujus sgeculi, cupiditas. Idem, îib. IV, dedoctrina christiana: CsiTitSitem 
voco motum animi ad fruendumDeo propter ipsum , et se atque proxi- 
mo propter Deum ; cupiditatem autem , motum animi ad fruen- 
dum se et proximo et quolibet corpore, non propter Deum. Idem, in Iib. 
quœstion. LXXXIII, cap. XXXVII: Nihil aliud est amare quam propter 
semetipsum rem aliquam appetere. Item : Amor rerum amandarum 
caritas vel dilectio melius dicitur. Item, cap. XXXVIII .Est autem 
cupiditas adipiscendi aut obtinendi temporalia. Idem, super illum ver- 
siculum : Voluntarie sacrificabo tibi, etc. Quid offeram nisi quod ait : 
Sacrificium laudis honorificabit me. Quare voluntarie.^ quia gratis 
amo quod laudo. Gratuitum sit quod amatur et quod laudatur. 
Quid est gratuitum.^ ipse ^ propter se, non propter aliud. Si enim 
laudas Deum ut det tibi aliquid, jam non gratis amas Deum. Eru- 
besce ; si te uxor tua propter divitias amaret, et forte tibi paupertas 
accideret, de adulterio cogitaret. Cum ergo te a conjuge gratis amari vis, 
tu Deum propter aliud amabis ? quod prœmium accepturus es a Deo , 
o avare ? Non tibi terram , sed semetipsum servat , qui fecit cœlum et 
terram. Voluntarie sacrificabo tibi ; noli ex necessitate. Si enim 
propter aliud laudas , ex necessitate laudas ; si adesset tibi quod 
amas, non laudares. Laudas, verbi gratia, ut tibi det pecuniam; si 
haberes aliunde , numquid laudares ? Si igitur propter pecuniam lau- 
das, non voluntarie sacrificas , sed ex necessitate, quia praeter illum 
nescio quid aliud amas. Contemne omnia , ipsum attende et haec 

' Turon. deest omni tempore diligit qui amicus est et/rater. — ^ Tiiron. ipsum. 



SIC ET NON. 121 

quœ dédit, propter dantem bona simt. Nam dat prorsus ista tempo- 
ralia, et quibusdam bono eorum, quibusdam malo eorum, secun- 
dum altam profunditatem judiciorum suorum. Ipsum autem gratis 
dilige, quia melius ab eo non invenis quod det, quam se ipsuni, 
aut, si invenis melius, hoc pete. Voluntarie sacrificabo tibi, quia 
gratis. Quid est gratis ? Et confitebor nomini tuo , Domine , etc.; nihil 
aliud nisi quia bonum est. Numquid ait, quia das mihi aurumP Idem, 
de moribus êcclesiœ contra Manichœos : Bonorum summa nobis Deus 
est, Deus nobis est summum bonum. Neque enim infra remanendum 
nobis est, neque ultra quœrendum ; alterum enim periculosum, ot 
alterum nuUum. Item : Sicut scriptum est : quia propter te afficimur 
tota die. Caritas non potuit signari expressius, quoniam id dictum est 
propter te. Idem, de disciplina ecclesiastica tractans : Habe caritatem , 
et fac quidquid vis. Idem, super epistolam Johannis, sermons II: Dilectio 
sola discernit inter filios Dei et fdios diaboli. Item : Non discer- 
nuntur filii Dei a filiis diaboli, nisi caritate. Idem, sermone VI : Ha- 
bere baptismum et malus esse potest ; habere prophetiam et malus 
esse potest; accipere sacramentum corporis et sanguinis Domnii, 
et malus esse potest ; habere autem caritatem et malus esse non po- 
test. Quid ipse Spiritus interpellât pro sanctis, nisi ipsa caritas qusp in 
te per Spiritum facta est? Ideo dicitur idem Apostolis : Caritas Dei 
diffusa est in cordibus nostri s per Spiritum sanctum. Tullius, in secundo 
Rketoricœ : Amicitia est voluntas erga aliquem , bonarum rerum il- 
lius ipsius causa quem diligit, cum ejus pari voluntate. Idem, in libro 
de amicitia : Praestat amicitia propinquitati , quod ex propinquitate 
benevolentia toUi potest , ex amicitia non potest. Sublata enim beno- 
volentia amicitiae nomen tollitur, propinquitatis manet. Quanta 
autem vis amicitiae sit , ex hoc mtelligi potest quod ex societate ins- 
tituta generis humani, quam conciliavit ipsa natura, ita contracta 
est res et adducta in angustum ut omnis caritas aut inter duos aut 
inter paucos jungeretur. Est enim amicitia nihil aiiud nisi omnium 
divinarum humanarumque r^um cum benevolentia et caritate con- 
sensio. Qua quidem haud scio an, excepta sapientia, quidquam me- 

SIC BT NON. 16 



122 PETRI AB^LARDl 

lius sit hominibus a diis immortalibus datum. Augastinas , de trini- 
tate, lih. XIV, cap. /.YrUtrum autem etiam tune virtutes, quibus in hac 
niortalitate bene vivitur, desinant esse, cum ad aeterna perduxerint , 
nonnulla quaestio est. Quibusdam enim visum est desituras, et 
bonos animos sola beatos esse cognitione ^ , hoc est contemplatione 
naturae quae creavit omnes caeteras; oui regenti esse subditum, si 
justitiae est, immortalis est omnino justitia, nec in illa beatitudine 
desinet , sed talis et tanta erit ut perfectior et major esse non possit. 
Fortassis et alise très virtutes : piudentia sine ullo jam periculo 
erroris, fortitudo sine molestia toierandorum malorum, temperantia 
sine repugnatione libidinum erit in illa felicitate , ut prudentiae sit 
nullum bonum Deo praeponere vel aequare ; fortitudinis , fortissime 
cohœrere ; temperantiae , nuUo deflexu^ noxio delectari. Nunc au- 
tem quod agit justitia in subveniendo miseris , quod prudentia in 
prœcavendisinsidiis, quod fortitudo in perferendis molestiis, quod 
temperantia in coercendis delectationibus pravis, non ibi erit ubi 
nihil omnino mali erit. Ac per hoc ista virtutum opéra , sicut fides 
ad quam referenda sunt , et aliam nunc faciunt trinitatem , cum ea 
prœsentia tenemus , aliam tune factura sunt, cum ea non esse sed 
fuisse in memoria reperiemus. Item : De tribus virtutibus, pruden- 
tia, fortitudine, temperantia, cum dicitur quod desinant, non- 
nihil diei videtur. Justitia vero immortalis est. Tullius in hac tantum 
vita communi quatuor neeessarias dixit esse virtutes ; nullam vero 
earum , cum ex hac vita migrabimus. Item : Regenti naturae esse sub- 
ditum, si justitiae est, immortalis est justitia. Idem, super Genesim : 
Istœ quippe virtutes quœ nunc propter transigendam istam peregri- 
nationem valde necessariae sunt , nec erunt in illa vita propter quam 
adipiscendam necessariae sunt. Idem, in psalmum JTX/: Erat tunica, 
dicit Evangelista , desuper texta. Quae est illa tunica, nisi caritas quam 
nemo potest dividere? Quae est ista caritas , nisi unitas? In ipsam sors 
mittitur; nemo illam dividit. Sacramenta sibi haeretici diviserunt, 
caritatem non ; et quia dividere non* potuerunt, recesserunt. Illa 
' Cogitatione Turon. — * Edit. defectu. Cf. Au^ust. opp., tom. VIII, pag. gSB. 



SIC ET NON. 125 

autem intégra manet; qui habet hanc, securus est. Nemo illam movet 
de ecclesia catholica ; et si foris illam incipiat habere , intus mit- 
titur quomodo ramus olivae a columba. Idem: Fides gratiae christianae, 
idest, ea quœ per dilectionem operatur, posita in fundamento, ne- 
minem perire permittit. Idem, super illum locum evangelii Joj^annis: 
Hœc mando vobis ut, etc. Merito itaque magister bonus dilectionem 
sic saepe commendat, tamquam sola prœcipienda sit, sine qua non 
possunt prodesse caetera bona, et quse non potest haberi sine caeteris 
bonis quibus liomo efficitur bonus. Idem, in sermone III super epistolam 
Johannis : Ut«ciatis quia unctio quam accepimus , ab eo permanet in 
vobis. Unctio invisibilis caritas illa est quae, in quocunque fuerit, tam- 
quam radix illi erit, quamvis ardente sole arescere non potest. Omne 
quod radicatum'est, nutritur calore solis, non arescit^ Idem, in ser- 
mone V : Si quis paratus sit mori etiam pro fratribus, perfecta est in 
illo caritas. Sed numquid mox ut nascitur, jam prorsus perfecta est? 
ut perficiatur , nascitur ; cum fuerit nata , nutritur ; cum fuerit nu- 
trita , roboratur ; cum fuerit roborata , perficitur ; cum ad perfectio- 
nem venerit, quid dicit.*^ Mihi vivere Cliristus est, et mori lucruni; 
optabam dissolvi et esse cum Christo. Item, sermone VII : Semelergo 
brève praeceptum tibi praecipitur : dilige , et quod vis fac ; radix sit 
intus dilectionis. Non potest de ista radice nisi bonum existere. 
Item, sermone VIII : Radicata est caritas, securus esto; nihil mali pro- 
cedere potest; amplius nonpotuitdilectiocommendari quam utdice- 
retui: Deus : Deus dilectio est, et qui manet in dilectione , in Deo ma- 
net, etDeusin eo. Habitas in Deo ut continearis; habitat in te Deus 
ut contineat, ne cadas. Item , sermone IX : Manet in te Deus ut te con- 
tineat ; mânes in Deo ne cadas, quia de ipsa caritate Apostolus dicil : 
Caritas numquam cadit. Quomodo cadit quem continet Deus ? In hoc 
perfecta est dilectio Dei in nobis , ut fiduciam habeamus in die judicii 
Item : Carissimi, et si cor nostrum non maie senserit, fiduciam ha- 
beamus ad Deum. Cor non maie senserit, quia germana dilectio est 

' Turon. post radicatum, caetera desunt usque ad nu^nto, ro6or«/Mf Cf. Augiist. op|i., 
tom. III, pag. 8^9 



124 PETKI ABi^LARDI 

in nobis non ficta, salutem fraternam quaerens, nullum emolumen- 
tum exspectans a fratre , nisi salutem ipsius. Item : Quisquis ergo 
habuerit caritatem fraternam, corqueejus interrogatum sub justo exa- 
mine non ei aliud responderit quam germanam ibi esse radicem cari- 
tatis, unde boni fructus existant, habet liduciam apud Deum. Idem, in 
psalmum CIII, super illum locum : Qui tegis aquis superiora ejus: In om- 
nibus scripturis supeiemlnentissimum locum caritas obtinet; hancno- 
biscum non communicant mali. Ipse enim estfonspropriusbonorum, 
proprius sanctorum,^ de quo dicitur : nemo alienus communicet tibi. 
Qui sunt àlieni? omnes qui audiunt : non novi vos. Idem, adJalianum do- 
mitem : Caritas quae deseri potest, nunquam vera fuit. Gregorius, Moralium 
lib. X^ : Valida est dilectio ut mors; quia nimirum mentem quam semel 
ceperit, a diiectione mundi funditus occidit et insensîbilem contra ter- 
rores reddit. Ex Levitico : Ignis in altari semper ardebit, quem nutriet 
sacerdos, subjiciens mane ligna per singulos dies. Item : Ignis est iste 
perpetuus, quia nunquam deficiet de altari. Gregorius, lib. XXV Mora- 
lium : Altare Dei est cor nostrum , in quo necesse est ad Deum caritatis 
Hammam indesinenter accendere; cui, ne in eo caritatis flamma deficiat, 
tam exempla praecedentium quam sacrœ scripturœ testimonia congerere 
non désistât. Quia enim interna novitas nostra ipsa quotidie hujus vitœ 
conversatione veterascit, ignis iste nutriendus est'. Item : Ignis enim 
iste in altari Domini, id est in corde nostro, citius extinguitur, nisi 
solerter adhibitis exemplis patrum et dominicis testimoniis reparetur. 
Item : Quia vero eadem caritas in cordibus electorum inextinguibilis 
manet, aperte subditus ignis est iste perpetuus qui nunquam deficiet 
de altari , quia etiam post banc vitam eorum viribus fervor caritatis 
accrescit, ut Deus quo magis visus fuerit, amplius diligatur. Ambro- 
sius, in apologia David: Paulus merito gloriatur in infirmitatibus. 
Sciebat enim virtutis abundantia plurimos etiam sanctos sine reme- 
dio corruisse. ^ Hieronymus, in Ezechielem : Non enim ex prseteritis sed 
ex presentibus judicamur ; cavendumque et semper timendum ne 

' Hic locus deesl in Turon. — * Gregor. papae opp., tom. I, pag. 79^. — ' Haec usqne 
ad Gregor. homel. XXXVIII desunt in Turon. 



SIC ET NON. 125 

veterem gloriam et solidam firmitatem unius horae procella subvertat. 
Responsiones Prosperi ad Rufinum. cap. III : A sanctitate ad immun- 
ditiam, a justitia ad iniquitatem , a fide ad impietatem plerosque 
transire non dubium est , et taies ad prœdestinationem fdiorum Dei 
cohaeredum Christ! non pertinere certissimum est. Item, cap. Vil: 
Ex regeneratis in Christo Jesu quosdam , relicta fide et piis moribus, 
apostatare aDeo etimpiam vitam in sua aversionefinire, multis, quod 
dolendum est, probatur exemplis. Gregorius , homel. AXXVIII : Très 
pater meus sorores habuit, quae cunctae très sacrae virgines fuerunt. 
Quarum unaTharsilla , alia Gordiana , alia Emiliana dicebatur\ Uno 
omnes ardore conversee, uno eodemque tempore sacratae, sub distric- 
tione regulari degentes, in domo propria socialem vitam ducebant, 
etc. /fem : Gordiana autem, oblita dominici timoris, oblita pudoris 
et reverentiae, oblita consecrationis, conductorem agrorum suorum 
postmodum maritum duxit. Ecce omnes très uno prius ardore con- 
versae sunt, sed non in uno eodemque studio permanserunt; quia, 
juxta dominicam vocem, multi vocati, pauci vero electi. Haecigitur 
dixi , ne quis in bono jam opère positus sibi vires boni operis tribuat , 
ne quis de propria actione confidat ; quia , etsi novit hodie qualis 
sit, adhuc cras quid futurus sit nescit. Nemo ergo de suis jam ope- 
ribus securus gaudet , quando adhuc in hujusvitaeincertitudine quis 
se finis sequatur ignorât ^. Idem, in pastorali, cap. III : David factus est 
in morte viri crudeliter rigidus , quia in appetitu fœminœ enerviter 
fluxerat ; quem profecto ab electorum numéro culpa longius raperet, 
nisi hune ad veniam flagella revocassent. Idem, in homclia illius lectio- 
nis evangelicœ : Si quis diligit me, sermonem meum , etc. Ipse namque 
spiritus amor est ; unde et Johannes dicit : Deus caritas est. Qui 
ergo virtute intégra Deum desiderat , profecto jam habet quem amat. 
Neque quisquam posset Deum diligere , si eum quem diligit non ha- 
beret. Sed si ecce unusquisque vestrum requiratur an diligat Domi- 
num , et respondet : diligo ; in ipso autem lectionis exordio , audistis 
quid Veritas dixerit : Si quis diligit, etc.; probatio ergo dilectionis 

Nomina sororum desunt in Turon. — ' Greg. opp., tom. I, pag. 16^2 sqq. 



126 PETRI AB^LARDJ 

exhibitio est operis. Hinc, in epistola sua, idem Johannes dicit : Qui 
dicit quia diligo Deum et mandata ejus non custodit, mendax est. 
Vere enim diligimus si mandata ejus servamus ; nam qui adhuc per 
illicita desideria defluit, profecto D^um non amat, quia ei in sua vo- 
luntate contradicit. Item : Nunquam amor Dei est otiosus ; operatur 
etenim magna , si est ; si vero operari renuit , amor non est. Idem \ 
Moralium XXIX : Multos enim videmus quotidie, quia justitiîE 
luce resplendeant , et tamen ad finem suum nequitiœ obscuritate 
teneantur. Item : Quis discernât vel quis perduret in malo vel quis 
perseveret in banc vel quis ab infimis ad summa convertatur vel 
quis a summis revertatur ad infima ? Latro de patibulo transivit ad 
regnum, Judas de apostolatus gloria est lapsus in tartarum. De usu 
nominum, cap. LXXXI : Non accipies personam nec munera, quia 
munera excaecant oculos sapientum et mxitant verba justorum. Au- 
gastinus, super epistolam Johannis, sermone II : Qui habent caritatem , 
nati sunt ex Deo ; qui non habent, non sunt ex Deo. Quicquid vis, 
habe ;* hoc solum nisi habeas , nihil tibi prodest ; alia si non habeas , 
hoc habe , et implestjlegem. Qui enim diligit alterum, iegem imple- 
vit , ait Apostolus , et plenitudo legis caritas. Idem, in lih. de caritate, 
super hoc caput : Omnis qui natus est ex Deo , non facit peccatum , 
quia semen ejus in ipso manet , et non potest peccare , quia ex Deo 
natus est. Portasse secundum quoddam dixit peccatum , non secuc- 
dum omne, et taie peccatum est illud ut, si quis hoc admiserit, 
confirmet caetera; si non admiserit, solvat caetera, Quid est hoc 
peccatum.^ facere contra mandatum. Quid est mandatum .>^ Man- 
datum novum do vobis. Isidorus, de summo bono, lib. II, cap. III : 
Dilectio Dei morti comparatur, dicente Salomone : Valida est ut 
mors dilectio ; quia , sicut mors violenter séparât animam a corpore , 
ita dilectio Dei segregat hominem a mundano et camali amore. Qui 
prœcepta Dei contemnit , Deum non diligit ; neque enim regem dili- 
gimus, si odio leges ejus habemus. Ex Evangelio : Ipse enim Pater 
amat vos, quia vos me amastis. Item : Tu scis. Domine, quia amo 

' Haec ttsque ad : Augustitms super epistolam JohanniSj desunt in ïuron. 



SIC ET NON. 127 

te. Item : Si diligeretis me, gauderetis utique. Augustinus, saper 
Johannem : Si me quaeritis, sinite hos abire, ut impleretur sermo 
quem dixi , quia quos dedisti mihi, non perdidi ex eis quemquam. 
Cur ergo , si tune morerentur , perderet eos , nisi quia nondum sic in 
eum credebant quomodo credunt quicumque non pereunt.^ Idem, 
quœstion. veteris et novœ legis : Etiam Maria, per quam mysterium 
incarnationis gestum est, in morte Domini dubitavit, ita ut in re- 
surrectione Domini lirmaretur. Omnes* enim in morte Domini dubi- 
taverunt ; et quia omnis ambiguitas resurrectione Domini recessura 
est, pertransire dixit gladium. Idem, in libro de correptione et gratia: 
Accepi enim fidem quae per dilectionem operatur , sed in illa usque 
in fmem perseverantiam non accepi. Item : Fides quœ per dilectio- 
nem operatur, profecto aut omnino non déficit, aut, si qui sunt 
quorum déficit, reparatur antequam vita ista finiatur , et deleta quae 
intercurrerat iniquitate, usque in finem perseverantia deputatur. Qui 
vero perseveraturi non sunt , procul dubio nec illo tempore , quo be- 
ne pieque vixerint , in istorum numéro computandi sunt. Item : Hic 
si a me quaeritur cur eis Deus perseverantiam non dederit, qui eam 
qua christiane viverent dilectionem dederit, me ignorare respondeo. 
Item : Mirandum est quidem , multumque mirandum , quod filiis 
suis quibusdam Deus quos regeneravit in Christo, quibus fidem, 
spem> dilectionem dédit, non dat perseverantiam, cum filiis alienis 
scelerum tantum dimittat, atque impertita gratia faciat filios suos. 
Idem, in eodem ^ : Credendum est quosdam de filiis perditionis , non 
accepto dono perseverandi usque in finem vitae in fide quae per di- 
lectionem operatur, incipere vivere, et aliquando fideliter ac juste 
vivere , et postea cadere , neque de bac vita priusquam boc eis con- 
tingat, auferri. Item :iustus si a justitia sua recesserit, et defunctus 
in impietate sua fuerit, in pœnas ibit, nec ei sua praeterita justitia 
proderit. Si autem tune mortuus esset quando justus erat , tune re- 
quiem invenis&et. Idem, in eodem : Fecit Deus bominem rectum ab ini- 

' Hinc usque ad finem quaestionis in Turon. plura sunt alio posita ordine, quaedam 
addita, nonnuHa omissa. 



128 PETRI AB.*:LARDI 

tio liumana; creaturae. Qui ex rectitudine in qua Deus eum primitus 
feclt , sua mala voluntale decidens , pravus effectus est. Si autem jam 
legeneratus et justificatus in malam vitam sua voluntate relabitur, 
certe iste non potest dicere*: non accepi , quod acceptam gratiam Dei 
suo in malum libero amisit arbitrio. Item: An adhuc et iste nolens 
corripi potest dicere : quid ego feci, qui non accepi? quem constat 
accepisse , et sua culpa , quod acceperat , amisisse ? Possum , inquit , 
possum omnino, quando me arguit quod ex bona vita in mala mea 
voluntate lapsus sim , dicere adhuc : quid ego feci qui non accepi ? 
accepi enim fidem quae per dilectionem operatur , sed in illa usque 
in fmem perseverantiam non accepi. Item : Dicit Apostolus bis qui 
secundum pi opositum vocati sunt ; propositum autem non suum , sed 
Dei, de quo alibi dicit, ut secundum electionem propositum Dei 
maneret. Horum fides quœ per dilectionem operatur , profecto aut 
omnino non déficit, aut, si quorum déficit, reparatur. Qui vero perse- 
veraturi non sunt ac sic a fide christiana et conversatione lapsuri sunt 
ut taies eos hujus vitae finis inveniat , procul dubio nec illo tempore 
quo bene pieque vivunt, in istorum numéro computandi sunt; et ta- 
men quis eos neget electos , cum credunt et baptizantur et secundum 
Deum vivunt ? Plane dicuntur electi a nescientibus quid futuri sint , 
non ab illo qui eos novit non babere perseverantiam , quae ad beatam 
vitam perducit electos. Item : Ex nobis exierunt , sed non erant ex nu- 
méro filiorum, Dei vox est. Johannes loquitur quod, ubi fuissent ex 
nobis, permansissent utique nobiscum. Quid aliud dicitur nisi mon 
erant filii, etiam quando erant in professione et nomine filiorum; 
non quia justitiam simulaverunt, sed quia in ea non permanserunt. 
iNeque enim ait : nam si fuissent ex nobis, veram non fictam justi- 
tiam tenuissent utique nobiscum , sed permansissent utique nobis- 
cum. In bono illos volebat procul dubio permanere. Erant itaque in 
bono , sed in eo non permanserunt. Idem, de trinitate Dei : Septena- 
rius pro universo saepe ponitur, sicuti : septies cadit justus et resur- 
git, id est, quotiescunque ceciderit, nonperibit; quia non de ini- 
quitatibus sed de tribulationibus ad humilitatem perducentibus 



r 



SIC ET NON. 129 

intelligi volunt. Idem, in homelia J/:Princeps omnium vitiorum, dum 
vidit Adam ex limo terrae ad imaginem Dei formatum, pudicitia 
armatum , temperantia compositum , caritate splendidum , invidus 
hoc terrenum hominem accepisse quod ipse, dum esset angélus, 
per superbiam perdidisset, primos parentes illis donis actantis bonis 
exspoliavit etperem'it; nam cum bomini abstubsset fidem , pudici- 
tiam, continentiam , suo dominio subjugavit. Item : Amissa tempe- 
rantia intemperans effectus est; perdita caritate malus inventus est. 
Idem, in lihro defide, adPetrum, cum de spiritibus humanis loquere- 
tur, ait : Cum ipsi in corporibus sint , non particulatim sunt; sed sicut 
in totis corporibus toti , sic in eorumdem corporum partibus sunt 
toti. Tamen cogitationum varietas diversitatem in eis temporalis 
mutationis ostendit, dum modo aliquid nesciunt, modo sciunt , 
modo volunt, modo nolunt, modo sapiunt, modo desipiunt, mo- 
do iniqui exjustis, modo justi sunt ex iniquis, modo pietatis illus- 
trantur lumine , modo depravantur tenebroso impietatis errore. 
Hieronymus, ad Rusiicum : Justitia justi non liberabit eum in qûa- 
cunque die peccaverit; et iniquitas iniqui non nocebit ei quacun- 
que die conversus fuerit. Unumquemque judicat sicut invenerit, 
nec prgeterita considérât sed prœsentia , si tantum crimina vetera no- 
vella conversione mutentur. Gregorius, in homeliis de angelis : Per pro- 
pbetam Dominus dicit, quia, quaeunque hora justus peccaverit, om- 
nes justitiae ejus in oblivione erunt coram me ; justus es, iram perti- 
mesce ne corruas. Idem, moral lib. VIII : Homo conditus, in eo quod 
ab ingenita standi soliditate voluntatis pedem ad culpam movit , a 
dilectione conditoris in semetipso protinus cecidit. 

CXXXVIII. 

Quod bonam voluntatem noslram gratia Dei non praecedat, et contra K 

Chrysostomus, m epistola Pauli ad Hebrœos, sermone Ail: Si enim vo- 
luerimus starefirmi et immobiles, non commovebimur. Quidergo? 

' Deest hîEC questio in Turon 

SIC ET NON. 17 



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150 PETRI AB.ELARDI 

nihil Dei est ? Omnia quidem Dei sunt , sed non ita ut liberum arbi- 
trium laedatur. Si ergo Dei sunt, inquit, omnia, quid nos culpamur ? 
Propterea dixi ut liberum arbitrium nostrum non laedatur; oportet 
quippe nos eligere primum quœ bona sunt ; et tune ipse quae ab ipso 
sunt introducit. Non antecedit nostras voluntates , ne laedatur nos- 
trum arbitrium; si enim nosbonum elegerimus, multam introducit 
tune auxiliationem. Quomodo, inquit Paulus, neque volentis neque 
currentis, sed miserentis est Dei? primum quidem non sicut pro- 
priam sententiam introduxit , sed veluti ex bis quae proposita erant , 
hoc coUegit. Dixit enim : scriptum est : miserebor cui miserebor. Est 
igitur neque volentis neque currentis, sed miserentis. Secundum au- 
tem illud dicendum est quia cujus est amplius, totum ejus esse 
dixit. Nostrum enim eligere tantum est et velle ; Dei autem efFicere 
et ad perjfectionem perducere; quia ergo illius est amplius, ejus dixit 
esse ùniversum; verbi gratia : videmus domum œdificatam et di- 
cimus quia totum artificis est , et tamen non omne opus ejus est , sed 
eti'am operariorum et ejus qui materiam tribuit. Item , in multitudine 
ubi plurimi sunt, omnes»esse dicimus; ubi pauci, nullum. Veri- 
tas dicit : Non vos me elegistis, sed, etc. \ Augustinus, ad Julianam: 
Nec sane parvus est error illorum qui putant ex nobis ipsis nos habere 
si quid justitiae in nobis est, scilicet defmientes tantummodo esse 
Dei gratiam et adjutorium ut juste vivamus. Ad habendam vero 
bonam voluntatem ubi est hoc ipsum quod juste vivimus, nolunt 
nos divinitus adjuvari, sed nos ipsos dicunt arbitrio proprio nobis ad 
ista sufficere. Non nobis videatur error iste mediocris; proprium 
quippe arbitrium nisi Dei gratia juvetur, nec ipsa bona voluntas esse 
in homine potest. Deus est enim, inquit Apostolus , qui operatur in 
nobis et velle et operari pro bona voluntate. Ex decretis Cœlestini pa- 
pœ : Quod ita Deus in cordibus hominum atque in ipso libero ope- 
retur arbitrio , ut sancta cogitatio , pium consilium omnisque bonae 
motus voluntatis exDeo sit, sine quo nihil boni possumus. Augustinus, 
de bapti.smo parvulorum, lib. II : Nolunt homines facere quod justum 
'Cf. S. J. Chrysost. opp., tom. XII, pag. laA-iaS. 



SIC ET NON. 151 

est, sive quod latet an justum sit, sive quod non delectat. Tanto 
enim quidque veliementius voiumus quanto certius quam honum sit 
videmus eoque delectamur ardentius. Ut autem innotescat quod la- 
tebat, et suave fiât quod non delectabat, gratia Dei estquœ hominuni 
adjuvat voluntates ; qua non ut adjuventur in ipsis itidem causa est , 
non inDeo, sive damnandi praedestinati sunt propter iniquitatem su- 
perbiae, sive contra ipsam suam superbiam judicandi ut eruditi filii sint 
misericordiae ^ Nuliius perinde culpae humanae in Domini referas cau- 
sam; vitiorum namque omnium humanorum causa estsuperbia. Ad 
hanc convincendam atque auferendam Deus humilis descendit. Item : 
Tanto autem magis delectat opusbonum, quanto magisdiligiturDeus, 
summum bonum, et auctor qualiumcunque bonorum omnium; ut 
autem diligatur Deus, caritas ejus diffusa est in cordibus nostris, non 
per nos, sed per spiritum sanctum qui datus est nobis. Sed laborant ho- 
mines invenire in nostra voluntate quid boni sit nostrum, quid nobis 
non sit ex Deo; et quomodo inveniri possit, ignoro. Quapropter nisi 
obtineamus non solum voluntatis arbitrium quod hue atque illur 
liberum flectitur, sed etiam voluntatem bonam nisi ex Deo nobis esse 
non posse , nescio quomodo defendamus quod dictum est : Quid enim 
habes quod non accepisti? Nam si nobis libéra quaedam voluntas ex Deo 
est, quœ adhuc potest esse vel bona vel mala, bona vero voluntas ex 
nobis est , melius est quod a nobis quam quod ab illo est. Idem, in En- 
chiridio : Ne quisquam , etsi non de operibus , de ipso glorietur libero 
voluntatis arbitrio , tamquam ab ipso incipiat meritum , audiat eum- 
dem gratiae praeconem dicentem : Deus est enim qui operatur in no- 
bis et velle et operari pro bona voluntate; praeceditenim bona voluntas 
hominis multa Dei dona, sed non omnia; quae autem non praecedit 
ipsa, in eis est et ipsa; nam utrumque legitur : Et misericordia ejus 
prœveniet me, et misericordia ejus subsequetur me; nolentem prœvenit 
ut velit, volentem subsequitur ne frustra velit^. Idem, de correptione et 
gratia : Gratia vero Dei semper est bona; et per hanc fit ut sit homo vo- 
luntatis bonae, qui prius fuit malae. Item : Non enim homo gratiam sic 
' Cf. Edït. tom. X, pag. 54. — ' Cf. Augusl. opp,, lom. VI, pag. 208-209. 



132 PETRI AB^LARDl 

suscepit, ut propriam perdat voluntatem; tamen ne ipsa voluntas sine 
gratia Dei putetur boni aliquid posse, subjecit : Non ego autem, sed 
gratia Dei mecum , id est , non solus ac per hoc nec gratia Dei sola 
nec ipse solus. 

CXXXIX. 

Quod legis praecepta non perfecta sunt sicut sunt Evaugelii, et contra. 

Ex evangelio secundum Matthœum : Nisi abundaverit justitia ves- 
tra, etc. /^em ; Audistis quia dictum est antiquis , etc. Paulas, in epis- 
tolaad Hébrœos: Reprobatio fit praecedentismandati propter infirmi- 
tatem ejus et inutilitatem ; nihil enim ad perfectum adduxit lex ; in» 
troductio vero melioris spei per quam proximamus ad Deum. Ex evan- 
gelio secundum Lucam : Magister, quid faciendo vitam aeternam possi- 
debo? At ille dixit : In lege quid scriptum est.*^ quomodo iegis.^ lUe 
respondit : Diliges Dominum Deum tuum, etc., et proximum sicut 
te ipsum. Dixitque illi : Recte respondisti; hoc fac et vives. Paulus, in 
epistola ad Romanos : Qui enim diligit proximum, iegem implevit. 
Nam non adulterabis , etc.; et si quid est ahud mandatum, etc. Pleni- 
tudo ergo legis est dilectio. 

GXL. 

Quod opéra misericordise non prosint infidelibus , et contra. 

Angustinus, de trinitate, lih. XII : Opéra misericordise nihil prosunt 
paganis sive Judœis sive liaereticis sive schismaticis. Idem, in libre 
sententiarum Prosperi : Omnis infidelium vita peccatum est, et nihil est 
bonum sine summo bono. Ubi enim deest agnitio seternae et incom- 
mutabilis veritatis, falsa virtus est etiam in optimis moribus. Idem, de 
tractatu XX evangalii secundum Johannem : Sunt opéra quae videntur 
bona sine fide Christi , et non sunt bona, quia non rcferuntur ad eum 
finem ex quo sunt bona; finis enim legis Ghristus ad justitiam omni 
credenti. Ideo noluit discernere ab opère lidem, sed ipsam fidem 



SIC ET NON. 155 

dixit esse opus. Ipsa est enim fides quae per dilectionem operalur ; riec 
dixit : hoc est opus vestrum , sed hoc est opus Dei , ut credatis in euni 
quem misit ille, ut qui gloriatur, in Domino glorietur. Hieronymus, in 
secundo contra Jovinianum ^ : Cornélius centurio ut spiritum sanctuni 
acciperet ante baptisma elemosynis meruit crebrisque jejuniis. Idem, 
ad Heliodorum : Non facit ecclesiastica dignitas Christianum. Corné- 
lius centurio, adhuc ethnicus, dono spiritus sancti mundatur. Grego- 
rius, in extrema parte Ezechielis, homel. F//: Non enim virtutibus ad fi- 
dem, sed fide pertingitur ad virtutes. Cornélius enim centurio, cujus 
elemosynae ante baptismum, angelo teste, laudatœ sunt, non operibus 
venit ad fidem , sed fide venit ad opéra. Nam ei per angelum dicitur : 
Orationestuœ et elemosynae ascenderunt inconspectum Dei. Si enim 
Deo vero et ante baptisma non credideiiat quem orabat ; vel quomodo 
hune Deus exaudierat si non ab ipso se in bonis perfici petebat ? 
sciebat ergo creatorem omnium Deuni, sed quia ejus lilius incarna- 
tus erat ignorabat. Non enim poterat agere bona nisi ante credidis- 
set. Scriptum namque est : sine fide impossibile est placere Deo ; fi- 
dem ergo habuerit , cujus orationes et elemosynae placere Deo pote- 
rant. Bona autem actione promeruit ut Deirni perfecte cognosceret 
et incarnationis ejus mysterium crederet, quatenus ad sacramenta 
baptlsmatis perveniret. Per fidem ergo venit ad opéra ; sed opère est 
solidatus in fide^. Johannes Chrysostomus, super Matthœum : Audi myste- 
rium quod Petrus apud. Clementem exposuit : Si fidelis fecerit opus 
bonum , et hoc ei prodest, liberans eum a malis et in illo sœculo ad 
percipiendum regnum cœleste. Si autem inlidelis fecerit opus bo- 
num, hoc ei prodest opus ipsius, et hoc ei reddit Deus pro opère 
suo. In illo autem sœculo nihil ei prodest opus ipsius. Nec enim col- 
locatur inter cœteros fidèles propter opus suum, et juste, quia natu- 
rali bono motus fecit opus bonum, non propter Deum. Ideo in 
corpus suum recepit mercedem corporis, non in anima sua. 
Evangel. Lucœ ^ : Quis vestrum habens servum arantem aut pascen- 

' Deest Hieron. ad Heliod. locus in Turon. — ^ Gregorii pap. opp., toui. I, pag. i38i- 
i382. — 'Hic locus deest in Abrinc. Vid, Evang. Luc, cap. xvii, v. 7-10. 



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154 PETRI AB^LARDI 

tem , qui régresse de agro dicat illi : Statim transi, recumbe; et non 
dicat ei : Para quod cœnem et praecinge te, et ministra mihi donec 
manducem et bibam , et post haec tu manducabis et bibes ? Numquid 
gratiam babetservo illi , quia fecit quae ei imperaverat? Non puto. Sic 
et vos, cum feceritis omnia quse praecepta sunt vobis, dicite : Servi inu- 
tiles sunius ; quod debuimus facere fecimus. 

CXLI. 

Quod opéra sanctorum non justifieenl hoiiiinem , et contra. 

Paulus apostolus, in epistola ad Romanos : Ut sit ipse justus et justi- 
licans eum qui ex fide est J©su Christi. Ubi est ergo gloriatio tua ? 
exclusa est; per quam legem? factorum? Non; sed per legem fi- 
dei. Arbitramur enim hominem justificari per fidem sine operibus 
kgis. Item : Si enim Abraham ex operibus legis justificatus est , ha- 
bet gloriam, sed non apud Deum. Quid enim dicit scriptura ? Credi- 
dit Abraham Deo, et reputatum est ei ad justrtiam ; ei autem qui ope- 
ratur, merces non imputatur secundum gratiam , sed secundum 
debitum; ei vero qui non operatur, credenti autem in eum qui jus- 
tificat impium , deputatur fides ejus ad justitiam secundum propo- 
situm gratiae Dei. Idem, post aligna : Nemini quidquam debeatis nisi 
ut invieem diligatis ; qui enim diligit proximum , legem implevii 
Nam non adulterabis, non occides, non furtum faciès, non falsum 
testimonium dices , non concupisces , et si quid est aliud mandatum , 
in hoc verbo inslauratur : Diliges proximum tuum sicut te ipsum ; di- 
lectio proximi malum non operatur. Plenitudo ergo legis est dilectio. 
Item : Corde creditur ad justitiam , ore autem confessio fit ad salutem. 
Ambrosius, super eamdem epistolam : Sine pœnitentia enim sunt dona 
et vocatio Dei ; verum est quod gratia Dei non quœrit gemitum aut 
planctum aut opus aliquid, nisi solam cordis confessionem. Veritas: 
Date elemosynam, et omnia mundasunt vobis. Johannes Chrysosto- 
mus, super Matthœum : Voluntas apud Deum remuneratur, non opus; 



SIC ET NON. 155 

quia voluntas ex arbitrio nostro procedit , opus autem per Dei gra- 
tiam consummatur. Augustinus, in sermone primœ dominicœ quadragc- 
simœ : Sed cum de elemosynis loquimur , non conturbetur angusta 
paupertas; omnia enim complevit qui quicquid potuit fecit : quia 
voluntas perfecta faciendi reputabitur pro opère facti. Sed hoc ille 
implere potuit qui omnem pauperem quasi se ipsum considerare vo- 
luerit, si ipse in tali necessitate esset. Hoc qui fecerit, novi etveteris 
testamenti praecepta complevit, implens illud evangelicum : Omnia 
quœ vultis ut faciant vobis homines, et vos facite illis. Idern, super 
psalmum XY^Z/: Apostolus, cum commendaret^ justitiam quœ ex fide 
est adversus eos qui gloriantur de justitia quse est ex operibus , ait : 
Si enim Abraham ex operibus justificatus est, habet gloriam , sed non 
ex Deo. Invenis multos paganos propterea nolle fieri christianos quia 
quasi sufficiunt sibi de bona vita sua. Item : Unde dicit scriptura jus- 
tificatum Abraham ? credidit Abraham Deo , et reputatum est ei ad 
justitiam. Vides ergo quia exfide, non ex operibus justificatus est. 
Faciam ergo quicquid voluero, quia, etsi bona opéra non habuero 
et tamen credidero inDeum, deputatur mihi ad justitiam. Respondeo 
ego, tamquam contra Apostolum de ipso Abraham, quod invenimus 
in epistola alterius apostoli qui volebat corrigere homines qui maie 
intellexerant istum apostolum. Jacobus enim , contra eos qui nole- 
bant bene operari de sola fide prsesumentes , ipsius Abrahae opéra 
commendavit ; cujus Paulus fidem prœtulit; dicit autem operibus 
omnibus notum : Abraham lilium suum immolandum Deo obtulit. 
Laudo fructum boni operis, sed in fide agnosco radicem ; si autem 
hoc prseter rectam fidem faceret, nihii illi prodesset qualecunque 
opus esset. Idem , ad Armentarium et Paulinam^ : Justa vero vita , cum 

' Turon. commémorât. — * Ab hinc usque ad Ambrosius de pœnitentia, loci qui lau- 
dantur in Abrinc. desunt in Turon., pro quibus hos habet Turon. quos rursus Abrinc. 
omittit: In evangelio : Facite fructus dignos pœnitentiae, etc. Item .- Quid faciendo vitam 
aeternam possidebo? Dicit illi Jésus : Serva mandata. Item : Qui reliquit patrem aut naa- 
trem aut sororem aut fratrem aut iilium propter me, centuplum accipiet in hoc saeculo, 
et insuper vitam aeternam possidebit. Paulus apost., m epistol. ad Romanes : Corde cre- 
ditur ad justitiam, ore confessio fit ad salutem. Idem, in eadem .Qui reddet unicuique 



156 PETRI AB^LARDI 

volumus, adest, quia eamipsamplenevelle justitiaest, necplusallquid 
faciendo juslitia quam perfectam voluntatem requirit. Vide si labor 
est iibi velle satis est. Unde dictum est : pax in terra hominibus bonae 
voluntatis.Ubi pax, ibi requies; ubi requies, ibi finis appetendi et nulla 
causa laborandi. Idem . ad Deogratias presbyterum : De eo quod scrip- 
fum est, in qua mensura mensi. Unde hoc dixit Christus Paulo, su- 
perius satis elucet: nolite, inquit, judicare et non judicabimini; in quo 
enim judicaveritis judicio, judicabimini. Numquidsi iniquojudicio ju- 
dicabunt, iniquo judicabuntur? Absit ; sed ita dictum est tamquam si 
diceretur : in qua voluntate bene feceritis vel maie , in ipsa liberabimi- 
ni vel puniemini. In voluntate quippe propria metietur bonus homo 
bona facta, et in ea metietur ei beatitudo. Itemque in voluntate pro- 
pria metietur malus homo mala opéra sua , et in eadem metietur ei 
miseria; quoniam ubi unusquisque bonus est, cum bene vult, ibi 
etiam malus cum maie vult; acper hoc ibi etiam fit vel beatus vel miser, 
lioc est, in ipso suae voluntatisaffectu, quae omnium factorum merito- 
rumque mensura est. Ex qualitatibus quippe voluntatum, non extem- 
porum spatiis, sivc recte facta sive peccata metiuntur ; in eadem igi- 
tur mensura, quamvis non aeternorum malefactorum œterna supplicia 
remetiuntur, utquiœternam voluit habere peccati perfruitionem , ae- 
ternam inveniat in vindicatione jseveritatem '. In libro XX de civitate 
Dei : In cogitationibus enim, sicut scriptum est, impii interrogatio 
erit. Et Apostolus : cogitationibus, inquit, accusantibus vel etiam 
excusantibus in die qua Deus judicabit occulta hominum. Idem, in 
psalmum CXVIII : Omnia opéra vel bona vel mala a cogitatione pro- 
cedunt. In cogitatione quisque innocens, in cogitatione reus est; 
propterea quod scriptum est : Cogitatio sancta servabit te. Et alibi : 
In cogitationibus impii interrogatio erit. Et Apostolus : cogitationibus, 
ait, accusantibus, etc. Idem, in epistolam Johannis, sermone X : Fides 
sine operibus non salvat. Opus autem fidei ipsa dilectio est, dicente 

secundum opéra sua. Idem, ad Corinthios : Unusquisque autem propriam mercedem ac- 
cipiel secundum suum laborem. Veritas, in Evancfelio : Date elemosynam , et omnia sunt 
munda vobis. -r- ' Cf. August. opp., tom. II, p. 282-283. 



I 



SIC ET NON. 157 

Apostolo : Est fides quœ per dilectionem operatur. Amhrosius , depœ- 
nitentia, lih. I: Habet qui crédit , suam gratiam; habet alteram si fides 
ejus passionibus coronetur. Neque enim priusquam pateretur Pe- 
trus, sine gratia fuit; sed ubi passus est, acquisivit alteram. Hierony- 
mus, ad Paulinum: Voulus, novissimus in ordine, primus in meritis est, 
quia plus omnibus laboravit. 

CXLII. 

Quod peccatum aclus sit, non res, et contre. 

Augustinus, ad Eutropium etJacobum, episcopos, contra objectiones 
Cestii de perfectione justitiae hominis : Quœrendum est quid est 
peccatum. Actus an res? Si res est, ut auctorem habeat necesse est; 
et si auctorem habere dicitur, jam alter, praeter Deum, rei alicujus 
auctor induci videbitur. Respondebimus peccatum quidem dici et 
esse actum, non rem. Sed etiam in corpore claudicatio eadem ra- 
tione actus est, non res, quoniam res pes ipse vel corpus vel bomo 
est qui pede vitiato claudicat. Item : Ipsum sane vitium quo claudicat 
homo, nec pes est, nec corpus, nec ipsa claudicatio , quse utique non 
est quando nonambulat, cum tamen insit vitium quo claudicatio lit 
quando ambulat. Quaerat ergo quod ei vitionomen imponat, utrum 
rem velit dicere an actum, an rei potius qualitatem malam qua de- 
formis actus existât. Sic et in interiore liomine animus res est, rapina 
actus, avaritia vitium est, id est, qualitas secundum quam malus est 
animus etiam quando nihil agit. Item : Miror quia ausus est ponere 
testimonium, ubi dictum est : abstinens se ab omni re mala, cum boc 
ab omni peccato vellet intelligi , et superius dixerit peccatum actum 
esse , non rem. Reminiscatur ^ ergo quod , si actus sit, res potest dici. 
Idem, de natura et gratia^ : Audis confitentem, quid desideras disputan- 
tem ? Sana, inquit, animam meam. Ab illo quœre unde vitiatum sitquod 
sanari rogat. Et audi quod sequitur : quomodo peccavi tibi .-^ hune iste 

' Reminiscitur Turon. — * Hic locus Augustini deest in Turon. 

SIC ET NON. l8 



158 PETRI AB^LARDl 

mterrogat : O tu qui clamas : sana animam meam , quoniodo peccavi 
tibi? (JuiH est perfcatum? Substantia aliqua aut omnino substantia ca- 
rens nomen, quo non res, non existentia, non corpus aliquid, sed 
tantum perperam facti actus exprimitur? Respondet ille : Ita est ut 
dicis ; non est peccatum aliqua substantia , sed tantum boc nomine 
perperam facti actus exprimitur. Contra iste : Quomodo potuitviolare 
animam tuam quod substantia caret? Nonne attenditur, ut aiia 
omittam , etiam non manducare non esse substantiam ? A sub- 
stantia quippe recedit, quoniam cibus substantia est; sed abstinere 
a cibo non est substantia; et tamen substantia corporis, si om- 
nino abstinetur a cibo, ita languescit, debllitatur ac frangitur, ut, si 
aliquQmodo perduret in vita , vix possit ad eumdem cibum revocari; 
imo abstinendo vitiata est. Sic non est substantia peccatum ; sed 
substantia est Deus summa , a quo per inobedientiam recedendo au- 
dis quemadmodum dicat : Percussus sum, etc. Seneca, in Proverbiis 
suis :Omne peccatum actio est; omnis autem actio voluntaria est, 
tam honesta quam turpis; omne ergo peccatum voluntarium est. 
Omitte excusationem : nemo peccat invitus. Ex scriptis Hiero- 
nymi, sententiœ ipsius viduales vel monachiles : Duo sunt gênera pec- 
catorum; alterum quod ex proposito, alterum quod ex negligentia 
pendet. Item: Plerique metu,^ non innocentia cessant. Hi enim 
timidi , non innocentes sunt. Augastinus ad Orosium , in lihro per 
dialogum : Unde malum.^ Discernendum est quid est malefacere. 
Item : Fortassis ergo libido in adulterio malum est. Nam ut intelli- 
gas libidinem in adulterio malum esse , si cui etiam noil contingat 
facultas concumbendi cum uxore aliéna ; planum tamen aliquo modo 
sit eum id cupere, et, si potestas daretur, facturum esse, non minus 
reus est quam si in ipso facto deprebenderetur. Orosius: Nihil est om- 
nino manifestius; clarum est enim jam nihil aliud quam libidinem in 
toto malefaciendi génère damnari. Augustinus : Scisne istam libidinem 
alio nomine cupiditatem vocari? Orosius :Scio. Idem, defide et operi- 
bus: Si virgo nesciens viro nupseritalieno, si semper nesciat, nunquam 
ex boc erit adultéra. Idem, in lib. I de civitate Dei : Lucretiam certe ma- 



SIC ET NON. 159 

tronam nobllem veteremque Romanam pudicitlœ magnis efferunt laii- 
dibus. Hujus corpore cum violenter oppresse Tarquinii régis filius 
libidinose potitus esset, illa scelus improbissimi juvenis marito Colla- 
tino et propinquo Bruto , viris clarissimis et fortissimis, indicavit, eos- 
que ad vindictam constrinxit. Denique fœdi in se commissi œgraatque 
impatiens se peremit. Quid dicemus? adultéra liœc an casta judicanda 
est ? Egregie quidam ex hoc veraciterque declamans ait : Mirabile 
dictu ; duo fuerunt et adulterium unus admisit. Splendide atque veris 
sime; intuens enim in duorum corporum commixtione uniusinquina- 
tissimam cupiditatem , alterius castissimam voluntatem , et non quid 
conjunctione membrorum , sed quid animorum diversitate ageretur, 
attendens : duo, inquit, fuerunt, et adulterium unus admisit. Puduil 
eam turpitudinis alienae in se commisse etsi non secum , et romana 
mulier laudis avida nimium verita est ne putaretur , quod violenter 
est passa cum viveret, libenter passa si viveret\ Idem, libr. III de doc- 
trina christiana : Non prsecipit scriptura nisi caritatem, non damnai 
nec culpat nisi cupiditatem. Caritatem voco motum animi ad fruen- 
dum Deo propter ipsum , et se et proximo propter Deum ; cupiditatem 
autem motum animi ad fruendum se et proximo et quolibet corpore 
non propter Deum. Quod autem agit indomita cupiditas ad corrum- 
pendum animum et corpus suum , flagitium vocatur; quod autem agit 
ut alteri noceat , facinus dicitur. Et haec sunt duo gênera peccatorum . 
Idem, super epistolam Johannis : Non discernuntur fdii Dei a filiis dia- 
boli , nisi caritate . Item : Alia si non habeas , hoc habe et implesti legem . 
Idem, de bono conjugali : Continentia non corporissed animi virtus est. 
Virtutes autem animi, etc. Hieronymus, adversus Helvicium : Quae 
non est nupta cogitât quae Domini sunt , ut sit sancta spiritu et 
corpore. Virginis definitio sanctam esse corpore dicit et spiritu, quia 
niliil prodest carnem habere virginem , si mente quis nupserit. Idem, 
super epistolam ad Romanos, lib. I : Fieri non potest ut, nisi quis mœ- 
rhetur prius in corde, mœchari possit in corpore. Ambrosius, de lapsu 
virginis consecratœ: Rêvera non potest caro corrumpi ante, nisi mens 

' Cfv Aug. opp., tom. VII, pag. i8-ig. 

18. 



140 PETRI AB^ELARDl 

fuerit prius corrupta. AugustinuSy super epistolam Johannis : Non quid 
faciat homo , sed quo animo , considerandum est. In eodem facto inve- 
ninius Dcum patrem , in quo Judam ; facta est traditio a pâtre ; facta 
est a filio; facta est a Juda. Diversa intentio diversa facta fecit. Cum 
sit unares ex diversis intentionibus , eam si metiamur, unum aman- 
dum est, alterum damnandum. Item : Sola benevolentia sufficit amanti, 
etiamsi non sit quod praestemus. Idem, in lib. quœst.vet. et nov. legis: 
Nulla natura probatur malum ^ ; voluntas autem est. Item, cap. III: Ali- 
quos scimus , subito démentes, quosdam et occidisse ; captos autem et 
in judiciis oblatos, minime reos factos, eo quod non voluntate, sedim- 
pellente vi nescio qua, hoc gesserintnescientes. Quomodo enim reus 
constituitur , qui nescitquid fecerit? Ita et diabolus si bonum nescit, 
quare damnandus censetur qui non facit quod nescit 2? Item, cap. XCII: 
JMon omnis ignorans immunis a pœna est; hic enim qui potuit dis- 
cere et non dédit opeiam, reum se fecit. Isidorus, in synonymis, lib. II: 
Non potest corrumpi corpus , nisi prius corruptus animus fuerit. Item : 
Munda a cogitatione animi caro non peccat. Chrysostomus , super Mat- 
thœum : Voluntas apud Deum remuneratur, non opus ; quia voluntas 
ex arbitrio nostro procedit, opus autem per Dei gratiam consum- 
matur. 

GXjLIIL 
Quod peccator sit ilie tanien qui assiduus est in peccatis , et contra. 

Origenes, inepistolaPauli ad Romanos, lib. F: Cum dicatquia omnes 
peccaverunt, aliud est peccasse , aliud est peccatorem esse. Peccator 
dicitur qui in consuetudinem ac studium peccandi venit, sicut justus 
non is qui semel autbis aliquid justitiae fecerit, sed qui in usu et con- 
suetudine justitiam habet. Nam si quis in caeteris fere omnibus injustus 
sit, semel autbis aliquid justi operis fecerit, juste egisse diceretur, ita 
et justus peccasse quidem dicitur si aliqviid commiserit aliquando 
quod non licet, non tamen ex hoc peccator appellabitur qui peccandi 
usum non tenet, sicut et medicus dicitur qui usum ac studium ac 

' Cf. August. opp., tom. III, pag. 1. App., pag. 42. — ^ Cf. Ibid., pag. 44. 



SIC ET NON. 141 

disciplinam habetmedendi. Omnes potest lieri ut peccaverint etiamsi 
sancti fuerint, quia riemo mundus a sorde, nec si unius diei fuerit 
vita ejus. Aristoteles, in tractatu qualitatis :Diiïeri autem habitus a dis- 
positione, quod permanentior et diuturnior est. Taies vero sunt 
scientiae et virtutes. Scientia enim videtur permanentium et eoruni 
quœ difficile moventur, ut si perfecte quis vel mediocriter scientiam 
sumat, nisi forte graiwiis permutatio facta sit vel ab segritudine vel ab 
aliquo hujusmodi. Similiter autem et virtus ut justitia vel castitas et 
singula talium non videntur facile posse moveri neque permutai i ^ . Boe- 
tius, in comment, super hune locum : Virtus enim, nisi difficile, mutabilis 
non est. Neque enim qui semel juste judicat justus est, neque qui 
semel adulteravit est adulter, sed cum voluntas ista cogitatioque per- 
manserit. Aristoteles enim virtutes non putat scientias, ut Socrates. 
Idem , in lihro divisionum : Ut in se ipsa divisio sicut terminus converta- 
tur. Convertitur enim terminus sic : virtus est intus habitus optlnms; 
rursus : habitus mentis optimus virtus est. Idem, in secundo Topicorum : 
Sit quœstio an virtus mentis bene constitutœ sit habitus. Quaestio 
de definitione, etc. Amhrosius, de pœnitentia, lib. I : Et Dominus qui- 
dem venit ad peccatorem, cum peccatum ipse non hab^et, et bapti- 
zari voluit, cui mundari necesse non erat. Augustinus, super Johannem : 
Servus autem non manet in domo in seternum. Aliud est peccare , 
aliud esse servum peccati; nemo enim potest non esse peccator; pec- 
cator in peccato, hoc est servum esse ^peccati. Idem, ad Paulinum : 
Quœritur utrum debeat homo sine peccato esse. Si débet, et potest, 
quia, si non potest, non débet; et si non débet esse sinepeccato, débet 
esse cum peccato, et jam peccatum non erit. Quod si absurdum est, 
confiteri necesse est hominem debere esse sine peccato ; et constat il- 
lum non aliud debere quam potest. Item per arbitrii libertatem fac- 
tum est ut esset homo cum peccato ; sed jam pœnalis vitiositas sub- 
secuta ex libertate fecit necessitatem; unde et ad Dominum hdes 
clamât: De necessitatibus educ me. Domine. Idem, in sermone I epistol. 
Johannis : Non potest homo, quamdiu carnem portât, non habere vel 
' Cf. Arist. Categ., cap. vi , pag. 487, lom. I. l^dit. Buhle. 



142 PETRI AB.ELARDJ 

levia peccala. Sed ista levia nolite contemnere ; le via muita faciunt 

unum grande. Multae guttae implent flumen. 

CXLIV. 

Quodaliquando peccanius nolentes, et contra. 

Paulus apostolus, in epistola ad Romanos : Non enim quod volo bo- 
num, hoc ago, sed quod odi malum, hoc facio. Si autem quod nolo, 
iilud facio, consentio legi quoniam bona est, etc. Isidorus, de summo 
bono, lih. Il, cap. XXII : Plerique non voluntate sed sola necessitate 
peccant, pertimescentes temporalem inopiam, et dum praesentis 
.saeculi necessitatém refugiunt, a futuris bonis privantur. Ex scriptis 
Hieronymi, sententiœ ipsius viduales vel monachiles : Omne peccatum 
actio est; actio autem omnis voluntaria est, etc. Augustinus, de vera 
religions : Nunc usque adeo peccatum voiuntarium malum est, ut 
nullo modo sit peccatum si non sit voiuntarium ; et hoc quidem ita 
manifestum est ut nuUa hinc doctorum paucitas , nuUa indoctorum 
turba dissenti»t.* Quare aut negandum est peccatum committi, aut 
fatendum est voluntarie committi. /fem : Voluntarie ergo peccatur , 
et quoniam peccai i non est dubium , ncc hoc quidem dubitandum 
in Deo habere animas liberum voluntatis arbitrium. Taies enim ser- 
vos suos meliores esse Deus jjidicavit , si ei servirent liberaliter ; quod 
nullo modo fieri posset, si non voluntate sed necessitate servirent. Li- 
beraliter ergo Deo serviunt, neque hoc Deo sed ipsisprodest. Idem, hoc 
ipsum rursum libro I Retractationum commemorans et retractans , ait: 
Usque adeo, inquam, peccatum voiuntarium malum est, ut nullo modo 
sit peccatum, si non sit voiuntarium. Potest videri falsa hsec defmitio ; 
sed si diligenter discutiatur, invenrtur verissima. Peccatum quippe illud 
cogitandum est, quod tantummodo peccatum est, non quod est etiam 
pœna peccati ; quamvis et illa quae non immerito non voluntaria pec- 
cata dicuntur , quae a nescientibusvelcoactisperpetrantur, nonomni 
modo possunt sine voluntate committi ; quoniam et ille qui peccat 



SIC ET NON. 145 

ignorans , voïuntate utique peccat , quod cum faciendum non sit , 
putat esse faciendum. Et ille qui , concupiscente adversus spiritum 
carne, non ea quae vult facit, concupiscit quidem nolens et in eo non 
facit quod vult; sed si vincitur, concupiscentise consentit volens; et in 
eo quod ^ non facit nisi quod vult, liber est justitiae servusque peccati. 
Et illud quod in parvulis dicitur originale peccatum , cum adhuc non 
utantur arbitrio voluntatis , non absurde vocatur etiam voluntariuni , 
quia, ex primi hominis mala voïuntate contractum, factum est quodam- 
modo haereditarium , ut nullo modo sit peccatum si non sit volun- 
tarium. Idem, in eodem : Quod dixi nusquam nisi in voïuntate esse 
peccatum , possunt Pelagiani pro se dictum putare , propter parvulos 
quos negant babere peccatum, quasi peccatum, quod eos ex Adam 
dicimus originaliter trahere, id est reatu ejus implicatos et ob hoc 
pœnae innoxios detineri , usquam esse potuit^ nisi ex voïuntate, quia 
voïuntate commissum est, quando divini praecepti facta est trans- 
gressio ; potest étiam putari falsa ista sententia quia dixit Apostolus : 
Si autem quod noîo, hoc facio, jam non eyo operor illud, sed quod 
habitat in me peccatum. Sed de quo sic est locutus Apostolus, ideo 
peccatum vocatur, quia peccato factum est pœna peccati, quando 
quidem hoc de concupiscentia carnis dicitur, quod aperit in sequen- 
tibus dicens : Scio quia non habitat in me, hoc est, in carne mea 
bonum; velle enim adjacet mihi; perficere autem bonum, non. Per- 
fectio quippe l)oni est ut nec ipsa concupiscentia peccati sit in ho- 
mine, cui quidem quando bene vivitur, non consentit voluntas ; 
vprumtamen non perficit bonum , quia inest adhuc concupiscentia 
cui répugnât voluntas. Cujus concupiscentise reatus in baptismate 
solvitur, sed infirmitas manet, cui, qui bene proficit, reluctatur. 
Peccatum autem quod nusquam est nisi in voïuntate, illud prœcipue 
intelligendum est quod justa damnatio consecuta est. Hoc enim per 
unum hominem intravit in mundum, quamquam et hoc peccatum, 
quo consentitur peccati concupiscentiœ, non nisi in voïuntate commit- 
titur. Propter hoc et alio loco dixi : Non igitur nisi voïuntate pec- 
* Cf. August. opp., tom. I , pag. 20. Edit. deest quod. — ' Ihidem, pag. i[\. 



144 PETRI AB^LARDI 

ratur. Item : Voluntatem definivi dicens : Voluntas est animi motus 
cogente nullo ad aliquid vel non admittendum vel adipiscendum, 
Quod dictum est sic ut ad illos referretur intentio, qui primi in 
paradiso fecerunt humano generi originem mali nullo cogente pec- 
cando , hoc est libéra voluntate , quia scientes contra praeceptum fe- 
cerunt, et tentator suasit, non coegit. Nam qui nesciens peccavit, 
non incongruenter nolens peccasse dici potest, quamvis et ipse quod 
nesciens fecit, volens tamen fecit ; quae voluntas utique sic defmita 
est : animi motus, etc. Ita nec taie peccatum sine voluntate esse po- 
tuit, sed voluntate facti , non peccati. Quod tamen factum, peccatum 
fuit ; hoc enim factum est , quod fieri non debuit. Qui autem sciens 
peccat , si potest cogenti ad peccatum sine peccato resistere^ nec ta- 
men facit , utique volens peccat ; quoniam qui potest resistere , non 
cogitur cedere. Qui vero cogenti cupiditati bona voluntate resistere 
non potest , et ideo facit contra praeceptum , jam hoc ita peccatum 
est ut sit etiam pœna peccati. Quapropter peccatuïn sine voluntate 
esse non posse verissimum est. Itemque definitio peccati, qua diximus : 
Peccatum est voluntas retinendi vel consequendi quod justitia vetat 
et unde liberum est abstinere; propterea verum est quia id defmi- 
tum est quod tantummodo peccatum est , non quod etiam ^ pœna 
peccati. Nam quando taie est ut idem sit et pœna peccati, quantum 
est quod valet voluntas sub dominante cupiditate, nisi forte si pia 
est, ut oret auxilium. In tantum enim libéra est, in quantum libe- 
rata est, et in tantum appellatur voluntas; alîoquin tam cupiditas 
quam voluntas proprie nuncupanda est. Quod si quisquam di(yt 
etiam ipsam cupiditatem nihil esse aliud quam voluntatem , sed vi- 
tiosam peccatoque servientem , non resistendum est, nec de verbis, 
cum res constet, controversia est facienda etiam; sic enim osten- 
ditur sine voluntate nullum esse peccatum sive in opère sive in 
origine. Item : Respondemus naturam in his verbis meis me intelligi 
voluisse illam quae proprie natura dicitur, in qua sine vitio creati su- 
mus. Et iterum in eo quod dictum est peccati reum teneri quemquam, 

' Deest in Turon. nec tamen facit usque ad resistere non potest. 



SIC ET NON. 145 

quia non fecit quod facere non potiiit, summse iniquitatis et injuriœ 
est; cur ergo, inquiunt, parvuli tenentur rei? Respondetur , quia ex 
origine ejus tenentur qui non fecit quod facere potuit, divinum sci- 
licet servare mandatum. Quod autem dixi, animœ quidquid faciunt, 
si natura, non voluntate faciunt, id est, si libero et ad faciendum et 
ad non faciendum motu animi carent, si denique abstinendi ab 
opère suo potestas nulla conceditur, peccatum eorum tenere non 
possumus; non perturbât de parvulis quaestio , quia ex illius origine 
rei tenentur qui voluntate peccavit, quando ei ab opère abstinendi 
summa potestas erat. Idem, in eodem : Dico, inquam, peccatum non 
esse, si non propria voluntate peccetur ; ubi peccatum intelligi vo- 
lui , quod non est etiam pœna peccati. Nam de tali pœna dixi alibi, 
in eadem disputatione , quod dicendum fuit. 

GXLV. 

Quod idem peccatum non puniat Deus hic et in future. 

Origenes, super vêtus testamentum , homel. XLIII : Homo, inquit, si 
maledixerit Deum, peccatum accipiet. Qui autem nominat nomen 
Domini, morte moriatur. Quid est boc? qui maledicet Deum, non 
habet pœnam mortis,»sed qui nominaverit nomen Domini? Nonne 
multo gravius est maledicere Deum quam noqiinare , quamvis in 
vanum nominasse dicatur ? Item : Putant quod , qui maledicit no- 
men Domini, statim puniri debeat; ille vero qui nominabit nomen, 
hoc est superfluo et in vanum nominaverit , sufficiat accepisse pecca- 
tum. Sed majus esse peccatum, in quo maledicitur Deus, quam in 
quo nominatur, dubitare non possumus. Restât ut ostendamus mullo 
esse gravius accipere peccatum et habere secum quam morte mulcta- 
ri. Mors quae pœnae causa infertur pro peccato, purgatio est peccati 
ipsius pro quo jubetur inferri. Absolvitur ergo peccatum per pœnam 
mortis, nec superest aliquid quod pro boc crimine judicii dies et 

' Est pro etiam TuTox). Cf. Ibid., pag. 26. 

SIC ET NON. 10 



146 PETRI AB.flLARDl 

pœna aeterni ignis inveniat. Ubi vero quis accipit peccatum , et habet 
illud secum et permanet cum ipso, nec aliquo supplicio pœnaque 
dilnitur; transit cum illo etiam post mortem ; et qui hic tempo- 
ralia non persolvit^ ibi expendit œterna supplicia. Vides ergo quanto 
gravius sit accipere peccatum quam morte mulctari ; hic enim mors 
pro vindicta <la1ur, et apud justum judicem Dominum non judica- 
tur bis in id ipsum, sicut propheta dixit; ubi autem non est soiita 
vindicta, peccatum manet œternis ignibus exigendum. Possum tibi 
testes ex divinis voluminibus adhibere Ruben et Judam loquentes ad 
patrem suum Jacob, cum vellent Benjamin secum ducere ad iEgyptum . 
Ruben quidem ita dixit ad patrem : Ambos filios meos occide , nisi 
rednxero ad te Benjamin. Judas vero ait : Peccator ero in te nisi re- 
duxero tibi. Jacob vero, sciens multo esse gravius quod promiserat 
Judas, Ruben quidem non credidit filium, tamquam qui leviorem 
elegerit pœnam , Judœ vero tradidit , sciens gravius esse quod ele- 
gerat. Vis et de evangeliis noscere quod qui recipit in bac vita mala 
sua, ibi jam non recipiat; qui autem hic non recepit, ibi reserventur 
omnia? Mémento, fili, quoniam recepisti bona in vita, etc.; nunc au- 
tem tu quidem cruciaris, hic vero requiescit. Et soient homines, igno- 
rantes judicia Dei quia sunt abyssus , multa conqueri adversus Deum 
et dicere : Cur homines iniqui in- bac vita nihil patiuntur adversi , et 
contra colentibus Deum aerumnai superveniKmt .^ Hieronymas, super 
Nahum prophetam :J^uid cogitatis contra Dominum? consummationem 
ipse faciet.' Non consarget duplex tribulatio; hoc dicit Deus : afflixi 
te et non affligam te ultra. Si crudelis videtur Deus quod genus hu- 
manum diluvio delevit , Sodomam et Gomorrham igné et sulphure 
submersit, et ^Egyptios in mari , Israelitas in deserto prostravit ; scitote 
quia in praesenti ad horam punit ne in futura in aeternum puniat. 
Non jndicahit Deus bis in id ipsum; qui ergo puniti sunt, postea 
non punientur; aliter enim propheta mentitur, quod dicere nefas 
est. Receperimt ergo et qui in diluvio perierunt et Sodomitae et 
yËgyptii et Israelitae in deserto mala sua in vita sua. Quaerat aliquis, 
fidelis si in adulterio deprehenditur et decollatur, quid de eo fiet.^ 



SIC ET NON. 147 

aut punietur, et falsum est hoc ; non judicabit Deus bis in id ipsum ; 
aut non punietur, et optandum erit*âdulteris ut sic moriantur. Res- 
pondeoDeum, sicut omnium rerum, sicsuppliciorum mensuras nosse 
et non praeveniri sententiam , nec illl in peccatorem exereendse de- 
hinc pœnae auferri potestatem , et magnum peccatum magnis diuti^ 
nisque cruciatibus elui; si quis autem punitus sit, ut ille in lege 
qui Israelitam maledixit, et qui in sabbato ligna collegerat, taies 
postea non puniri, quia culpa levis prœsenti supplicio compensata 
est^ Item : Simiie est in Ezechielis libro Vï, ubi dicitur : Peper- 
cit oculus meus, ne interficerem eos atque delerem. In quo quœritur 
quomodo eis pepercit, quorum cadavera in solitudine jacuerunti 
et excepto Jesu Nave et Calepli nullus terram promissionis in- 
gressus est; ex quo intelligimus vivere eos née aeternis suppliciis 
reservatos nec deletos esse de libro viventium. Gregorius, Moralium 
lib. IX : Indica mihi car me ita judices. Duobus modis in liac vita 
judieat hominem Deus; quia aut per mala praesentia irrogare jam 
tormenta sequentia incipit , aut tormenta sequentia flagellis praesen- 
tibus extinguit; nisi enim delictis exigentibus justus judex et nunc et 
postmodum quosdam percuteret, Judas minime dixisset : Secundo eos 
qui non crediderunt perdidit; et de iniquis psalmista non diceret : 
Induantur sicut diploide confusione sua. Diploidem quidem vestimen- 
tum duplum dicimus; confusione ergo sicut diploide induti suni 
quijuxta reatus sui meritum ettemporali et perpétua animadversione 
feriuntur. Solos quippe pœna supplicio libérât quos immutat. Nam 
quos praesentia mala non corrigunt, ad sequentia perducunt ^. Idem, 
lib. XVIII, de verbis Job, loquentis de divite iniquo : Et velut turbo ra- 
piet eum de loco suo. Locus perversorum est temporalis vitœ delectatio 
et carnis voluptas. Emittet saper eum et non parcet. Peccatorem Deus 
quoties feriendo corrigit, ad hoc flagellum emittit ut parcat. Cum 
vero ejus vitam in peccato permanentem feriendo concludit, flagellum 
emittit, sed nequaquam parcit. Qui enim flagellum emisit ut parce- 
ret, ad hoc emittit quandoque ne parcat. In hac namque vita Deus 

' Cf. Hieron. opp., tom. III, pag. i564- — ^ Cf. Greg. pap. opp., tom. I, pag. 319. 

'9 



148 PETRI AB^LARDI 

tanto magis studet ut parcat, quanto magis exspectando flagellât, sicut 
ipse voce angeli ad Johannem ait : Ego quos amo, redarguo et castigo; 
et sicut alias dicitur : Qaem diligit, Deus castigat; Jlagellat omnem 
filium quem recipit. E contrario autem de flagello damnationis per Je- 
remiam Dominus dicit : Plaga inimici percnssi te, castigatione crudeli. 
Quid clamas super contritione tua? Insanabilis est dolor tuus. Omnis 
ergo divina percussio aut purgatio in nobis vitae pressentis est aut 
initium pœnœ sequentis. Propter eos qui ex flagello proficiunt, dic- 
tum est : Qui fingis dolorem in prœcepto; quia, dum flagellatur ini- 
quus et corrigitur, audire praeceptum noluit, dolorem audivit. Dolor 
ergo in prœcepto lingitur ei qui a malis operibus quasi praecepti vice 
dolore cohibetur. De his vero quos damnant flagella , non libérant, 
dicitur : Pcrcussisti eos, nec doluerunt; attrivisti eos, et noluerunt acci- 
pere disciplinam; his flagella ab hac vita inchoant et in aeterna perdu- 
rant percussione. Unde per Moysem Dominus dicit : Ignis exarsit ab 
ira mea; quantum vero ad aeternam damnationem subditur : Et ardebit 
usque ad inferos deorsum. Licet a quibusdam dici soleat illud quod 
scriptum est : Non judicat Deus bis in id ipsum; qui tamen hoc de 
iniquis dicunt non attendunt : Et duplici contritione contere eos. 
Domine; etid quod alias scriptum est : Josua, populum de terra ^gypti 
salvans, secundo eos qui non crejdiderunt perdidit. Quibus tamen si 
consensum praebemus, quamlibet culpam bis feriri non posse, hoc 
ex peccato percussis atque in peccato suo morientibus débet œsti- 
mari quia eorum percussio hic cœpta illic perficitur; ut incorrep- 
tis unum flagellum sit quod temporaliter incipit, sed in aeternis 
suppliciis consummatur, quatenus eis qui omnino corrigi renuunt, 
jam praesentium flagellorum percussio sequentium sit initium tor- 
mentorum'. Idem, dialog. lib. ///.Super Sodomitas Dominus ignem et 
sulphur pluit; quia enim amore illicito corruptibilis carnisarserant, 
simul incendio et fœtore perierunt, quatenus in pœna sua cognosce- 
rent quia aeternae morti fœtoris sui delectatione se tradidissent. 

' Ibid., pag. 571-572. 



SIC ET NON. 149 

GXLVI. 

Quod Chaïn non sit damnatus , et contra. 

GXLVII. 

Quod ea quae condonat Deus ulterius non exigat , et contra. 

CXLVIII. 

Quod gravius sit aperte peccare, et contra ^ 

CXLIX. 

Quod adulterium post haeresim caeteris peccatis gravius sit, et contra. 

CL. 

Quod sine confessione non dimittantur peccata, et contra. 

Augastinus, lib. ï de pœnitentia : Non potest quisquam justificari 
a peccato nisi fuerit ante peccatum confessus. Unde Dominus ait : 
Die iniquitates tuas ut justifie eris. Hilarius, in psalmum CXXXIV : Extra 
veniam est qui peccatum cognoscit, nec cognitum confitetur. Con- 
fitendum autem semper est, non quod peccandum semper est ut sit 
semper confitendum, sed quia peccati veteris et antiqui ^tilis sit in- 
defessa confessio^. Eix; deeretis Calixti papœ : Si infirmi in peccatis sint, 
et hoc presbyteris ecclesiœ confessi sint , ac perfecto corde ea relin- 
quere atque emendare sat arguerint, dimittuntur eis; neque enim 
sine confessione em^ndationis queunt dimîtti. Unde recte subjungi- 
tur : Gonfitemini alterutrum peccata vestra, etc. Gregorius Eusebio ab- 

' Haec quaestio longe antecedit in Cod. Turon. — ' Locus Hilarii deest in Turon. 



150 PETRI AB^LAftDJ 

bâti : Nullum quem conspicis delicta fletu delere, in conspectu divi- 
nitatis dubites misericordiam consequi, quia nullum peccantem rever- 
sum despicit qui peccatores sanguine suo redimere venit^ Beda, in 
homelia de A leprosis : Si quis vel judaica perfidia vei haeretica pravitate 
vel gentili superstitione vel fraterno schismate per Dei gratiam ca- 
ruerit, necesse est adecclesiam veniat, coloremque fidei verum quem 
recipit , ostendat. Caetera vero peccata per se Deus in conscientia re- 
laxât^. Johannes Chrysostomus, de psalmo L : Peccata tua dicito, ut de- 
leas illa. Si confunderisalicuidicere, dicito Deo, qui curât ea; sifleve- 
ris, delentur. Maximus, in sermone II feriœ paschœ : Petrus prorupit ad 
lacrymas; nihil voce precatur. Invenio quodfleverit, non invenioquid 
dixerit. Lacrymas ejus lego, satisfactionem non lego. Quod defleri 
solet , non soiet excusari , et quod defendi non potest, ablui potest. 
Lavant enim lacrymae delictum quod voce pudor est confiteri ; lacry- 
mae vero verecundiae consulunt et saluti ; veniam postulant , et me- 
rentur ; causam non dicunt , et misericordiam consequuntur. Sermo 
interdum non totum profert negotium; lacrymae sempertotum pro- 
dunt affectum ; et ideo Petrus jam non utitur sermone, quo fefellerat, 
quo peccaverat, quo fidem amiserat, ne per id et non credatur ad con- 
fitendum quo usus fuerat ad negandum. Invenio et aliud : cur tacue- 
rit Petrus, ne tam cito veniae postulatio per impudentiam plus offen- 
deret quam impetraret. Solet enim citius mereri indulgentiam , qui 
verecundiùs deprecatur. Ambrosins, super Lacam : Non enim sat est in 
voluntate responsio confitentis Jesum, sed aperta confessio. Quid 
proderit verba involvere, si videri vis denegasse ? Et ideo Petrus non 
de industria respondisse sic inducitur, quia postea recordatus est et 
tamen flevi*. Maluit enim ipse suum peccatum accusare , ut justifica- 
retur fatendo , quam gravaretur negando. Justus enim in primordio 
accusator est sui. Doluit etflevit, quia erravitut homo. Non invenio 
quid dixerit, invenio quod fleverit *. Lacrymae ejus veniam non pos- 

' Locus hic in edit. Epist. Eusebio Abbati non repeiilur. Cf. Greg. pap. opp., tom. II, 
pag. 599. — *Cf.Venerab. Bedœ opp., tom. VII, pp. 98, A2 seqq. — 'Turon. addit: Lacry- 
mas ergo lego, satisfactionem non lego. Lavant lacrj'mœ delictum qaod voce pudor est confiteri. 



SIC ET NON. 151 

tulant, et merentur. Invenio cur tacuerit Petrus, ne tam cito veniœ 
petitio plus offenderet. Ante flendum est; sic precandiim ; negavit 
primo Petrus et non flevit, quia non respexerat Dominus. Respice 
Domine Jesu, ut sciamus deflere peccatuni. 

CLI. 

Quod timor Dei in sanctis perseveret, et non ^ 

Ex psalmo XXXIII : T'imete Dominum, omnes sancti ejus, quo- 
niam, etc. Ex proverbiis : Beatus homo qui semper est pavidus; qui 
vero mentis est durae, corruet in malura. Ecclesiastes, cap. I : Timor 
Dei expellitpeccatum. Namqui sine timoré est, non potestjustificari. 
Veritas persemet ipsam : Nolite timere eos qui occidunt corpus, animae 
vero non habent quid faciant; sedtimete eum qui potêst et corpus et 
animam perdere in gehennam. Ex epistola Pauli ad Romanos : Filii 
Dei sunt. Non enim accepistis spiritum servitutis , iterum in timoré ; 
sed accepistis spiritum adoptionis filiorum , in quo clamamus : ALba, 
pater. Ex epistola prima Johannis : Deus caritas est, et qui manet in 
eo , etc. In hoc perfecta est caritas nobiscum ut fiduciam habeamus 
in die judicii , quia sicut ille est et nos sumus in hoc mundo. Timor 
est in caritate , sed perfecta caritas foras mittit timorem , quoniam 
timor pœnam habet. Qui autem timet, non est perfectus in cari- 
tate. 

CLII. 

Quod sit pro omnibus orandum , et contra. 

Paulus apostohs, in epistola I ^ ad Timotheum : Obsecro igitur 
omnium primum fieri obsecrationes , orationes, postulationes, gra- 
tiarum actiones pro omnibus hominibus, pro regibus, et omnibus 

et veniœ Jletus consulunt et verecundiœ. Lacrymœ sine horrore calpam loquuntur, sine offensione 
verecundiœ. Lacrymœ ejus, etc. — ' Haec quaestio deest in Turon. — ^ Cap. ii, v. i. 



152 PETRI AB^LARDI 

qui in sublimitate sunt constituti , ut quietam et tranquillam vitam 
agamus in omni pietate et castitate. Hoc enim bonum est, et accep- 
tum coram salvatore nostro Deo ,*qui omnes hoiitiines vult salvos fieri 
et ad agnitiçnem veritatis venire. Ambrosius, de pœnitentia, lib.I :Sed 
dicent : scriptum est : Si peccaverithomo inhominem, orabit pro eo; si 
autem in Deum peccaverit, quis orabit pro eo? Non scriptum est 
nullus, sed quis. Et alibi : Quis sapiens et intelliget hoc? Numquid 
nullus intelliget? Et quis fidelis dispensator etprudens quem consti- 
tuit Dominus, etc. Similiter accipiendum : quis orabit pro eo? hoc 
est, singularis vitae aliquis débet orare pro eo qui peccavit in Domi- 
num. Quo major culpa, eo majora quœrenda sunt suffragia. Item : Est 
peccatum ad mortem, non de illo dico ut quis oret. Non ad Moysen) 
et Jeremiam loquebatur, sed ad populum qui suorum peccatorum 
alium peccatorem débet exhibere , cui satis est si pro levioribus de- 
lictis Deum ^recetur, graviorum veniam justorum orationibus re- 
servandam putet. Item : Nonne ipse Johannes cognoverat Stephanum 
pro persecutoribus suis, qui Christi nomen audire non poterant, 
deprecatum , cujus precationis efFectum ^ in Apostolo videmus qui 
lapidantium vestimenta servabat. Item : Denique Paulus docet , non 
deserendos eos qui peccatum ad mortem fecerint. Beda, super episto- 
lam Johannis : Qui sait fratrem suum peccare peccatum non ad mortem, 
petat et dabitur ei vita. Loquitur autem de quotidianis levibusque 
peccatis , quae sicut difficile vitantur , sic etiam facile curantur. Sed 
quo ordine hœc alterutrum petitio sit celebranda pro peccatis , Jaco- 
bus insinuât apertius dicens : Confitemini alterutrum , etc. Si igitur 
dictu vel cogitatu vel oblivione vel ignorantia forte deliquisti, vade 
ad fratrem, confitere illi, et tu ejus errata pie intercedendo dilue. 
Porro si gravius quid admisisti , indue presbyteros ecclesiae et ad exa- 
men illorum castiga te. Est peccatum ad mortem, non pro illo dico ut quis 

' Hic post effectum, ad cailcem paginas, in Cod. Turon. liber Abaelardi desinit ex abrupto, 
et sequeus pagina habet excerpta e Beda venerabili non brevia ; quibus addita sunt illa 
Augustini retractatiouum excerpta quae noster, sub finem prologi, operi suo adjunxisse et 
ipse sibi ad usum et cautelam confecisse profiletur. Cf. pag. 17. 



SIC ET NON. 155 

roget. Ostendit nobis Johannes esse quosdam fratres pro quibus non 
orare nobis praecipitur, cum Dominus etiam pro persecutoribus orare 
nos jubeat; quod aliter solvi non potest nisi fateamur esse aliqua 
peccata in fratribus quœ inimicorum persecutione graviora sunt. Pec- 
catum fratris ad mortem est, cum post agnitionem Dei , quœ per 
gratiam Christi data est, quisquam oppugnat fraternitatem , et ad- 
versus ipsam gratiam , qua reconciliatus est Deo , invidentise facibus 
agitatur; peccatum autem non ad mortem est, si quis amorem a fratre 
non alienaverit, sed officia fraternitati débita per aliquam infirmita- 
tem non exhibuerit. Quapropter et Dominus ait : Pater, ignosce illis, 
quia nesciunt quid faciant ; nondum gratiae sancti spiritus participes 
facti, quod nondum Ghristo crediderunt, neque adversus illam com- 
munem gratiam dimicabant. Potest autem peccatum usque ad mortem 
accipi, pro quo rogare quempiam vetat , quia scilicet peccatum, quod in 
hac vita non corrigitur , ejus venia frustra post mortem postulatur. Sci- 
mus quia omnis qui natus est ex Deo non peccat. Sunt peccata ad mor- 
tem de qualibus dicit Apostolus : quoniam qui talia agunt, regnum Dei 
non consequentur. Qui natus est ex Deo non peccat peccatum, videlicet 
ad mortem ; quod de omni crimine capitali , et de ilio specialiter po- 
test intelligi , quo violatur caritas , sicut exposuimus ; sed et peccatum 
ad mortem usque ad tempora mortis pertractum diximus posse intel- 

ligi'. 

CLIII. 

Quod nuila de causa mentiri liceat , et contra. 

Augustinus, de mendacio : Sextum genus mendacii , quod nuUi ob- 
est et alicui prodest; velut si quispiam, pecuniam alicujus injuste tol- 
lendam sciens, ubi sit nescire se mentiatur. Septimum, quod et nulli 
obest et prodest alicui ; velut si , nolens hominem ad mortem quae- 
situm pcodere, mentiatur. Item : Non est mentiendum sexto génère ; 

* Beda, tom. V, pag. io43. 

SIC ET NON. 20 



154 PETRI ABiELARDI 

nequeenim recte etiam testimonii veritas pro cujiisquam temporal! 
commodo ac salute corrumpitur; ad sempiternam vero salutem nul- 
lus ducendus «st , opitulante mendacio. Neque septimo génère men- 
tiendum est ; non enim cujusdam commoditas aut salus temporalis 
fidei praeferenda est, nec quisquam in recte factis nostris tam maie 
movetur, ut liât etiam animo deterior longeque a pietate remotior. 
Idem, in quintnm psalmum : Ne quis arbitretur perfectum et spiritaleni 
hominem pro ista temporali vita, in cujus morte occiditur anima, 
sive sua causa sive alterius, debere mentiri; sed, quoniam aliud est 
mentir! , aliud est verum oçcultare, si quidem aliud est falsum dicere, 
aliud est verum tacere ; si quis forte vel ad dictam mortem visibilem 
non vult hominem prodere, paratus esse débet verum oçcultare, 
non falsum dicere y ut neque prpdat neque mentiatur, nec occidat 
animam suam pro corpore alterius. Item : Duo sunt gênera menda- 
ciorum in quibus non magna culpa est, sed tamen non sunt sine culpa. 
Cum autem jocamur aut pro proximo mentimur, illud primum in jo- 
cando non est perniciosum quod non fallit; novit enim ille cui dici- 
tur, joci causa esse dictum; secundum autem ideo mitius est quia 
retinet nonnuUam benevolentiam. lUud vero quod non habet du- 
plex cor, nec mendacium quidem dicendum est; tamquam, verb! 
gratia, si cui gladius commendetur, et promittit se reddituruni; cum 
ille qui commendavit poposcerit ; si forte gladium suum poposcerit 
furens, manifestum est non esse reddendum, ne vel se occidat vel 
alios, donec sanitas ei restituatur. Homo ideo non habet duplex 
cor, quia ille cui commendatus est gladius, cum promittebat se reddi- 
turum poscenti , non cogitabat furentem posse repetere. Manifestum 
est non esse culpandum aliquando verum tacere, falsum autem dicere 
noninvenitur concessum sanctis \ /«ic/oruy: Nonnunquam est pejus 
mendacium meditari quam loqui. Nam interdum quisque incautns 
s«let ex praecipitatione loqui mendacium ; meditari autem non potest 
nisi per studium ^. Item : Quia scriptum est : Os quod mentitur occidii 

' Cf. Aiigusl., tom. IV, pag. 18. — ' Cf. Isid. Hispal. opp., Sentent. 11, n. 6, tom. 11, 
pag. 66. "'* 



SIC ET NON. 155 

ammam, el perdet omnes qui loquuntar mendacium. Hoc qiioque mcnda- 
cii genus perfecti viri summopere fugiunt, ut nec vlta cujuslibet pcr 
eorum fallaciam defendatur, nec suae animœ noceant diim prœstaro 
salutem alienae carni nltuntur, quamquam hoc ipsum peccati genus 
facillime credimus rclaxari. Augustinus, quœsi. in gencsim, cap. CALV: 
Quod ait fratribus Joseph : Nesciebatis quia non est augurio homo qualis 
ego; quid sibi veht, quaeri solet. An quia non serio sed joco dictuni 
est, ut exitus docuit, non est habcndum mendacium P Mendacia enim 
a mendacibus serio aguntur, non joco ; cum autem quœ non simt, 
tamquam joco dicuntur, non deputantur mendacia ^ Hilarius, in psal- 
mum AIV: Est enim necessarium plerumque mendacium ; et nonnun- 
quam falsitas utilis est, cum aut percussori de latente mentimur, aul 
testimonium pro périclitante frustramus, aut fallimus difficultate cu- 
rationis aegrotum. Oportet enim, secundum Apostoli doctrinam , 
sermonem nostrum sale esse conditum. 

CLIV. 

Quod liceat homini inferre sibi manus aliquibus de causis, el conlra. 

Hieronymas, in Jonam prophetam : Tollite me et mittite in marc, et 
cessabit mare a vobis. Non enim est nostrum mortem arripere, sed 
illatam libenter accipere. Unde et in persecutionibus non licet propria 
manu perire, absque ubi castitas periclitatur. Ecctcsiastica historia, 
lib. VI, cap. XXXIV : Sed et admirandam virginem longaevae aetatis , 
ApoUinam nomine, cum corripuissent, dentés ci primo effodiunt; 
congestis deinde lignis exstruxerunt rogum, comminantes se vivam 
*^am incensuros nisi cum ipsis impia verba proferret. At illa, ut ro- 
gum vidit succensum, repente se e manibus eripuit impiorum atque 
in ignem sponte prosilivit, ita ut perterrerentur ipsi crudelitatis auc- 
tores , quia promptior inventa est ad mortem fœmina quam per- 
secutor ad pœnam. Augustinus, de civitate Dei, lib. I : Restât de ho- 
' Cf. August. opp., lom. m, pag. ,^i3. Gènes. Mi, i5. 



156 PETRI ABy^LARDl 

mine intelligamus quod dictum est : non occides ; neque alterum , 
ergo neque te^ Neque enim qui se occidit, aliud quam hominem occi- 
dit. Item : Non occides , his exceptis quos Deus jubet occidi , sive 
data lege pro tempore ad personam expressa jussione. Non autem 
ipse occidit qui ministerium débet jubenti, sicut adminiculum gla- 
dius utenti. Item : Quœritur utrum pro jussu Dei sit habendum 
quod Jephte fdiam , quae occurrit ei , occidit , cum se id vovisset im 
molaturum Deo quod ei revertenti de praelio victori primitus occur- 
risset. Nec Samson aliter excusatur quod se ipsum cum hostibus 
ruina domus oppressit, nisi quod latenter spiritus hoc jusserat qui 
per illum miracula faciebat. Item : Quicunque hoc in se ipsis per- 
petraverunt, animi magnitudine fortassis mirandi, non sapientiœ 
sanitate laudandi sunt, quamquam, si rationem diligentius consulas, 
nec ipsa quidem animi magnitudo recte nominabitur, ubi quisque, 
non valendo tolerare vel quaeque aspera vel aliéna peccata, se ipse 
interemerit. Magis enim mens infirma deprehenditur, quœ ferre non 
potest vel duram sui corporis severitatem vel stultam vulgi opinio- 
nem. Item : Si magno animo heri putandum est, cum sibi homo 
ingerit mortem, ille potius Theobrotus^ in bac magnitudine repe- 
ritur, qui fertur, lecto Platonis libro ubi de immcrtalitate animœ 
disputatum est , se praecipitem dédisse de muro atque ita de bac vita 
migrasse ad eam quam credidit esse meliorem. Quod tamen magne 
potius esse factum quam bene testis esse potuit Plato ipse quem le- 
gerat, qui profecto id praecipue potissimumque fecisset vel etiam 
praecepisset , nisi , ea mente qua immortalitatem animœ vidit , ne- 
quaquam faciendum , quinetiam prohibendum esse judicasset. Item : 
Sed tamen illi, prseter Lucretiam, non facile reperlunt de cujus 
auctoritate praescribant , nisi illum Gatonem qui se Uticae occidit, 
non quia solus id fecit, sed quia vir doctus et probus habebatur. 
Item : Si turpe erat sub victoria Gaesaris vivere , cur auctor hujus 
turpitudinis filio fuit, quem de Gaesaris benignitate omnia sperare 

'Cf. August. opp., tom. VII, pag. 20-25. — ^ Sic Cod. Leg. Cïeombrotus. Cf. Platon. 
Phsedon. vers, gaîlic, tom. T, pag. 189; Cicer. Tnscul. 1. 



SIC ET NON. 157 

praecepit? Cur non et illum secum coegit ad mortem? Item : Restât 
una causa de qua dicere cœperam , quia utile putatur ut se quisque 
interficiat, id est, ne in peccatum irruat, vel blandiente voluptate 
vel dolore saeviente. Quam causam si voluerimus admittere, eousque 
progressa perveniet ut hortandi sint homines tune se potius interi- 
mere , cum lavacro regenerationis abluti universorum remissionem 
acceperunt peccatorum. Tune enim tempus cavendi omnia futura 
peccata, cum sunt omnia deleta praeterita. Item : O mentes amentes! 
quis est hic tantus non error sed furor ? Sed quaedam , inquiunt , 
sanctae fœminae, tempore persecutionis, ut insectatores suae pudicitiae 
devitarent, in rapturum atque necaturum se fluvium projecerunt, 
earumque martyria in catholica ecclesia veneratione celeberrima 
frequentanjur. De his nil temere audeo judicare; utrum enim eccle- 
siae aliq^ibus fide dignis testificationibus ut earum memoriam sic 
honoret, divina persuaserit auctoritas nescio; et fieri potest ut ita 
sit. Quid enim si hoc fecerunt non humanitus deceptae, sed divinitus 
missœ, nec errantes sed obedientes? De Samson aliud nobis fas non 
est credere; cum autem Deus jubet seque jubere sine uUis ambagi- 
bus intimât, quis obedientiam in crimen vocet ? quis obsequium 
pietatis accuset? Nam et miles, cum obediens potestati sub qua légi- 
time constitutus est hominem occidit, nuUa civitatis suœ lege reus 
est homicidii ; imo, nisi fecerit, reus imperii deserti atque contempti 
est. Quod si ita est jubente imperatore, quanto magis jubente creatore ! 
Idem, ad Lœtam : Sicut autem hoc praeceptum quo perdere jubemur 
animam nostram, non ad id valet ut se quisque interimat, quod 
inexpiabile nefas est, tamen valet ut interimat in se carnalem animae 
afFectum. Macrobius, lib. /, de somnio §pipionis : Queeso , inquam, pa- 
ter sanctissime atque optime, quoniam hœc est vita, ut Africanum 
audio dicere, quid moror in terris i^ Quin hue ad vos venire pro- 
pero ? Non est ita , inquit ille ; nisi enim cum Deus istis te corporis 
custodiis liberavit, hue tibi aditus patere non potest; quare et 
tibi , Publi , et piis omnibus retinendus animus est in custodia 
corporis, nec injussu ejus a quo ille est vobis datus, ex hominum 



158 PETRI AByELARDJ 

vita migrandum est, ne munus assignatum a Deo ipsi fugisse videa- 
mini. Haec secta et praeceptio Platonis est, qui in Phaedone définit 
homini non esse sua sponte moriendum; sed in eodem tamen dia- 
Ipgo idem dicit mortem philosophantibus appetendam et ipsam phi- 
losophiam meditationem esse moriendi. Sed Plato duas esse mortes 
hominum novit;.nec hoc nunc repeto, quod superius dictum est, 
duas esse mortes ; unam animae , animalis alteram ; sed ipsius quo- 
queanimalis, hoc est hominis, duas asserit mortes, quarum unam 
natura, virtutes alterâm praestant. Homo enim moritur, cum anima 
corpus reliquit solum lege naturse ; mori etiam dicitur cum anima 
adhuc in corpore constituta corporeas illecebras philosophia do- 
cente contemnit, et cupiditatum dulces insidias reliquasque omnes 
exuit passiones. Hanc ergo mortem dicit Plato sapientibus appe- 
tendam ; illam vero quam omnibus natura constituit , cogi vel in- 
ferri vel accersiri v^tat, docens exspectandam esse naturam. Hoc quo- 
que addidit nos esse in dominio Dei , cujus tutela et providentia 
gubernamur ; nihil autem esse invito Domino , de his quse possidet , 
ex eo loco in quo suum constituerat auferendum; et sicut qui vitam 
naancipio extorquet alieno, crimine non carebit, ita eum qui finem 
sibi, Domino necdum jubente, quœsierit, non absolutionem con- 
sequi sed reatum. Haec platonicae sectae semina altius Plotinus exse- 
quitur. Cum constet, inquit, remunerationem animis esse illic tri- 
buendam pro modo perfectionis ad quam in hac vita unaquaeque 
pervenit, non est praecipitandus vitae finis cui adhuc proficiendi 
esse possit accessio. Ergo, inquies, qui perfecte purgatus est, ma- 
num sibi débet inferre, cum non sit ei causa remanendi, quia profec- 
tum ulterius non requirit q^ ad superna pervenit. Sed hoc ipso 
quo sibi celerem finem spe fri^ndae beatitudinis arcessit, irretitur 
laqueo passlonis, quia spes sicut timor passio est; et hoc est quod 
Paulus filium spe vitae verioris ad se venire properantem prohibet ac 
repellit; nisi enim cum Dominus inquit istis....^ nec dicit quod nisi 

' * Locus turbatus. Edit. : ne festinatum absolutionis ascensionisque desiderium magis eum 
hac ipsa passione vinciat ac retardet, nec d. 



SIC ET NON. 159 

mors naturalis advenerit, emori non poteris, sed hue venire non 
poteris. Pari autem constantia nec veniens per naturam timenda 
est, nec contra ordinem cogenda naturae. 

GLV. 

Quod nulla de causa liceat Christianis hominem occidere , et contra. 

Augustinus, ad Macedoniam : Non enim bonus est quispiam timoré 
pœnae, sed amore justitiae; verumtamen non inutiliter etiam metu 
legum humana coercetur audacia , et ut tuta sit inter improbos in- 
nocentia, et in ipsis improbis, dum formidato supplicio fraenatur facul- 
tas, invocato Deo sanetur voluntas. Sed huic ordinationi rerum hu- 
manarum contrariée non sunt intercessiones episcoporum, imo vero 
nec causa nec locus intercedendi ullus esset, si ista non essent. Tanto 
enim sunt intercedentium et parcentium bénéficia gratiora, quanto 
peccantium justiora supplicia. Nec ob aliud, quantum sapio, in veteri 
testamento saevior legis vindicta fervebat, nisi ut ostenderetur recte 
iniquis pœnas constitutas, ut, cum eis parcere novi testamenti indul- 
gentia commonemur, aut remedium sit salutis quo peccatis parcatur 
et nostris, aut commendatio magnitudinis, ut per éos qui parcunt, 
Veritas praedicata non tantum timeatur, verum etiam diligatur. Item: 
Et ideo non usque ad mortem protendenda est disciplina, ut sit cui 
prodesse possit. Item : Cum intercedimus pro peccatore damnando , 
sequitur aliquando quod nolumus, sive in ipso qui nostra interces- 
sione liberatur, ut vel immanius impunita grassetur audacia, sub- 
dita cupiditati , ingrata lenitati , atque unus morti ereptus vel pluri- 
mos necet, vel, ipso per beneficium nostrum in melius commutato, 
moribus correpto, alius maie vivendo pereat, sibique bac impunltate 
proposita, talia vel graviora committat. Non, ut opinor, haec mala im- 
putanda sunt nobis cum intercedimus pro vobis, sed potiusâlla bona 
quae, cum "id facimus, intuemur et volumus, id est, commendatio 
mansuetudinis ad conciliandam dilectionem verbo veritatis, et ut 



160 PETRI AB^LARDJ 

qui liberentur a temporal! morte, sic vivant ne in aeternam, unde 
nunquam liberentur, incurrant. Item : Nihil nocendi cupidltate fiat , 
sed consulendi caritate ; et nihil fiât immaniter, nihil inhumanitcr. 
Ita formidabitur ultio cognitoris ut nec intercessoris religio con- 
temnatur, quia et plectendo et ignoscendo hoc solum bene agitur 
ut vita hominum corrigatur. Quod si tanta est perversitas et impie- 
tas, ut ei corrigendae nec disciplina possit prodesse nec venia, a 
bonis tamen intentione atque conscientia , quam Deus cernit, sive 
severitate sive lenitate non nisi officium dilectionis impletur^ Idem, 
ad Bonifaciam : Itaque hostem pugnantem nécessitas périmât, non 
voluntas. Sicut rebellanti etresistenti violentia redditur , ita victo vel 
capto misericordia jam debetur. Idem, de quœstionibus nov. et vet. testa- 
menti, cap. IX: Quare ergo sententia data est ut qui accipit gladium 
gladiopereat, nisi quod nulli licet , exceptojudice, quemquam gladio 
occidere ? Apostolo autem Petro usque ad hoc permissum est ut do- 
lorem faceret, non quod occideret. Oh hoc enim audiens, ne iterum 
percuteret, didicit prœterea quod Ghristianis jam factis occidere non 
licet. In misericordia enim positis lege juris mundo crediti uti non 
licet aspere ^. 

CLVI. 

Quod liceat hominem occidere, et non. 

Hieronymus, saper Isaiam, lib. F: Non crudelis est qui crudelem ju- 
gulât. Idem, in epistolam ad Galatas.Qui malos percutitin eo quod mali 
sunt, et habet causam interfectionis ut occidat pessimos, minister est 
Domini. Idem, super Jeremiam.-Homicidas enim et sacrilegos etvenena- 
rios punire non est effusio sanguinis, sed legum ministerium. Cy^ 
prianus, in nono génère abusionis : Rex débet furta cohibere , adulteria 
punire, impios de terra perdere, parricidas et perjurantes non sinere 
vivere. Augustinus : Etsi homicidium est hominem occidere , potest 
occidi aliquando sine peccato. Nam et miles hostem et judex vel mi- 
I Cf. August. opp., tom. II , pag. 53o-53 1 . — ' Ibid., tom. III , part. I, Append., p. i oo. 



SIC ET NON. 161 

nister ejus nocentem\ et cui forte invito atque imprudenti telum manu 
fugit, non mihi videntur peccare, tantum hominem occidere. Item: 
Militi jubetur lege ut hostem necet, a qua cœde si temperaverit, ab 
imperatore pœnas luit. Nonne istas leges injustas vel potius nuUas di- 
cere audebimus? Nain mihi lex esse non videtur, quœ justa non fuerit. 
Idem, in exodo, cap. ZZF//: Israelitae furtum non fecerunt spoliando 
^gyptios, sed Deo jubenti ministerium praebuerunt, quemadmodum 
cum ministerjudicis occiditeum quem lex jussit occidi, profecto, si id 
sponte faciat, homicida est, etiamsi eum quem occidit scit occidi a 
judice debuisse. Idem, in levitico, cap. LXXV: Cum homo juste occi- 
ditur, lex eum occidit, non tu. Idem, lih.^I de civitate Dei: Non occi- 
des, bis exceptis quos Deus occidi jubet, sive data lege pro tempore 
ad personam expressa jussione. Non autem ipse occidit qui ministe- 
rium débet jubenti, sicut adminiculum gladius utenti. Item: Miles 
cum obediens potestati sub qua légitime constitutus est, hominem 
occident, nuUa civitatis lege reus est homicidii ; imo, nisi fecerit, reus 
imperii deserti atque contempti est. Quod si sua sponte atque aucto- 
ritate fecisset , crimen effusi sanguinis humani incidisset. Itaque unde 
punitur si fecit injussus , inde punietur nisi fecerit jussus. Idem, ad 
Publicolam : De occidendis hominibus ne ab eis quisque occidatur 
non mihi placet consilium, nisi forte sit miles aut publica functione, 
ut non pro se hoc faciat sed pro aliis et pro civitate , accepta légitima 
potestate, siejuscongrueritpersonae. /fem.-Dictum estinerasistamus 
malo, ne nos vindicta delectet quae alieno malo animum pascit, non 
ut correptionem hominum negligamus. Idem, adMarcellam : Si terrena 
ista respublica praecepta christiana custodiat , et ipsa bella sine bene- 
volentia non gerentur; misericorditer enim, etiam si fieri potest, bella 
gerentur a bonis, ut licentiosis cupiditatibus domitis haec vitia perde- 
rentur, quœ justo imperio vel extirpari vel puniri debuerunt. Nam si 
disciplina christiana omnia bella culparet , hoc potius militibus con- 
silium salutis petentibus in evangelio daretur, ut abjicerent arma se- 
que militiae omnino subtraherent. Dictum est autem eis : neminem 
Portasse excidit -.ferientes aut cumferiunt. 

SIC ET NON. 2 1 



162 PETRI ABiELARDI 

concusseritis ; nuili calumnias feceritis; sufficiat vobis stipendium 
vestrum. Quibus proprium stipendium sufficere debere prœcepit, mi- 
litare utique non prohibuit. Idem, ad Bonifacium comitem ."Utile tibi 
tuisque dabo consilium : arripe manibus arma ; oratio aures pulset 
auctoris, quia, quando pugnatur, Deus apertis cœlis spectat, etpartem 
quam inspicit justam, ibi dat palmam. Idem : Sive Deo sive aliquo 
iegitimo imperio jubente , gerenda bella suscipiuntur a nobis. Alio- 
quin Johannes, cum ad eum baptizandi milites venirent dicentes: et 
nos quid faciemus? responderet eis : arma abjicite, militiam istam 
deserite; neminem percutite; prosterniteneminem. Sed quia sci ébat 
eos haec militando facere, non esse homicidas sed ministros legis, et 
non ultores injuriarum suarum sed salutis publicœ defensores , res- 
pondit eis : neminem concusseritis, etc. Isidorus, Etymologiaram lib. 
XVIII, cap. III: Justum bellum est quod ex prœdicto geritur de rébus 
repetendis aut propulsandorum hostium causai Nicolaus papa, ad con- 
sulta Bulgaroram : Si nuUa urget nécessitas , non solum quadragesi- 
mali , sed omni tempore est a praeliis abstinendum. Si autem inevita- 
bilis urget opportunitas , nec quadragesimali est tempore, pro defen- 
sione tam sua quam patriae seu legum paternarum , bellorum procul 
dubio praeparationi parcendum , ne videlicet dictum videatur : homo 
tentare si habet quod faciat, et suae et aliorum saluti consulere non 
procurât, et sanctae religionis detrimenta non prœcavet. 
• 

CLVII. 

Quod pœna parvulorum non baptizatorum mitissima respectu cœterarum 
pœnarum damnatorum sit, et contra. 

Aagustinus, in Enchiridio : Mitissima sane omnium pœna erit, qui prae- 
ter peccatum quod originale traxerunt, nullum insuper addiderunt. 
Johannes Chrysostomus , de reparatione lapsi : Excludi a bonis quae prœ- 
parata sunt sanctis , tantum générât cruciatum et dolorem , ut etiam , 

' Cf. Isidor. Hisp. opp., tom. I, pag. 461. 



SIC ET NON. 163 

si nulla extrinsecus pœna torqueret, hœc sola sufficeret. Omnes 
ergo gehennae superat cruciatus , carere bonis quibus in potestate 
habueras frui Item : Nonnulli imperitorum putant sibi satis esse , si 
gehenna tantummodo careant. Ego autem multo graviores quam 
gehennarum dico esse cruciatus, removeri et abjici ab illa gloria; nec 
puto ita acerba esse gehennae supplicia ut sunt illa quibus torquetur 
is, quum arceri contigit a conspectibus Christi. Hoc crede mihi 
pœnis omnibus gravius esse , hoc et solum quod superat etiam ge- 
hennam. Ambrosius, de pœnitentia , lib. H : Nihil autem est quod tam 
summi doloris sit quam si unusquisque positus sub captivitate 
peccati recordetur unde lapsus sit atque unde cecidit , eo quod cor- 
porea atque terrena ab illa speciosa ac pulchra divinae cogitationis 
intentione defluxerit '. 

' Hic Ckîdicis Abrincensis finis est qui videtur et ipse finis operis légitimas. Absunt m 
Cod. Abrinc. excerpta Bedœ Venerabilis ; absunt ipsa Augustini Retractation um excerpta 
quae Codex Turonensis habet et prologus in utroque promiserat. Cf. pag. 17 etpag. i5o. 
Ista vero nos e Cod. Turonensi Bedae et Augustini excerpta ad lucem promere et publici 
juris facere minus utile duximus , quippe quae ampliora et suo disposita ordine in editis 
occurrunt, ad manum unicuique obvia. 



21. 



INDEX QU^STIONUM 

QUAS CONTINET 

SIC ET NON. 



Prologus s 3 

I. Quod fides humanis rationibus sit adstruenda , et contra 17 

II. Quod fides sit de non apparentibus tamen , et contra 22 

UI. Quod sit credendum in Deum solum, et contra 2 5 

IV. Quod agnitio non sit de non apparentibus , sed fides tamen , et contra . 2 7 

V. Quod non sit Deus singularis, et contra 28 

VI. Quod sit Deus tripartitus , ft contra 2g 

Vn. Quod in trinitate non sunt dicendi plures aeterni , et contra 3o 

VIII. Quod non sit multitudo rerum in trinitate , et quod non sit trinitas ali- 

quod totum , et contra ib. 

IX. Quod non sit substantia, et contra 37 

X. Quod Deus inter omnia connumerandus sit, hoc est, unum aliquid ex 

omnibus , et contra 89 

XI. Quod divinae personae ab invicem differunt, et contra 4o 

XII. Quod in trinitate alter sit cum altero , et contra 4 1 

XIII. Quod Deus pater sit causa filii, et contra ib. 

XIV. Quod sit filius sine principio, et contra 42 

XV. Quod Deus non genuit se , vel quod etiam secundum divinitatem filius 

faclus sive creatus dicatur, vel quod principatu quodam sine auctori- 

tate procédât patris , et contra 44 

XVI. Quod filius dicatur a paire gigni, non tamen genitus, et contra 49 

XVII. Quod solus pater dicatur ingenilus, et non , . . 5o 

XVIII. Quod aeterna generatio filii narrari vel sciri vel intelligi possit, et non . 52 

XIX. Quod de aeterna generatione filii illud sit accipiendum : ego hoclie genui te. 55 

XX. Quod primus psalmus de Christo sit accipiendus 58 

XXI. Quod illud : eructavit cor meum , de generatione filii sit accipiendum . . ih. 

XXII. Quod solus filius ex substantia patris non sit , et contra 59 

XXIII. Quod spiritas domini ferebatar super aquas inlelligendum sit de spirilu 

sanclo iù. 



166 • INDEX QU^STIONUM. 

p.g. 

XXIV. Quod spiritus sanclus pater quoque et fdius dici possil, et non 61 

XXV. Quod philosophi quoque trinitatem seu verbum Dei crediderint , et 

non 63 

XXVI. Quod de prœscientia judicet Deus, et non 65 

XXVII. Quod providentia Dei causa sit eventuum rerum , et non ib. 

XXVIII. Quod nihil fiât casu , et contra 66 

XXIX. Quod praedestinatio Dei in bono tantum sit accipienda, et contra. ... 67 

XXX. Quod peccata etiam placeant Deo , et non 69 

XXXI. Quod Deus quoque malorum causa vel auctor sit, et non ih. 

XXXn. Quod omnia possit Deus , et non -jA 

XXXIII. Quod Deo resisti non possit , et contra ^5 

XXXIV. Quod Deus non habeat liberum arbitrium , et contra 16. 

XXXV. Quod ubi deest velle Dei , desit et posse , et contra 7 7 

XXXVI. Quod quicquid vult Deus faciat, et non 70 

XXXVII. Quod nihil fiât Deo nolente , et contra 80 

XXXVIII. Quod omnia sciât Deus , et non 81 

XXXIX. Quod opéra hominum nihil sint , et contra , , . 82 

XL. Quod Deus quoque loco moveatur vel locatus sit, et non 83 

XLI. Quod Deus ipse sit qui antiquis paijdbus apparebat , et non ib. 

XLII. Quod solus fihus in angelis olim apparebat , et non ib. 

XLIII. Quod nuUus creatus spiritus loco moveatur, et contra ib. 

XLIV. Quod solus Deus sit incorporeus, et non ib. 

XLV. Quod Deus per corporales imagines non sit repraesentandus , et contra . ib. 

XLVI. Quod angeli ante cœlum et terram vel caeteras omnes creaturas facti sint, 

et quare omnes angeli aequales et beati creati sint , et non ib. 

XLVII. Quod ante creationem hominis angélus ceciderit, et contra ib. 

XLVIII. Quod boni angeli sive sancti, visione Dei fruentes, omnia sciant, et 

non. . ' ib. 

XLIX. Quod omnes ordines cœlestium spirituum generaliter angeli vocentur, 

et non 84 

L. Quod in cœlesti vita nemo proficiat ib. 

LI. Quod primi parentes sint creati mortales , et non ib. 

LII. Quod Adam extra paradisum sit conditus , et contra ib. 

un. Quod peccatum Adœ magnum fiierit , et non ib. 

LIV. Quod primum hominis peccatum non cœpit a persuasione diaboli, et 

contra ib. 

LV. Quod Eva sola, non Adam, seducta sit, et contra ' ib. 

LVI. Quod homo liberum arbitrium peccando amiseril , et non w. 

LVU. Quod Adam in loco Calvariae sepultus sit, et contra. 85 

LVIII. Quod Adam salvatus sit, et contra ib. 

LIX. Quod de promisso sancti spiritus Maria dubitaverit, et non ib. 



INDEX QU^STIONUM. 167 

Pag. 

LX. Quod verbum Dei in utero virginis sanctae animam et carnem susce- 

perit 85 

LXI. Quod Josephus non sit suspicatus Mariam adulteram , et contra .... 86 

LXII. Quod Christus clauso utero virginis natus sit, et contra ib. 

LXIII. Quod Christus secundum carnem non fuerit de tribu Juda , et contra . ib. 

LXIV. Quod Deus personam hominis non susceperit sed naturam , et contra . ib. 

LXV. Quod fdius Dei mutatus sit suscipiendo carnem , et non 87 

LXVI. Quod Deus et homo in Qiristo partes esse videantur, et non ib. 

LXVII. Quod Christus sive Deus non sit dicendus creatura aut servus, et contra . 9 1 

LXVIIT. Quod Christus secundum carnem factus sit , et contra ib. 

LXIX. Quod fdius Dei praîdestinatus sit, et contra ib. 

LXX. Quod Deus minorari non possit , et contra ib. 

LXXI. Quod etiam secundum divinitatem fdius minor pâtre videatur, et contra . ib. 

LXXII. Quod Christus secundum corpus etiam non creverit, et contra 92 

LXXIII. Quod humanitas Christi non creverit in sapientia, vel quod tantumdem 

scient quantum divinitas , et contra. ib. 

LXXIV. Quod Christus corporaliter quoque unctus fuisse legatur , et contra . . ib. 
LXXV. Quod in Christo is qui est fdius Dei non sit ille qui est fdius hominis , 

sive is qui est œternus non sit is qui est temporalis, et contra gS 

LXXVI. Quod humanitas Christi ignoraverit diem judicii, et non 96 

LXXVIl. Quod Judaei vel daemones Christum agnoverint etiam ante passionem 

ejus , et non ib. 

LXXVIII. Quod Christus servilem timorem habuisse videatur, et non ib. 

LXXIX. Quod Qiristus fefellerit , et non ib. 

LXXX. Quod Christus nec secundum hominem passus fuerit aut timuerit, et 

contra ib. 

LXXXI. Quod in morte Christi separatio divinitatis et humanitatis sit , et 

non Qn 

LXXXII. Quod in Christo suggestio etiam delectationis fuerit, et contra ib. 

LXXXIII. Quod Christus vel sancti mon voluerint, et non ib. 

LXXXIV. Quod Christus descendens omnes liberavit inde , et non ib. 

LXXXV. Quod incertum sit qua hora Dominus resurrexerit, et contra ib. 

LXXXVI. Quod Dominus resurgens primo apparuerit Mariae Magdalenae , et non . ib. 

LXXXVII. Quod illi qui cum Domino resurrexerunt , iterum mortui sint , et non . . ib. 
LXXXVIII. Quod Christus post resurrectionem cicatrices, non vulnera, dubitanlibus 

demonslraverit , et contra ib. 

LXXXIX. Quod creatura sit adoranda, et non ib. 

XC. Quod Dominus post ascensionem non sit locutus in terra , et contra . . 98 

XCI. Quod sola Maria in anima passa sit, et contra ib. 

XCII. Quod ante pentecosten , vel in ipsa , de omnibus sint edocti apostoli , 

et non , jj. 



168 

xcm 
xav. 

xcv. 
xcvi. 
xcvii. 

xcviu. 

xax 



a. 

ai. 

cm. 
av. 

cv. 
cvi. 

CVII. 

cvin 
ax. 

ex. 

CXI. 

cxn. 

cxni. 

cxiv. 

cxv. 

cxvi. 

cxvii. 

CXVIII. 

cxix. 
cxx. 

CXXI. 
CXXII. 



INDEX QU^STIONUM. 

Quod Petrus vel Paulus et caeteri apostoli sint aequales , 6t contra 98 

Quod Petrus instinctu diaboli Domino persuaserit vitare mortem , et 

contra ib. 

Quod solus Christus fundamentum ait ecclesiae, et contra ib. 

Quod Petrus non negaverit Christum, et contra 101 

Quod Petrus et Paulus eodem prorsus die , non revoluto anni tempore , 

passi sint, et contra ib. 

Quod Paulus ante conversionem quoque tam Paulus quam Saulus voca- 

tus sit , et contra ib. 

Quod Jacobusjustus^ fraterDomini, fdius fuerit Josephi, sponsi Mariée, 

et contra ib. 

Quod Jacobus justus, frater Domini, primus fuerit episcopus Hierosoly- 

mae , et contra ib. 

Quod Jacobus justus, frater Domini, primam de septem canonicis epis- 

tolam scripserit, et contra ib. 

Quod Philippus diaconus et Philippus apostolus idem non fu«rint , et 

contra 1 02 

Quod omnes apostoli, extra Johannem, uxores habuerint, et contra. . ib. 

Quod in figuris quatuor animalium , Matthaeus per hominem , Marcus . 

per leonem praesignatus sit, et contra ib. 

Quod eadem Maria tam caput quam pedes Domini unxerit , et contra . ib. 

Quod sine baptismo aquae nemo jam salvari possit, et contra ib. 

Quod omnia peccata baptismus deleat, tam originalia quam propria, 

et contra ib. 

Quod parvuli peccatum non habeant , et contra io4 

Quod tantumdem valebat circumcisio in antiquo populo quantum 

nunc baptismus , et contra "i 106 

Quod baptizatus a quocunque non sit rebaptizandus, et contra ib. 

Quod ficto etiam per baptismum peccata dimittantur 16. 

Quod una baptismi immersio sufficiat, et non ib. 

Quod etiam sine sacramento altaris baptismus sufficiat , et non ib. 

Quod in baptismo Johannis peccata dimittebantur , et non 107 

Quod nihil adbuc defmitum sit de origine animae , et contra ib. 

Quod peccata patrum reddantur in filios, et contra 110 

De sacramento altaris. Quod sit essentialiter ipsa veritas carnis Christi 

et sanguinis , et contra ib. 

Quod eucharistia nunquam sit danda intincta, et contra 16. 

Quod presbyter uxoratus a subjectis non sit abjiciendus, et contra.. . ib. 

Quod haeretici non prosit oblalio , et contra 1 1 1 

Quod missa ante horam tertiam non sit celebranda, nisi in natali. ... A. 

Quod omnibus nuptiae concessae sint , et contra ib. 



INDEX QU^STIONUM. 169 

Pag. 

CXXIII. Quod conjugium fuerit inter Josephum et Mariam, et contra m 

CXXIV. Quod liceat habere concubinam , et contra i6ù?. 

CXXV. Quod non sit conjugium inter infidèles , et contra ibid. 

CXXVI. Quod , demissa fornicante uxore, viro liceat alteram ducere , et contra, ibid. 

CXXVII. Quod adultéra nullo modo retinenda sit, et contra ibid. 

CXXVIII. Quod sœpius nubere liceat, et non 112 

CXXIX. Quod nullus humanus concubitus esse possit sine culpa, et contra. . . ibid. 

CXXX. Quod nulli liceat eam cum qua fornicatus fuerit, in conjugium ducere, 

et contra ibid. 

CXXXI. Quod sterilis non videatur ducenda , et contra ibid. 

CXXXII. Quod virginitas non praecipiatur, et contra ibid. 

CXXXIII. Quod nuptiae quoque praecipiantur, et non ibid. 

CXXXIV. Quod nuptiae sint bonae, et contra ibid. 

CXXXV. Quod dileclio proximi omnem hominem complectatur, et non ibid. 

CXXXVI. Quod sola caritas virtus dicenda sit, et non ii4 

CXXXVII. Quod caritas semel habita nunquam amittatur, et contra 119 

CXXXVIII. Quod bonam voluntatem nostram gratia Dei non praecedat, et contra. 12g 

CXXXIX. Quod legis prœcepta non pcrfecta suntsicut sunt evangelii, et contra. 182 

CXL. Quod opéra misericordiae non prosint infidelibus , et contra ibid. 

CXLÎ. Quod opéra sanctorum non justificent hominem, et contra i3/l 

CXLII. Quod peccatum actus sit, non res , et contra iSy 

CXLIII. Quod peccator sit ille tantum qui assiduus est in peccatis, et contra, i/io 

CXLIV. Quod aliquando peccamus nolentes, et contra 1/12 

GXLV. Quod idem peccatum non puniat Deus hic et in futuro i45 

CXLVI. Quod Chaïn non sit damnatus, et contra i^q 

CXLVII. Quod ea quae condonat Deus ulterius non exigat, et contra ibid. 

CXLVIII. Quod gravius sit aperte peccare, et contra ibid. 

CXLIX. Quod adulterium post hœresim caeteris peccatis gravius sit, et contra, ibid. 

CL. Quod sine confessione non dimittantur peccata, et contra ibid. 

CLI. Quod timor Dei in sanctis perseveret, et non i5i 

CLII. Quod sit pro omnibus orandum, et conlra ibid. 

CLIII. Quod nuUa de causa mentiri liceat, et contra i53 

CLIV. Quod liceat homini inferre sibi manus aliquibus de causis, et contra. i55 

CLV. Quod nuUa de causa liceat christianis hominem occidere , et contra . . 169 

CLVI. Quod liceat hominem occidere , et non 160 

CLVII. Quod pœna parvulorum non baptizatorum mitissima respectu caele- 

rarum pœnarum damnatorum sit, et contra 162 



FINIS INDICIS QUESTION UM. 



PETRI ABiELARDI 

DIALECTIGA. 



I .^ fr A ! il T '1 <l 



PETRI ABJELARDI 

DIALECTICA. 



PARS PRIMA, 

DE PARTIBUS ORATIONIS, IN TRES LIBROS DISTINCTA, 

QUORUM PRIMUS PORPHYRIUM DE QUINQUE VOCIBUS, 

âECUNDUS ARISTOTELEM DE PR^DIGAMENTIS, TERTIUS ARISTOTELEM DE INTERPRETATIOXE, 

AD MENTEM BOETHII , GOMMENTANTUR *. 



LIBER PRIMUS IN PORPHYRIUM DE QUINQUE VOCIBUS EXCIDIT. 



LIBER SECUNDUS IN ARISTOTELEM DE PR^EDICAMENTIS EST ACEPHALUS, 
ET A MEDIO CAPITE TERTIO OPERIS ARISTOTELICI ^, UBl DE PRIMO 
PR^DICAMENTO , ID EST SUBSTANTIA AGITUR, SIC INCIPIT : 

Unde * non universaliter in generibus substantiarum acci- *FoJ. ii7r"' 

piendum est, quod ait generalissima substantiarum nomina quali- 
tatem circa substantiam determinare. Quod autem ait' primas sub- 
stantias hoc aliquid significare *, id est rem suam ut discretam ab 
omnibus aliis demonstrare, de omnibus est intelligendum. Cum 
itaque specialia substantiarum nomina maxime propter qualitates 
quibus species efficiuntur determinandas inventa sint, propria 
maxime propter discretionem sunt reperta. 

* Abest omnino hic titulus in cod. At cf. quae auctor ipse ait infra, pag. 237-8. — 
* Edlt. Buhle, pag. A5o. Ergo hic tantum desideratur commentarius in duo priora capita , 
eademque brevissima, De homonymis, synonymis et paronymis , et De Us quœ dicuntur. — 
' Scilicet Aristoteles. — * Aristot. Categ. edit. Buhle, tom. I, pag. 458. 



.fo'» 



174 PETRI AByELARDI DIALECTICA. 

De communitatibus substantif. 

[Oranino conflatum ex Aristotele-, edit. Buhie, pag. .i5r)-46/< ; et ex Boethio in Pracdicam., 
pag. i34-id5; edit. Basil. l54€.] 

Commune est autem omni substântiae in subjecto non esse. Nulla 
enim substantia, sive sit prima slvê secunda * fundamento sustenta 
tur. Non est autem hoc substantiae proprium, sed etiam conveni 
differentiis; neque enim differentia subjectaB speciei tanquam in fun- 
damento per accidens inest, sed in substantiam ipsius venit eique 
substantialiter convenît, sicut secundus ante-praedicamentorum de 
difFerentia continet^. Quod etiam ex eo ostenditur quod, quemad- 
modùm secuiidae substantiae de primis in voce praedicantur, id est 
nomine et definitione substantiae, ita et differentiae. Sicut enim So- 
crates et homo est et animal rationale mortale , ita idem et animal 
rationale et potens uti ratione dicitur. Accidentia vero quae in sub- 
stantiam rei nihil efficiunt, sed extrinsecus adhaerent, cum defini- 
tione substantiae prœdicari nequeunt; quippe nullum substantiale 
esse accidentis nomen demonstrat. 

Ihegt quoque substantiis nihil esse contrarium^. Sive enim primae 
sint'sive secundae, a coMrarietàte omnino sunt alienae, nisi forte per 
accidens, propter^ susceptioneni rerum contrariarum , contrariae et 
ipsae dicantur ; , ut homo albus et homo niger secundum albedinem 
et nigredinem , quas contrarias recipiunt; unde et in quantitate con- 
traria quoque quodam modo dicuntur. Nam si est magnum parvo 
contrarium, ipsum autem idem simulest magnum et parvum, ipsum 
sibi erit contrarium, in susceptione scilicet eorum quae contraria di- 
cuntur, magni scilicet et parvi. Nulla itaque substantia in se con- 
traria dicitur alteri, sed si forte per alteram. Sed nec istud proprium 
est substantiae , sed in quantitatibus seu relationibus multisque aliis 
convenit. Quae autem sint contraria aperiemus, ubi oppositionis spe- 
cies tractsibimus . " 

~ '^l*6^'hyiC'feagbg:)dâit. Buble, tom:'i, (>àg. 388. — * Aristot. Categ., pag. Itb^.— 



PARS PRIMA, LIE. II, IN PR.EDIGAMENTA. 175 
Sed nec etiam comparari possunt substantiae^ quippe comparatio 
secundum adjacentiam , non secundum substantiani aecipitiir, quod 
etiam ex nominibus substantivis eorum quoque accidentium quae 
ad comparationem veniunt, ostenditur. Neque magis albedo sicut 
magis album dicimus. Unde et multo magis substantiae, quae nuilam 
habent adjacentiam, a comparatione sunt immunes, nec eoruni no- 
mina substantiva quae substantias vocamus, cum magis et minus 
praedicantur. Non enim magis vel minus homo dicitur, sicut magis vei 
minus album. Sed nec istud substantiae proprium esse potest, cum 
in quantitatibus multisque aliis conveniat. De comparatione autem 
quae secundum augmentum ac detrimentum consistit , uberiuatraç? 
tabimus, cum motus species exequemur. > çnl> 

Maxime autem proprium substantiae videtur esse \ quod cum sit 
unum et idem numéro, contrariorum susceptibile est; hoc enim 
inde proprie proprium Aristoteles dixit quod non solum omnibus, 
verum etiam solis substantiis competit. Quae 'quidem sententia in 
eo pendet quod quaelibet substantia accidentium est susceptibiiis , 
ut videlicet eorum sustentamentum. Suscipere enim in sustenta- 
tione tantum accepit , non in formatione , alioquin et multis aliis con- 
veniret. Albedo enim claritate et obscuritate , quae contraria videntur, 
informatur. Quod autem contraria pro quibuslibet accidentibus 
posuit, ideo factum arbitror quod in susceptione istorum, omnium 
quoque aliorum susceptio inteiligatur ; quae enim contraria sunt, 
maxime sunt adversa. Quod si ea quoque accidentia quae maxime 
sunt adversa, suscipere possit substantia, multo magis et aliorum 
susceptio ipsi est adjuncta, Ideo quoque contraria appositione os- 
tendere curavit, quod substantias ipsas contrarias esse negaverat. 
Unde fortasse alicui videretur quod contraria non possent susci- 
pere, et ita non omnium accidentium susceptibiles essent, nec 
omnia accidentia in subjecto essent; quod quidem removet, cum 
ait contrariorum quoque ipsas esse susceptibiles, cum ipsa in se ^ 

' Aristot. Categ., pag. ^60. — ' Ihid., pag. à6i. — ' Cod. ipsa in cont. Se excidisse 
potuit. 



176 PETRI AByELARDl DIALECTICA. 

contraria secundum diversa tempora suscipere queant et sustentare. 
Qui enim albiis est , nigrum suscipere potest , et qui frigidus , cales- 
cere. Ac superflue « secundum sui mutationem » ad determinandum 
adjecit*, ut scilicet Aristoteles praemîssa proprietate orationem et 
intellectum excluderet, quae secundum verum et falsum contraria 
videbantur suscipere. Neque enim, cum substantiœ non essent, 
accidentia aliqua sustentare poterant, licet eadem propositio vel 
idem intellectus diversis temporibus verus inveniatur vel falsus; 
ut si, Socrate sedente, quislibet inteliigat eum sedere vel dicat, 
verus erit intellectus atque oratio prolata, falsa autem eadem post- 
quam surrexerit. Quod itaque Aristoteles secundum se vel secun- 
dum sui mutationem apposuit , non fuit necessitatis , sed magis sa- 
tisfactionis. Adeo enim importunus erat adversarius qui de istis 
oppositionem movebat, ut haec a substantiis in sustentatione non 
divideret, nisi in modo suscipiendi, cum videlicet substantiœ per se 
et per propriam ftiutationem contraria possint suscipere, ista 
vero secundum statuni alterius. De eo enim quod Socrates in 
sessione moraretur, vel ab ipsa moveretur, veri fiunt vel falsi in- 
tellectus seu propositiones. Cui quidem importunitati coactus sa- 
tisfacere curavit, cum ait^ : « sed et si quis boc recipiat, sed tamen 
modo differt, etc.; » licet tamen nec rationabilem videret objec- 
tionem nec.multum valere judi caret solutionem. Ut enim de in- 
tellectu taceamus, de oratione prorsus irrationabiliter opponi vi- 
detur, si rei veritatem subtilius intueamur. 

(.'Sed prius de qua agendum sit oratione perquiramus; pro eo sci- 
licet quod sicut vocis nomen ad aerem et ad mensuram tenoris ejus 
aequivocant, ita etiam orationis vocabulum , sicut in tractatu quanti- 
tatis apparebit, cum de oratione disputabitur^; atvero si de substan- 
tiaii non de quantitativa oratione agatur , maie de ipsa opponitur, vel 
maie ipsa , cum substantia sit , excluditur. Si autem de quantitativa 
dicatur, opponunt verum et falsum maie ipsi attribui, qui mensuras 
ipsas nec audiri nec significare dicunt sed solum aerem strepentem ; 
' Arislot. Categ., pag. A63. — ' Ibid., pag. /i6 — ' Vid. infra, pag. 190. 



PARS PRIMA, LIB. II, IN PR^EDICAMENTA. 177 
qui tamen ab Aristotelc longe discedunt , de quo alias disputabitur. 
Sive autem quantitativam sive substantialem accipimus orationem ; 
veri et falsi significatio quae ipsi convenit, contraria non videtur, 
cum simul eidem inesse contingat. Si quis enim dixerit : Petrus 
currit, in eadem prolatione secundum vocis aequivocationem in di- 
versis veros et falsos intellectus generabit. Amplius, si de quantitativa 
oratione agatur, cujus partes simul nullo modo consistunt, frustra de 
ipsa opponitur ; quippe per « unum et idem numéro ^ » jam est exclusa; 
neque ea quse profertur Socrate sedente , eadem est cum ea quae di- 
citur postquam Socrates^ surrexit; « sed dictum est, inquit Aristo- 
teles, et non potest amplius sumi ^. » Sed nec ea quae simul dicitur tota 
simul res una dici recte poterit, quippe id quod non est cum eo 
quod est unam non facit essentiam. Quae vero partes prolatse sunt, 
omnino jam perierunt. Sic itaque quod de oratione opponitur, non 
satis convenienter adducitur, nisi forte secundum liominum consue- 
tam acceptionem , qui secundum similem formam prolationis diver- 
sas prolationes eamdem in essentia quoque vocant, quorum iste 
unus erat adversarius. Cum itaque Aristoteles adeo obstinatum ad- 
versarium haberet, cujus importunitas nec admitteretur, magis eum 
aliqua satisfactione mitigare voluit , atque aliqua diversitate susci- 
piendi aliquo quoque modo determinationis placare, quam ratione 
inbiantem contundere*. Unde et ipse^ « secundum sui mutationem » 
apposuit , non tam pro necessitate quam pro satisfactione , ut bac 
saltem determinatione differentiam substantiarum ad alia adversarius 
intelligeret quam^ minus certam capiebat, cum tamen nec hujusmodi 
differentia multum vigeat, nisi fortasse ad apposita contraria. Nam 
et fortasse multa praeter substantias contraria per se, sicut et sub- 
stantif, recipere possunt, ut calor et frigus calefacere et frigidum 
facere, quae sunt, Aristotele teste, actiones contrariae, et albedo, 
clarum et obscurum. Ipsœ quoque substantiae quœdam fortasse con- 

' Aristot. Categ., pag. A6i. — * Cod. Aristoteles. — ' Aristot. Caleg., pag. 468. Cf. 
Boeth. in Praedicam., pag, i48. — * Cod. contendere. — ^ Cod. ipse sive, quod sensu caret* 
— * Quam supplevimus, 

DIALECTICA. 23 



178 PETRI AB2ELARDI DIALECTICA. 

traria.non ex se sed ex aliis recipiunt, ut, secundum eos qui aerem 
significaie dicunt, ipse aër verus et falsus, sicut oratio, dici potest, 
et contraria suscipere, secundum motum de quo agitur. Unde nec 
rationabiiis solutio sicut nec oppositio videtur. Sunt tamen qui sub- 
stantias per se mutari circa contraria dicant, et nulia alia, quod ex sub- 
Fol. 1 1 7 V*. jectione suae naturae, eo scilicet quod omnibus possint esse subjectae *, 
mobiles sunt et circa formas suas instabiles. FormîB autem earum 
quae ut per substantias subsistant ipsis adhaerere desiderant, nunquam 
circa substantias ex se, sed ex mobilitate substantiarum moventur, 
quarum scilicet natura diversis formis aeque est subjecta, nec périt 
propter susceptionem vel mutationem formarum. Si qua vero contra- 
ria formae quandoque recipiant , hoc totum ex mobilitate substantias 
subjectae contingit. Ut cum haec albedo modo claritatem modo etiam 
obscuritatem suscipit, ex natura subjectae substantiœ contingit, quae 
aeque omnibus est subjecta. 

Potest et aliud in mutatione per se intelligi, Ipsae enim sub- 
stantiae ita per se circa contraria possunt permutari , ut nihil 
aliud necesse sit permutari ; formœ vero non possunt. Nam et cum 
formae contraria aliqua recipiunt, subjecta quoque substantia quae 
et ipsa sustentât, per ipsa quoque variatur. 

Haec quidem de substantia, Aristotelem plurimumsequentes, con- 
scripsimus. 

De quanti tate. 

[Cf. Aristotel. edit. Buhle, pag. 464-473 ; Boeth. edit. Bas., 1 43-i 55. — Sub hoc titulo, in duobus 
sequentibus capIluHs disputât Abaelardus de compositione continui in loco et in tempore, et sen- 
tentiam magistri sui, ut videtur Willelmi Campellensis, adversus Aristotelem et Boethium tuetnr, 
scilicet continuum ex punctis, seu simplicibus elementis, constare. Paulo infra, pag. 182, se aritb- 
meticœ plane ignarum confitetur Abaelardus. ] 

Quantitatis autem tractatus^ tractatum substantiae continuavit; 
cujus quidem ordinis causas, etsi non multum utilitatis afferunt, 
auctoritas^ consideravit. Ita enim quantitas substantiae inserta est, 
ut, dum substantiam quamlibet intelligimus , quantitatem quoque 

^ Tractatus excidit. — * Vid. Boeth., pag. làà- 



PARS PRIMA, LIE. II, IN PR^DICAMENTA. 179 

ipsius concipiamus ; dum vei unum vel multa ipsam fingamus. Ipsam 
autem materiam saepe praeter qualitates suas attendimus, ex qua 
quidem ratione quantitas praeposita est qualitati; de qua quidem 
qualitate maxime dubitari poterat, eo quod multœ qualitalum ipsis 
substantiis ita adjunctae sint ut omnino substantialiter insint, atque 
ab ipsis nec ratione valeant separari , quas nos difFerentias appeliamus. 
Omne insuper corpus, ut Boetbio placuit, tribus dimensionibus 
constat : longitudine scilicet , altitudine , latitudine ; quae , licet non 
esse quantitates appareat, ex comparatione tamen non nisi per 
quantitates accidere possunt, ut in sequentibus liquebit. Ex eo quo- 
que vicinior substantiae recte quantitas ponitur, quod ei similior esse 
convincatur ; in eo scilicet quod nec contrarietatem nec compara- 
tionem suscipit; de uno ut^ simili ad alterum facilior transitus 
erat. Inde etiam bene substantiam statim quantitas sequitur, quod de 
ea in substantia sœpe mentionem fecerat; unde quae ipsa esset, sta- 
tim ostendere debuerat. Est autem quantitas ea res secundum quam 
subjectum mensuratur, quam quidem notiori vocabulo mensuram 
possimus appellare. 

Harum autem aliae sunt simplices, aliae compositse. Simplices vero 
quinque dicunt : punctum scilicet, unitatem , instans quod est indivisi- 
bile temporis momentum, elementum quod est vox individua, sim- 
plicem locum. Compositas autem septem Aristoteles ponit : lineam vi- 
delicet, superficiem, corpus, tempus^, locum compositum, orationem 
et numerum. Quas quidem tantum compositas ipse ad tractandum 
suscepit, eo quod eas solas ac tempus ad mensurandum homines su- 
munt. Neque enim indivisibiles ad mensurandum quantitates accipi- 
mus, cum nec ipsas nec earum subjecta sensu aliquo percipiamus. De 
his autem duas posuit divisiones , cum alias continuas, alias discretas 
appellavit, ac rursus alias constare ex partibus positionem ad se in- 
vicem babentibus, alias ex non habentibus positionem. At vero de 
simplicibus, quœ priores sunt naturaliter, deinde de compositis, 
disputemus. Has autem tantum, quae simplices sunt, Magistri nos- 

' Cod. aut. — ' Tempus exciderat. 

a3. 



180 PETRI ABiELARDI DIALECTICA, 

tri* sententia spéciales appellabat naturas, eo videlicet quod sint 
unae naturaliter quae partibus carent; quae vero ex liis sunt com- 
positae , composita individua dicebat , nec una naturaliter esse , sicut 
hune gregem vel hune populum; »magisque earum nomina, li- 
neam, superficiem , etc., sumpta esse a collectionibus quibusdam seu 
compositionibus dicebat , quam substantiva ; de quibus quoque , cum 
earum originem ex simplicibus ostendemus , convenientius dissere- 
mus, earumque divisiones, quas Aristoteies protulit, aperiemus. 
Nunc vero ad simplices revertamus. 

De puncto et quae ex eo nascuntur quantitatibus , linea, superficie, corpore, insuper 

de loco. 

[ Cf. Aristot. Categ., pag. 465-6; Boeth. in Praedicam., pag. 143-7]. 

Punctum autem , sicut in se indivisibile est , nec pro parvitate 
sui in partes aliquas dividi potest seu dividuari, ita et indivisibili 
subjecto adjacet, singulis sciiicet corporis partibus individuis. Ex 
punctis autem linea , superficies , corpus quantitativam originem du- 
cunt. Puncta namque in longum^ disposita, lineam reddunt; in latum 
vero superficiem componunt; in spissum vero, corpus efficiunt. Sicut 
ergo linea abundat a puncto in longitudine, ita superficies a linea 
in latitudine aut superficie , corpus in spissitudine. Ac sicut linea 
minus quam duo puncta in sui constitutione habere non potest, ita 
superficies minus quam duas lineam, vel corpus minus quam duas 
superficies nequit continere. Lineam itaque diffinimus : puncta in 
longum sibi adhaerentia; superficiem vero, lineas in latum sibi 
connexas; corpus vero, superficies in altum sibi cohaerentes. Très 
itaque compositarum quantitatum ex puncto originem ducunt, se- 
cundum quidem diversas dimensiones : aliae quidem secundum di- 
mensionem longitudinis , aliae secundum adhaerentiam latitudinis, 
aliae secundum superpositionem altitudinis. Quum ergo superficies 
lineam continet , longitudinem quoque et latitudinem ex ipso reci- 
' Willelmi Campellensis. Cf. infra, pag. 207-8. — * Longum excidit. 



PARS PRIMA, LIE. II, IN PR^EDICAMENTA. 181 
piunt ; ut scilicet non solum spissum , verum et longum et latum 
sit; unde solidum ipsum Aristoteles appellat cum ait : « sed et soli- 
ditatis similiter et loci ^ » Inde autem continuationem corporis Boe- 
thius- ostendit, quod una parte mota caeterae omnes moveantur. Sunt 
autem quidam qui verbis auctoritatis nimis adhaerentes eamque 
fortasse nimium simpliciter accipientes, neque lineam ex punctis 
neque superficiem ex lineis aut corpus ex superficiebus constare 
concedunt, plures quidem Boethii auctoritates afférentes. Qui in 
commentariis Categoriarum , cum de continuatione horum agitet : 
« non autem , inquit^, verum hoc dicitur quod linea constet ex punctis, 
aut superficies ex lineis, aut solidum corpus ex superficiebus, sed 
quod vel lineae puncta vel superficiei lineae vel solidi corporis super- 
ficies non erunt partes, sed partium termini communes. » Ipse etiam 
in eodem supra docuerat lineam ex lineis conjungi cum praemisit " : 
«si quis, ait, dividat lineam, quae est longitudo sine latitudine, 
duas in utraque divisione lineas facit. » At vero si omnem lineam ex 
aliis lineis constitui dicant , in infinitum ratio procedit , ita quidem 
ut nec finem cujuslibet corporis longitudo agnoscat. Non est itaque 
haec constitutio ad omnem lineam referenda , sed ad majores quas 
sensu quoque ipso concipimus et per quas homines mensurare con- 
sueverunt. Quœ enim ex duobus vel tribus punctis conjungitur, etsi 
àliquam habeat longitudinem , non est talis, ut arbitror, quam 
sensu aliquo cum ipso subjecto percipere valeamus. Quod autem 
ait se non dicere puncta lineae partes sed terminos communes, non 
essentiam constitutionis , sed dictum denegavit. Sicut enim Aristo- 
teles ea partes non dicebat, nec tamen negabat, sed terminos, 
sic nec ipsi dicere necesse fuit qui Aristotelem exponebat, sed 
tantum communitatem copulationis, quam ad argumentum continua- 
tionis Aristoteles alFerebat , cum videlicet punctum aliquod duabus 
lineis aut duobus aliis punctis médium interponitur , ea quae ex- 
trema sunt, sui communitate continuet; nec quiddam extremo- 

' Edit. Buhle, pag. 467. — ' Edit. Basil, pag. i46. — ' Ibid., pag. i46. — * Ibid., 
pag. i/j5. 



182 PETRI AByELARDI DIALECTICA. 

rum est , sed terminus et meta quo illa firmantur , nec ^ totius tamen 
compositi pars erit. Unde praesens, qliod praeteritum et futurum 
continuât, pars extremorum non dicitur, sed magisvidemus quod 
extrema conneoti dicuntur, cum tamen totius compositi pars esse 
non dubitetur. Illud etiam quod Aristoteles ait^ : « et ad quam parti cu- 
lam caeterae copulantur ; » punctum lineae partem constjtutivam ' os- 
tendit, respectu cujus caeteras dixit lineas lineae partes. Afferunt quoque 
Foi. 1 1 8 r". adversus hanc constitution em * lineae quae de punctis est , quod in arith- 
metica Boethius ponit, cum sciiicet ail'^: « si punctum puncto supra- 
ponis, nihil efficies, tanquam si nihilum nihilo jungas. » Cujus quidem 
solutionis, etsi multas ab arithmeticis solutiones audierim, nullam 
tamen a me praeferendam judico, quia ejus artis ignarum omnino me 
cognosco. Talem autem , memini , rationem Magistri nostri^ sententia 
praetendebat, ut ex punctis lineam constare convinceretur : cum , in- 
quit, linea,ubique possitincidi, atque separatis partibusin capite unius- 
cujusque puncta appareant, ut dicit Boethius, quae prius erant con- 
juncta, oportet per totam lineam puncta esse. Quod si puncta per to- 
tam lineam sint disposita, vel ita quidem sint de essentia lineae vei non. 
At vero si de essentia lineae non sint , non ^ magis partes lineae con- 
tinuare possunt quam albedo supraposita vel pars aliqua loci indivi- 
dua. Sed ad haec fortasse opponitur quod Aristoteles partes loci et cor- 
poris ad eumdem terminum continuari dicit \ cum tamen easdem non 
habeant partes ; unde illud idem non secundum essentiam , sed magis 
secundum similitudinem accipiunt aut quantitatem; ut quantus sciiicet 
fuerit terminus partium corporis, tantus erit et loci.Quanta enim média 
superficies erit qua duae extremae continuantur, tantus locus adjacens 
erit quo alii loci copulantur. Sed mirum quomodo inter partes corpo- 
ris partibus loci , vel inter partes loci partibus corporis insertis , ad se 
invicem vel partes corporis , vel partes loci copulantur, cum jam sciiicet 
taie sit interpositum quod non sit de essentia compositi , sicut nec per 

' Nec supplevimus. — * Aristotel., Categ., pag. 466. — ' Cod. cô. — * Boelh. arithm.. 
Ht. Il, edit. Basil., pag. 1020. — * Willelmi Campellensis. — * Non supplevimus. — 
' Aristot. Categ., pag. 466. 



PARS PRIMA, LIB. II, IN PR.EDICAMENTA. 185 
albedinem , cum non esset de essentia lineae , partes lineœ copulari 
dicebamus. Unde fortasse expeditiorvidetur sententia, secundum com- 
munitatem ejusdem termini , ut locum easdem partes cum corpore ha- 
bere concederemus , si forte aliquam dimensionem diversam in loco 
ipso reperiremus quœ differret a corpore ; sed banc nullam cogitamus. 
Ipse etiam Aristotelespartium diversitatem ostendit ^ cum continuatio- 
nem parti um loci ex copulatione partium corporis quibus semper adhè- 
rent, quasque semper comitanlur, comparavit^ : « Locum enim, inquit, 
quemdam parti culœ corporis obtinent ut videlicetsibi adhérentes sem- 
per et adjacentes ; quae quidem particulae » sciiicet corporis, « ad quem- 
dam communem terminum copulantur; ergo et loci, inquit, parti- 
culae, quas obtinent singulae corporis particulae^, » quas quidem circum- 
scribit , « ad eumdem terminum copulantur ad quem etiam corporis 
particulae. Quapropter continuus erit locus ; ad unum enim commu- 
nem terminum suas particulas continuât. » Ecce aperte partium di- 
versitatem ostendit , cum alterius partes a partibus alterius contineri 
vel ipsas continere monstravit. Sed si diversae sint, quo modo conti- 
nua erit corporis spissitudo.^ Cum videlicet inter ipsas corporis partes 
ipsae loci insertae sint , aut multae qualitates *, veluti ipsi calores aut 
multa fortasse alia accidentia inter adjaceant atque ipsae corporis 
substantiales partes, ut inter superiorem et inferiorem superficiem 
médium illud substantiae jacet cui ipsae adhaerent utpote suo fun- 
damento ; quo modo ergo continuée dicerentur duae illae superficies 
rébus tam dissimilis naturae interpositis ? Sin puncta interposita, 
cum de essentia lineae non essent , visa sunt Magistro nostro conti- 
nuationem partium lineae dissolvere , cum tamen et ipsa inter quan- 
titates recipiuntur ; multo magis ea continuationem destruunt quae 
omnino sunt a natura quantitatis aliéna. Sed fortasse magis acci- 
pienda erit continuatio corporis vel loci secundum exterioris am- 
bitus circuitum , quam secundum spissitudinis densitatem. Alioquin 
supraposita Magistri sententia, cui et nostra consentit, de consti- 

* Aristot. Categ., pag. 466. — * Aristot., ibid. — ' Cod. qaœ obtinent singnlas corpons 
particulas. Sed vid. Aristot., loc. cit. — * Cod. inqualitates. 



184 PETRI AB^LARDI DIALECTICA. 

tutione lineae minus sufficiens erit. Sed fortasse dicetur nec pùnc- 
tum puncto continuari, propter interpositum locum vel particulam 
aliquam coloris vel aliquid aliud indivisibile accidens. Ipse etenim 
locus puncti totum ipsius quod circumscribit , circuit, qui etiam 
et sicut ipsum simplex dicitur, cum tameu major secundum com- 
prehensionem ambitus videatur. At fortasse adeo subtilis est acci- 
deatium natura, ut alterum continuationi aiterius non sit impedi- 
mento. 

Non est autem de incisione lineœ quaestîo prœtermittenda , per 
quam videlicet sui partem ipsa possit incidi, atque inter quas ejus 
partes parvissimum acumen ferri possit deduci. Non autem per 
punctum quod omnino indivisibile est , incisio fieri potest. Sed nec 
inter duo puncta continua ferrum deduci poterit, cum nulla sit 
inter ea distantia, quippe nec in eo quod non est, spatio collo- 
cari potest , nec aliquid inter ea reperire quod incidere valeat , cum 
nihil prorsus intersit. Dicamus itaque ipsum acumen ferri non adeo 
tenuatum esse ut non plura puncta obtineat, quae una cum eorum 
fundamentis, cum imprimitur, disrumpit atque prosternit; aut fortasse 
nihii corruit , sed dum imprimitur ferrum , ruptio ipsa punctorum 
separationem facit. Cum autem ex suprapositis de loci quoque 
constitutione ac continuatione satis manifestum, ubi de adjuncto 
ei corpore partibusque ipsius tractatum e^t; nunc vero de tempore 
tractandum occurrit. . 

De* tempôre. 

[Cf. Aristot. Categ., pag. 467. Boeth. in Praedic, pag. 147-9. ^^ continuitate temporis; de tem- 
pore simplici et composito; de praeteriti et futuri natura, et ad praesens relatione.] 

[Huc^ autem circumscriptionem cujuslibet rei quidam diffiniunt, 
sed faiso. Si enim quaelibet res loco circumscriberetur , utique et 
locus alium locum circumscribentem se usque in infinitum habe- 
ret. Ipse etiam Deus qui omnia continet atque universa magnitudine 

* Quae uncinis includimus , huc immerito irrepsere; quippe quae non ad tempus, sed 
ad locum manifesto pertinent. -. ij 



PARS PRIMA, LÏB. II, IN PR^DICAMENTA. 185 
suae majestatis excedit, incircumscriptus atque omnino incompre- 
hensibiiis est; atque ex ipsius simiiitudine idem de incorporais 
substantiis asseritur. Unde potior eorum sententia videtur qui locum 
compositum, scilicet de quo Aristoteles agit, circumscriptionem 
quantitativi corporis esse déterminant. Aut si etiam locum simpli- 
cem in descriptionem loci credemus inducere , apponamus in defi- 
nitione vel partes alicujus quantitativi corporis, ut videlicet dicamus 
omnem locum vel quantitativum corpus circumscribere vel aliquam 
partem ipsius. ] 

Quod etiam continuis quantitatibus Aristoteles aggregavit, eo 
scilicet quod ejus partes sine intervallo sibi succédant, ut scilicet 
post praeteritum statim praesens succédât, ac post prœsens futurum. 
Hœc itaque continuatio non aliter quam per continuam successionem 
partium fieri dicitur, nec, cum partes non permaneant, propria 
multum videtur; quippe id quomodo proprie copulari dicetur ei 
quod non est, aut quomodo unum totum cum ipso efficere.^ Hinc 
itaque apud veteres de continuatione temporis sicut et loci maxima 
dissensio. Unde et ipsum Aristotelem dicunt ea segregatim a conti- 
nuis quantitatibus ponere, atque ultimas, quasi de ipsis dubitet, 
computare. Cum enim caeteras continuas quantitates praemisisset , 
adjecit atque ait ^ : « Amplius autem praeter baec tempus et locus ». Ac 
rursus : « Est autem taie tempus et locus ». De continuatione vero tem- 
poris partium^ dubium videtur extitisse propter transitionem atque 
instabilitatem earum, nec magis quam orationis partes continuationem 
habere, quippe nec permanentes sunt, sicut illae; sed falso; orationis 
enim prolatio nostrae subjacet operationi, temporis vero successio 
naturae. Nostra autem operatione nihil ita continuari potest, ut non 
sit aliqua adjunctorum distantia. Nec minor de continuatione loci 
dissensio fuerat; nec satis validum visum est Aristotelis argumentum 
de continuatione partium corporis ad continuationem partium loci , 
eo quod hœ illi adhaereant. Sic enim et numerus, qui discretus est, 
continuus esse posset ostendi secundum adhaerentiam singularum 

* Aristot. Categ., pag. A64, 466. — * Partium supplevimus. 

DIALECTICA. 24 



186 PETRI AB^LARDI DIALECTICA. 

Fol. n^v'. unitatum ad singulas corporis particulas; qui tamen, iicetsaepe in* 
continuo subsistât fundamento, ut quae continuis partibus corporis 
adhaerent unitates, semper tamen in natura discretionem habet, qui 
solam unitatis particularitatem requirit , non aliquam continuatio- 
nem, sicut linea quae ex punctis conjungitur, quae non solum punc- 
torum pluralitatem exigit, verum etiam certam eorum dispositionem 
secundum longitudinis continuationem. Unde cum nomen numeri 
pluralis simpiiciter videatur atque idem cum eo quod est unitates , 
lineae nomina vel superficiei vel corporis vel caeterorum sumpta a 
quibusdam compositionibus dicuntur, licet tamen et ex eis alia 
sumpta videantur, ut a linea lineatum ; a corpore corpulentum. 

Nunc vero ad tempus propositum revertentes, ipsius naturam dili- 
gentius intueamur. Horum^ autem alia sunt simplicia, quae instantia 
vocamus , id est indivisibilia momenta ^ alia ex his composita , ut cum 
hoc praesens momentum et illud quod praeteritum et quod futurum est 
quasi unum compositum accipiamus, de quo Aristoteles egisse in\eni- 
tur; quod quidem est quantitas secundum successionem partium in eo 
subjecto continua. Cum enim omnia secundum tempus mensurentur, 
et sua in se tempora habeant tanquam sibi adjacentes mensuras , non 
licet accipere compositi temporis continuationem in rébus diversis, 
etsi in eis partes simul existentes percipere possimus ex quibus rec- 
tius compositio fieri queat, sed momenta in eodem subjecto, more 
fluentis aquae, sibi succedentia. Mensurantur autem res ipsae secun- 
dum tempora , cum quaelibet actio vel horaria vel diurna vel men- 
strua vel annua dicatur; praecipue enim actiones vel passiones se- 
cundum tempora dimetiuntur, quarum etiam partes non sunt per- 
manentes, sed simul cum partibus temporis transeuntes ; unde bene 
in verbis significatio temporis eis adjuncta videtur. Cum autem res 
singulae sua habeant tempora in se ipsis fundata, sua scilicet mo- 
menta, suas horas, suos dies, vel menses, vel annos, omnes tamen 
dies simul existentes, vel menses, vel anni pro uno accipiuntur, se- 
cundum volutionem solis ab oriente in occidentem vel totius circuli 

' Sic Cod. sub. temporam. is aumuiM 



I 



PARS PRIMA, LIE. II, IN PR^DICAMENTA. 187 
sui cursum. Nota autem quod dici solet hujus compositi constitu- 
tionem , sicut diversa est ab aliis , in eo scilicet quod per partes ejus 
non permaneant sed per unam partem semper existit, ita diversam 
inferentiae naturam custodire. In aliis enim totis, totum positum 
ponit partem et pars destructa perimit totum parte , totum autem des- 
tructum non destruit partem nec pars posita ponit totum , ut si domus 
est, paries est, sed non convertitur: si paries est, domus est. In tem- 
pore vero e converso est, veluti in die. Si enim prima est, dies esse 
dicitur, sed non convertitur; eo scilicet quod per quamlibet partem 
sui dies existere dicatur, At vero si dies non est, prima non est, 
sed non convertitur, propter suprapositam causam. In his itaque totis, 
quae per unam tantum partem semper existunt, illud, quod de infe- 
rentia totius et partis Boethius docet\ non admittunt. Sed nec fortasse 
in his, SI verba proprie pensemus, aliorum quoque inferentia frus- 
trabitur, imo eadem consistet. Cum enim diem esse dicimus , si , 
quum diem nominemus, attendamus duodecim scilicet lioras simul 
acceptas, ipsis omnibus coliectis existere attribuimus, quae quidem 
simul omnes esse non possunt nisi quœlibet per se fuerit. Sed dici- 
tur nullo jam tempore ulterius banc propositionem veram esse : 
dies est; quippe nunquam omnes simul diei horae existunt. Ac qui- 
dem verum est; nisi figurative atque improprie intelligamus, ut 
ipsum scilicet per partem subsistere dicamus, hoc est partem aliquam 
ipsius esse. Sed nec de se ipso diem praedicari contingit, ut^ videlicet 
diem esse diem annuamus. Quod enim omnino non est, nec dies esse 
potest. Nullo autem modo duodecim horae dici possunt existere dum 
una tantum , imo unum tantum unius momentum existit; nec proprie 
totumdici potest cujus una tantum pars existit. Quasi tamen unum in- 
tegrum saepe quae vere non sunt accipimus, eisque nomina tamquam 
existentibus aptamus, dum aliquid de eis intelligi volumus. Sic nam- 
que prseteritum et futurum eorum quae non sunt nomina ponimus, 
cum aliquam de eis notitiam facere volumus, aut secundum ea sub- 
jectum aliquid mensurare; quae quidem nec tempora recte dici pos- 

' Boeth. de differentiis Topicis, iib. II, pag. 8G7. — ^ Ut supplevimus. 

24. 



188 PETRI ABiELARDI DIALECTTCA. 

sunt, cum nec quantitates sint quae in subjecto non sunt, nec in sub- 
jecto sint quae nuUo modo sunt; temporis tamen impositionem ad 
praeteritum et ad futurum illi dirigunt qui omne verbum temporis si- 
gnificativum concedunt. Neque tempus quod fuit et non est, magis 
tempus dicendum esset quam humanum cadaver, homo. Utque in eo 
quod est homo mortuus, oppositio est in adjecto, ita et in eo recte 
diceretur esse quod est tempus praeteritum et tempus fnturum. Nota 
autem quod , cum praeteritum et praesens et futurum circa diversa 
accipiantur, hic ordo est eorum ut antecedat praeteritum, deinde prae- 
sens succédât ac postea futurum subsequatur , cum videlicet res ea 
quae praeterita est prius exstiterit quam ea quae praesens est, atque ea 
quae praesens est quam ea quae futura dicitur. Si vero ad idem illa 
tria nomina referantur, ipsumque secundum hoc quod illis nomi- 
nibus designatur, accipiamus, postea possumus appellare futurum, 
deinde praesens , ad ultimum vero praeteritum ; accipitur autem prae- 
sens tempus tanquam communis terminus praeteriti et futuri. Unde 
et Aristoteles ^ : «praesens, inquit, tempus copulatur ad praeteritum 
et ad futurum , « id est continuatum ad ea quae ipsa medietate con- 
necti quodam modo dicuntur. 

Hactenus quidem de continuis quantitatibus disseruimus, linea 
scilicet, superficie, corpore, loco., tempore. Nunc vero ad discretas 
transeamus, numerum scilicet et orationem. 

De Numéro. 
[Cf. Aristot. Categ., pag. 465. Boeth. in Praedicam , lib. II, pag. i43-5.] 

Numerus autem exunitate principium sumit; unde ipsa origo numeri 
diffinitur. Numerum autem collectionem unitatum déterminant. Plures 
enim unitates numerum efi&ciunt, ut hoc binarium hae duae unitates, 
et hoc ternarium istae très , ac similiter alii quilibet numeri ex unitati- 
bus constituuntur, in quibuscumque subjectis ipsae accipiuntur, sive 
scilicet continuis, sive discretis. Unde maxime Magistrinostri sententia, 

' Aristot. Categ., pag. 466. 



PARS PRIMA, LIE. II, IN PR^^DICAMENTA. 189 
memini, confirmabat binarium , ternaiium , caeterosque numéros spe- 
cies numeri non esse , nec numerum genus eorum , cujus videlicet res 
una naturaliter non esset. Hœ namque duae unitates in hoc homine 
Romae habitante, et in illo qui est Antiochise consistunt, atque hune 
binarium componunt. Quomodo una res in natura diceretur, aut quo- 
modo ipsae spatio tanto distantes unam simul specialem seu genera- 
lem naturam récipient? Unde potius numeri nomen et binarii et 
ternarii et caeterorum a collectionibus unitatum sumpta dicebat^ Sed 
si sumpta essent a quibusdam, ut ait, collectionibus, maie ipsis Aris- 
toteles ostenderet quantitatem non comparari, cum ait^ : « neque enim 
est aliud alio magis bicubitum , nec in numéro, ut trinarius quinario. » « 

In sumptis enim non ea quœ ab ipsis nominantur, comparantur , sed * 

tantum formae quae per ipsa circa subjecta determinantur ; alioquin et 
substantias ipsas comparari contingeret , quae saepe à sumptis nomini- 
bus nominantur, ut ab eo quod est album et cœteris. Unde opportu- 
nius nobis videtur ut , sicut supra tetigimus , numeri nomen substan- 
tivum tantum sit ac particulare unitatis, atque idem in significatione 
quod unitates. Binarius vero vel ternarius caeteraque numerorum no- 
mina inferiora sunt ipsius pluralis, sicut hominis vel equi ad animaiia , 
aut albi homines et nigri , vel très vel quinque homines ad homines. 
At fortasse quoniam omnia substantive numerorum nomina in uni- 
tatibus ipsis pluraliter accipiuntur, omnia ejusdem singularis plu- 
ralia poterunt dici , secundum hoc scilicet quod diversas unitatum 
coUectiones demonstrant. Nunierus quidem simplex metiatur plu- 
rale, alia* vero secundum certas collectiones determinata. At vero, *Fol. ngr" 
dicitur, quod substantive numerorum nomina accipiamus, non mi- 
nus in quaestione ducitur quod in ipsis quantitatem non comparari 
Aristoteles monstrat , cum videlicet certum sit nuUa substantiva ad 
comparationem venire. Sed id fortasse nominibus constabat firmam- 
que rationem comparationis a quantitate monstravit, cum neque 
ipsam ^ per substantiva nomina neque per sumpta ostendit. De sumptis 

' G)d. dicebant. Sed dicebat magis placet ut ad Abaelardi Magistrutn referatur, sicut et 
ail quod sequitur. — ^ Aristot. Categ., pag. 472. — ' Cod. ipsas. 



190 PETftï ABiELARDI DIALECTICA. 

autem per tria monstravit , quod a trinario sumptum est ; de substan- 
tivis vero per tempus et trinarium^ Hi vero quibus videtur in spe- 
cialibus aut generalibus vocabulis non soluna ea contineri quae una 
sunt naturaliter, sed magis ea quae substantialiter ab ipsis nomi- 
nantur, possunt fortasse et ista species appeilari, quum videlicet 
magis logicam in impositione vocum sequuntur quam physicam in 
natura rerum investiganda. 

Haec quidem dicta sint de numéro, et de oratione deinceps dis- 
serendum est. 

De oratione. 

[Cf. Aristot. Categ. , pag. 465. Boeth. in Praedicam., pag. 1A8-9. Excerpta tantum hujus loci 
apponere operae pretium videtur ; hic autem de sententia quadam Magistri sui disputât Abœlardus ; 
deinde quaestiones agitât quas tune temporis moveri solebant , de orationis natura et ad iiiteHectum 
relatione, etc.] 

.... Quos quidem tenores Aristoteles orationes appellat , sive etiam 
fortasse voces , quas etiam significare voluit quando una cum aère ipso 
proferuntur. Nostri tamen, memini, sententia Magistri ipsum tan- 
tum aerem proprie audiri ac sonare ac significare volebat, qui tantum 
percutitur, nec aliter hujusmodi tenores vel audiri vel significare 
dici, nisi secundum hoc quod auditis vel significantibus aeribus ad- 
jacent. Sed jam et sic quamlibet ipsius aeris formam, ut colorem 
aliquem ejus, audiri ac significare possemus confiteri. Nos autem 
ipsum proprie sonum audiri ac significare concedimus, qui, dum aer 

, ., percutitur, in ipso procreatur, atque per ipsum aer quoque sensibilis 

auribus efficitur. Sicut eaim cunctis sensibus formas ipsas substan- 
tiarum proprie discernimus atque sentimus, ut gustu odores, visu 
colores, tactu calores, ita quoque auditu proprie tenorem prolatio- 
nis concipimus atque sentimus. 

Fol. 119 v° Solet* autem hoc loco de significatione orationis praecipua esse 

quaestio, ut cum haec oratio homo est animal significativa dicatur, 
quae partes permanentes non habet, quando ipsa significare di- 

' Aristot. Categ., pag. 472. Cf. Boeth. in Praedicam., pag. i54- 



/ 



PARS FRIMA, LIE. II, IN PR^^DICAMENTA. 191 
catiir requiritur, sive scilicet dum prima pars, seu dum média, seii 
potius dum uitima profertur. At vero ejus significatio non nisi in 
ultimo puncto prolationis perficitur. Sed si tune tantum oratio signi- 
ficare dicitur dum uitima ejus pars profertur, jam profecto illae par- 
tes quae non sunt, cum ea quae est, significant; ut jam signilicationem 
esse confiteamur simul in eo qqod est ac non est. Si enim eam tan- 
tum poneremus in ea orationis parte quae existit, jam profecto ulti- 
mam litteram significare concederemus. Nostra autem in eo senten- 
tia pendet ut post omnium partiym suarum prolationem oratio 
significare dicatur. Tune enim ex ea inteilectum colligimus, cum pro- 
latas in proximo dictiones ad memoriam reducimus, nec uliius vocis 
significatio perfecta est, nisi ea tota prolata. Unde et sœpe contingit ut, 
oratione prolata, non statim eam intelligamus, nisi aliquantulum 
proprietatem auditae constructionis mente invaserimus ac studiose 
rimaverimus \ semperque audientis animus suspensus est dum vox 
in prolatione est, cui crédit aliquid posse adjungi quod intelli- 
gentiam mutare valeat, nec cessât animus audientis donec quiescat 
lingua proferentis. Nuila enim adeo est perfecta oratio, ut non ei ali- 
quid adjungi queat quod ad aliquem intellectum contendat; ut si ei 
qui dicit : Socrates est homo, vel albas vel grammaticus adjungam , 
vel ei qui dicit: Socrates currit , bene, vel aliam competentem verbo 
determinationem , aut ei qui dicit : si est homo , est animal rationale 
mortale. Cum itaque orationem significare dicamus prolatis omni- 
bus ejus partibus, ac jam nihilo prorsus de ipsa existente, nuUi vere 
per significare aliquam proprietatem darepossumus; sed ut figurative 
propositio ipsa intelligatur, si proprietatem aliquam in ea attribuere 
alicui volumus, potius animae audientis intellectus attribuitur, qui, 
ut dictum est, a prolatis vocibus designatus est. Cum igitur dicimus 
prolatam orationem significare, non id inteiligi volumus ut ei quod 
non est formam aliquam, quam significationem d>eunt, attribua- 
mus ; sed potius intellectum ex prolata oratione conceptum animae 
audientis conferimus. Ut, cum dicimus : Socrates currit, significa- 

^ Sic Cod. 



192 PETRI AB.ELARDI DIALECTICA. 

tus hic videtur sensus quod intellectus, ex prolatione ipsius con- 
ceptus, in anima alicujus existit. Sic autem et chimœra est opinabilis 
figurative intelligitur , cum non forma aliqua chimaerae, quae non est, 
attribuitur, sed potius opinio animae alicujus opinantis chimœram. 
Si vero in eo nomine quod est signilicans nuUam intelligimus for- 
mam , sed hoc tantum quod intellectus aliquis per ipsum generetur, 
possumus orationem quamlibet ita significativam dicere ^ quod unum 
de his ex quibus intellectus concipiatur; sed non ideo ipsam esse 
contingit cum, ut dictum est, non ea quae sunt, sed potius ea quae 
non sunt, significant, sitque hoc nomen significans potius ex una 
causa datum quam ex aliqua proprietate sumptum, ex ea scilicet 
causa quod intellectum in animo alicujus générât. 

Solet etiam quaeri, cum eadem vox a diversis adstantibus longe au- 
diri dicatur, utrum ipsa vox ad aures diversorum simul et tota aequa- 
liter veniat, an ipsa ante os proferentis remanens, unoque et eodem 
loco consistens, secundum modum sensuum ab ipsis simul discerna- 
tur et sentiatur, sicut spectaculum aliquod eminus oppositum , quod 
simul a pluribus conspicitur, simul ab ipsis secundum sensum vi- 
dendi conspicitur, quodamque modo ad oculos diversorum venire 
dicitur, secundum eosdem sensus videndi scilicet qui simul ad ipsum 
diriguntur '^. Sed sunt nonnulli qui non eamdem naturam in visu et 
auditu vel caeteris sensibus confitentur, in eo scilicet quod visum 
remota quoque concipere dicunt, auditum vero non nisi praesentia; 
unde et Priscianus ait « vocem ipsam tangere aurem dum auditur, » ac 
rursus ipse Boethius' totam vocem et integram cum suis démentis 
ad aures diversorum simul venire perhibet. Videtur et illud argumen- 
tum esse quod essentialiter vox vel quilibet sonus ad aures diverso- 
rum veniat ut audiri possit, quod videlicet tardius a remoto homine 
quam a proximo auditur. Si enim a longe liominem videris malleo 
percutientem , vel securi aliquid recidentem, post ictum aliquandiu 
sonum expectes. Si, vero praesens existeres, vel in ipso ictu vel 
statim post ictum sonum audires, eo scilicet quod ad aures tuas 

Cod. dici, — ' Cod. rediguntar. — ' Boeth. Music, pag. 1071. 



PARS PRIMA, LIE. II, IN PR.î:DICAMENTA. 195 
citius perveniret. Hinc et saepe vidimus contingere quod impetus 
venti soniim allquem cum ipso aère rapit, dumque aiiribus istorum a 
quibus venit ipsum aufert, auribus illorum ad quos tendit, ipsum 
defert. At vero quomodo vel ipsa quantitas vcl ipse aer in diversis 
locis simul esse poterit? Quae enim individiia sunt, in diversis locis 
esse auctoritas negat S atque in hoc ab universalibus séparât quae 
simul in pluribus reperiuntur. Ipsum etiam Augustinum in Catego- 
riis suis asserunt dixisse nullum corpus in diversis locis eodem tem- 
pore consistere. Quod quidem ipse exquisite de corporibus dixisse 
videtur, non de animabus,;*quippe eadem anima in singulis corporis 
partibus tota esse dicitur ; unde et eas omnes simul végétât. At vero 
mihi non aliter videtur posse dici in singulis partibus existere, nisi se- 
cundum vim et potestatem ipsius, quœ quidem, dum in unatantum 
parte corporis essentialiter manet, vires suasper omnia membra dif- 
fundit , unoque et eodem loco consistons omnia simul membra régit 
atque vivificat. At vero multo magis corpulenta substantia in diversis 
esse simul non^ poterit. Quod si corporea natura simul in diversis non 
possit existere , nec aer, qui orationis est fundamentum , in diversis 
locis simul reperietur, nec ipsa quœ ei adhaeret oratio, quam sine 
ipso impossibile est permanere. Quomodo ergo eadem vox simul 
a diversis audiri conceditur atque diversorum aures attingere? Sed 
ad haec quidem diversi diversas proferunt solutiones. Hi quidem 
qui audiri etiam remota volunt, dicunt vocem ante os proferentis 
remanentem essentialiter secundum sensuum discretionem ad * aures * Fol. 
diversorum venire , ut nos meminimus. Illi autem qui audiri nolunt 
nisi prœsentia, banc in voce physicam considérant quod quando lin- 
gua nostra aerem percutit sonique formam ipsi nostrœ linguœ ictus 
attribuit , ipse quidem aer cum ab ore nostro emittitur exteriores- 
que invenit aères quos percutit ac réverbérât, ipsis etiam quos réver- 
bérât consimilem soni formam attribuit , illeque fortasse aliis qui ad 
aures diversorum perveniunt. Unde etiam Boethius dicitur in libro 
musicœ artis^ ad hujusmodi naturam similitudinem de lapillo misso 

' Vid. Boeth. in Porphyr., pag. yô. — ^ Non excidit. — ' Pag. 1071. 

DIALECTICA. 2 5 



194 PETRI AB^LARDI DIALECTICA. 

in aquam adhibuisse. Quiquidem aquam percutit; ipsa statim unda 
dum in orbem diffunditur, orbicularem formamassumit, undisque aliis 
quas ad ripas impellit , consimilem formam attribuit , dum ipsae in 
orbem diffunduntur. Sic vocem non secundum essentiam , sed se- 
cundum consimilem formam eamdem ad aures diversorum essentia- 
liter venire quidam concedunt. Alii vero eamdem essentialiter, ut 
dictum est, accipiunt, sed non essentialiter venire, sed secundum 
sensus recipiunt. Atque haec dicta sint de oratione. 

[Sequuntur divisiones Quantitatis, prima et secunda divisio. scHicet Quantum aiiud esse dis- 
cretum , aliud continuum , et aliud quidem ex partibus poSitionem inter se invicem habentibus 
constans, aliud vero ex non habentibus inter se positionem (V. Aristot. edit. Buhle, p. 464 sqq. 
Boeth. edit. Basil., pag. 149 sqq.); ubi cum pauca occurrant quae, ut in lucem prodeant, digna 
videantur, duos tantummodo infra positos locos excerpsimus. ] 

....Videtur quoque et illud retorquendum esse, si^ continuum dif- 
fmiamus cuj us partes ad se invicem per médium copulamus, utrum 
de omnibus aut quibusdam partibus sit intelligendum. Sed omnes 
quidem per médium terminum ad se invicem copulari dicere non 
possumus. Ipse enim médius terminus sœpe medio termino caret, 
alioqui in infinitum quantitas cresceret. Possumus etiam quamlibet 
quantitatem continuam sic mente nostra dividere, ut nullus inter 
partes ipsas terminus inveniatur, ut si duas tantum partes considere- 
mus in tota compositi divisione ; veluti cum tripunctalem lineam in 
bipunctalem lineam et punctum dividimus. Si autem non omnes in 
diffinitione partes, sed quaedam accipiendœ sunt, sic videbitur diffi- 
nitio largior diffinito ; ut si tripunctalem lineam et punctum ab ea 
spatio remotum, ratione coUigamus, haec continua non videntur, 
licet aliquas partes ipsius scilicet lineœ communi termino ^ copulatas 
habeant. Unde fortasse Aristoteles illud per diffinitionem continui 
non adduxit, sed magis per quamdam ostensionem continuationis , 
in his quidem continuis quae pluribus partibus, ut dictum est, con- 
nectuntur, eo scilicet quod, ut diximus, majores ad tractandum 
suscepimus quam ad mensurandum assumi soient; vel manifestior 

' Si excidit. — ^ Cod. c. t. 



PARS PRIMA, LIB. II, IN PR^EDICAMENTA. 195 

fortasse continuatio erat ubi médius terminus intercedebat. Si 
autem continuum proprie diffinire velimus, dicamus id esse con- 
tinuum , cujus partes sibi sine intervalle sunt insertae, boc est , babet 
partes quarum^ nuUam facit distantiam interpositio alterius rei vel 
ulia ab invicem divisio. 

.... Nunc * ad communitates et proprietates quantitatum procedamus. * F»'- 
Nibil antiquitati contrarium Aristoteles dixit , quidquid ex eo appa- 
ret quod circa idem reperiri possit. Fer magnum tamen et parvum , 
et multum et exiguum, quantltati contrarietas inesse videtur. Hœ 
enim quantitates et contraria videbantur, quœ utraque ipse falsa esse 
convincit -. Quantitates quidem inde non esse ostendit quod relativa 
sint et ad se invicem referantur, ita ut magnum respectu parvi di- 
catur, et e converso. Sicut enim bic mons respectu illius magnus vel 
parvus dicitur, ita bic numerus, ad illum reiatus, multus vel pau- 
cus invenitur, et bi bomines multi vel pauci ad illos comparati. Non 
est autem id magnuMi quod multum, vel parvum quod paucum. 
Magnum et parvum ^ in continuis , multum vero et paucum acci- 
pimus in disjunctis. Non solum autem baec quantitates non esse , 
sed nec etiam contraria esse monstravit; primum quidem argumen- 
tum ex eo sumens quod relativa sunt, ut supra monstraverat ; quae 
videlicet relative omni contrarietate sunt absoluta. Idem quoque se- 
cundo ex inductione inconvenientis monstravit , ostendens scilicet bis 
qui ea pro contrariis babent, contraria simul in eodem existere, atque 
eadem sibi ipsi contraria esse in susceptione quidem contrariorum. 

.... Hactenus * de quantitate disputationem babuimus. Nunc ad trac- * Fol. 
tatum praedicamentorum reliquorum operam transferamus , eaque 
post quantitatem exequamur quae ei naturaliter adjuncta videntur 
ac quodam modo ex eis originem ducere ac nasci. Haec autem quando 
et uhi nominibus Aristoteles désignât. Quorum quidem alterum ex 
tempore, alterum ex loco ducit exordium. 

' Cod. cujus. — * Aristot. Caleg., pag. A69. — ' Cod. paucum. 



25 



Î96 PETRI AB^LARDI DIALECTICA. 

De quando. 

[Cf. Aristot. Categ., pag. 5oi. Boeth. in Praedicam., pag. 190. — De tou Quando natura et du- 
plici significatione. ] 

Est autem Quando in tempore esse, qusedam scilicet proprietas 
quae ex adjacentia temporis^ ad substantiam ipsi innascitur personœ , 
tam a tempore^ ipso quam a subjecta substantia diversa. Esse in tem- 
pore diversis modis fortasse intelligi potest , ut videlicet esse dicatur 
in tempore quod existit aliquo existente , vel ita quod temporis ad- 
jacentia suscipiat. At vero posterior expressio bis videtur ' maxime 
congruere quae ad ea tantum referri possunt quœ temporis adja- 
centiam* habent; prior vero et ad tempora ipsa^ et ad supremas et 
divinas personas quae in tempore esse denegantur; imo ad omnia 
defleeti poterit. 

Sicut autem plures temporum species considérant , annum , men- 
sem, ebdomadem, diem, horam, momentum, ita et secundum 
haec plures^ Quando species licet attendere, ut esse in anno vel 
mense et cseteris, et quaecumque insuper ad interrogationem Quando 
adverbii reddunt, cum videlicet non de tempore, sed magis de ad- 
jacentia ex tempore nata quaeritur. Juxta quod et ipse Aristoteles 
heri exemplum Quando posuit : « Quando autem , inquit , ut heri '. » 
Quod fortasse exemplum aliquid ® dubitationis habet , cum videlicet 
beri rei existentis designativum non videatur. Sicut enim dies hes^ 
terna prœterita est ac jam non est , ita et secundum quae ea fuerat 
adjacentia, praeterita videntur, ubi ipsius causa non permanet. Sed 
fortasse hi qui magis in speciebus rerum naturam quam vocabulorum 
impositionem attendunt, per heri quamdam praesentem adjacentiam 
designari volunt^ quae in ipsa re est, ex eo quod in hesterna die fue- 

' (hd. loci. Perperam, ut liquet. — ^ Cod. tam loco. — ' Cod. posterior huic loco; huic 
loco perperam ut supra; contra expressio et videtur e sequentibus hue revocavimus. — 
* Cod. adjacentia. — ^ Cod. ipsa expressio prior videtur. — ® Sub. rov q. — ' Haec verba in 
editis desunt; sed in Aristotelis versione, Boethii commentario praefixa (pag. 190), repe- 
riuntur. — * Cod. aliquid exemplum. — * Volunt supplevimus. 



PARS PRIMA, LIE. II, IN PR^EDICAMENTA. 197 
rit ; ut scilicet ex praeteritis quoque temporibus praesentes retineat 
proprietates, secundum id scilicet quod in eis fuit. Sœpe autem, 
causis pereuntibus , efFectus remanere contingit , ut post patrem aut 
matrem filium , vei post infirmitatem qui ab ea infertur, pallorem. 
Videntur autem et ex eodem tempore diversae species Quando ^ se- 
cundum diverses transitus temporum generari , ut heri vel nudiuster- 
tius vel etiam cras secundum idem tempus accipiuntur, et illud iu- 
super Quando quod cum ipso praesentialiter sit. Veluti in. hoc die 
ostendi potest; besterna enim die cras ipsum dicebamus, bodie 
vero quamdam adjacentiam, quam Quando dicimus, cum ipso Heri 
simul consideramus ; in crastino vero beri secundum ipsum diceba- 
mus, in tertio vero nudiustertius. Sic et aliis succedentibus diebus 
vel praecedentibus, diversae secundum idem species fingerentur, uno 
fortasse individuo. Sic enim beri singulare videtur et individuum , 
quando quidem ex singulari die praeterita natum est , sicut ipsa dies 
fuerat, quod etiam eidem contingit subjecto ; et boc quidem clarum 
est , cum posteriorem et propriam significationem ^ esse in tempore 
accipimus. Secundum vero aiiam, species fortasse videntur ac multis 
inesse , secundum id scilicet quod multa existant die besterna eadem 
permanente; singula vero sua diei individua babuerunt. Sicut autem 
tempus aut quaelibet quantitates contrarietate carent , ita et quae ex 
eis nascuntur, contrarietatem non babent. Comparari autem for- 
tasse videbuntur, sicut de quantitate tractantes meminimus. 

De ubi. 

[Cf. Aristot. Categ., pag. 5oi. Boeth. in Praedicam., pag. 190. — De rov Ubi natura et duplici 
significatione , secundum quantitativum et substantialem locum. Postea de Ubi et Quando, denique 
de sex ultimis praedicamentis in génère.] 

Ubi vero in loco esse definimus. Unde et ipse Aristoteles : « Ubi , 

inquit, ut in loco ^. » Quum autem et Quando in tempore esse et Ubi 

in loco determinamus , non incommode boc loco demonstrabimus 

quot modis esse in aliquo accipimus. Boetbius autem in editione prima 

^ Cod. abi, ut supra loco pro tempore. — * Sub. tou. — ' Aristot. et Boeth. habent Lycœo. 



198 PETRI ABiflLARDI DIALECTICA. 

super Categorias ^ novem computat : esse scilicet in loco , vel vase , 
sive in materia ut in subjecto forma esse dicitur, sive ut totum in 
partibus, vel partes in toto, seu species in génère, vel genus in spe- 
ciebus aut ut in imperatore vel quolibet honori prœsidente honor 
ipse dicitur esse, aut ut in fine, ut in beatitudine justitia. A qua qui- 
dam computatione maie videtur reliquisse esse in tempore , de quo 
ipse in sequentibus objectionem movet, ac maie post esse in loco 
adjunxisse esse in vase, nisi forte in loco esse secundum quantitatem 
loci acceperit, in vase autem secundum substantialem. Sicut autem 
Quando ex adjacentia temporis, ita Ubi ex adhaerentia loci nascitur; 
tam ab ipso loco quam a subjecta persona diversa sunt. Esse autem 
in loco secundum loci aequivocationem duobus modis intelligi po- 
test. Locum enim modo substantialem , ut domum vel tbeatrum 
intelligimus, modo vero quantitativum quum corporis circumscrip- 
tionem dicimus; de quo in quantitate actum est superius. Secun- 
dum autem quantitativum locum Deus incirconscriptus dicitur; 
secundum vero substantialem ubique esse perhibetur. Similiter et 
esse in loco dupliciter potest sumi , sive scilicet cum loco quantitative 
sive substantiali. At vero de substantiali major est consuetudo, ut 
Romae esse vel Tarenti vel Antiochiae. Si quis etiam Romae esse sive 
alia nomina secundum circumscriptionem rei accipiat, non videbitur 
loca permutare secundum accessum nostrum vel recessum , ut cum 
ad eam modo civitatem, modo ad istam properamus; eamdem enim 
circumscriptionem eadem corporis mei mensura tenet, sive in bac, 
sive in illa maneat civitate. Quae quidem circumscriptio ita corpori 
monstrata est adbaerere atque adjuncta esse ut singulae partes hujus sin- 
gulas partes illius obtineant, nec un quam alterum ab altero recédât, 
eademque dimensio utriusque credatur. Sic itaque idem locus quan- 
titativus permanere videtur, cum de bac civitate ad illam meamus , 
sicut idem remanet corpus; nec mutari circumscriptio ipsa videtur, 

^ Boethii editiones duo in Categorias non habemus , ut in librum de Interpretatione : 
locum autem hic laudatum non in edito de Praedicamentis commentario et in neutra 
editione commentarii de Interpretatione invenimus. . > >>. 



PARS PRIMA, LIB. Il, IN PRif:DICAMENTA. 199 
nisi per augmentum corporis adjuncti vel determinàti. Si itaque Romae 
esse circumscriptionis nomen accipiatur, oportet ut vel ad horam 
sit impositum, ac quasi sumptum ex praesentia substantiaiis loci, vel 
nos confiteri idem simul habere et id quod Romae esse dicitur et 
quod Antiochiae esse nominatur, cum tamen nullus simul et Romae 
et Antiochiae possit esse. Si vero Ubi ad substantialem locum potius 
quam ad quantitativum reducimus, illud annotandum est non omnia 
corpora loco contineri, ut firmamentum * ipsum, ultra quod nihil re- ' Fo^ »2i v" 
peritur. Illud quoque animadvertendum est quod quandoque species 
secundum ejusdem individui loci possumus intelligere continentiam. 
Cum enim Roma vel quaelibet civitas una sit vel quaelibet domus, 
esse tamen in hac civitate vel in bac domo multis esse commune 
poterit ; multi enim simul et in hac civitate et in bac domo potei unt. 
In quibus etiam manifestum videtur multas species vel gênera ad 
actus nostros pertinere, secundum id scilicet quod domos fabrica- 
mus vel civitates componimus, atque in bis fortasse aliud cassari 
quod omne genus duabus speciebus sufficienter distribui possit, cum 
scilicet per operationem nostram specierum numerum vel minui vel 
augeri contingat. 

Videntur autem nec generalissima esse Ubi vel Quando, eo 
quod prima principia non videantur. Quae enim ex allô nascuntur, 
prima non videntur principia , sed ipsa quoque principia habent ; 
Ubi autem ex loco, Quando autem ex tempore, sicut dictum 
est, originem ducunt. Sed secundum materiam summa dicuntur 
principia, non secundum causam; si enim principium secundum 
causam quamlibet accipimus, poterit substantia aliorum principium 
dici , in quo omnia alia fmnt , ac dum per ipsam sustentantur, per 
eam esse habere non dubitantur. Solet autem a multis in admira- 
tione ac quaestione deduci cur magis ex loci vel temporis adjacentia 
praedicamenta innascantur quam ex adhaerentia aliarum specierum sive 
generum.Tam enim bene Qualiter unius nomen generalissimi videtur, 
sicut Ubi vel Quando, cujus quidem species bona vel mala diceretur, 
sicut Quando heri vel nudiustertius, vel Ubi Romae vel Antiochiae 



200 PETRI AB^LARDl DIALECTICA. 

esse. Si quis autem Qualiter dlcat nihil aliud quam qualitatem de- 
monstrare , et Ubi dicemus nihil aliud quam locum designare , vel 
Quando nihil aliud quam tempus. Unde et earum defmitiones recte 
vel in loco esse vel in tempore dicimus, quœ, si grammaticœ pro- 
prietatem insistaiïius, nihil aliud a loco vel tempore diversum osten- 
dunt in quibus tantum locî vel temporis ponuntur, cum praepositio- 
nibus ipsorum , quas eamdem significationem cum casibus quibus 
apponuntur, constat obtinere. Cum enim dicimus in domo, non 
aliud per in quam per domo designatur. Videntur itaque magis pro 
nominibus accipienda esse esse in loco vel esse in tempore quam 
pro definitionibus. Haec autem generalissima ipsa , ut arbitror, com- 
parationis nécessitas meditari compulit. Cum enim quantitates non 
comparari constaret, non poteramus comparationem Diu vel Diuturni 
vel Extra ad tempus vel locum reducere ; indeque maxime inveniri 
praedicamenta arbitror ad quse illa reducantur. Ac de his quidam 
praedicamentis difficile est pertractare quorum doctrinam ex auctori- 
tate non habemus, sed numerum tantum. Ipse enim Aristoteles, in 
tota praedicamentorum série, sui studii operam non nisi quatuor 
praedicamentis adhibuit, Substantiae scilicet, Quantitati, ad Aliquid, 
Qualitati ; de Facere autem vei Pati nihil aliud docuit, nisi quod con- 
trarietatem ac comparationem susciperent. De quibus quidem, Boethio 
teste \ ipse in aliis operibus suis plene perfecteque tractaverat. De 
reliquis autem quatuor. Quando scilicet, Ubi, Situ, Habere, eo quod 
manifesta sunt, nihil praeter exempla posuit. Manifesta autem haec qua- 
tuor vel inde dixit quod ex aliis innascantur, vel ex eo quod in aliis 
operibus suis de his satis tractatum sit ; de Ubi quidem ac Quando , 
ipso quoque attestante Boethio^, in Physicis, de omnibusque altius 
subtiliusque in his libris quos Metapliysica vocat, exequitur. Quœ 
quidem opéra ipsius nullus adhuc translator latinae linguae aptavit; 
ideoque minus natura horum nobis est cognita^. 

' Boeth. in Praedic, pag. 190. — Ihid. — ' Cod. incognita. — Inde supra omne du- 
bium ponitur tempore Abaelardi nullam cognitam fuisse Physices et Metaphysices Aristo- 
telis latinam versionem, imo et Abaelardum graecae linguae ignarum fuisse. 



PARS PRIMA, LIE. II, IN PR^DICAMENTA. 201 

De situ. 

r Hune locum omnino prajtermittendum duxiinus. Id tantum memoratu dignum videlur, quod 
ait de Magistro suo, scilicet ab eo situm non relation!, ut Aristoteli et Boethio placuerat, sed quali- 
tati adscriptum fuisse: «Unus, memini, Magister noster erat qui positionis nomen ad qualitates 
quasdam sequivoce detorquèret.... Ita quidem ut sessio situs a sessione qualitate denominari dicatur. 
§ic et in aliis».] 

De relativis. * * Fol. 1 2 1 v°. 

[Cf. Aristot. Categ., pag. 474. Boeth. in Pradicam., pag. i55. Haec autgm tantum exterpenda 
visa sunt.] 

Ad aliquid* nomen miiltis modis accipimus. Modo eniin ipso in * Fol. 122 r" 
rébus, modo in vocibus utimur. Est autem vocis nomen secundum 
hoc quod ipsas relationes nominal; horum videlicet nominum : pater- 
nitas, fdiatio, ac cseterorum; in rébus autem mullipliciter accipitur. 
Piato enim omnia iila Ad aliquid esse voluit, quaecumque ad se in- 
vicem assignari per propria nomina quoquo modo possent , falsa cons- 
tructionis régula, secundum quam quidem significationem ipse Aristo- 
teies exPlatone mutuasse creditur illam diffinitionem quam primani 
posuit, ac postea correxit. 

.... Gum * itaque Aristoteles tôt inconvenientia sequi conspiceret ex * Fol. 1 22 v° 
ea diffinitione relativorum quam Plato nimis laxam dederat, ausus 
est errorem magistri corripuisse, et ejus magister fieri cujus se fuisse 
discipulum recogïioscebat. « Sed sunt ea, inquit^, potius « Ad aliquid, 
quibus est hoc ipsum esse ad aliud se habere » , ut supra expositum est. 
Quae quidem ab alia in eo maxime diversa creditur, quod banc Aris- 
toteles secundum rerum naturam protulit, illam vero Plato secun- 
dum constructionem nominum dédit. Unde ille dixit « dicuntur » ad 
constructionem vocum respiciens, istevero « esse » posuit, exproprie- 
tate veracius intuens. « Prior vero, inquit Aristoteles"^, diffinitio omnia 
sequitur » id est comitatur « relativa » ; sed non in eis confert esse ad 
aliquid , cigii '^t scilicet continentior. Plura enim sunt quae quodam 
modo ad alia possunt assignari, quae relativa non sunt, ut in supra- 
positis continetur, cum videlicet esse unius ex esse alterius non pen- 
^ Arist., pag. 484- Boeth., pag. 169. — ^ Arislot., pag. àSà. Cf. Boeth., pag. 16g. 

DIALECl'lCA. 2 G 



202 PETRI AB^LARDI DIALECTICA. 

deat. Est enim, ut Aristoteles docuit , esse relativorum habere se ad 
allud, id est ipsa proprietas secundum quam ipsa substantia ad al- 
teram respicit. Ipsa est relatio, ut paternitas, quœ banc substantiam 
cui adjacet ad illam oui fibatio inest respicere facit, secundum id sci- 
licet quod liic est illius pater. Multa vero ad alia possunt quoquo 
modo assignari , nec tamen eorum sunt relationes , ut ala alati , quod 
potest dici non secundum relationem sed secundum possessionem, et 
remus remiti non secundum relationem sed secundum coaptationem 
et apparatum. Sicut enim Aristoteles in praedicamento relativorum 
docuit^ animal non bene ad caput, vel navem ad remum secundum 
relationem assignari , eo videlicet quod multa animalia sine capiti- 
bus essent vel multœ naves quae remis non egent , sed solo conto rege- 
rentur, ita etiam ex eodem loco innuit nec etiam alam ad alatum 
nec remum ad remitum bene referri, sicut Plato voluisse creditur, 
cum saepe nec alae sint alatorum nec remi remitorum. Ala enim 
abcissa nuUius est alati , vel remus absconditus nullius remiti. 
Seiundum ergo relationem ea tantum ad alia possunt assignari 
quorum, ut dictum est, essentia ex se invicem pendet, ut sunt 
quaelibet relativa. Secundum autem possessionem multa quoque 
alia habent assignationem ad alia, ut bos meus dicitur id est mei, 
non quod secundum suam essentiam, ut videlicet ex essentia bo- 
vis, ad me respiciat, sed ex possessione mihi sit «ubjectus. Platoni 
autem imponunt eum in diffinitione illa non solum veram et pro- 
priam relationis assignationem accepisse, sedquamlibet, ut etiam in 
Ad aliquid ipsœ possint substantiae includi ; largior est itaque illa diffi- 
nitio quam nomen Ad aliquid. Unde et Aristoteles ait eam sequi qui- 
dem omnia relativa , sed non conferre eis esse ad aliquid. Sunt autem 
qui quemadmodum Platonicam diffinitionem nimis laxam vitupérant, 
ita et Aristotelicam nimis strictam appellant. Dicunt enim eam 
neque relationi généralissime neque individuis ejûls jpsse aptari, 
sed tantum speciebus Ad aliquid sive subalternis sive specialissimis. 
Relationi quidem generalissimo convenire non potest , eo videlicet 

' Aristot., pag. k']']- 



PARS PRIMA, LIE. II, IN PR^DTCAMENTA. 205 
quod ipsa non habet^ ad quœ possit^ referri, neque videlicet in suo 
praedicamento neque in alio. In alio quidem non potest liabere, cum 
non sint in aiiis praedicamenlis relativa; in suo quidem non habet , 
cum sit natura piior omnibus quœ bsec continet. Unde iliam diffini- 
tionem Aristotelis nullo modo ad Aliquid généralissime convenire 
judicant; sed neque individuis relationibus , ut huic paternitati vel 
buic fdiationi. Si enim, inquiunt, baec paternitas baberet suum esse 
babere se ad aliud, velati ad liane fdiationem , et jam utique babere 
se ad banc filiationem substantlale esset buic paternitati , quare etiam 
paternitati. Quicquid enim substantialc est individuo , est substan- 
tiale speciei , cum videlicet tota sit individui substantia. Quod si pa- 
ternitatis specialis substantia esset babere se ad banc fdiationem , 
utique bac fdiatione destructa omnino ipsa species perimeretur. Am- 
plius si, inquiunt, individua referri diceremus, sa?pe contingeret 
idem relativum multorum esse, ut in bomine babente plures fdios 
qui unam paternitatem respectu omnium babet, vel in iilio ba- 
bente patrem et matrem qui unam fdiationem babet respectu utrius- 
que. Videntur insuper multa individua non posse in diffinitione Aris- 
totelica inCludi , quod ipse dixerit priorem diffmitionem quam Plato 
dederat, omnia sequi relativa* : oportet enim secundum eam ipsa quo- * Fol. 123 r" 
que individua per propria nomina ad se invicem reciprocari, sed nequa- 
quam constructionis proprietas patitur dici : bic pater bujus fdii bic 
pater. Neque, Prisciano auctore, genitivi casus a singularibus nominibus 
possunt régi. Sed cum dicitur Marcia Catonis, uxor oportet subin- 
telligi; cui etiam congruit quod Aristoteles negavit omncs primas 
substantias ad aliquid videri , cum quœdam secundœ videntur se- 
cundum constructionis assignationem. Neque enim in bis construc- 
tionem valere ullo modo vidit; quod enim manus non dicitur ali- 
cujus quaedam manus , sed alicujus manus , et quod caput non 
dicitur alicujus quoddam caput, sed alicujus caput ^;ac si aperte 
ostenderet constructionem quidem communis et specialis ad geni- 
tivum valere, non singularis. Unde etiam ipsa individua referri non 

' Cod. habent. — ^ Cod. possint. — ' Arist., pag. àSli. 

26. 



204 PETRI AB^LARDI DIALECTICA. 

videntur nec ipsa quoque in diffinitionem Aristotelicam venire; 
unde et Aristoteles de imperfectione restrictionis sicut Plato de 
acceptatione nimiae largitatis culpabilis videtur; uterque enim mo- 
dum excesserit , atque hic quasi prodigus , ille tanquam avarus 
redarguendus. Sed et si Aristotelem Peripateticorum principem 
culpare praesumamus , quem amplius in hac arte recipiemus? Di- 
camus itaque omni ac soli relationi ejus diffinitionem convenire, 
ipsique relationi generalissimo , circa ipsa quoque ejus individua, 
id quidem quod est omni ei convenire. Si enim individuis aptari non 
possunt , nec utique speciebus essentiae. Neque enim substantia spe- 
cierum diversa est ab essentia iridividuorum , sicut in Libro Partium 
ostendimus \ nec res ita sicut vocabula diversas esse contingit. Sunt 
namque diversae vocabulorum in se essentiae specialium et singula- 
rium , ut homo et Socrates et Plato , sed non ita rerum diversae sunt 
essentiae. Unde illam rem quae est Socrates illam rem quae homo est 
esse dicimus; sed non illud vocabulum quod est Socrates, illud quod 
est homo. Unde quod in re speciali contingit, et in ipsius individuis 
necesse est contingere, cum videlicet nec ipsae species habeant nisi 
per individua subsistere , nec in ea quae informant et âd invicem 
faciunt respicere, nisi per individua, venire; quia enim haec pater- 
nitas huic homini advenit, et paternitas homini necesse est adve- 
nire. Magis etiam propria ipsa individua referri videntur quam ipsae 
species, cum saepe relationem in speciebus deficere videmus quam 
in individuis tenemus, ut in aequali et simili et inœquali et dissi- 
mili. Neque enim aequalitas vel similitudo vel caetera ad alias secun- 
dum relationem species assignantur, sed ad se ipsas gratia indivi- 
duorum ; aequalis enim aequali aequalis dicitur, et similis simili si- 
milis. Sunt tamen qui aequalis et inœqualis, similis et dissimilis inter 
qualitates contrarias recipiant, ex eo quod ea contraria comparant, 
quae privatoriis vocabulis designantur ut aequalis inaequalis, par 
impar, quod omnino respuimus.... 

* Sciiicet in commentario qui excidit de Porphyrii Quinque vocibus. Cf. infra , pag. 2 o5, 
237, 228. 



PARS PRIMA, LIB. II, IN PR/EDICAMENTA. 205 
.... lilud quoque qiiod dicitur : substantialis esse speciei quicqiiid 
est individuo substantialis, nihil ol)est; de formis enim substantia- 
libus est accipiendum. Non enim sicut species a generibus difFe- 
rentiis abundant, ita individiia speciebus. Illœ enim solae differentiae 
Socratem constituunt, quœ bominem faciunt, veluti lationalitas, 
mortalitas et caetera, quœ quidem universales sunt, non singulares; 
nam fortasse haec rationalitas Socrati substantialis, non bomini. Quod 
itaque omnes formae quœ individuis substantiales sunt, substantiales 
etiam sint speciebus secundum species non secundum individua , 
absque omni calumnia dici potest. Si quae vero de speciei aut indi- 
viduorum natura bic minus dicta sunt, in Libro Partium requi- 
rantur ^ Solet autem in questione illud duci, utrum relationes ad 
se per singularia tantum nomina referantur, sive etiam per substan- 
tiva ; utrum scilicet, quemadmodum dicimus patcr filii pater, ita 
etiam dicamus paternitas filiationis * paternitas. Scd mihi quidem *Fol. laSv^ 
nihil videtur sonare baec constructio substantivorum. Rationem qui- 
dem protendunt ut valeat; aiunt enim ipsas relationis essentias ex 
sua subsistentia sese exigere , et quod ipsa subjecta sese respiciant 
aut ad se invicem secundum eas referuntur, ex eis babere. Unde et 
ipsas id principaliter oportet tenere et ad se invicem substantias 
earum referri; unde etiam recta videtur substantivorum nominum 
relatio quae eas in essentia désignant. 

.... Hœc quidem de relativis Aristotelem plurimum sequentes dixi- 
mus, eo scilicet quod ex ejus operibus latina eloquentia maxime sit 
armata, ejusque scripta antecessores nostri de graeca in banc linguam 
transtulerint. Qui fortasse, si etiam scripta magistri ejus Platonis 
in bac arte novissemus ^, utique et ea reciperemus , nec forsitan 
calumnia discipuli de diffinitione magistri recta videretur. Novimus 
etiam ipsum Aristotelem et in aliis locis adversus eumdem magis- 
trum suum et primum totius philosopbiae ducem, ex fomite for- 
tassis invidiae aut ex avaritia nominis, ex manifestatione scientiœ 

' Hinc conjici potesf in isto libro disputatum fuisse de generibus, speciebus et indi- 
viduis et eorum natura. — * Liquet ergo Abaelardum libris Platonis omnino caruisse- 



206 PETRI AB^LARDI DIALECTJCA. 

insurrexisse , quibusdam et sophisticis argumentationibus adversus 
ejus sententias inhiantem dimicasse, ut in eo quod de motu 
animœ Macrobius meminit ^. Sic quoque et hicfortasse oblita^ est 
ipsius coiTOsio , cum vel non aeque in positione nominis Ad allqiiid 
secundum eum accepit, vel prave diffinitionis sensum exposuit, 
pravàque exempla ex se adjecit, ut quod emendare posset, inve- 
niret. Sed quoniam Platonis scripta in bac arte nondum cognovit 
latînitas nostra , eum defendere in bis quse ignoramus, non praesu- 
niamus. Unum tamen confiteri possumus : si attentius Platonicœ 
diffinitionis verba pensentur, eam ab Aristotelica non discrepare 
sententia. Nam in eo quod dixit quod « hoc ipsum quod sunt aliorum 
dicuntur, » non tam visus ad vocalem construction eni , ut aiunt, res- 
pexisse, quam ad naturalem rerum relationem. Cum enim ait hoc 
ipsum quod sunt, essentiam demonstravit, non vocabulum. JNeque enim 
ipsa res ipsum est vocabulum; nec vocabulum rei esse dici potest, 
sed rei essentiae demonstratio ; quod vero posuit dicuntur, nuncupa- 
tivum est verbum quod vim habet substantivi , ac si videlicet diceret : 
sunt. Quum ergo dixit quod hoc ipsum quod sunt aliorum dicuntur, 
non quamlibet assignationem , sicut volunt accipere, sed propriam 
relationem monstravit. lUa enim assignatio unius ad alterum , quum 
secundum ^bstantiam sit, propriam rerum ostendit relationem. 
Unde haec assignatio : bos hominis bos, non est secundum rela- 
tionem , neque bos in eo quod bos est hominis dicitur, sed in eo 
quod ab ipso possidetur. Ex possessione ergo hoc habet quod ho- 
minis dicitur, non ex substantia propria; ex accidenti casu quidem , 
et quasi non ex natura. Unde hujusmodi assignatio in relationem 
non venit, cum non sit in substantia respectus, in natura comitatio, 
nec unius substantia ex subsistentia alterius pendeat, quippe et absque 
assignatione ^ eorum substantias intégras esse continget. Taiis itaque 
videtur sententia Platonicae diffinitionis ; ea dicuntur ad aliquid quae 
hoc ipsum quod sunt aliorum dicuntur, id est , quorum substantia ex 

' Cf. Macrob. in Somn. Scip., lib. II (edit. 1670, Lugd. Bat., in-8°), pag. 170 sqq. 
— " Sic Cod. — ' Assignatione supplevimus. 



PARS PRIMA, LIB. II, IN PRiEDIÇAMENTA. 207 
altero pendet, ut paternitas-.et^iliatlo quarum essentiae ex se muluo 
consistunl.VidentLir quidem verba sonaie velationem genitivorum esse 
in substantivis quoque nominibus, quod nos superius negavimus; sed 
potius sensus qnam verba pensandus est; vel possiimus illud quod 
dixerat aliorum coi lexisse per illud quod subjungitur : vel quo modo 
libet altero, ac si dixisset : si non per genitivum , qui in aliorum intel- 
ligitur, referentur in essentia , quoeumque modo aliter ad se di~ 
cantur, dummodo ostendatur eorum ad inviccm relatio. Oppo- 
nuntur autem de appositis exempla , quae non essentiae relationem sed 
adjacentiœ denionstrant ; veluti cuni dicitur : pater filii pater. Nec 
ista quidem per exemplum sed per comparationem rccipimus. Ubi 
enim ipsae substantiœ ex ipsis relationibus se respiciunt, patet eas 
relationes esse. Cum enim dicimus : pater est pater filii, ipsamque 
patris substantiam in eo secundum quod pater est ad filium res- 
picere dicimus, ipsarum essentiarum relationes ex se pendere mani- 
festum est; cumque dicimus : pater est pater fdii, relationem no- 
tantes, maxima vis in nomine patris est attendenda, ut in eo quod 
pater est filii esse intelligatur ; alioquin simplex esset assignatio , non 
relatio, veluti cum dicitur bos bominis. Atque de relativis sufïï- 
ciant bœc. 

De qualitate. 

[Cf. Aristot. edit. Buhle, pag. 486 sqq. Boeth , pag. 172 sqq. Sub hoc titulo contineutur : De 
habita et dispositione (fol. 124 r") ; de passibili qualitate sea passione ( fol. 1 24 v° ) ; de potentia naturali 
et impotentia; déforma et figura (fol. 1 25 r") ; de supraposita divisione utrum sit per species ( fol. 1 25 v°); 
de prima proprietate ; de secunda (fol. 126 r**); de tertia; de quarla. Extremum hune locum , qui de 
^aarfainscribitur, unum edimus. ] 

De quarta. 

[C£ Aristot. Categ., pag. 498. Boeth. in Praedicam., pag. 187. — De duplici secundum Pla- 
tonem et Aristotelem relativi definitione. ] 

Hoc * autem est bujusmodi quod solae^ qualitates similes ac dissi- * Fol 126 
miles dicuntur. Qui enim albedinem suscipiunt, secundum eam similes 
dicuntur ad invicem, ab bis vero dissimiles qui nigredinem vel cae- 

' Cod. solas. 



208 PETRI AB^LARDI DIALECTICA. 

teros colores participant. At vero cum sirmilitudo relationibus aggre- 
getur, ex cujus adjacentia quaelibet res similes dicuntur, non videtur 
sécundum solas qualitates simile dici , nisi forte in eo quod per solas 
qualitates, ipsisque mediantibus , similitudo accidit. Hi vero qui 
similitudinem potius inter qualitates enumerant, ut Magistro nos- 
tro V. ^ placuit , si supra positam expositionem accipiant , ut sciiicet 
similitudinem ipsam ex qualitatibus innasci dicant, videntur in- 
finitatem incurrere, ut ipsa quoque similitudine mediante alia in 
inlinitum innascatur, nisi forte œquivoce verbo proprietatis utantur, 
in eo sciiicet ut ita omnes qualitates simile aut dissimile facere 
concédant, quod vel eis mediantibus similia aut dissimilia dicantur, 
vel proprie et statim ex informatione ipsarum, sicut ex adjacentia 
similitudinis ac dissimilitudinis. His autem qui simile ac dissimile 
inter qualitates computant, monstrari potest res quaslibet in eo 
quod dissimiles sunt, esse similes. In eo enim quod dissimiles sunt, 
eamdem dissimilitudinis qualitatem participant sécundum quam 
similes inveniuntur; est enim similitudo , Boethio teste ^, eadem dif- 
ferentium rerum qualitas. At fortasse non impedit si in eo quod 
dissimilitudinem participant, similes inveniantur. Sed hoc omnino 
abnegandum est, nulla inter se dissimilia esse sécundum eamdem 
qualitatem qua ab invicem differunt. Quod autem de similitudine 
dicitur, nuUi qualitati videtur congruere , nisi forte his quas 
communes meditantur. Nulla enim particularis qualitas diversis 
inerit, ut hœc albedo sive illanigredo; nec quidem aliquid sécun- 
dum hoc quod banc albedinem habet, cuicumque simile dici potest; 
sed.magis in eo quod albedinem speciem cum illo participât, ipsi 
simile dicitur; in eo vero quod banc habet, dissimile; ac si sécun- 
dum id quod banc albedinem habet simile non dicitur, ex ipsa 
tamen simile esse ostenditur; quia enipci banc habet, albedinem 
quoque habere convincitur, ex cujus participatione similis dicitur. 
Potest fortasse dici quod ex particulari albedine particularis simili- 
tudo innascatur; unde etiam similitudo inesse monstratur. Non 

' Sic Cod. Willelmo Canapellensi. — * Cf. Boeth., pag. 187. 



PARS PRIMA, LIB. III, IN LIE. DE INTERPRETATIONE. 209 
tamen paiticularis aibedinis adjacentia simiiitudinem exigit, quippe 
non nisi inter plura similitude existit. Hanc autem albedinem pos- 
sibile est subjecto suo inesse omnibus aiiis peremptis, nec similis 
diceretur cum non esset cum quo simiiitudinem teneret. Unde ma- 
gis communicatio qualitatis simiiitudinem efficit quam adjacentia; 
neque enim quia albedinem habeo, similis secundum eam dicor, 
sed potius quia eam cum aliis communico. 

De facere ac pati. 

[Cf. Aristot., pag, 5oo; Boeth., pag. 189. Disputalur praesertim defieri; nihil autem quocl alicu- 
jus momenti sit, invenimus.] 

De habere. 

[Cf. Aristot, pag. Soi, 524; Boeth., pag. 191, 192, 214. — Nihil hic adnotaudum , nisi quod 
Abaelardus cum Boethio de authentia Post-praedicamentorum consentire se profitetur. ] 



LIBER TERTIUS, IN LIBRUM ARISTOTELIS DE INTERPRETATIONE \ 

* Evolutus superius textus ad discretionem signilicationis nomi- 'Foi. 127 r", 
num et rerum naturas quae vocibus designantur, diligenter secun- 
dum distinctionem decem praedicamentorum aperuit. Nunc autem 
ad voces significativas récurrentes, quse solae doctrinae deserviunt, 
quot sint modi significandi studiose perquiramus. 

De modis significandi. 

. [Cf. Aristot. de Interprétât, edit. Buhle, tom. II, pag. i4; Boeth. in iib. de Interprétât, editiq 
prima, pag. 21 5; edit. secunda, pag. 289.] 

Utrum oranis impositio in significatione ducatur. 

[Cf. Aristot. De Interprétât., tom. II , pag. 1 5 ; Boeth. de Interprétât, edit. prima , pag. 2 1 7 ; edit. 
secunda, pag. 297.] 

Nunc autem ad priorem modum revertentes quem in impositione * * Foi. 1 27 v" 
Titulus omnino deest in Cod. 

DIALECTICA. 27 



210 PETRI AB^LARDI DIALECTICA. 

posuimiis\ quasdam de ipso controversias dissolvamus. Alii enim 
omnia quibus vox imposita est ab ipsa voce significari volunt, alii vero 
ea sola quae in voce denotantur atque in sententia ipsius tenentur. Illis 
quidem magister noster V. ^ favet; his vero Garmundus^ consensisse 
videtUr. lUi quidem auctoritate, hi vero fulti sunt ratione. Quibus 
enim Garmundus annuit rationabiliter ea sola quae in sententia vocis 
tenentur justa diffinitione significandi , quae est intellectum geiie- 
rare;de"eo enim vox intellectum facere non potest de quo in sen- 
tentia ejus non agitur. Unde nec a nomine generis speciem volunt 
significari, utbominem ab animali, nec subjectum accidentis a sumpto 
vocabulo, ut corpus ipsum a colorato vel albo; neque enim homo 
in nomine animalis exprimitur, nec subjecti corporis natura in co- 
lorato denotatur , sed tantum iilud quantum substantia animal sen- 
sibile dicitur, hoc vero tantum quod informatur colore vel albedine. 
Habet tamen et illud impositionem ad hominem et ad hoc corpus 
de quibus enunciantur. Unde manifestum est eos velle vocabula 
non omnia illa significare quae nominant, sed ea tantum quae de-- 
finite désignant , ut animal scilicet animal sensibile , aut album al- 
bedinem, quae semper in ipsis denotantur. Quorum^ sententiam 
ipsç commendare Bocthius videtur cum ait in divisione vocis ^ : « vocis 
autem in proprias significationes divisio fit, quotiens Una vox multa 
significans aperitur et ejus pluralitas significationis ostenditur ». Rur- 
sus idem , cum de divisione vocis in modos ageret °, infinitUm inquit 
multa significare, sed multis modis, in quo tamen nomine ipse et 
mundum et Deum et multa alia contineri monstravit. Hi vero qui 
omnem vocum impositionem in significationera deducunt, aucto- 
ritatem protendunt ut ea quoque significari dicant a voce quibus- 
cumque ipsa est imposita , ut ipsum quoque hominem ab animali , 
vel Socratem ab homine, vel subjectum corpus ab albo vel colorato; 
nec solum ex arte , verum etiam ex auctoritate grammaticae rd co- 

' Scilicet in praecedentibus quœ omisimus. — * Willelmus Campellensis. — ' Istius 
Gamaùndi nullus scriptor meminit; infra de eo non semel mentib erit. — * Cod. quorum 
non. — " Boeth. de Divisione, pag. ôSg. — * Ibid., pag. 643. 



I 



PARS PRIMA, LIB. IIF, IN LIB. DE INTERPRETATIONE. 211 
nantur ostendere. Cum enim tradat grammatica omne nomen sub- 
stantiam cum qualitate signiiicare, album quoque, quod subjectam 
nominal substantiam, et qualitatem déterminât circa eam, utrum- 
qOe dicitur significare; sed qualitatem quidem principaliter , causa 
cujus impositum est , subjectum vero secundario. Si enim ad principa- 
lem significationem significandi vocabulum semper reducerent, quo- 
modo verbum significare tempus sive personam concédèrent , quae se- 
cundario a verbo activo vel passivo, non ^ principaliter, significatur ? sed 
fortasse et ista quoque a yerbo recte significari diceretur, in eo quod 
in sententia ejus ipsa quoque tenetur. Ex arte quoque- individuum 
a specie vel génère sive speciem a génère significari'^ comprobant. 
Quod enim in substantia Aristoteles dixit^ aliquem hominem mani- 
festius demônstrari per nomen hominis quam per nomen animalis, 
aliquem etiam hominem ab utroçaj significari docuit. Rursus cum 
idem de Habere exempla poneret^, dicens : « quare Habere signilicat 
quidem calceatum esse , armatum esse » , rem speciei a vocabulo ge- 
neris significari'' monstravit. Boethius*^ quoque in primo Categorico- 
rum non homo infmita significare monstravit hoc modo ^ : « et quoniam 
non homo significat equidem quiddam , quid autem significet in no- 
mine ^ ipso non continetur. Potest enim non homo esse et lapis et 
equus et quicquid homo non fuerit ; quoniam ea quœ figurare potest 
infinita sunt, infinitum nomen vocatur. Si tamen significare pro- 
prie ac secundum rectam et propriam ejus dilïinitiohenx signamus , 
non alias res significare dicemus nisi quae per vocem concipiuntur. 
Unde Boethium supra dixisse meminimus : « Yocis in proprias signifi- 
cationes divisio fit, etc.; » propriae namque sunt illœ rerum signilica 
tiones quae determinate in sententia vocis tenentur. Etsi enim vox 
aequivoca pluribus imposita sit, plura tamen proprie significare non 
dicitur; quia aeque tanquam plura non signilicat quibus ex eadem 

' Non supplevimus. — ' Cod. significare. — ' Aristot. Caleg., edit. Buhie, loni. I, 
pag. 453. — * Ibid., pag. 5oi. — * Cod. significare. — ' Cod. idem, sed perperam ; e linea 
sliperiori idem hue irrepsit. — ' Boeth., de Syllog. Categ., lib. I, pag. 58 1, — ' Boelh. 
editio habet : homine. 



212 PETRI AB^LARDI DIALECTICA. 

causa est imposita, unam de omnibus tantum tenens sentejitiam. 
Laxe tamen nimium saepe auctoritas ad omnem impositionem signi- 
ficationis nomen extendit, 

Quae voces naturaliter, quae ad placitum significant. 
[Cf, Aristot., pag. 16; Boeth., edit. prima, pag. 217; edit. secunda, pag. 3o2.] 

Liquet autem ex suprapositis significativarum vocum alias na- 
turaliter, alias ad placitum significare. Quaecumque enim habiles 
sunt ad significandum vel ex natura vel ex impositione, signifi- 
cativae dicuntur. Naturales quidem voces , quas non humana mventio 
imposuit, sed sola iiatura contulit, naturaliter et non^ ex imposi- 
tione significativas ^ dicimus, ut ^ quœ latrando canis emittit , ex qua 
ipsius iram concipimus. Omniui^nim hominum discretio ex latratu 
canis ejus iram intelligit, quem ex commotione irae cfertum est pro- 
cedere in his omnibus quae latrant. Sed hujusmodi voces quœ nec lo- 
cutiones componunt, quippe nec ab hominibus' proferuntur, ab omni 
logica sunt alienœ. Eas igitur solas oportet exequi quae ad placitum 
significant, hoc estsecundum voluntatem imponentis, quae videlicet, 
prout libuit ab hominibus formatae , ad humanas locutîones consti- 
tuendas sunt repertae , et ad res designandas impositae , ut hoc voca- 
bulum Abaelardus.mihi in eo coUocafum est ut per ipsum de subs- 
tantia mea. agatur. Significativarum autem ad placitum alias in- 
complexas , alias complexas, hoc est alias dictiones, alias dicimus 
orationes. Est autem dictio simplicis vocabuli nuncupatio, id est, 
vox totaliter, non per partes, significativa , ut homo vel currit; oratio 
autem dictionum collectio , id est vox ad aliquid significandum in- 
venta, cujus partium aliquid extra significat, ut- homo currit. Nam 
et homo et carrit per se singula significant. At quoniam dictiones 
orationibus naturaliter priores sunt, quippe eas coffktituunt ac per 
ficiunt, priorem quoque in tractatu locum obtinere ipsae meruerunt, 
de quibus quidem illud in quaestiône ducitur quomodo quasdam 

' Et non supplevimus. — ' Cod. significative. — ' Cod. omnibus. 



PARS PRIMA, LIB. III, IN LIE. DE INTERPRETATIONE. 215 
earum compositas dicamus, sicut impius, respublica, et omnes sim- 
piices voces confiteamiir. 

De compositis. 

[Cf. Aristot., pag. 16; Boeth., edit. prima, pag. 221; edit. secunda, pag. 3 10. Priorem capitis 
partem edimus , ubi nonnuHa reperiuntur ad dialecticarum quae in duodecimo saeculo movebantur 
controversiarum historiam conferentia.] • 

Sed etsi omnes respectu orationis simpiices inveniantur secun- 
dum partium orationis significationem , inter se tamen comparatae 
quaedam quoque dicuntur compositae, secundum vocis compositio- 
nem quae ex diversis dictionibus procedit, non jam tamen dictio- 
nibus in constitutione dictionis remanentibus, sed omnino per se ac- 
ceptis tanquam syllabis non significativis. Cum enim respublica quod 
ex duobus integris compositum est, tanquam unum nomen corn- 
munis œrarii *, non sicut orationem acceperis, in eoque officio partes ' Fol. 128 r«. 
ejus respublica extra inteilexeris quod intra tenetur, solam in ipsis com- 
positionem, non significationem invenies; ac magis tamquam syilabae, 
non tanquam dictiones sunt sumendœ , quae ad hoc simui conjunctae 
sunt, ut jam singulœ nihil demonstrent, sed simul acceptae com- 
munem nominent thesaurum; alioquin oratio diceretur. Nunc au- 
tem omnem compositam dicimus dictionem quae diversarum dic- 
ifbnum sonos continet, nisi totius scillcet significatio significationi 
partium consentiat. Neque enim magistervel domus composita dicimus, 
iilud quidem ex duobus adverbiis, hoc ^ autem ex verbo et nomine, 
sed simplicia, eo scilicet quod partium significatio, quando dictio- 
nes accipiuntur, a sensu compositi omnino sit disjuncta; sed hoc 
maxime in bis accipiendum est compositis, quae definitis partibus 
junguntur. Nam fortasse impius quod ex in praepositione et pio 
nomine per se sumptis conjungitur, significationi partium non vi- 
detur accedere. Nam in praepositio nunquam privatorie construi- 
tur, cum ex duabus casualibus ad eumdem casum compositio fit-; 
modo quidem secundum inhœrentiam , modo secundum impositio- 

' Cod. hœc. — ^ Sic Cod. ; sensiim antcm non percipimus. 



214 PETRI AB^LARDI DIALECTICA. 
nem consistit; sicut jn secundo Péri ermenias Aristoteles decrevit, 
qui quidem", postquam ostendit quœ plura per appositionem sibi 
conjuncta multiplicem enunciationem redderent aut quœ non, est 
dicens^ : «At unum de pluribus vel plura de uno » etc.; adjecitquoque 
quœ plura per corapositionem sibi conjungantur aut quae non, cum 
subjunxit^ : « Quoniam vero haec quidem praedicantur composita » etc. 
Nostri tamen Magistri, memini, sententia et boc secundum sen- 
tentiam magis quam secundum .compositionem accipiebat. Sêd mi- 
rum erat quod homo albus ^ unum in significatione diceret, qui homo 
albus ambalans unum esse in significatione negaverat. Sed cum enim 
ex illis tribus unum non erat, sic nec bis duobus; aut sicut ex 
bis duobus unum universale sub bomine fingebatur, ita et ex tribus 
p>oterat. Inter cohaerentes quidem voces proponitur respublica, citha- 
vœdas bonus; inter opposita vero homo mortaus, quod Kumani ca- 
daveris nomen est. Si enim oratio sumeretur, cum de cadavere 
praedicaretur, falsa esset omnino, cum et homo per se significatum 
bominem poneret, et mortuum simul mortem attribueret, quse simul 
in eodem non possunt consistere. Sed est, ut Aristoteli placuit*, in 
hujusmodi compositione oppositio in adjecto, vel in eo quod alte- 
rum cui adjunctum est, in compositione per extra, tanquam dictio 
sumptum oppositum est, vel in eo quod adjectivum quod sub- 
ditur, substantivo prœcedenti oppositurn dicitur, mortuum scilidlt 
bomitii. Sed tamen memini qui homo mortuus pro oratione tenet , 
dicentem homo poni ad designandum de cadavere quod bomo fuerit. 
Sed si boc sit bominis sententia ut bominem prœteritum circa ca- 
daver detineat ^, taie est homo ac si dicatur quod fuit animal rationale 
mortale, nec in eo ulla oppositio erit inter bominem et mortuum; 
si vero hdmo propriam intentionem servet, ex praesentia animalis ra- 
tionalis mortalis, «rit quidem oppositio. Sed falsa propositio, quœ 
dicit cadaver esse bominem qui est mortuus; unde potius pro nomine 
sumendum est homo mortuus 

' Arjstot, edit. Buhle, tom. II, pag. 43. — ' Aristot., pag. A4. — ' Cf. Aristot., pag. 43. 
— ' Cf. Aristot, pag. 46. — * Cod. detinet. 



PARS PRIMA. LIB. III, IN LIE. DE INTERPRETATIONE. 215 

De indefinitis. 

[ Cf. Aristot., tom II , pag. 1 7 sqq. Boeth., edit. prima , pag. 2 2 2 -, edit. secunda , pag. 3 1 1 . — De 
praepositionum et conjunctionum significatione; et de oppositis dialecticorum et grammaticorum 
sententiis.] 

Oportet enim ut etiam per se dictae conjunctiones vel praeposi- 
tiones aliquam significationem habeant. Alioquin nop magis dicr- 
tiones appellarenlur quam litterœ, vel syllabœ quœ conjunctœ qui- 
dem significant; dictio autem a dicendo, hoc est a significando , dicta 
est. Unde et Boethius in prima editione Péri ermenias ^ : « una , inquit , 
nominis syllaba dictio non est, idcirco quod niliil per se separata 
significat ». Omnis enim liujusmodi^ pars quae per se nihil significat, 
non est dictio. Hinc itaque manifestum est lias quoque oratienis 
partes quas infmitas dicunt, per se etiam significare, ut' dictiones 
appellentur. At vero cum per se etiam significativœ sint hujusmodi 
dictiones, confusa per se et incerta earum significatio videtur. Nam 
et vel de se prolata ad omnia aïque se habent a cujus specie sunt, 
tenentque animum auditoris ut aliud expectet cui illa conjungantur. 
Quae non tam pro sua demonstratione inventas sunt quam pro appo- 
sitione vel conjunctione ad alia. At vero cum dico : homo et lapis, id 
est cum adjungo et conjunctionem dictionibus certum significan- 
tibus, per adjunctionem earum ipsa quoque et certam recipit* 
significationem*, cura scilicet certam hominis et lapidis conjunctio- * Fol. 128 
nem facit. Cum vero per se dicitur indeterminate, ad quorumlibet ' 
conjunctionem nos mittit. Similiter et de prœpositio per se dicta ad 
quaelibet confuse nos mittit , secundum id quod de eis aliquid esse 
contingit; sed cum dico de-homine, per hominis adjunctionem certam 
recipit significationem. Sunt itaque confusae et ambiguae prœposi- 
tionum per se sive conjunctionum significationes, tanquam in mul- 
tiplicitate sequivocationis earum consistât inventio , ac si ita inventae 
sint ut pro appositione diversarum diversas habeant significationes. 
Qui autem intellectus ab hujusmodi dictionibus designentur, non 

' Cf. Boeth., pag. 221. — * Cod. cujas modi. — ' Cod. in. — * Cod. respicit. 



- 216 PETRI AB^LARDI DIALECTIGA. 

est facile declarare ; sicut et quarumdam orationum , ut earum quœ 
perfectae sunt ac non enunciativae , sicut ejus'quœ ait : veni ad me; 
quam tamen itâ quidem nimis temere soient exponere, quod rprœcipio 
ut venias ad me. Sed haec quidem enunciationis est sententia ; unde 
luelius animus intellectum concipit quam lingua disserere possit. 
Promptior enim est ad intelligendum ratio quam ad proferendum 
locutio, et melius rei proprietatem intelligimus quam proferre pos- 
simus ; vis namque animœ major est quam linguae. Sunt autem qui- 
l)us videantur hujusmodi dictiones solos inteliectus generare, nul- 
lamque rem subjectam habere, sicut et de propositionibus conce- 
dunt. Tota enim propositio nullam rem subjectam habet; tota tamen 
de rébus per partes suas designatis quemdam générât intellectum. 
Sic^uoque et praepositiones et conjunctiones de rébus eorum quibus 
apponuntur, quosdam inteliectus facere videntur, atque in hoc im- 
perfecta earum significatio dicitur quod cum omnis inteliectus ex 
alio quod intelligitur, procédât , ipsa quoque res de qua inteliectus 
habetur, in hujusmodi dictionibus non tenetur sicut in nominibus 
et verbis, quae simul et res demonstrant ac de ipsis quoque inteliectus 
générant. At vero cum intellectum omnem ex aliqua re necesse sit ha- 
beri, quomodo inteliectus existet, ubi nulla eritrerum demonstratio-, 
ut scilicet hujusmodi dictionibus per se dictis intellectum aliquem 
capiamus, nullis adhuc rébus designatis.^ Unde certa apud gramma- 
ticos de praepositionibus sententia extitit ut res quoque eorum quo- 
*■ rum vocabulis apponuntur, ipsae designarent. Cum itaque dicimus de 
homine, dicunt de praepositionem hominem ipsum significare, secun- 
Fol. lagr". ^^^^ [^ quod aliquîd de ipso esse dicitur. Sed dico quod si * in de 
praepositione submissi vocabuli sigïiificatio continetur, superfluit 
casus adjunctio propter rei demonstrationem ; ubi enim vox quae- 
libet prolata est, tota ejus significatio inclusa est. Unde illa quo- 
rumdam dialecticorum sententia potior videtur quam grammati- 
corum opinio, quae omnino a partibus orationis hujusmodi voces, 
quas significativas esse per se non judicavit, divisit, ac magis ea 
quaedam supplementa ac coUigamenta partium orationis esse dicit; 



PARS PRIMA, LIB. III, IN LIE. DE INTERPRETATIONE. 217 
quibus quidem iiiud Boethii quod in primo Gategoricorum dici- 
tur, assentit^ : « Nomen , inquit, et verbum duœ soiae partes putan- 
« tur. Caeterae enim non partes, sed orationis supplementa simt, etc. « 
Sunt etiam nonnuUi qui omnino a significativis hujusmodi dic- 
tiones removisse dialecticos adstruant. Alioquin praepositiones quoque 
sive conjunctiones in diffmitione nominis Aristoteies includeret, 
quam in sequentibus ponemus; nisi forte in significativo definitam 
significationem acceperit. At si et alia ipsius quoque Aristoteiis verba 
pensemus, non poterunt hujusmodi voces orationis sensum sup- 
plere, nisi etiam in se fuerint significativae , sicut nec una syllaba, si 
addetur. Unde in Péri ermenias dicitur^ : « Sed erit affirmatio vel 
« negatio, si quid addatur, sed non una nominis ^ syllaba, » id est non 
faciendo additamentum unius syllabae hominis nomen alFirmationem 
vel negationem reddet vel aliquam orationem ; quippe ipsa syllaba si- 
gnificationem per se non tenet. lUa ergo mihi sententia praelucere vi- 
detur, ut grammaticis consentientes qui etiam logicae deserviunt, 
bas quoque per se significativas esse confiteamur, sed in eo signifi- 
cationem earum esse dicamus , quod quasdam proprietates circa res 
eorum vocabulorum quibus apponuntur praepositiones, quodam 
modo déterminent; ut cum dico de homine vel pro homine, quasdam 
proprietates quae homini insunt praepositiones désignant , in eo sci- 
licet quod vel de eo aliquid vel pro eo est, tamquam inde causa 
sit. Conjunctiones quoque, dum quidem rerum demonstrant conjunc- 
tionem , quamdam circa eas déterminant proprietatem ; veluti cum 
dico : homo et equus currit, per et conjunctionem simul eos in cursu 
unio, ac per et ipsum quamdam simul demonstrationem facio. Quo- 
rum quidem significatio in eo imperfecta seu ambigua vel suspen- 
siva dicitur, quod eas quas significat proprietates circa taiia demons- 
trant quae in significatione eorum non tenentur, sed potius in 
designatione oppositarum dictionum , tam scilicet nominum quam 
verborum, quorum demonstratio perfecta est. Sive enim de intel- 

' Boeth., de Syllog. Categ. , pag 682 — ' Aristot., de Inlerpret., tom. II, pag. 20. 
— * Aristoteies habet hominis. 

DIALECTICA. 2 8 



218 PETRI AB^LARDI DIALECTICA. 

lectu sive de proprietate alicujus formœ nominis aut verbi signi- 

licatio fuerit, rei alicujus significationi semper adjuncta est. 

De detinitis. 

Quae quidem sola ex significationis privilégie inter partes orationis 
dialectici recipiunt , sine quibus veritatis aut falsitatis demonstratio 
lieri non potest, quorum , ut dicimus, in quœstione dialectica maxime 
desudat. In nomine autem nomina atque pronomina cum adverbiis 
et quibusdam interjectionibus incluserunt, his videlicet quas non 
natura docuit, sed inventio nostra composuit. Sunt enim quaedam 
interjectiones naturales ut, vah, ah, heu, quae nec dictiones, nec 
propriœ partes orationis dicuntur, quippe impositae non sunt ; quae- 
dam vero compositae et ad placitum designativae , ut : papœ, atat, 
proh , quœ et nomini sicut adverbia supponuntur. Sunt namque de- 
finitae significationis, ut papœ admirationem , atat vero metum pro- 
ferentis désignât, ac sunt sine tempère. Quando autem interjectio 
dictioni omnino supponi non poterat , cum videlicet quaedam sint , 
ut dictum est, naturales-, nuUam, ut arbitror, mentionem de in- 
terjectionibus dialectici fecerunt. Qui etiam in verbi vocabulo non 
solum verba grammaticorum , verum etiam participia comprehen- 
dunt , quae etiam temporis designativa sunt. Caeteras autem , ut dic- 
tum est, orationis partes, quas imperfectae significationis diximus, 
prœpositiones scilicet ac conjunctiones , quaedam partium orationis 
colligamenta ac supplementa dicebant : conjunctiones quidem in 
conjungendo, praepositiones vero in praeponendo; quarum conside- 
ratio grammaticae potius est disciplinée; definitarum autem, ut dic- 
tum est, dictionum aliae nomina sunt, aliae verba. 

De Domine. 

[Cf. Aristot. de Interpret., pag. 16; Boeth., edit. prima, pag. 220; edit. secunda, pag. 3o8. Dis- 
putatur praecipue de nominis et verbi difierentia et de casibus nominis. Duos tantum locos excer- 
psimus. ] 

Fol. 129 v'. .... Non * tam igitur in significatione temporis nomen a verbo rece- 



PARS PRIMA, LIB. III, IN LIE. DE INTERPRETATIONE. 219 
dere videtur, quaminmodosignificandi. Verbum enim, quod soium^ 
inhaerentiam fecit, in eo tempus quoque désignât, quod inhaerentiam 
rei suœ ad subjectam personam in tempore dénotât. Nomen aqtem 
inhaerendi significationem non tenet, nec aliquid quemadmodum 
verbum inhaerere proponit , etsi rem aiiquando ut inhaerentem deter- 
minet^, ut album aibedinem tanquam adjacentem atque inhaerentem 
significat, nec tamen vel adjacere vel inhaerere proponit, si eut ver- 
bum facit, quod etiam substantivi verbi copulationem adjunctam 
propriae significationi continet; tantumdem enim currit \erhum pro- 
ponit, quantum est currens dicere. Unde in secundo Péri ermenias 
Aristoteles^ : Nihil, inquit, differt, honrinem ambulare et hominem 
ambulantem esse; ac si aperte diceret : idem dicit homo ambulat 
quantum proponit homo est ambulans. Sedad hoc, memini, Magister 
noster V,* opponere solet : si , inquit , verbum propriam signi- 
ficationem inhaerere dicit , verum autem sit eam inhaerere , pro- 
fecto ipsum verum dicit, ac sensum propositionis perficit. Verum 
ipse verbo deceptus erat, ac prave id ceperat verbum dicere rem 
suam inhaerere, ut currit cursum, quod dicebamus. Neque enim 
sensum propositionis accipiebamus tanquam cursum in subjecto 
ponentes, atque inhaerere in praedicato; hune enim sensum currit 
non habere ex série ipsa orationis manifestum est, sed tantumdem 
intelligimus in currit, quantum in est currens; non quod pro^ proposi- 
tione accipiatur^, ut currens subjeetum, est yero praedicatum ponatur, 
sed tanquam pro parte propositionis, ut hujus quae ait : homo est cur- 
rens, subterjunctum copulatur. Cum autem cui copuletur in est 
carrens subjeetum deest ad perfectionem sensus enunciationis, nihil 
itaque aliud accipimus, cum dicimus currit denionstrare cursum in- 
hœrere, quam proponere esse currentem , sicut nihil aliud dicimus 
animal homint inhœrere quam hominem animal esse. Alioquin diversi 
sensus essent, si videlicet animal unum de inhaerentibus homini di- 
ceremus, ipsumque animal in subjecto inhaerere, ut in praedicato, 

' Cod. solam. — " Cod. detinet. — 'Cf. Aristot. de Interpret., tom. II, pag. ig. — * Wil- 
lelmus Campellensis. — ' Pro supplevimus — ° Cod. accepto. 

a8. 



220 PETRI AByELARDI DIALECTICA. 

atque homini in denunciatione utemur. Subjectarum vero rerum di- 
versitas secundum decem Praedicamentorum discretionem superius 
est ostensa , quae principalis ac quasi substantialis nomini significatio 
detur. Caeterae vero significationes quae secundum modos significandi 
accipiuntur, quaedam posteriores atque accidentales dicuntur, quae 

etiam breviter sunt nobis perstringendœ 

FoL i3or°. Sicut* autem casus a nomine dialectici dividunt, ita etiam in- 
finita nomina, ut non homo, non album. Unde in eodem Péri 
ermenias dicitur ' : « non homo vero non est nomen , at vero nec 
positum est nomen quo illud oporteat appellari. Neque enim oratio 
aut negatio est; sed sit nomen infinitum. » Finita enim sola, ut dic- 
tum est, sicut et recta in nomine inclusit; de impositione autem 
nominis infiniti talem idem in tractatu Verbi causam subjunxit ^ : 
« sed sit, inquit, infinitum, quoniam similiter in quolibet est, vel quod 
est, vel quod non est^ » ut non homo, non solum de bis quae sunt 
dicitur, verum etiam de bis quae non sunt. Sicut enim equus, non homo 
dicitur, ita et chimaera vel bircocervus, quae nuUa sunt existentium , non 
homo dici possunt, et quicumque homines non sunt. Est autem supra- 
posita causa vocabuli non tam ad significationem reducenda, cum 
scilicet nec solis nec omnibus infmitis videatur convenire, quam ad 
quamdam imponentis institutionem. Eadem causa hujusmodi vo- 
cibus infiniti nomen attribuit , quod infinita in ipsis vidit contineri , 
tam scilicet ea quae sunt, quam ea quae non sunt; licet tam en non 
in eis solis nec omnibus infinitis. Nam res quoque et aliqnid signifi- 
cativum, quae infmita non sunt, ea quoque quae non sunt continere 
dicuntur, cum negativa particula careant, qua finiti significationem 
périmant. Unde in primo Péri ermenias dicitur ^ « bircocervus enim 
« significat aliquid; » hic enim aliquid, ut Boetbius ostendit*, nomen 
est rei non existentis , ex quo etiam innuitur liircocéirum quoque 
significativum vocari. Sed nec omnibus infinitis supràposita causa 
conveniet; nuUa enim existentia nominant, hoc est, cum omnia sua 

' Aristot., pag. 17. — * Ibid., pag. 18. — ^ Ibid., pag. i5. — * Boeth. edit. prima, 
pag. 219; secunda, pag. 307. 



PARS PRIMA, LIE. m, IN LIB. DE INTERPRETATIONE. 221 
finita contineant. Licet autem nec soiis nec omnibus infmitis conve- 
niat supraposita causa nominis, maxima tamen de parte dicta cau- 
sam magis inventionis quam proprietatem significationis ostendit, 
cum ipse scilicet Aristoteles, hujus nominis in hac significationc 
inventor, ab infinitis infinitamonstravitcontineri. Sunt autem multae 
compositionis vel inventionis nominum causœ, quœ nec solis nec 
omnibus subjectis rébus possunt applicari, ut homo ab liumo nomi- 
natus est, quod quidem ex humo factus sit, non solus; vox quoque 
a vocando, id est significando , dici perhibetur, licet multse sint non 
significativae , ac nec solae fortasse signiiicativœ. Si quis autem homi- 
nis nomen secundum significationem ac vocis sententiam aperire vo- 
luerit, ejus diffinitionem proférât. Sic quoque et si quis juxta signifi- 
cationem infinitum dicere voluerit, dicat infmitum esse vocabulum 
ex negatione ac fmito compositum. Cujus potius modus significationis 
infinitus atque incertus dici potest, quantum quod ad remotionem 
fmiti, quoniam significatio infinita per multitudinem. Qui enim dicit 
non homo, nihil definite constituit hominem removendo. In eo enim 
quod hominem removet, quid non sit quidem demonstrat , qnid 
vero sit non désignât. Atque ideo incerta dici potest ejus signifi- 
catio, in eo quod inlinita dicitur, hoc est secundum remotionem 
fmiti. In qua tantum remotione, dum attenditur praedicatum , nega- 
tionem dicitur facere; cum vero rem aliquam de his quibus impo- 
situm est attribuit, affirmationem reddere; veluti cum dicimus; Sa- 
crâtes est non homo, hanc, ut aiunt , enuntiationem et in sensu 
affirmationis vertere possimus si scilicet ita intelligamus : est aliquid 
ex his quae non sunt homo , et in sensu negationis , si hominem re- 
moveamus, ac si non est homo diceremus. Patet itaque ex suprapo- 
sitis infmiti^ diffinitionem non esse quod infinita continet, sedcau- 
sam potius esse novae transpositionis et impositionis nominis. Cum 
enim infmita ea dici Aristoteles sciret quorum infmita est multitudo, 
ab his idem vocabulum transtulit et hujusmodi nominibus imposuit, 
ex ea quidem affinitate quod in ipsis saepissime inlinitas res includi 

' Cod. infini ta. 



222 PETRI AB^LARDl DIALECTIGA. ' 

vidcret, ut sit potius impositionis norainis causa quam diffinitionis 
proprietas; quales quidem causae sœpe in etymologiis ledduntur, ut 
Brito dictus est quasi brutus; licet enim non omnes vel soli sint sto- 
lidi , hoc tamen qui nomen Britonis composuit secundum affinitatem 
nominis bruti, in intentione liabuit quod niaxima pars Britonum fatua 
esset, atque hinc hoc nomen ilh affine in sono protulit. Sunt autem 
qui omne infinitum , et in his quae sunt et in his quœ non sunt esse 
concedunt, secundum id scihcet quod tam ea quœ sunt quam ea 
quae non sunt quoquomodo significant, ut ipsum quoque non ens 
et quod ea quœ sunt removendo significat , et quœ non sunt simul 
nominat, utriusque esse dicitur. Sed profecto non in aliis voca- 
bulum esse dicimus , nisi in his quibus est impositum , ac de quibus 
potest prœdicari. Gum autem Aristoteles a nomine, ut dictum est, 
tam obliqua quam infinita separaverit , suprapositœ quidem diffini- 
tioni quœ ea quoque, ut ipse docuit, comprehendit, innuit appo- 
nendum esse, ad eorum exclusionem, rectum finitum ; ut sit nominis 
intégra diffinitio : vox significativa ad placitum sine tempore, cujus 
nulla pars significativa est, scilicet recta finita. 

De verbo. 

[Cf. Aristot., pag. i8-, Boeth. edit. prima, pag. 228; edit. secunda, pag. 3i3. Disseritur hic 
proiixius de verbi definitione secundum Aristotelem etiBoethium ; non omnia verba actionis et pa»- 
sionis significativa esse; de substantivi verbi natura et usu, de copulatione substantivi cum adjec- 
tivo per substantivum verbum; de copulatione adjectivi etiam non entis, aut futuri tantum, aut 
praeteriti; de verbo infinito, et oratione infinita. E quibus ea tantum excerpsimus quae de WiHelmo 
Campellensi nonnibil continent.] 

Fol. i3i r'. .•• Non * est autem illud prœtermittendum quod verba in enuncia- 
tionibus posita modo proprie , modo per accidens prœdicari dicuntur; 
proprie autem prœdicantur hoc modo, Petrus est, Petrus currit; hic 
enim gemina vi funguntur, cum non solum copulandi officium tenent, 
sed etiam rei prœdicatœ significationem habent. Per accidens autem et 
non proprie prœdicari dicuntur, cum ipsum verbum ^ prœdicato ad 

' Verbum supplevimiis. 



PARS PRIMA, LIE. III, IN LIB. DE INTERPRETATIONE. 223 
ejus tantum copulationem apponitur, ita : Petrus est homo. Neque 
enim hic interpositam quoque rem prœdicatam continet, quippe 
jam homo superflue supponeretur, sed tantum quod subjungitur 
praedicatum copulat; nec si jam aliquid prœter hominem in ipso 
esset attributum, in eodem loco hominem copularet subjunctum. 
De hac autem praedicatione per accidens in secundo Péri ermenias ^ 
dicitur. Quando autem est tertium adjacens praedicatur, dupliciter 
fiunt appositiones; adjacens enim in eo dicitur verbum quod praedi- 
cato apponitur ad ipsum tantum copulandum, nec pro subjecta re 
praedicanda ponitur, sed ut tantum copulet id quod praedicatur. Cum 
autem proprie dicitur, rem etiam prsedicatam continet atque aliquam 
rerum existentium indeterminate attribuit , veluti cum dicitur : Pe- 
trus est, hoc est, Petrus est aliqua de existentibus rébus. Quando 
quidem praedicationem ex accidentali necesse est consequi , pro eo 
quod sœpe rerum non existentium vocabula copulat, veiuti cum 
dicitur chimœra est opinabilis vel non existens. Nec mirum , cum in- 
terpositum significationem essentiae non habeat, sed tantum copula- 
tionis officium, ut dictum est, teneat. Unde etiam in secundo Péri 
ermenias dicitur^ : « Homerus est aliquid ut poeta, ergo etiam est, an ^ 
non? » Ac rursus : « quod autem non est , quoniam opinabile est , non 
est verum dicere esse aliquid. Opinio enim ejus non est quoniam est, 
sed quoniam non est. » At vero quaeritur, cum est verbum superius 
dictum sit inter quaslibet essentias copulare, quod omnes in essen- 
tia significat, quomodo illa potest copulare quorum significationem 
non continet, veluti non*^ ens aut opinabile , quod proprie acceptum 
sola non existentia, utnobisplacuit, nominat, aut quomodo construc- 
tionis proprietas servari poterit, nisi * intransitive ipsum quoque liis *Fo1. i3i y' 
quae copulat conjungatur ? Ujide quidem cum dicitur, Homero quoque 
defuncto, Homerus est poeta^, hoc est, memorialis famaHomeri adhuc 
manet per poema quod composuit, vel chimœra est opinabilis , esse 
quoque quod interponitur, in designatione non existentium vokmt 

' Cf. Aristot, pag. 47- — * Ibid. — ' An exciderat. — ' Non supplevimus. — '' Cf 
Aristot., pag. A7 ; Boeth. éd. prima, pag. 266; éd. secunda, pag. /iaS. 



224 PETRI AB.ELARDI DIALECTICA. 

accipi. Sed quid ergo esse ea negat , si idem esse quod non existentia 
demonstrat, accipiat? Nostri vero sententia Magistri non secundum 
verbum accidentalem dicebat praedicationem , sed secundum totius 
constructionis significaturam , atque impropriam locutionem, quœ 
tota ad alium sensum explicandum composita est quam verba vi- 
deantur habere, Cum enim dicimus, Homero defuncto, Homerus est 
poeta, si significatarum significationem dictionum pensemus , atquc 
Homeri nomen hominis a poeta sumamus, verum est et simpliciter 
Homerum esse, ex eo scilicet quod poetœ proprietatem babere di- 
citur, atque propria fuit locutio. Si autem nullam constructionis 
proprietatem, sed significationem dictionum attendamus, sedmagis 
alterius orationis sententiam quam in ea tota exprimere volumus, 
ut ejus quœ ait : fama Homeri per poesim ipsius manet , figurativam 
atque impropriam locutionem componimus. Velutisi, aliquo tyranno 
defuncto, filiis ejus superstitibus ac tyrannidem patris exercentibus , 
dicamus : ille defunctus tyrannus adbuc vivit in fiiiis, non quidem 
vitam tyranno attribuentes, imo illis quos genuit, tyrannidem ejus 
exercentibus, ac si aperte diceremus : illi, quos ipse genuit, adhuc 
vivunt , tyrannidem ejus exercentes. Unde quia vivere per filios tan- 
tum tyranni nomini conjunximus, quando filii nomen subtrahitur, 
non possumus simpliciter dicere quod vivat. Idem etiam de ea enun- 
ciatione quae est, Homerus est poeta, dicunt, ut scilicet cum poetœ 
nomen quod ad poema quodammodo se habet, subtrahitur per 
quod Homeri nomen nomini copulabatur, Homerus est simpliciter 
non dicatur. Sed quaero in illa significativa locutione, Homerus est 
poeta, cujus nomen Homerus aut poeta accipiatur. At vero si bomi- 
nis, falsa est enunciatio, eo defuncto; si vero poematis de quo agi- 
tur, cur esse et ipsum denegetur, aut quid figurativa locutio dicitur? 
non jam impropria est locutio, sed nova vocis aequivocatio. Sed ad 
hoc , memini , ut Magistri nostri sententiam defenderem , respon- 
dere solebam Homeri et poetœ nomen , si per se intèlligantur, Ho- 
merum designare ; unde bene denegatur simpliciter Homerum esse 
qui jam defunctus est. At vero cum totius constructionis sententia 



PARS PRIMA, LIE. HT. IN LÏB. DE INTERPRETATIONE. 225 

pensatur, ac simul verba in sensu alterius enunciationis confun- 
duntur, non jam singularum dictionum significatio attendenda est , 
sed tota magis orationis sententia intelligenda ; atque in eo impro- 
pria dicitur orationis constructio, quod ejus sententia ex significa- 
tione partium non venit. Nec ullum poematis nomen de quo agimus , 
in enunciatione continetur. Aut fortasse in eo quoque impropiia dici 
potest constructio, quod Homerus, qui recti casus vocem habet, in 
significatione obliqui utimur, cum poema Homeri existere dicimus, 
ac poetœ nomen ad poematis nominationem secundum resolutionem 
sensus non convenientem reducitur. Sic quoque et chimœra est opina- 
bilis in eo figurativa atque impropria locutio dicitur, quod alia verba 
quam quae videantur in voce, proponant in sensu; non enim chimaerae, 
quœ non est, aliqua proprietas per opinabile datur, sed magis animae 
aiicujus opinio de ipsa attribuitur, ac si ita diceremus : anima alicujus 
opinionem habet de chimaera. 

.... De * orationibus vero infmitis, quare boc loco Aristoteles men- * Fol. i32 r' 
tionem non fecerit, solet quseri, cum et ipsae quoque in enunciationem 
veniunt, velut ea quae dicuntur, non albus homo, non animal rationale 
mortale. Quae enim orationes impositione nominum habentur, infi- 
nitari quoque sicut et nomina videntur. Alii itaque Aristoteiem sim- 
plicis enunciationis constitutionem demonstrasse hoc loco volunt , 
alii vero nullo modo orationem infmitari concedunt, quibus, me- 
mini, magister noster V. ^ assentiebat; nec quidem id tam secun- 
dum sententiam negabat quam secundum constructionis naturam; 
cujus quidem invalidam de conjunctione dictionum calumniam 
in Glossulis ejus super Péri ermenias invenies ^. Si enim sensum 
exequamur, infinitationis quoque proprietas in oratione quoque 
invenietur, et quaecumque sub finita non continentur, sub infi- 
nita eadem possunt; ut, cum verum sit Socratem non esse album 
asinum , veram quoque et eam concedimus : Socrates est non albus 
asinus, ita quidem ut non solum album infinitetur et asinus rema- 

' Willelmus Campellensis. — * lUud Willelnii opusculum nusquam laudatum inve- 
nîtur. 



DIALECTICA. a 



226 PETRI ABiflLARDI DIALECTIGA. 

neat, ac si ita dicatur, est asinus non albas, sed ut tota simul oratio 
albus asinus negatione excludatur. Alioquin magis una dictionum 
tantum infinitaretur quam oratio; sicut in secundo Péri ermenias 
ad alï)i tantum infinitationem Aristoteles negationem posuit ^, cum 
pro falsa eam propositionem induxit : lignnm est non albus homo. 
*Foli32v°. «Si enim, inquit, de omnibus aut dictio est aut* negatio vera, 
cum lignum falsum sit dicere esse album hominem, erit verum 
de eo dicere esse non album bominem; » quod ac si diceret in- 
conveniens est in eo scilicet, ut dictum est, quod albo tantum re- 
moto hominem relinquit. Cum autem album tantum excluditur et 
homo remanet , verum est dicere omne non album hominem esse , 
et non album esse et hominem; taie est omne non album homi- 
nem , quod omne hominem qui est non albus. Cum vero tota infmi- 
tatur oratio, non est necessarium vel omne album hominem esse 
non albima vel hominem esse, quippe albus equus est, non albus 

* homo. Sed neque non albus simpli citer neque homo dici potest. 

Hactenus quidem, Dagoberte frater, de partibus orationis, quas dic- 
tiones appellamus, sermonem texuimus. Quarum tractatum tribus 
voluminibus comprehendimus. Primam namque partem libri Parti um 
ante Praedicamenta posuimus; dehinc autem Praedicamenta submi- 
simus, denique vero Post-praedicamenta novissime adjecimus in 

* quibus Partium textum complevimus. 

* Aristot., pag. 48 



PARS SECUNDA. 

DE PROPOSITIONIBUS ET SYLLOGISMIS CATEGORIGIS, 



ANALYTICA PRIORA. 



[Hujus tituli loco codex habet : Pétri Jbœlardi Palatini Peripatetici Analjticoruni priorum primas 
Hic et in sequentibus Abaelardus tractatura Arislotelis de Interpretatione commentari pergit. Cum 
autem ad syllogismes accedit, Boethium sequitur; Aristotelis enim Analyticis carebat, ut ipse ait 
infra, pag. 229.] 



PETRI AB^LARDI PALATINI PERIPATETICI ANALYTICORUM PRIORUM PRIMUS. 

Justa et débita série textus exigente, post tractatum singularum 
dictionum, occurrit comparatio orationum. Oportuit enim materiam 
in partibus praeparari, ac demum ex ea totius perfectionem conjungi. 
Sicut ergo partes natura priores erant, ita quoque in tractatu proce- 
dere debuerant, atque ad ipsas compositionem totius subsequi de- 
cebat. Non autem quarumlibet orationum constructionem exequi- 
mur, sed in bis tantum opéra consumenda est, quae veritatem seu 
falsitatem continent, in quarum inquisitione dialecticam maxime 
desudare meminimus. Unde cum inter propositiones quaedam earum 
simplices sint et natura priores, ut categoricœ, quaedam vero com- 
positae ac posteriores, ut quae ex categoricis junguntur bypotheticae , 
bas quidem quœ simplices sunt prius esse tractandas ex supraposita 
causa, unaque earum syllogismos ex ipsis componendos esse apparet. 
Nec propter aemulorum detractationes obliquasque invidorum cor- 
rosiones, nostro decrevimus proposito cedendum, nec a communi 
doctrinae usu desistendum. Etsi enim invidia nostrae tempore vitae 
scriptis nostris doctrinae viam obstruât, studiique exercitium apud 

29. 



228 PETRI AByELARDI DIALECTICA. 

nos non permittat , tum ^ saltem eis habenas remitti non despero , 
cum invidiam cum vita nostra supremus dies terminaverit , et in his 
quisque quod doctrinae necessarium sit , inveniet. Nam etsi Peripate- 
ticorum princeps Aristoteles categoricorum syllogismorum formas et 
modos breviter quidem et obscure perstrinxerit , utpote qui pro- 
vectis scribere consueverat, Boethius vero bypotheticorum com- 
plexiones eloquentiœ latinae tradidit , graecorum quidem Theophrasti 
atque Eudemi^ operum moderator^, qui tum de his scrip^erant 
syllogismis , uterque quidem , ut ipse ait *, moderatae doctrinse ter- 
minos excedens , ita ut hic lectorem brevitate , ille vero prolixitate 
confunderet; post omnes tamen ad perfectionem doctrinae locum 
studio nostro in utrisque resérvatum non ignoro. Item quae ab eis 
summatim designata sunt vel penitus omissa, lahor noster in lucem 
proférât, interdum et quorumdam maledicta corrigat, et schisma- 
ticas expositiones contemporaneorum nostrorum uniat, et dissen- 
tiones modernorum , si tantum audeam profiteri negotium , dis- 
solvat. Confido autem in ea , quae mihi largius est , ingenii abundan- 
tia, ipso coopérante scientiarum dispensatore , non pauciora vei 
minora me prœstiturum eloquentiae peripateticae munimenta quam 
illi praestiterunt , quos latinorum célébrât studiosa doctrina, si quis 
nostra eorum scriptis compenset , et quid ibi si vel aequaliter quidve 
nos ultra ponamus, aut qualiter eorum implicitas sententias evol- 
vamus, aeque dijudicet. Neque enim minorem aut fructum aut labo- 
rem esse censeo in justa expositione verborum quam in inventione 
sententiarum. Sunt autem très quorum septem codicibus omnis in 
hac arte eloquentia latina armatur. Aristotelis enim duos tantum , 
Praedicamentorum scilicet et Péri ermenias libros usus adhuc latino- 
rum cognovit ; Porphyrii vero unum, qui videlicet de Quinque vocibus 
conscriptus, génère scilicet, specie, differentia, proprio et accidente, 
introductionem ad ipsa praeparat praedicamenta ; Boethii autem qua- 
tuor in consuetudinem duximus libros, videlicet Divisionum et To- 

' Cod. cum. — * Cod. eumdem. Cf. Boeth. De syllogism. hypothet, edit. Basil., i5A6, 
pag. 606. — * Cod. moderatorum. — * Cf. Ibid. 



PARS SEGUNDA, ANALYTICA PRIORA, I. 229 

picorum cum syllogismis tam Categoricis quam Hypotheticis. Quorum 
omnium summam nostrœ dialecticœ textus plcnissime concludet, et 
in lucem usumque legentium ponet , si nostrœ creator vitœ tempora 
pauca concesserit, et nostris livor operibus frena quandoque laxa- 
verit. At vero, cum voluminis quantitatem mentis imaginatione col- 
lustro, et simul qiiœ facta sunt respicio et quœ facienda sunt penso, 
pœnitet , frater Dagoberte , petitionibus tuis assensum prsestitisse ac 
tantum agendi negotium praesumpsisse. Sed cum lasso mibi jam et 
scribendo fatigato tuae memoria caritatis ac nepotum disciplinas de- 
siderium occurrit, vestri statim contemplatione mibi blandiente 
languor omnis mentis discedit, et animatur virtus ex amoie quae 
pigra fuerat ex labore, ac quasi jam rejectum onus in humeros rur- 
sus caritas toUit, et corroboratur ex desiderio quae languebat ex 
fastidio. Cum autem simplicium propositionum naturam ante earum 
syllogismos tractari conveniat , propositionis vero proprietatem absque 
natura generis ejus quod est oratio, nec consistere née cognosci con- 
tingat, ab ipsa mibi texendum oratione videtur. 

De oratione '. 

[ De orationis definitione et a dlctionibus differentia. Cf. Aristot. , de Interpret., pag. 1 9 ; Boeth., 
in de Interpret., edit. secunda, pag. 3 18.] 

Est igitur, ut Aristoteli visum est^, oratio vox signillcativa ad pla- 
citum, cujus partium aliquid significativum est separatim. Cujus qui- 
dem dilEnitionis sententia ex diffinitionibus partium in superiori 
libro earum diligente? expeditis, satis est manifesta, uti quid in sin- 
gulis membris sit intelligendum , satis arbitror esse demonstratum. 
Sed , ne multorum interpositio memoriam subtrahat prœmissis , sin- 
gula breviter annotemus. Quod ergo oratio dicta est vox significativa 
ad placitum, convenientia ejus ad partes, dictiones scilicet, osten- 
ditur. Quia enim partes ipsius ad placitum significant, oportet ipsam 
orationem non naturaliter, sed per inventionem, babere significa- 

' Titulus deest in Cod. — * Aristot. de Interprétât, pag. 19. 



250 PETRI AB^LARDl DÏALECTICA. 

tionem , ut istam : homo currit. Hœc enim composita fuit et conjuncta, 
ut de rébus ipsis agendo intellectum quemdam in animo audientis 
constitueret, ut videlicet ipse ex ea cursum nomihi inesse conciperet. 
Nec vacat interpositio ad placitum; quod si^ subtrahatur, tota ora- 
tionis diffinitio cuidam naturali voci aptari poterit, veluti continue 
et longo latratui canis, cum scilicet et ipse totus et singulœ ejus 
partes, quœ etiam latratus sunt, iram canis manifestent. Quod autem 
oratio hujusmodi partes habere dicitur, quae et extra conjunctio- 
nem ipsius significationem retineant, a partibus suis id est dictio- 
Fol. i33r° nibus separatur *, quarum quidem nulla pars per se est significativa ; 
nec si etiam nomen sumas compositum, sicut in tractatu nominis 
superior textus continet. Excludit itaque ultima differentia dictio- 
nem cui praemissœ omnes differentise conveniebant, ut et per eas, 
adempta ultima differentia, describi recte dictio videatur; hoc modo : 
dictio est vox significativa ad placitum cujus partium nihil extra 
désignât. In hoc igitur tantum a dictionibus oratio dividitur, quod 
non solum intoto, sicut dictiones, verum etiam in partibus signifi- 
cationem habet, ut ea quam supra posuimus : homo currit; nam et 
homo in se et currit ex quibus conjungitur, significationem habent 
singula , sed non earum vel litterge vel syllabae ; potest autem et sic 
compendiosius oratio diffiniri, ut videlicet dicatur competens dic- 
tionum conjunctio. Nisi enim competenter jungantur dictiones, se- 
cundum régulas constructionis , orationem non reddunt , quippe nec 
aliquem intellectum constituunt, ut si praepositionem prœpositioni 
conjungas, aut verbo sive adverbio seu conjunctioni vel alicui casui 
quem regere non queat, adjungas, aut verbum cum casu non con- 
venienti ponas, seu quohbet alio modo structura sit inordinata, 
multse quidem dictiones possunt appellari , sed non una debent oratio 
vocari ; neque enim unam habent ad placitum significationem , nec 
ad unius intellectus demonstrationem contendunt. Sicut enim m 
dictionibus transpositio litterarum vel syllabarum significationem 
aufert, ut Cicero transversis syllabis proferam Roceci, ita et in 

' Si excidit, 



PARS SECUNDA, ANALYTIGA PRIORA, T. 231 

omnibus orationibus significationis veritatem destruit inordinata dic- 
tionum conjunctio, nec unam permittit fieri oiationem quorum non 
sinit esse unius intellectus significationem. Nec mirum, cum etiam 
in his orationibus conjunctio ex orationibus diversis , quœ , per con- 
junctionem appositae, ad unum rediguntur intellectum et unius 
orationis proprietatem , sola conjunctio lemota veritatem vel intel- 
lectuum vel orationis destruat, ut si dicam : si Socrates non est ani- 
mal, Socrates non est homo , unum pronuntio verum ; si vero adimam 
propositam conditionem, duo falsa profero. Quod si ad veritatem 
orationis et in ipsis orationibus competens valet conjunctio , quanto 
magis in simplicibus dictionibus congrua servanda est constructio! 
Quis igitur pro oratione recipiat : ego videt, vel : ego video equus, 
quibus nuUus potest sensus aptari? Non itaque orationem pluralitas 
dictionum facit, si conjunctio sensui competens defuerit. 

De perfectis. 

[Cf. Boeth., in de Interpret., edit. secunda, pag. 32/i. De perfectœ orationis, per inhœrentiani 
verbo determinatam , constitutione. ] 

Orationum autem bae quidem perfectae sunt, illœ vero imperfectœ; 
perfectas autem illas dico, quas Priscianus constructiones appellat. 
Quarum videlicet et partium recta est ordinatio et perfecta sensus 
demonstratio , ut: homo currit. Imperfecta autem est quœ in dispo- 
sitione dictionum competenti imperfectum sensum demonstrat, ut: 
homo carrens. Competens enim est substantivi et adjoctivi constructio, 
cum ad eumdem casum , ad idem genus et eumdem numerum co- 
pulantur., Sed nondum in eis compléta est sensus perfectio. Adhuc 
enim, prœmissa oratione prolata, suspensus audientis animus ali- 
quid amplius audire desiderat, ut ad perfectionem sensus perveniat, 
veluti est, aut aliquid competens aliud verbum. Praeter verbum 
namque nuUa est sensus perfectio. Unde et omnes fere species per- 
fectarum orationum ex verbis suis nominantur, ut enunciativa , im- 
perativa et aliae, quas in divisione perfectae orationis apponemus. 



252 PETRI AByflLARDI DIALECTICA. 

Opponitiir autem fortasse de quibusdam orationibus perfectis, quae 
imperfectum habent sensum, ut haec : homo dédit, vel dabit. Quis 
enim homo, vel quid, vel cui, vel quantum, vel ubi , vel quare 
dederit, indeterminatum rellnquitur, atque id adhuc audientis ani- 
mus requirit; unde non aliter perfectus videtur praemissœ orationis 
intellectus, nisi liis omnibus determinatis. Sedfalso; qui enim dicit: 
homo dédit, ac si de homine indeterminate atque indefmite dare 
enunciet, perfectum tamen, secundum copulationem alterius ad 
alterum, générât intellectum. Nec, quantum ad perfectionem sensus 
pertinet, requirendum ulterius est, qui verbo illius orationis ex- 
primitur. Sed et milii dicitur: similiter cum dicimus : homo currens, 
homo albus, pepfecta est in se oratio, et plene eum qui ad se pertinet 
intellectum demonstrans , nec quicquam de eo quod ad ipsam per- 
tinet, vdterius est requirendum, et quœdam insuper inhœrentia cur- 
sus vel albedinis ad hominem in ea exprimitur. Cum enim cursum 
vel albedinem circa hominem per currens vel album determinamus, 
quamdam procul dubio cohœrentiam accidentis ad fundamentum 
secundum adjacentiam innuimus. Sed dico hoc ad perfectionem ora- 
tionis non sufficere, ut quasi adjacentem homini albedinem vel cur- 
sum determinemus , nisi etiam adjacere dicamus, quod sine verbo 
fieri non contingit. In hoc enim verbum a participio abundat, quod 
non solum personam per impositionem demonstrat, aut ei cohae- 
rentem actionem vel passionem significat, verum etiam cohaerere 
dicit; ex qua quidem demonstratione inhœrentiae modus enuncia- 
tivus indicativus est nominatus , quod videlicet per ipsum solum ali- 
quid alicui inhaerere sive inhaesisse seu inhœsurum esse proponamus. 
Perfectio itaque sensus maxime pendere dignoscitur in verbis, qui- 
bus solum alicujus ad aliquid inliœrentia secundum varios affectus 
animi demonstratur; prseterque quamdam inhaerentiam, orationis per- 
fectio non subsistit. Cum enim dico : veni ad me, vel : utinam venires 
ad me, quodammodo inhaerentiam veniendi ad me propono secun- 
dum visum meum vel desiderium meum , in eo scilicet quod jubeo 
^ illi ut venire ei cohaereat , vel desidero id ut ipse veniat. Unde 



PARS SECUNDA, ANALYTICA PRÏORA, I. 255 

et saepe in consequentiis verba optativi modi vim enunciativi tenent , 
veluti cum ita propono : si fuisses hic , vidisses eum; tam bene enim < 

hœc consequentia dici potest, sicut ea quae ex eniinciationibus jun- 
ffitur hoc modo : si fuisti hic, audisti eum. Unde et cum quidam de 
illa assumunt ac concludunt, partes ejus in enunciationes resolvunt, 
sicut : sed fuisti hic, quare vidisti eum; vel ita : sed non vidisti quia non 
fuisti. Infmitivo quoque verbo quodammodo inhœrentia exprimi vi- 
detur; ut cum ita dicimus : verum est Socratem currere vel possibile; 
taie est enim ac si dicamus : verum est vel possibile quod Socrates currit; 
id est quod cursus Socrati adjacendo cohaereat. Nec tamen sicut haec 
perfecta est supraposita ^ oratio, Socratem currere; sensum tamen 
propositionis in eo quod verum vel falsum monstrat, videtur expri- 
mere idemque enunciare quod : Socrates currit. Sicut enim hœc pro- 
ponit Socratem currere, quod vel falsum vel verum, sic et illa. Nec 
tamen propositio dicitur, licet verum significet. Si Socratem currere 
verum est, ipsa autem Socratem currere significat, ipsum profecto 
verum demonstrat. Unde et ex diffinitione propositionis quam in se- 
quentibus dabimus^, propositionem eam oportet esse ; unde et oratio- 
nem perfectam , cum scilicet perfectum sensum significat. Sed si nos 
quidem subtilius rei vcritatem intueamur, nec jam orationem eam 
dicemus, imo quasi nomen illius quod propositione exprimitur, cui 
quidem per impositionem rectam applicatur, sicut homo vel homo 
albus homini. Non enim aliter * per est verbum aliquid ei vel ipsum ' Fol. ]33 v° 
alicui conjungeretur, nisi per impositionem subjectae rei datum esset. 
Sic quoque et cum dicimus : Socrates currit, verum est; Socrates cur- 
rit quod in subjecto proferimus, propositio non est, sed nomen ejus 
cui verum attribuitur. Si autem Socratem currere verum per imposi- 
tionem hàbeat designare , non omnino propositionis significationem 
tenet, quœ scilicet significatio in dicendo est non nominando, ut in 
expositione difîinitionis propositionis aperiemus. Sed licet, cum di- 
cimus : Socratem currere verum est, Socratem currere quod in subjecto*y> , 
propositionis profertur, nomen sit, cui scilicet verum conjungitur, 

' Cod. nec tamen hœc perfecta est sicat supraposite. — * Vid. infra, pag. 288. 

DIALECTICA. 3o 



4 






234 PETRI AB.î:LARD1 DIALECTICA. 

illud tamen quod per se proferimus, Socratem currere, oratio poterit 
esse, sed, ut dictum est, imperfecta, cum videlicetnullam personalis 
verbi resolutionem habeat. Sic quoque et animal rationale mortale , 
cum hominis diffinitio perfecta dicatur, nullo tamen modo perfecta 
conceditur oratio. Cum enim in diffiniendo perfectionem habeat, eo 
videlicet quod omni et soli ac specialiter homini conveniat, in di- 
cendo aliquid nullam perfectionem servat, quae^perfectio propria est 
orationum, nihilque de proprietate orationis praeter constitvitionem 
tenet; sed potius nominis impositionem habet, ex qua etiam praedi- 
cari et subjici potest. 

Atque haec quidem de perfecta vel imperfecta orationum sententia 
dicta sufficiant. At quoniam solae quae imperfectae sunt orationes 
doctrinae serviunt, eo scilicet quod ipsœ solœ aliquid dicunt, earum 
divisionem ponamus in praesenti. 

Divisio perfectarum. - 

[Cf. Aristot., pag. 20; Boeth. edit. prima, pag. 229 ; edit. secunda, pag. Sai. — De vocatione an 
sit oratio; de interrogatione , quomodo ad Dialecticam pertineat. ] 

Harum igitur orationum quae perfectae sunt aiiae sunt enunciativae , 
aliae interrogativae ^ aliae deprecativae , aliœ imperativœ , aliae desidera- 
tivae. Enunciativam autem eam Aristoteles diffinit^ quae enunciat ali- 
quid de aliquo vei aliquid ab aliquo , ut sunt illœ quae affirmant prae 
dicatum de subjecto vel negant, hoc modo : Socrates est homo, vel non 
e&t homo. Interrogativa autem est per quam interrogamus hoc modo: 
quis vel qualis vel quid est Socrates? Deprecativa autem, per quam 
deprecamur sic : Adesto Deus. Imperativa, per quam imperamus, ut: 
accipe codicem. Desiderativa, per^ quam nostrum exprimimus votum, 
veluti cum dicimus : osculetur me arnica. Addunt autem quidam 
sextam speciem, vocativam scilicet orationem. Sed mihi quidem 
jvocatio non videtur diversam speciem a suprapositis procreare, 

ae quidem vocatio omnibus aequaliter potest apponi. Modo enini 

' Aristot. de Interpret,, pag. ai. — * Per excidît. 



PARS SECONDA, ANALYTICA PRIORA, I. 255 

vocationem enunciationi apponimiis, ut ciim dico : Petre, Socrûtes 
venit, modo etiam interrogationi hoc modo : Pctre, quo pergit So~ 
crates? Similiterque caeteris speciebus vocationem apponimus. Unde 
si sit aliqiia orationis species vocativa oratio, non opôrtet eam diver- 
sam a superioribus accipere , nec ut oppositam illis una cum eis in 
divisione orationis apponere, cum videlicet modo enunciativam ora- 
tionem vocative , modo interrogativam , modo etiam imperativam ac 
similiter alias proferamus. Ac si constructionem * seriemque ipsam col- 
locutionis studiosius attendamus, nec de ipsa oratione vocationem 
esse confitebimur; sed magis eam ita orationl praeponimus, quasi 
cum ea ipsam numeremus^, sed post ipsius responsionem orationem 
per se supponamus. Ut cum dico : Petre , Socrates legit, hic est reclus 
collocutionis ordo , ut dicto Petre et ipso qui vocatur respondente 
audio, per se ita supponatur enunciatio : Socrates legit; nisi eiiim ab 
ipso quem vocamus, nos audiri noverimus, frustra ei loquimur. Tune 
autem nos exaudiri cognoscimus, cum ipse, audio respondens, se 
ipsum audire nos confitetur. Similiter et cum dicitur : Petre, lege , 
quasi ille ad vocationem respondeat : audio , lege supponitur, in quo 
etiam persona secunda, quœ tu nominativo designanda est, subintel- 
ligitur, cui légère secundum imperationem adjungitur; quse quidem 
copulatio semper indiget nominativo. Sed fortasse opponitur voca- 
tivum casum non amplius recipiendum esse inter partes orationis, 
cum videlicet orationes non componat^; sed falso; nam etsi perfec- 
tam non constituât, saltem imperfectam componit, veluti istam : Co- 
mita Socratem, o carissime cornes. Sicut enim conquestiva oratio dici 
potest qua tantum querela nostra exprimitur,- veluti istae : hei mihi in- 
fetici, me miserum; sic et vocativa merito oratio appellatur, quoniam 
ad vocationem pertinet. 

Nota autem, quod superius tetigimus, omnes fere species perfec- 
tarum orationum a verbis quibus constituuntur, nominatas esse, ut 
sciiicet eHunciatirva a verbo enunciativo propter quod scilicet enun- 
ciat, ïmpeTativa a verbo imperativo in quo imperatio * eontinetur, 

' Cod. constructionis. — ' Cod. numeramus. — ' Cod. eam nonponat. — * Cod. deprccatio 

3o. 



% 



256 PETRI AB^LARDl DIALECTIGA. 

interrogativa quae communem verborum materiam cum enunciativa 
tenet, non a verbo nomen accepit, sed a modo proponendi qui in- 
terrogatione consistit. Nec mireris idem verbum secundum diver- 
sos afFectus animi diversas orationes reddere, modo scilicet impera- 
tivam, quando sola imperatio attenditur, modo etiam deprecativam , 
quando deprecationem , nunc quoque desiderativam , quando deside- 
rationem intelligimus, ut cum dico :festinet arnica; banc vel impe- 
I ativam vel deprecativam vel desiderativam secundum varios animi 
afl'ectus, ut dictum est, proferre possunt. Indicativo quoque verbo 
sœpe pro imperativo utimur; veluti cum in prœceptis legis dicitur: 
non occides, non mœchaberis, etc. Cum enim baec ad omnes dicta sint, 
si affirmative intelligeretur, falsum sœpe inveniretur; sola autem 
enunciatio praesenti tractatui pertinet, quae sola vepum vel falsum 
continet, quorum inquisitio dialecticae relinquitur. Reliquse vero spe- 
cies, quatuor, ut ait Peripateticorum princeps \ poetis relinquendae 
sunt qui in fabulis suis sive historiis, modo interrogantes , modo im- 
perantes , nunc etiam deprecantes sive desiderantes personas intro- 
ducunt. Si quis autem aestimet interrogationem quoque ad dialec- 
ticam attinere, propter eam scilicet quaestionem quae a dialecticis 
sœpe profertur eisque proprietas ascribitur; quae quidem ex divi- 
dentibus propositionibus est constituta, de quarum veritate ipsa quae- 
rit boc modo : utrum omnis homo est animal vel non omnis homo est 
animal, fallitur. Neque enini in eo quod dialecticus est ac secundum 
artem proprietate complexionis instructus, de veritate seu falsitate 
constructionis ambigit; sed si quis ambigerit, dubitationem argu- 
ments suis auferre deKet. Non itaque dialecticorum est interrogare, 
sed comparare potius. Undc etsi a dialecticis quaestiones hujus- 
modi saepe proferri soleant, quia tamen eas non ex arte sed ex ins- 
cientia proferunt , af tis intentioni vel negotio non sunt ascribendae , 
ut videlicet eas in materiam et intentionem dialecticae recipiamus. 
Qua enim dialectica scientia est, scientia vero comprehensio veri- 
tatis, unumquemque, in quantum dialecticus est, scientem esse 
' Aristot., de Interpret., pag. 20. 






PARS SECONDA, ANALYTICA PRIORA, I. 237 

oportet , et eorum quae ad dialecticam pertinent verirtatem non igno- 
rare. Qui autem quœvit , dubitationem suam exprimit, ut certitudi- 
nem quam nondum habet consequatur. Sed dicitur quod, cum In- 
terrogare ad inscientiam pertineat, scire tamen interrogationeni 
cpmponere doctrinae ascribitur. Unde nec incommode de quaestio- 
nibus quoque dialectici tractant quarum tractatus a scientia non est 
alienus. Unde si qu^uerint qui nec ab intentione artis interrogatio- 
nem dividant, secisffiio saltem * loco ac gratia enunciationum de *Fol. i3/i.r° 
quarum veritate, ut dictum est, quœrit, admistam eam esse recog- 
noscant. Nam et cum Aristoteles de ipsa quœstione dialectica in libro 
Péri ermenias egerit, gratia propositionum, cum ad ipsam respon- 
deret, factum esse cognoscimus; gratia quarum. videlicet proposi- 
tionum et ipsae fiunt de veritate earum quœrentes. Inde enim dia- 
lecticaB hùjusmodi quaestiones quae ex dividentibus propositionibus 
junguntur, appellantur, quod de veritate propositarum quaestionum 
quaeritur, cujus investigatio dialecticorum est propria. In hoc hujus 
artis principale negotium existit quod per argumenta ipsius verita- 
tem aut falsitatem veraciter convincimus. Unde ad eam solas ora- 
tiones eas pertinere clarum est in quibus veritas aut falsitas conti- 
netur. Hae vero sunt propositiones quas supra diximus enunciationes, 
quarum diffinitionem in Topicis suis Boethius secundum verum aut 
falsum ita proponit ^ : 

Diflinitio propositionis. 

[Quaîritur prœcipue in sequentibus utnim ad res an ad intellectus refeiantur verum et ialsuiu , 
propositionumque significalio ; quod quidem ad Realium et Nominalium controversias aliquatenus 
spectat. ] 

« Propositio est oratio verum falsumve significans. .. Quœ quidem 
diffimtio eadem omnia et sola continet cum ea quam superius se- . 

cundum Aristoteiem protulimus^; in hoc tamen ab illa di versa, quod 
illa secundum affirmationem et negationem, hœc vero secundum 
verum ac faisum propositionem déterminant. Nec quidem incom- 

' Boeth., de Differentiis Topicis (0pp. éd. Basil., i5/i6), pag. SSy.— ' Pag. 23o. 



258 PETRI AB.*:LARDI DIALECTICA. 

modo; sicut enhn omnes proposiliones vel affirmativae vel negativa? 
ac solae, ita etiam vcrœ vel falsœ. Atque haec qiiidem propositionis 
difFinitio dupliciter exponi potest. Cum enim verum vel falsum tri- 
plicem habeat significationem , duae ex eis aeque huic loco videntur 
aptari; sed prius omnes distingiiamus sigi\ificationes. Sunt igitur ve- 
nmi ac falsum nomina intellectuum, veluti cum dicimus : intellectus 
verus velfalsus, hoc est babitus de eo quod m re est vel non est, 
quos quidem intellectus in animo audientis promapropositio générât. 
Ul cum dicitur : Socrates est homo vel non est homo , id audiens in animo 
concipit quod homo Socrati inhaeret aut minime. Sunt etiam nomina 
existentiae rei vel non existentiœ de quibus ipsa propositio ait ac lo- 
quitur; veluti cum dicimus : verum est Socratem currere \e\ falsum, 
id est : ita est in re quod Socrates currit, vel non est in re. Neque 
enim cum dicimus : verum est Socratem currere, vel de ista voce quae 
est Socrates currere possumus dicere, quippe cum non sit vera sed 
imperfecta oratio , vel de intellectu ipsius , cum nec ipse sit venis , 
sed imperfectus sicut ipsa oratio, Sunt rursus verum ac falsum nomina 
propositionum , ut cum dicimus propositio vera velfalsa, id est verum 
vel falsum intellectum generans. Significant ^ propositiones idem 
quod in re est vel quod in re non est. Sicut enim nominum et verbo- 
rum duplex ad rem et ad intellectum significatio , ita etiam proposi- 
tiones quae ex ipsis componuntur, duplicem ex ipsis significationem 
contrahunt, unam quidem de intellectibus, aliam vero de rébus. De 
rébus enim, sicut illa, propositiones quoque agunt, ac de ipsis quoque, 
sicut illa, quosdam intellectus générant. Cum enim dicimus : homo 
currit, de liomine ac cursu rébus ipsis agimus, cursumque homini 
conjungimus, non intellectus eorum ad invicem copulamus; nec quic- 
quam de intellectibus dicimus, sed de rébus solis agentes, eos in 
animo audientis constituimus. 

Patet insuper adeo per propositiones de rébus ipsis, non de in- 
tellectibus nos agere, quod aliter nulla fere consequentia neces- 
sitatem teneret, nisi scilicet quae ex eisdem jungitur propositio- 

Cod. sine. 






PARS SECUNDA, ANALYTICA PRIORA, 1. 259 

nibus hoc modo : si esLhomo. est homo; cum enim dicimus : .si est 
liomo, eij animal, si ad iiitellectus propositionum conseciitionem 
referamus, ut videlicet de ipsis intellectibus agamus, nulla est 
consequentiae veritas, cum scilicet alter intellectuum sine altero 
omnino subsistât. Neque enim qui hominem Socrati in animo suo 
conjungit, animal simpliciter in ipso intelligit, quem scilicet intellec- 
tum sequens propositio désignât. Qui enim hominem intelligit, for- 
mas quoque ipsius concipit ; qui vero animal simpliciter, formas ho- 
minis non attendit. Alioquin nunquam unum tantum intellectum 
contingeret haberi. Cum enim infinita sint singulorum consequen- 
tia, ut ex: omnis homo est animal et omnis homo est animaius, vel cor- 
pas vel suhstantia, vel quidam homo est animal, vel econverso, vel 
fortasse quidam homo non est lapis vel non est lignum vel color, et multa 
alia consequantur, necesse esset hos omnes intellectus haberi cum 
omnem hominem animal esse intelligeremus ; quod aperta est falsi- 
tas. Quamvis enim non possit esse ut aliquis sit aliter quin inde sit vel 
corpus vel suhstantia et caetera, potest tamen cohaerentia animalis 
ad hominem sine respectu inhaerentiae corporis simpliciter accipi vel 
substantiae. Amplius cum necessaria sœpe sit consequentia inter fal- 
sum et verum veluti ista : si Socrates est asinus, Socrates est animal, vel 
quoddam animal est asinus, falsa omnino apparet consecutio, si de in- 
tellectibus accipiatur, ut videlicet intelligamus si ille existât intellec- 
tus et istum * necesse sit esse , cum videlicet simul in anima ejusdem 
non possint existere. Alioquin veritatem ac falsitatem contraria quae 
ipsis intellectibus insunt in eodem esse contingeret, in ipsa videlicet 
anima quœ indivisibilis esse creditur. Ipse etiam ego si volo Socratem 
esse asinum, intelligo quod falsum est , non tamen simul hune intel- 
lectum habeo quod sit animal , qui verus est. Ex his itaque manifes- 
tum est in consequentiis per propositiones de earum intellectibus 
agendum non esse , sed magis de essentia rerum , hoc modo scilicet 
ut, si ita est in re quod omnis homo est animal, ita est in re quod homo 
est corpus, et quaecumque ejusdem sunt consequentia necesse est in 

' Cod. istam. 



«• 



•^ 



240 PETRI ABiELARDl DIALECTICA. 

re esse, sed non intelligi. Et in hac quidem signifieatione eorum quœ 
propositiones loquuntur, una tamen exponitiir régula quae ait, posito 
antecedenti, poni quodlibet cpns^quens ejus ipsius, hoc est: existente 
aliqua antecedenti rerum essentia, necesse est existerc quamlibet 
rerum existentiam conséquent em ad ipsam. Quae quidem régula de 
intellectibus per omne falsa manifeste ex praemissis apparet. Si quis 
autem in 6onsequentiis ad ipsas propositiones confugiat ex quibus ipsae 
conjunguntur, ut scilicet de ipsis propositionibus admitteret in con- 
sequentiis agi , ea utique nomina oportet poni per quae de propositio- 
nibus agatur. Quod si tota propositionis matef ia ipsi propositioni sit 
imposita ad agendum de ea, ut scilicet per banc vocem omnis homo est 
animal, de ipsa agamus propositione quae est : omnis homo est animal, 
ac rursus ista : omnis homo est substantia, in officio nominis alterius pro- 
positionis utamur, jam utique consequentia ex duobus constituta 
nominibus; ac si ita diceremus : si homo animal est, nec quodcumque 
veri vel falsi in ea existit. Amplius si de propositionibus ageremus, 
.ut videlicet una existente aliam existera diceremus , falsa omnino 
consecutio esset, cum videlicet quaelibet sine alia existere ac pro- 
ferri contingat, ac veram esse vel falsam , alia omnino tacita. 
Rursus sive de intellectibus sive de propositionibus agatur, im- 
perfecta est omnino locutio, cum nihil illis vel attribuatur vel 
ab eis removeatur. Neque enim posita sunl.vocabula per quae ali- 
quid de eis affirmetur vel negetur, sed nec^eliam nomina quœ ipsa 
significent. Non enim propositiones ex quibus consequentia cons- 
tituant, cum^ perfectae sint orationes, impositionè nominis possunt 
incidere^ sicut dilFinitiones possunt et quae pï^aedicantur et subji- 
ciuntur secundum suam impositionem ad res singulas. Restât itaque 
ut de solis rébus, ut dictum est, propositiones agant, sive idem 
de rébus quod in re est enuncient, ut homo est animal, homo non est 
lapis, sive id quod in re non est proponant, ut : homo non est animal, 
homo est lapis, ut etiam de significatione reali propositionis, nontantum 
de intelléctuali , suprapositœ propositionis diffinitio possit exponisic: 

' Cum. supplevimus. — ' Sic Cod., quod sensu caret. An non existere? 






PARS SECUNDA, ANALYTICA PRIORA, I. 241 

significans verum vel* falsum, id est, dicens illud quod est in re vel * Fol- i34v' 
quod non est in re , et in hac quidem significatione verum et falsum 
nomina sunt earum existentiarum rerum quas ipsœ propositiones 
loquuntar. Cum autem eamdem diffinitionem et de intellectibus 
ipsis hoc modo exponimus significantes verum vel falsum, hoc est 
generans secundum inventionem suam de rébus de quibus agitur, 
verum vel falsum intellectum; tune quidem ipsos nominant intel- 
lectus. Nota autem sive de intellectibus sive de rerum existentiis ex- 
ponamus , orationis praemissionem necessariam esse , ne scilicet im- 
personalia verba, ut diescit, vesperascit, pugnatur in proprietate propo- 
sitionis cl.audantur, cujus habere significationem videntur. Qui enim 
dicit, diescit vel pugnatur, idem ponit ac si diceret dies \e\pugnafit. 
Primœ quoque et secundaepersonœ verba, ut pugnoxel pugnas, quorum 
persona, quia certa est quando ipsius quoque significatio personae in 
ipsis attenditur, propositionis sensum implere videntur ac si ita re- 
solvatur : ego pugno, ta pugnas. Videntur itaque dictiones istae propo- 
sitionis habere sensum , non constitutionem ; quippe orationes non 
sunt. Ex earum quoque negationibus non pugno, non pugnatur, earum 
sensus affirmativus convincitur. Atque ex eo propositionis esse sen- 
sus earum dignoscitur quod consequentia non constituunt hoc modo: 
si pugnatur ab eo, tune pugnatur. Ob hujusmodi ergo dictiones a pro- 
positione separandas orationis praemissio necessaria fuit. 

Utrum sint aliquœ res ea quae a proposilionibus dicuntur. 

Dignum autem inquisitione censemus utrum illae existentiae rerum, 
quas propositiones loquuntur, sint aliquœ de rébus existentibus, sive 
una, sive multœ res sint putandae ; ut istud quod haec propositio dicit: 
homo est animal, vel homo non est lapis. Ac fortasse dicetur quia ali- 
quando una res est quod propositio dicit, cum scilicet de una tantum 
re in ea agitur, hoc modo : Socrates est Socrates; aliquando vero mul- 
tae, quando videlicet de multis, hoc modo : Socrates est homo, vel non 
est lapis. Neque enim est ratio ut, cum in aliqua propositione de di- 

DIALECTICA. 3l 



242 PETRI AB^LARDI DIALECTICA. 

versis rebusagatur, una magisres quam alia propositionis significatio 
dicatur. At vero si ab bac propositione : Soc.rates est Socrates, solus 
Socrates designari dicatur , jam non plus significat aut dicit ipsa pro- 
pqsitio quani hoc nomen Socrates. Unde et hoc vocabulum Socrates 
sensum propositionis habet, atque ipsum quoque verum vel falsum 
dici oportet, secundum propositionis sententiam quam tenere dici- 
tur; sed faJsQ. Si enini idem diceret Socrates quod illa propositio 
Socrates est Socrates, jam utique prolato subjecto propositionis in- 
tellectu? fieret perfectus , ac jam superflue vel est apponeretur, vel 
Socrates iii praedicato repeteretur. At fortasse dicetur non solum Socra- 
iem significari a propositione , verum cum ipso inhaerentiam quoque 
ipsius, quam per verbum poni concedunt; sed ad hoc dico non per 
est verbum inhaerentiam Socratis determinate poni; jam enim super- 
flueret Socrates quod post esse adjungitur. Sed si fortasse aliqua in- 
haerentiae proprietas in verbo sit intelligenda, simpliciter inhaerentia 
in ipso e^f accipienda, ne praedicati submissio , ut dictum est, super- 
fluat. Quod si Socrates et inhaerentia simpliciter a propositione tan- 
tum designari conceduntur, jam profecto hoc dico : nomina inhae- 
rentia et Socrates idem dicunt; unde et affirmationis sensum expri- 
munt qui nunquam sine verbo, ut Péri ermenias docent \ generatur. 
Amplius si ad ea de quibus in propositionibus agitur aspiciamus, cum 
ipsius propositionis significationem pensamus , profecto cum dicitur: 
Socrates est lapis, oportet esse quod propositio dicit, cum videlicet 
illa tria existant, Socrates videlicet et inhaerere et lapis. Sed nec in- 
haerentia aliqua est proprietas quae per verbum designetur cum di- 
citur : Socrates est lapis, sicut nec remotio cum : Socrates non est lapis. 
Si enim et in vera propositione, cum àïcïtxir Socrates est animal, se- 
cundum hanc expositionem animal inhaerere homini per esse verbum, 
inhaerentiam aliquamproprietatemanimalivellent^attribuererespectu 
hominis, jam profecto animal in subjecto, inhaerentiam in prœdicato, 
et hominem in dçterminatione oportet accipere; aut si in eadem pro- 
positione çt inhaerentia animali et animal homini attribueretur, pro- 
' Aristot., de Interpret, pag. 21. — * Cod. vellet. 



PARS SECONDA, ANALYTICA PRIORA, I. 243 

fecto multiplex propositio esset , quœ et diversa prœdicata et diversa 
subjecta haberet. Rursus cum in ea propositione homo est animal, 
homo solus subjici recte concedatur, si per esse aliqua attribuatur 
proprietas quae, ut volunt, inbaerentia dicitur, profecto homini qui 
subjicitur eam oportet attribui ; ut videlicet bomo qui subjicitur di- 
catur inhœrens, non animal quod praedicatur, cum nos potius prae- 
dicatum inbaerere subjecto quam subjectum praedicato proponimus. 
Quod si cum inbaerentia et animal simul homini attribuantur, ne- 
cesse est sic quoque propositionem esse multiplicem quae diversa de 
homine ipso enunciat, nec solum genus de specie amplius enun- 
ciari contingit, cum ubicumque per esse inbaerentiam praedicamus 
quae quoddam accidens esse creditur; neque etiam contingit amplius 
solius substantiae praedicationem fieri, sine accidentis scilicet attribu- 
tione, nec aliquam amplius unam esse propositionem. Quod aperte 
falsum est; etsi enim divina substantia simplex sit et nuUis acciden- 
tibus informata , veraciter tamen et proprie de ea diceretur et quod 
simplex et quod sit Deus. Similiter et si banc substantiam contin- 
geret spoliari ab omnibus suis accidentibus , et in natura substantiae , 
prout natura pateretur, remaneret, non minus de ea vere diceretur 
quia substantia est. Amplius si per esse inbaerentiam necesse sit at- 
tribui, et cum dicitur inhœrentia est inhmrentia, inbaerentiam quoque 
in inbaerentia per verbum copulamus, in adjacentia scilicet sicut in 
aliis propositionibus. Si ^ enim in essentia attribueretur per ver- 
bum inbœrentia inbœrentiàe, superflue subderetur post verbum no- 
men inboerentiae, Quod si per est verbum inhœrentia secundum ad- 
jacentiam tribuatur, et rursus cum de illa quae attribuitur vere dicatur 
quod est inbaerentia, in ipsa quoque rursus inbaerentiam oportet 
esse , ita ut in infinitum ratio procédât. Amplius si per esse oportet 
inbaerentiam dari , necessaria est consequentia quae ait : si substantia 
est, inbaerentia est; aut si aliquid est, inbaerentia est. Sed neque 
substantia ex necessitate inbaerentiam exigit, quippe prior est in 
natura tanquam fundamentum, neque aliquid cum majus sit ea; 

' Cod. sicut. 

3i. 



244 PETKI AB^LARDl DIALECTICA. 

patet itaque ex jDraemissis nullum per est interpositum accidens attri- 
bui. Non enim, si in e5^ verbo aliquid accidens poneretur quod per 
ipsum copularetur, posset per idem verbum alia essentia copulari. 
Quod ex aliis verbis apparet. Non enim potest fieri ut, cum dicitur: 
Socrates currit homo, homo per currit copuletur Socrati quod Socrati 
cursum jam copulaverit. Similiter et cum dicimus : Socrates est homo, 
id est Socrati^ inhaerethomo, posset esse hominem copulare quod jam 
inhaerentiam copulaverat, quippe nec ullius proprietatis esset cons- 
tructio; nullum enim praeter subjectum et nuncupativum verbum ali- 
quam significationem praeter propriam actionem vel passionem copu- 
lare posset. Unde et si dicatur Socrates legit sedens vel currit homo, si 
proprietatem constructionis attendamus, homo vel sedens cum ipso 
Foi. i35 r'. Socrate in subjecto intelliguntur, ac si scilicetita diceretur 5ocrafe5 ens* 
sedens legit vel ens homo currit. Substantivum autem et nuncupativum 
verbum, ut quibusdam placet, in quaslibet essentias copulare pos- 
sunt, quia omnium in essentia acceptorum designativa sunt. Unde, 
quia tantum secundum essentiam ipsas copulant substantias, nihil re- 
fert sive habeat sive non habeat accidentia, dummodo hœc essentia 
sit illa. Si enim in omnibus aliis rébus destructis, tam scilicet sub- 
stantiis quam accidentibus, solus existeret Socrates, non minus de 
ipso dici posset quia est aut quia est Socrates. Non itaque per verbum 
interpositum inhaerentia copulatur quae in illa^ sit proprietas, sed sola 
hominis substantia attribuitur cum dicitur : Socrates est homo, illis- 
que duobus casibus Socrates et homo verbum intransitive conjungitur, 
cum eorum ad se substantias copulat interpositum. Nec aliud quidem 
intelligenduA hominem Socrati inhaerere quam Socratem hominem 
esse, nec aliquam per esse designari substantiam quam Socratem. 
Similiter et cum haec propositio Socrates non est lapis, sic exponatur: 
lapis removetur a Socrate, nulla per removeri proprietas attribuitur, 
quippe jam sequeretur quia si Socrates non est aliqua res, est; unde 
et si nulla res est, aliqua res est infertur. Nihil ergo aliud dicit lapis re- 
movetur a Socrate, quando negationis expositoria est, quam Socratem 

* Socrati supplevimus. — * Sic Cod. forsan leg. in illo. 



PARS SECONDA, ANALYTICA PRIORA, I. 245 

non esse lapidem, ut videlicet non aliquid lapidi attribui , imo lapi- 
dem Socrati auferri intelligamus. Et sunt quidem signilicativae ac 
quodammodo impropriae locutiones vel animal praedicari de Socrate 
vel animal removeri ab ipso , quando superiorum sunt expositoriae , 
ut videlicet aliud in ipsis intelligamus quam verba sonare videntur; 
in illa quidem animal homini inesse, non praedicationem animali, 
in ista autem^ lapidem auferri, non remotionem lapidi conferri. 
Clarum itaque ex suprapositis arbitror esse res aliquas non esse ea 
quae a propositionibus dicuntur. Quod quidem et ex sensu bypothe- 
ticarum propositionum vel ex sensu modalium de possibili apparet. 
Omnibus enim rébus destructis, incommutabilem consecutionem 
tenet hujusmodi consequentia : si est homo , est animal; et quœcum- 
que verae sunt consequentiae , verae sunt ab œterno et necessariae , ut in 
Hypotbeticis nostris^aperiemus. Rursus, antequam omnino Socrates 
subsisteret, vere praedici poterat quia possibile est eum esse. Patet in- 
super ea quae propositiones dicunt nullas res esse, cum videlicet 
nulli rei praedicatio eorum aptari possit; de quibus enim dici potest 
quod ipsa sint Socrates est lapis vel Socrates non est lapis? Jam enim 
profecto nomina oporteret esse si res designarent ipsas ac ponerent 
propositiones, quae quidem ab omnibus in hoc dictionil)us differunt, 
quod aliquid esse vel non esse aliquid proponunt. Esse autem rem 
aliquam vel non esse , nulla est omnino rerum essentia. Non itaque 
propositiones res aliquas désignant simpliciter quêmadmodum no- 
mina. Imo qualiter sese ad invicem habent, utrum scilicet sibi con- 
veniant annon, proponunt; quae idcirco verae sunt cum ita est in re 
sicut enunciant, tune autem lalsae , cum non est in re ita. Et est pro- 
fecto ita in re sicut dicit vera propositio, sed non est res aliqua quod 
dicit. Unde quasi quidam rerum modus habendi se per propositiones 
exprimitur, non res aliquœ designantur. Nunc autem propositionum 
expedita diffinitione et quid per eas designetur patefacto, ipsas quo- 
que secundum divisionem tractemus. 

' Cod. dum. — * Vid. infra, Pars quarta, de proposilionibus et syllogismis liypolhe- 
ticis, seu Analytica posteriora. 



246 PETRI AB^LARDI DIALECÏICA. 

Harum itaque aliae sunt categoricae, id est praedicativae , ut : homo 
est animal; aliae hypotheticae, id est conditionales, ut : si est homo, est 
animaL Sed hae quidem quae categoricae sunt in praesenti tractentur; 
illae vero quae hypotheticae, hypotheticonim syllogismorum tracta- 
tul reserventur. Est autem categoricarum natura secundum membra 
sive species demonstranda. Sunt autem membra ex quibus con- 
junctae sunt praedicatum ac subjectuni atque ipsorum copula, se- 
cundum hoc scilicet quod verbum a praedicato seorsum per se ac- 
cipimus, veluti in ea propositione qua dicitur : homo est animal, 
animal prœdicatur, homo vero subjicitur. Verbum vero interposi- 
tum praedicatum subjecto copulat; et in his quidem tribus categoricae 
propositionis sensus perficitur. 

De lerminis catégorie» propositionis. 
[Boetli., Introd. ad syllog., pag. 562. De syHog. categ., lib. I, pag. 583. ] 

Hos quoque terminos propositionis categoricae vocavit auctoritas , 
inde scilicet quod divisionem propositionis terminent; ne videlicet 
ipsa vel ad syllabas vel ad iitteras porrigatur, quae non ut partes 
propositionum accipiendae sunt, cum videlicet significationem per 
se non impleant, sed magis dictionum. Sed fortasse dicitur Boe- 
thius non alios terminos categoricis enunciationibus assignare quam 
praedicatum et subjectum. 

De verbo propositionis. 

[De verbo et prœcipue de verbo substantivo in propositione, tanquam copula et praedicato, pro- 
lixius agitur. ] 

Fol. i35v" De praedicato*. 

[Quae sequuntur, quamvis parvi momenti , tamen propter Willelmi Campeliensis mentionem re- 
tinenda esse censuimus. ] 

Nunc autem quia verbi in propositione positi tam secundo loco 
quam primo loco praedicati proprietatem ostendimus, aliarum quo- 
que partium, tam subjecti scilicet quam praedicati quodcumque 



PARS SECUNDA, ANALÏTIGA PRIORA, I. 2^7 

ponatur, proprietates exequamur. Ac primum prœdicati nattiram 
inspiciamus. Ex cujus quidem privilégie prœdicativa nominala est 
hujusmodi propositio , sive etiam ab ipso verbo , quod ipsum pi ae- 
dicat atque copulat; siciit enim propositio bypotbetica et a conse- 
quenti consequentia et a conditione conditionalis nominata est , 
ita praedicativa propositio et a verbo quod praedicat et ab eo quod 
per verbum praedicatur nomen suscipere potest. Quod autem prae- 
dicatum inter terminos propositio ni s privilegium babeat et subjecto 
dignius dicatur, ex eo manifestum est quod omne proprium et 
naturale praedicatum vel sequale subjecto, utrisibile bomini, vel nia- 
jus subjecto esse oporteat, unde nunquam minus subjecto regulare 
ac proprium praedicatum invenietur, sicut saepissime subjectum prae- 
dicato. Oportet namque bujusmodi praedicatum totam subjecti sub- 
stantiam complecti, quod fieri non possit nisi aut majus eo sit aiit 
aequale. In bis autem quae secundum accidens praedicantur nec to- 
tam subjecti substantiam continent , sed in parte tantum subjectum 
attingunt, ut rationalis mortalis, sive e converso ut homo animal, non 
est necessc praedicatum vel majus esse subjecto vel aequale, veliiti 
cum dicitur anima/ est homo, vel quiddam animal est homo. Quamvis 
tamen et hic quidam concedunt animal quod subjicitur non esse majus 
lîomine*. Dicunt enim quia animal quod homo est, ibi subjicitur, *Fol. j3Gi'^, 
quod non est majus homine. Sed dico quia sicut ideo majus subjici 
negant cum dicitur : animal est homo, quia animal illud quod homo 
est, quod scilicet in re subjicitur, non est majus homine , et quando 
dicitur : homo est animal, oportet similiter confiteri quod animal quod 
ipse homo est ac de homine realiter praedicatur atque ipsi inhaeret, 
non est homine majus, imo adest^ prorsus in essentia; ac sicut falsam 
propositionem esse dicunt si animal aliud quam homo bomini siib- 
jiceretur, sic et falsa esset si aliud praedicaretur. Si quis itaque se- 
cundum rerum inhaerentiam realem acceperit praedicationem ac sub- 
jectionem, secundum id scilicet quod unaquaeque les in se recipit 
ac subsistit, sicut nihil esse eam videret praeter ipsam , ita eam nihil 

' Cod. ad. 



2àS PETRI AB^LARDI DIALECTICA. 

esse per se ipsam invenerit. At vero magis praedicationem secundum 
verba propositionis quam secundum rei existentiam nostrum est at- 
tendere qui logicœ deservimus, secundum quod quidem de eodeni 
diversas facimus enunciationes hoc modo : Socrates est Socrates, vel 
homo, vel corpus, vel substantia. Aliud enim in nomine Socratis quam 
in nomine hominis vel caeteris intelligitur ; sed non est alia res unius 
nominis quod Socrati inhaeret quam alterius. Quod itaque praedica- 
tum subjecto majus vel aequale dicitur, ad vocum enunciationem non 
ad essentiam rei reducitur. Oportet autem praedicatum subjecto in- 
transitive copulari , ut videlicet in eadem re ipsius impositio in sub- 
jecto inveniatur; veluti cum dicitur : homo est animal, vel albus, et 
homo et animal vel album ejusdem nomina esse oportet. Quidam 
tamen transitivam grammaticam in quibusdam propositionibus esse 
volunt; qui quidem propositionum alias de consignificantibus voci- 
bus , alias vero de significante et significato fieri dicunt , ut sunt illae 
quae de ipsis vocibus nomina sua enunciant hoc modo : homo est no- 
men vel vox vel disyllahum. Sed hos profecto talis ratio confundit : 
cum dicitur homo est nomen, quœro de quo per subjectum nomen 
agitur, ac dicitur quia de se ipso. At si de se ipso per ipsum agitur, 
tune in ipso ipsum intelligitur atque ab ipso ipsum etiam significatur. 
Quod si vox subjecta se ipsam nominat, ac rursus praedicata ipsa 
nominetur, profecto praedicata vox et subjecta in eadem re con- 
veniunt, atque hoc modo consignificant. Sic etiam cum dicitur 
divini, est genitivus casus; illud divini quod in subjecto profertur no- 
men est divini , quod nomen est rei et rectus quidem casus non obli- 
quus ; alioquin per est verbum non subjiceretur. Non est autem hoc 
loco reticendum, quo de praedicatione disputatur, quae conjunctim 
praedicata universa et singula per se praedicentur, quae vero minime, 
aut quae simpliciter praedicata conjunctim quoque debeant praedicari, 
aut quae non. Quae quidem in secundo Péri ermenias Aristoteles stri- 
ctim designavit\ Omnia autem quae conjunctim praedicantur, vere et 
per se praedicari concessit, in quibus non est oppositio in adjecto vel 
' Cf, Aristot. de Inlerpret., pag. A3 sqq. 



PARS SECONDA, ANALYTICA PRIORA, IL 249 

accidentali prœdicato ; conjunctionem autem tam in appositione quam 
in compositione accepit. Nam homo mortuus, in quo de oppositione in 
adjecto exemplum dédit ^ compositum nomen est humani cadaveris , 
sicutin primo Post-praedicamentorum ostendimus^. Accidentalis vero 
praedicationis conjunctio in appositione tantum consistit, secundum 
eos qui est tertium adjacens prœdicato non componunt, sed dictio- 
nem per se sumunt, ut in eo quod dicitur: Homerus est aliquid ut poeta 
vel Homerus non est homo. Accidentaliter autem praedicari tune ver- 
bum videtur cum ipso secundo loco praedicatum ad ejus tantum co- 
pulationem ponitur, cujus significationi in quibusdam adest, et in 
quibusdam abest, ut in preemissis exemplis. Nam aliquid quod exi- 
stentium nomen ac non existentium invenitur, juxtailludAristotelis^: 
« hircocervus significat aliquid » taie est ut est verbum per quod co- 
pulatur, quod simul cum ipso contineat ut existentia quaedam, non 
ut non existentia. Quia est verbum ab eo quod subjungitur praedicato 
in quibusdam excluditur, non necesse est, cum ipsi apponitur ad 
praedicandum de aliquo, per se quoque ipsum de eodem subjecto 
praedicari. Nam in quibusdam déficit, cum videlicet taie apponitur 
subjectum quod in verbo non tenetur, hoc modo: chimœra est aliquid 
vel non homo. Differre autem conjunctionem accidentalis praedicatio- 
nis a conjunctione oppositionis in adjecto in eo volunt, quod hic in- 
ter conjuncta oppositio sit quando per se sumuntur, ut inter mor- 
tuum et hominem, illic vero non. Cum enim e^f verbum quaedam 
contineat simul cum aliquid vel cum non homo, non est ipsis opposi- 
tum. Sed jam profecto illud exemplum quod de opinabili subjungit 
cum scilicetdixit:« opinabilè illud quod non est ut chimaera^, » non erit 
de accidentali praedicatione , quemadmodum volunt, sedmagis de op- 
positione in adjecto, hoc est in adjuncto. Nam opinabilè^ oppositum 
est secundum id quod opinabilè proprie accipitur in designatione 
tantum non existentium. Unde etiam subjunxit : « opinio enim ejus 

' Aristot., de Interpret., pag. 46. — * Vide supra , pag. 2 i5. — ' Aristot. de Inlerpret., 
pag. i5. — * Cf. Aristot. de Interpret., pag. Ay- Tamen hoc in loco haec verba : ^t chi- 
mœra nec in Aristotele nec in Boethio reperiuntur. — ' Cod. opinabili. 

DIALECTICA. 32 



250 PETRI AB.ELARD1 DIALECTICA. 

non est quantum est, sed quantum non est. » Non itaque solum in com- 
positione oppositio inadjecto servatur, veluticum dicitur: hoc cada- 
ver est homo mortuus^ inter partes hujus compositionis homo mortuus 
quaedam oppositio consistit, si per se dictiones accipiantur, atque 
ideo de eodem singula vere non praedicantur ; verum etiam in appo- 
sitione consistit hujusmodi oppositio, veluti cum dicitur : chimœra est 
chimœra vel opinabilis vel non existens. Omnia itaque quae conjunctim 
tam in appositione quam in compositione praedicantur, vere singula 
praedicari possunt, in quibus non est oppositio in adjecto vel acciden- 
talis praedicatio; veluti cum dicitur ; Socrates est homo albus vel animal 
rqtionale, sive hœc pro una dictione sive pro oratione sumantur, per 
se^quoque singula praedicari poterunt ; aut cum vere dicitur -.Socrates 
est animal, et est per se et animal de eodem- praedicabuntur; quippe 
non inter ea oppositio vel in altero eorum accidentalis praedica- 
tio. Magister autem noster V.^ accidentalem praedicationem secun- 
dum figuratam atque impropriam locutionem totius enunciationis 
accipiebat; impropriam autem locutionem eam dicebat cujus verba 
aliud sententia proponunt quam in voce videantur babere ; veluti cum, 
Homero jam mortuo, dicitur : Homerus est poeta, ac si diceretur: 
Homeri opus existit quod ex officio poetae compostiit. Operi itaque 
Homeri esse attribuitur, quando Homero aliquid. Sic quoque et cum, 
tyranno aliquo defuncto, fdiis ejussuperstitibuspatrisque tyrannidem 
exercentibus , solemus dicere quod tyrannus ille adhuc vivat in liliis 
suis, non in sensu tyranno aliquid attribuimus sicut constructionis 
verba babere videntur, sed magis illis quos genuit. Sic quoque et eam 
accidentalem et impropriam locutionem ^ qua dicitur : chimœra est 
opinabilis, in cujus sensu nuUa proprietas per opinabilis chimaerse, quae 
non est, attribuitur, sed magis opinio datur animae alicujus opinantis 
cbimœram, ac si aperte diceretur aliquis opinari chimaeram. Sed 
profecto cum opinabile non existentium tantum proprie nomen su- 
matur, secundum id quod de eo habeatur opinio, proprie ejus praedi- 
catio ad chimaeram ponitur cum dicitur: chimœra est opinabilis, hoc 
' Willelmus Campellensis. — * Sub. dicebat. 



PARS SECUNDA, ANALYTICA PRIORA, II. 251 

est unum eonim de quibus habelur opinio, sicut et cum dicitur: 
chimœra est non ens, id est aliquid eorum quse non sunt. De carminé 
autemHomeri potius quam de homine ipso, quem jam defunctum 
esse volebat, suprapositam enunciationem Magister noster intelligebat, 
eo scilicet quod ipsum esse simpliciter* Aristoteles negare videretur, * F»*- »36 v" 
quod nequaquam faceret si viveret. Ait enim Aristoteles : ^ « utHomerus 
est aliquid ut poeta, igitur etiam est, an non? » Sed ad haec dico cum 
in sensu de dictamine agatur, quod ejus nomen apponiturper quod de 
ipso agatur. Quod si Homerus nomen est dictaminis, quid non et 
Homerus simpliciter esse concedatur, hoc est dictamen Homeri, quod 
de ipso quoque defuncto remanet; aut si Homerus nomen est dic- 
taminis, quid in poeta intelligitur? Si vero et ipsum poema a nomine 
poetœ nominetur, non est locutio significativa , sed nova vocis accep- 
tio secundum aequivocationem. Ego autem, memini, ut ad defen- 
sionem Magistri nostri aliquid prœtenderem , dicebam liguratas locu- 
tiones a proprietate rectœ constructionis recedere, quod earum sen- 
tentia non ex significatione partium veniat, sicut earum quœ propriae 
sunt enunciationum ; sed tota simul enunciatio conjuncta est et in- 
vecta ad aliquem sensum demonstrandum qui a significatione partium 
longe recedit, secundum seriem constructionis acceptarum. Nam cum 
Homerus et poeta hominem ipsum nominent , et rectae sint impositio- 
nis utpote casus nominativi , non hoc in resolutione sensus custodiunt, 
nec est interpositum secundo loco, sed primo prœdicatur. Hic est enim 
sensus : poema Homeri est poeta. Itaque quod de poeta ^, de poemate 
quoque quidem innuebat ; ex eo enim poeta dicitur quod poema com- 
ponit, in resolutione sensus sensum poematis tenet, atque ipsum 
dictamen nominat; in quo est figura, cum potius Homeri impositum 
sit , Homerus vero oblique pro Homero utimur. Unde , quia in sensu 
Homerus ad determinationem carminis ponitur, poeta vero ad ejus 
nominationem , non potest per se dici : Homerus est, cum id scilicet 
subtrahitur quod ejus quod est esse propositum nomen in sensu ac- 
cipitur, hoc est poeta. Sic quoque et cum dicitur : ilte tyrannus vivit 
' Aristot. de Interpret., pag. 47. — ^ Supplevimus de poeta. 

32. 



252 PETRI AB^LARDI DIALECTICA. 

in filiis, ac vivere tyranni nomini gratia filiorum conjungitur, qui 
potius in sensu vivere proponilur, filiorum nomine subtracto non 
dicitur simpliciter : tyrannus vivit. Haec autem ego ad defensionem 
Magistri praetendebam. Sed omni quidem ambage remota, salvisque 
regulis constructionis , accidentalem prœdicationem servemus in 
enunciatione supraposita de Homero ipso quoque vivente, sicut 
supra disseruimus.... 

* Fol. i37 r'. De subjecto *. 

Cum autem verbum interpositum ad praedicatum copulandum 
subjecto intercédât, maxime tamen ad personam et numerum 
subjecti in constructione respicit. Gujuscunque enim personae vel 
numeri subjectum fuerit, et verbum oportet esse. Unde et cum 
dicitur : omnia Cœsar erat; secundum proprietatem constructionis 
et singularitatem personae oportet Cœsarem subjici , ut si dicamus : 
Cœsar erat omnia. Si autem omnia in subjecto inteliigeretur, quod 
pluralis est numeri, erant, quod ejus est numeri, oportuit apponi 
hoc modo : omnia erant Cœsar. Gujuscunque ergo numeri ponatur 
praedicatum, numerum subjecti semper verbum oportet sequi. Ne- 
que enim quamvis Cœsar in praedicato ponatur , quod singularis est 
numeri, vel omnia quod pluralis est, aut ibi singularis numeri ver- 
bum, aut hic pluralis est apponendûm, sed ejus semper numeri 
cujus fuerat subjectum. Similiter et cum dicitur : paries et tectam 
et fundamentum sunt domus, vel domus est paries et tectum et funda- 
mentum, ad pluralitatem vel singularitatem subjecti verbi conjunc- 
tio respicit secundum numerum , similiter et secundum personam ; 
ejus namque persona semper fuerit cujus et subjectum , cujus- 
cunque personae ponatur praedicatum. Unde cum dicitur : ego sum 
nie quem tu persequeris ; vel : ego sum homo; quamvis ille et homo 
praedicata^ tertiae sint personae, non minus tamen verbum primae 
personae, quod ad subjectum in hoc maxime, ut dictum est, re- 
fertur, ea copulat. 

' Cod. prœdicato. 



PARS SECUNDA, ANALYTICA PRIORA, IL 255 



EXPLICIT PRIMUS; INCIPIT SECUNDUS EORUMDEM, HOC EST CATEGORICORUM^ 



Categoricarum igitur propositionum partibus seu membris qui- 
bus ipsae componantur diligenter pertractatis, specierum quoque 
differentias exequamur. Quas quidem considerare possumus secun- 
dum enunciationem praedicati, vel acceptionem subjecti, aut se- 
cundum ipsorum multiplicitatem , vel totius enunciationis, sive 
secundum temporum verbi diversitatem. Ad prœdicati vero enun- 
ciationem pertinet quod propositiones , ipsum affirmando vel ne- 
gando enunciantes , affirmativse dicuntur vel negativae , quodque 
aliae ipsum simpliciter, aliae cum aliquo modo praedicant; unde 
alias simplices, alias modales appellamus. Ad subjectum vero il- 
lud refertur quod aliae universales, aliae particulares, aliae indefi- 
nitae, aut singulares nominantur. Ad multiplicitatem vero termi- 
norum illud attinet quod aliae unae sunt, aliae multipliées. Ad 
diversitatem vero temporum, quod aliae de praesenti, aliae de prae- 
terito, aliae de futuro proponuntur. Nunc vero in singulis immo- 
remur. Ac prius de affirmatione et negatione, quae primae sunt 
propositionis species, disputemus. 

De affirmatione et negatione. 

[Cf. Aristot. de Interprétât., pag. 21 sqq. Boeth. in de Interprétât, edit. prima, pag. 282 sqq.-, 
edit. secunda, pag. 335 sqq. — E. sequentibus, ubi non parum est subtilitatis in contrarietatis et 
contradictionis distinctione perpendenda et in examinandis Aristotelis et Boethii sententiis, quœdani, 
ut superflua, omisimus; castera edimus .] 

Est autem affirmatio enunciatio affirmativa , veluti : omnis homo est 
animal, quidam homo est animal; negatio vero enunciatio negativa, ut: 
quidam homo non est animal, nullus homo est animal. Habet autem omnis 

' Sic Cod. Vid. supra, pag. 228. 



254 PETRI ABiELARDI DIALECTICA. 

affirmatio unam tantum propriam negationem secundum contradic- 
tionis oppositionem. Alia autem est contradictionis oppositio, alla 
contrarietatis. Quœ enim invicem contrariae sunt propositiones, oppo- 
sitione contrarietatis sibi maxime adversantur, veluti istae : omnis homo 
justusest, nuUus homo justus est. Quœ vero contradictoriae sunt, atque 
inter se verum falsumque semper dividentes, contradictionis opposi- 
tione sibi répugnant, ut : omnis homo justus est, non omnis homo justus est; 
etrursus: nutlus homo justus est , quidam homo justus est; sic etiam sin- 
gulares : Socrates est justus, Socratcs non est justus. Quœ autem invicem 
contrariœ propositiones vel contradictoriœ , quae etiam subaiternae vel 
subcontrariœ dicantur , aut quas ad invicem inferentias vel difFe- 
rentias qualesque conversiones habeant, in his introductionibus 
diligentius patefecimus quas ad tenerorum dialecticorum erudi- 
tionem conscripsimus ^ Nec in his rursus nobis immorandum est, 
sed ad altiora tractatum transferamus , atque affirmationum et nega- 
tionum proprietates subtilius distinguamus. Cum enim singulare 
subjectum ponitur, unam tantum negationem vei afFirmationem 
una acceptio subjecti facit; cum autem universale subjicitur, mul- 
tas affirmationes vel negationes subjecti variatip secundum signa 
tenet. Ejus namque affirmationis quae dicit : omnis homo justus est, 
cum ea videtur negatio quae ait : nullus homo justus est, tum illa 
quae proponit : quidam homo justus non est, vel non omnis homo jus- 
tus est. Ejus quoque negationis : nullus homo justus est, duae videntur 
affirmationes, vel : omnis homo justus est, vel : quidam homo justus est. 
Cumque eidem affirmationi vel negationi duae sint oppositae , quae vi- 
delicet simul cum ea verae esse non possint, altéra contrarietatis'-^ op- 
positione quamlongissime ab ea recedit, altéra vero contradictionis^ 
oppositione, ut quod ea proponebat tantum perimit ac simplicjter ei 
contradicit. Cum enim huic propositioni : omnis homo justus çst , hœc 
contrarie opponatur : nullus homo justus est; illa vero contradictorie : 
non omnis homo justus. est , atque utraque ipsius sententiam périmât, 

' Istud opus Abaelardi de dialectica , scriptura ad usum tironum , nunc desideratur. — 
' Cod. contradictionis. Prave , ut liquet ex sequentibus. — ' God. contrarietatis. 



PARS SECUNDA, ANALYTICA PRIORA, IL 255 

haec quiclem : non omnis liomo justus est simpliciter priori contradi- 
cit; illa vero : nullus homo justus est, plus facit, quae non tantum 
ostendit non omni homini justum convenire, verum etiam ab om- 
ni removeri; unde magis oppositœ sint contrariée quam contradic- 
toriae. Merito ergo haec tamquam contraria priori opponitur quse ei 
maxime est adversa. Ea namque opposita contraria diffiniunt quae 
prima fronte sibi opponuntur, hoc est, quœ maxime sibi répu- 
gnant , velut album et nigrum , quae nuUo modo eidem simul 
inesse possunt. Plus autem adversa est, hoc est opposita : nullus 
homo justus est, ei quae : omnis homo justus est, quam non omnis ho- 
mo justus est; magis enim consentit ei non omnis homo justus est quam 
nullus homo justus est; haec enim propter unum vera est si justitia 
careat, illa vero non nisi omnes careant. Facilius autem uno non 
existente justo contingere posset quod universalis affirmatio dicit, 
quam nullis existentibus justis. Unde manifestum est universalem 
negationem magis adversari universali affirmationi , quam particu- 
larem negationem; quippe haec omnibus aufert quod illa omnibus 
attribuit. Quod autem dicitur particularis nec secum in falsitate 
posse pati universalem, sed, si haec falsa sit, illam necessario ve- 
ram, hoc ad oppositionem non pertinet contrarietatis, imo ad di- 
videntiam contradictionis. Quod enim falsœ non possunt simul 
esse , id est quod non possunt simul non esse ^ ea quae dicunt , 
ad immediationem potius attinet quam ad contrarietatem. Quod 
autem verae non possunt simul esse , id est , quod non possunt 
simul esse ea quae dicunt , id solum ad oppositionem pertinet 
vel contrarietatem. Nulla enim contraria ex natura contrariorun) 
destructa se ponunt, sed omnia posita sese mutuo auferunt. Quod 
tam in complexis quam* in incomplexis licet ijîspicere. Quod *Fol. iSy 
itaque simul abesse non possit, oppositionem non exigit, sed 
dividentiam, seu immediationem. Immediatio autem oppositio- 
nem non exigit. Sunt enim multa immediatorum non opposita, 
sicut infmitum speciei , et finitum nomen generis, sicut non homo, 
' Supplevimus : id est quod non possunt simul non esse. 



256 PETRI ABiELARDl DIALEGTICA. 

et animal. Nec in his etiam ubi immediatio compositionem incum- 
bit , • immediatio oppositionem facit majorem; quod ex albo et non 
albo et nigro perpenditur. Non enim tantum adversa sunt album et 
non album, quamvis nec simul absint, quantum album et nigrum 
quae simul abesse contingit. Quae enim non alba sunt, non est necesse 
contrarium albi dicere , id est nigrum , sed crocea esse possunt , vel 
alterius coipris. Quod itaque quaelibet simul esse non possunt, ad 
oppositionem pertinet; quod autem simul abesse nequeunt, ad im- 
mediationem. Unde, etsi subcontrariae simul abesse non possint, 
non tamen oppositae videntur, eo videlicet quod simul possint 
adesse in contingenti. Sed materia propositionum , sicut earum, 
dividentes abesse^ universales, scilicet affirmativa et negativa, quas 
ex maxima oppositione, ut ostensum est, contrarias convenit appel- 
lari, caeteras vero contradictorias. Ex bis itaque manifestum est ei 
qu9B dicit : omnis homo justus est, magis repugnare : nullus homojas- 
tus est, quam : non omnis homo justus est. Unde merito ab universali 
affirmativa illa contraria ponilur quae universalis est negativa; haec 
vero contradictoria , quse particularis dicitur, Eadem enim haec : 
non omnis homo justus est, cum ea videtur quae proponit : quidam ho- 
mo justus nvn est; aitque pro una et eadem utramque Boethius accipit^, 
cum tamen earum sententia diversa appareat his qui eam perspica- 
cius inspiciunt. Multum enim refert ad sententiam enunciationis, 
cum prseposita negativa particula totam exigit et destruit affirmatio- 
nem, et cum eadem interposita terminorum separationem facit, 
quod quidem ex hypotheticis quoque enunciationibus ostenditur. 
Non enim eadem est sententia istarum : si est homo , non est justus, et : 
non si est homo , est justus. Illa namque demonstrat hominis positionem 
non pati justum, haec vero non necessario exigerejustum; quod verum 
est, illud autem falsum. Et haec quidem quae negatione praemissa totam 
hypotheticam perimit , banc scilicet: si est homo, est justus, ejus 
propria negatio dicitur ac recte dividens, quae scilicet nec vera 

Sic Cod. locus autem mendosus nec facile sanandus esse videtur. — ' Cf. Boeth. in 
de Interprétât., edit. secunda, pag. 344- 



PARS SECUNDA, ANALYTICÂ PRIORA, II. 257 

simul cum ea nec falsa esse potest, quippe ejus sensum simpllciter 
(lestruit. Illa vero simui esse falsa potest, nunquam autem simul 
vera. Unde poilus contraria ei videtur quam contradictoria.... 

Unde * ea sola est : non omnis homo est albus, proprie dividens *Fol. i38r' 
et recta negatio ejus quœ dicebat , omnis homo est albus, non ea 
quœ est : nuUus homo est albus, quœ et simul cum ea falsa potest 
esse, plusque denegat quam illa proponebat; vel ea etiam, ut qui- 
busdam placet , separativa particularis qugc dicit : quidam homo 
non est albus, quœ etiam, ut ostensum est, simul falsa esse poterit. 
Unde subtilius Aristoteles negationem universalem quam Boethius 
distinxit. Hic enim non omnis homo est albus, recte semper opponit*; 
Boethius autem : quidam homo non estalbus^, particularem negatlone se- 
parativam quam eamdem esse cum ea quœ destructiva falso , ut osten- 
sum est , arbitratur, cum scilicet allquando simul falsa cum universall 
reperiatur particularis, ut supra docuimus. Dlvidentium autem affir- 
matlonis et negationis quum una vera sit, aliam necesse est falsam 
esse , et cum falsa sit , veram , sive scilicet res ipsa sit de qua agitur, 
sive non sit, sicutin oppositione afPirmationis et negationis Aristote- 
les docuit^. Sive enim Socrates sit, sive non sit, semper in re est quod 
una dividentium dicit, et non est in re quod altéra proponit, harum 
scilicet Socrates est, non Socrates est. Cum enim ipse est, vera est affir- 
matio, et falsa negatio ; cum autem non est, e converso. Portasse ta- 
men opponltur, postquam Socrates péri erit, nec veram esse, nec falsam 
esse : non Socrates est Socrates, cum videllcet proposltionls amittat 
proprietatem pro subjecta voce, quœ jam signlficativa non est sive etiam 
prœdicativa. Si enim, destructo Socrate, ipsius nomen priorem et 
propriam impositionem retineat , quœ in ipso tamquam existcnte facta 
est, profecto, ipso quoque destructo, Socrates dicitur; unde etiam 
homo, quippe ipsius nomen ut homini tali * quod ante fuit. At vero 
quod non est, homo dici non potest. Si enim quod non est homo di- 
ceretur, œquivocatio ad non existentem rem transferatur; jam non 

' Aristot., pag. a/j sqq. — ' Boeth. edit. secunda, pag. 38 1 sqq. — ' Aristot. de Inter- 
prétât., pag. 26. — * Sic Cod. an non nomen, ut hominis, taie? 

DIALECTICA. 33 



n^ PKTRI AB^LARDl DIALEGTICA. 

erat positae affirmationis , quœ falsa erat-, negatio qua de existente age- 
batur \ nec jam etiam vcra^ quaî, vocis impositione mutata, idem a 
se removet, tanquam hoc cadaver a se ipso disjungeret. Oportet ita- 
que Socratis nomen tam in affii matione quam in negatione in eadem 
signiûcatione accipi, in designatione scilicet ejus qui periit tamquam 
existentis; alioquin non esse oppositio contradictionis, nisi scilicet in 
eodem sensu acceptis. Unde ipse Aristoteles, in primo Péri ermenias, 
cum contradictionem ajfTirmationis et negationis describeret, ait^: 
« Sit hoc contradictio , afïirmatio et negatio oppositœ; dico autem 
« opponi ejusdem de eodem, non autem aequivoce, et qusecunque 
« etiam talium determinavimus contra argumentorum sophisticas im- 
« portunitates. » Ac si aperte diceret : si contradictionem dividentium 
propositionum proponere velis, oportet utriusque propositionis ter- 
Fol. i38 v' minos in eodem sensu accipi, omni videlicet * génère sophismatis ex- 
cluso. Sex autem sophismatum gênera Aristotelem in Sophisticis 
Elenchis suisposuisse Boethius in secunda editione Péri ermenias com- 
mémorât*, quœ quidem omnia contradictionis oppositionem impe- 
diunt. Hanc autem ipsam dixit aequivocationem , univocationem , di- 
versam partem, diversum tempus, diversam relationem, diversum 
modum. Déficit autem oppositio contradictionis terminis sequivoce 
sumptis cum scilicet : Alexander rapuit Helenam , Alexander non rapuit^. 
Utraque enim vera est, afTirmatio quidem^ de fdio Priami, negatio vero 
de rege magno Macedonum. Saepe enim, voce in diversis accepta, 
de quibus univoce dicitur, contradictio périt; ut si quis dicat So- 
cratcm esse hominem, hominisque nomen circa inferiora intelligat, 
verum proponit. Quod si ad speciem illam hominis quam fingunt 
puram per abstractionem accidentium ipsum nomen référât, vera 
quoque erit negatio ; Socrates non est homo. Nam et Socrates aliquis 
est de individuis hominibus, et illa species quae homo est vere de- 

' L.OCUS aliquautulum perturbatus. — ° Cocl. veram. — ' Aristot., pag. 28. — * Boeth., 
pag. 346. Hinc rursus Hquet librum Aristotelis de Sophisticis Elenchis pênes Abaelardum 
non fuisse. Cf. supra, pag. aagiïSo. — ^ Ch. Boeth. in de Inlerpret. edit. prima, pag. aSa 
edit. secunda, pag. 34o. — * Cod. quod. 



PARS SECUNDA, ANALYTICA PRIORA, II. 259 

neffatur esse; de iitroque aiitem homine tam simplici quam indivi- 
duo univoce nomen hominis dicitur, cum ea scilicet diffinitione quae 
est animal raiionale mortale, Univocationem enim dicunt cum circa 
eamdem rem vox accipitur, sed indeterminate. Sicut vero aequivocum 
ad multa dicitur, ita univocum ; unde Socratis nomen si commune 
non sit, neque aequivocum neque univocum dicitur. Diversae partis 
acceptio contradictionem impedit, veluti si oculus et albus esse dica- 
tur propter banc partem , et non esse albus propter iilam , vera utra- 
que erit. Sed et diversum tempus contradictionem potest perimere; 
veluti si dicatur: iste legitac non legit, ibique /e^if praeteriti temporis 
designativum , bic vero praesentls accipiatur. In diverso quoque relatu 
contradictio falsa dicitur, veluti si dicatur : Anchises pater, et intelli- 
^atur yEneae respectu , verum est ; atque idem non esse pater intelli- 
gatur, respectu Priami , Jioc quoque verum est. Diversus quoque 
raodus enunciationis contradictionem auferre dicitur. Si enim dica- 
tur : rusticus est episcopus, et id secundum potentiam sumatur, verum 
est; si vero non esse episcopus, et ad actum negatio referatur, baec 
quoque vera est. Apparet autem ex suprapositis determinationibus 
.Aristotelem contradictionem affirmationis et negationis non tam ^ se- 
cundum sententiam quam secundum constitutionis materiam demon- 
strasse. Si enifn sententiam in rébus ipsis acciperet, dixisset idem in 
negatione de eodem auferri quod in afFirmatione proponebatur, rem- 
que eamdem ab eadem re dixisset removeri. ^Equivocationis exclusio 
quae ad voces pertinet, inutilis videtur. Quae enim eamdem rem ab 
eadem aufert, negationis sententiam tenet, etsi quandoque in consti- 
tutione deficiat, veluti cum dicitur; Sacrâtes est ensis, non estSocrates 
macro; Socrates est homo , non Socrates est animal rationale mortale. Use 
enim contradictionem in sensu custodiunt, sed non in voce propo- 
nunt, cum vocum materiam permutent. Quia vero Aristoteles non so- 
lum sententiam contradictionis, verum etiam constitutionem demons- 
trare intendit, quae in eorumdemterminorum voce consistit,recte post- 
quam eosdem termines negationem babere dixit secundum prolatio- 

' Tam excidit. 

33. 



260 II /PETRI AB^LARDl DIALECTICA. 

nem, cjetera secundum sentenliam determinanda videbanlur. At veio 
illa sophismatum gênera de diverse modo vel diverso relatu, quae 
Boethius annumerat\ his qui rationem bene perspiciunt inutiliter ad- 
juncta videntur. Diversum autem enunciandi modum in eo intellexit 
quodait:« ovum est animal, ovum non est animal^, » ad potentiam hoc, 
ad actum illudreferens. Nam in affirmatione, ut veritatem conservet, est 
verbi signilicationem secundum potentiam sumit : quod tamen nec in 
auctoritate inveni, nec ratio tenet. Si enim substantive non ponitur quod 
subdituranimal, scilicet prsedicatum non copulabit. Quodsi est animal 
totum nomen, nonnisi ea quœ jam animata sunt continet, ovum vero 
non erit aliquod horum quae jam animata surit. Ita quoque nega- 
tio : A^neas non est pater, non potest simpliciter ostendere ipsum non 
esse patrem vel Priami, vel alicujus alterius, sed omnino eum esse 
patrem denegare, atque omnem qui in patois nomine continetur ex- 
oludere. Nec qui dicit ipsum esse patrem, cujus sit pater monstrat^, 
sed simpliciter quod sit pater enunciat. Non enim demonstratio 
lit ejus cujus pater est, cum nomen ejus rêticetur. At licet, secun- 
dum rei veritatem , determinationes ejusmodi non essent apponen- 
dae, propter importunitates tamen sophistarum fuerant tangendae, 
qui non tam rationem quam opinionem usumque sectantur. Unde et 
ipse Aristoteles^ : « quae nos, inquit, determinamus contra sophisticas 
argumentorum importunitates ». Est itaque recta ac propria tam voce 
quam sensu negatio, quae negatio praeposita propositœ enunciationi 
sententiam ejus exstinguit. Cum autem sententia eadem perimitur, 
vocum significatio non mutatur. In his autem recta contradictio con- 
tinetur. Ex his itaque manifestum est subtilius Aristotelem considé- 
rasse negationem universalis affirmationis quam Boelhium. llli enim 
quae ait : omnis homo justus est, particularem illam separativam quœ 
ait: quidam homo non est justus, Boethius opponit^ : cum tamen 
utrasque, ut ostensum est, falsas simul esse contingat. Aristoteles au- 

' Cf. Boeth., in de Inlerpret. eJ. secunda, pag. SSy. — * Ulud in Boethio (pag. 338] 
non invenimus. — ' Cod. non monstrat. — * Aristot. de Interpret., pag. 23. — * Boeth. in 
de Interpret., éd. prima, pag. 2ZU sqq.; éd. secunda, pag. 3/i3 sqq. 



PARS SECUNDA, ANÂLÏTICA PRIORA, II. 261 

tem ^ eam assignat quœ dicit : non omnis homo justus est, quœ niin- 
quam simul vera est vel falsa; sed semper invicem ita verum et falsum 
dividlt quod, quotiens haec vera est, illa falsa est, et e converso, sive 
scilicet res earum sint, sive non sint. Cum tamen res non sunt, non 
videntur orationis constitutionem habere, cum jam partium signi- 
ficatio perierit, ut supra quoque docuimus. Sed si eis constitutionis 
proprietas quandoque deficiat, divisio sensus nunquam deest; sem- 
per enim alterum erit quod dicitur, alterum non erit. Omni enim 
tempore constat esse, vel id quod omnis homo justus est proponit, 
vel quod non omnis homo justus est dicit, ac similiter non esse; unde 
rectam contradictionem faciunt. Quaerent autem fortasse de hujus- 
modi negatione : non omnis homo justus est, cum particularis senten- 
tiam non teneat, ejus scilicet quae ait : quidam homo non est justus, quae 
sit propositio dicenda. Nos vero nec particularem eam proprie, 
nec universalem dicimus negativam , sed propriam universalis nega- 
tionem. Nunc itaque necesse est eas quae destructoriae sunt ac 
propriœ negationes sub ea divisione categoricarum cadere quam 
Boetlîius per universalis ac particularis modum - proponit, in 
qua tamen omnes conclusit categoricas, opinans, ut ostensum 
est, non omnis homo justus est, particularem sententiam babere, ejus 
scilicet: quidam homo justus non est. Quoniam autem signa quantitatis 
subjectis apposita^ vel subtracta multas faciunt dilferentias affirma- 
tionum et negationum, cum videlicet alias universales, alias parti- 
culares, vel modales esse secundum ea contingat, oportet eoruni 
officia subtilius distinguere, et quam in propositione '^ vim significa- 
tionis etlocum obtineant, considerare. 

Aristot., de Inlerpret., pag. 20. — * Cocl. m. ac sin. — ' Cod. opposila. — * Cod. posi- 
tione. 



262 PETRI ABiELARDI DIALECTICA. 

De signis quantitalis. 

[Id est de oinni. de quodam et de nuib. Fol. iSg recto, fol. iSg verso, fol. i4o recto. Quaeritur an 
hapc tria terminorum vim in propositioiie habeant. Deinde agitur de oppositionibus propositionum 
contradictoriarum , conirariarum, etc.] 

* Foi. lAo r°. De modalibus *. 

[Cf. Aristot. de Interpret., pag. 47; Boeth. edit. prima, pag. 266 ; edit. secunda, pag. ^24.] 

Haruni itaque, id est modalium propositionum, alise adverbiales 
continent modos, aliae casuales. Adverbiales quidemmodi sunt ut : 
benc, possibiliter, necessario; casuales vero ut : possibile, necesse. 
Modi itaque dicuntur tam adverbia quam hujusmodi nomina quae 
modum inhaerentiae vel remotionis déterminant, ut cum dico : Sa- 
crâtes bene legit, qualiter lectio Socrati conveniat, cohaereat, per 
bene determino; vel cum dico : Socrates possibiliter est episcopus, 
episcopum quidem non simpliciter inhœrere Socrati , sed possibiliter 
propono. Id quoque per eas quœ casuales habent modos contingit 
enunciari, ut cum dicimus : bonum est Socratem légère, vel possibile 
est, vel necesse. Resolvuntur enim hujusmodi nomina in adverbia, 
quae videlicet adverbia proprie modos^ dicimus, et inde adverbia vo- 
camus, quia verbis adposita eorum déterminant significationem , 
sicut adjectiva nomina substantivis adjuncta, ut cum dicitur : homo 
albus. Idem itaque dicere : Socratem possibile est esse episcopum , et 
Socrates possibiliter est episcopus. Et, si sensum attendamus, idem 
quod in simplicibus praedicatur vel subjicitur, et in istis; ut in ea 
quae dicit : Socrates est episcopus, Socrates subjicitur et episcopus 
praedicatur. Similiter et in ea quae dicit : Socrates est possibiliter, 
vel possibile est Socratem esse episcopum. Idem enim de eodem mo- 
dales debent enunciare modaliter, id est, cum determinatione , 
quod illœ de puro inesse simpliciter , et de bis oportet fieri deter- 
minationem, de quibus simplicem facimus enunciationem. Unde 



PARS SECUNDA, ANALYTICA PRIORA, II. 265 

simplices ipsis modalibus, quasi compositis, priores sunt : ex ipsis 
modales descendunt, et ipsarum modificant enunciationem; in qiia 
quidem modilicatione tantum ab ipsis abundant et discrepant. Cum 
autem in sensu modales cum simplicibus eosdem retineant termi- 
nos, in his tamen modalibus quse casuales habent modos, quantum 
ad constructiones , alii considerantur termini, ut cum dicimus : 
possibile Socratem episcopum esse, esse quidem subjicitur, et modus 
ipse, id est, possibile, prœdicatur. Neque eninn secundum régulas 
constructionum , est copula obliquis poterat conjungi casibus. Undc 
esse locum obtinet in constructione recti casus. Similiter et non esse 
in affirmation ibus illis in quibus ponitur , ut cum dicitur : possibile 
est non esse episcopum. Modi vero ubique prœdicantur , ut : pos- 
sibile, contingens, impossibile , necesse; unde ad praedicationem mo- 
dilicatio ista refertur. Cum autem plures smt modi qui modales 
faciunt propositiones, liorum naturam tractare sufficiat quorum 
propositiones ad se aequipoUentiam liabent , ut sunt : possibile , con- 
tingens , impossibile, necesse, quorum propositiones Aristoteles inde 
ad tractandum eliglt ^ quod ad se habeant aequipoUentiam. Et ex 
istis etiam aliarum modalium in quibusdam proprietas apparet, in 
quibus etiam simplicium naturam supradictam licet inspicere, id 
est, quod aliae sunt affiimativae, aliœ negativœ, aliœ universales, 
aliae particulares , et caetera quae de simplicibus sunt data. Prius ita- 
que in eis quae sunt affirmativae, quœ negativae, demonstremus. In his 
enim quae casuales habent modos, multi, Aristotele teste, in assignandis 
negationibus peccaverunt, inducti ex simplicibus propositionibus, 
in quibus illae quae secundum esse et non esse disponuntur, af- 
firmationem et negationem reddunt. Sic etiam in modalibus con- 
tingeret, ut videlicet quœcunque secundum esse et non esse dis- 
ponuntur, essent afîirmatio et negatio; et ita : possibile esse, et 
possibile non esse, et aliae; cum tamen simul vel verae reperiantur 
utraeque , ut : possibile Socratem sedere, \e\ possibile non sedere; vel 
utraeque falsae, ut : necesse est ipsum sedere vel necesse est non sedere. 

' Arislot. de Interpret., pag. ^7 sqq. 



264 PETRI AB^LARDI DIALECTICA. 

Sed si quidem et iilani regulam ita in modalibus , sicut in simpli- 
cibus, acciperent, ut videlicet esse quod copulativum est, non quod 
subjectum, negativae particulae adhaereret, quod videlicet esse in- 
haerenliara et in bis facit, sicut in simplicibus, negationem rectam 
facerent, ut videlicet ita dicatur : Socratem possibilc est esse , Socratem 
non est possibile esse, non ita : Socratem non esse est possibile. Simi- 
liter et in aliis , sive de contingenti, sive de impossibili , sive de 
necessario. Nam ini^ossibile est esse negationem babet, non est im- 
possibile esse, non impossibile est non esse; et contingit esse , non con- 
tingit esse, non contingit non esse; et necesse est esse, non est necesse' 
esse, non necesse est non esse. Oportet enim ut et in istis negatio prae- 
dicatum removeat, modum scillcet ab eodem subjecto, sive scilicet 
esse, sive non a^se. Tôt enim fiunt de non esse afiirmationes et ne- 
gationes, quot de esse, ut in exemplis apparet : possibile est non esse , 
non possibile est non esse, contingit non esse, non contingit non esse, et 
similiter de impossibili et necessario. Variantur autem hujusmodi 
affirmationes et negationes, sicut simplices, per universales, parti- 
culares, indefinitas, singulares propositiones. Sunt autem univer- 
sales, ut ; possibile est omnem hominem esse album, vel nullum hominem 
possibile est esse album, quemdam hominem possibile est, vel quemdam 
hominem non est possibile, vel hominem possibile est, vel hominem non est 
possibile, vel Socratem est possibile, vel Socratem non est possibile; de qua 
quidem variatione in hypotheticis ait Boethius syllogismis. Longe au- 
tem numerus propositionum multiplex existeret, si in esse significan- 
tes\ et necessarias et contingentes affirmativas propositiones per uni- 
versales ac particulares et oppositas et subalternas variaremus. Hœc 
autem variatio secundum subjectum sententiae, non constructionis, 
contingit. Neque enim ade^^e vel non esse, quœ subjecta sunt, secundum 
locutionem signa quantitatis apponuntur, sed ad bominem, quod 
bic quoque, si sensum attendamus, subjectum est, sicut et in sim- 
plicibus ex quibus descendunt, et in eis quse advcrbialem habent 
modum ; quod itaque in istis : omnis homo est albus, vel omnis homo 
' Id est in tu significare. 



PARS SECUNDA, ANALYTICA PRÏORA, II. 265 

possibiliter est albus, suLjectum est vel praedicatum , et in ista : possi- 
hile est omnem hominem esse album, quantum quidem ad sensuni. 
Aliter enim istius sensum non constitueret, vel illius sensum non mo- 
dificaret. Quia ergo et illius quae simplex est piœdicationem modifi- 
cat, et illius in quam resolvitur sensum explanat, oportet idem cum 
eis praedicatum aut subjectum liabere , saltem secundum sententiam. 

Sed nunc quidem qualiter praedicationes modilicent , aut quu- 
liter ex simplicibus descendant propositionibus, monstrandum est, 
Cum ergo dicimus : Socrates est episcopus possibiliter, et verum enun- 
tiamus, quomodo iper possibiliter mhxrentmm episcopi ad Socratem 
determinamus, cum ipsa omnino non sit? Nullo enim modo pro- 
prietas episcopi Socrati laico * cohaeret. Nec posse cohœrere dicen- 
dum est cohœrere. Quomodo etiam impossibile determinare cohœ- 
rentiam potest quam omnino destruit? Qui enim dicit : Socratem 
impossibile est esse lapidem, non tantum lapidem dici monstrat non 
esse in Socrate, sed nec posse. Aut qualiter necessario inhaerentiani 
hominis déterminât, cum nullam habeat ad aliud ex necessitatc 
inhaerentiam , nec talis inhœrentia hominis sit inhaerentiaP Nulla 
enim res homo est ex^necessitate. Sed prius quae sit proprietas sin- 
gulorum modorum inspiciamus ^ 

Possibile quidem et contingens idem prorsus sonant. Nam contin- 
gens hoc loco non ^ quod actu contingit accipimus , sed quod con- 
tingere potest, si etiam nunquam contingat, dummodo natura rei 
non repugnet ad hoc ut contingat, sed patiatur contingere; ut, cum 
d'icimiis : Socratem possibile est esse episcopum, etsi nunquam sit, ta- 
men verum est, cum natura ipsius episcopo non repugnet; quod ex 
aliis ejusdem speciei individuis perpendimus, quae proprietatem epis- 
coj)i jam actu participare videmus. Quicquid enim actu contingit in 
uno , idem in omnibus ejusdem speciei individuis contingere posse 
arbitramur, quippe ejusdem sunt omnino naturae; et quaecuraque uni 
communis est substantia, et omnibus; alioquin specie differrent quae 

' Cf. Aristot. de Interpret., pag. A7 sqq. Boeth. de Interpret. edit. prima, pag. 266; 
edil. secunda, pag. kil\. — ^ Non excidit. 

DIALECTICA. ^ 3/, 



Fol. l 'lo v" 



266 PETRI AByELARDI DIALEGTICA. 

solis discrepant accidentlbiis. Impossibih vero possibile est abnega- 
tivum, et solam in sensu negationem possibile facit, etsi privatorio 
proférant vocabulo. Necessarium auteni id dicitur, quod ita sit et 
aliter esse non possit. Hoc loco necessarium id accipiatur quod ihe- 
vitabile; quœ quidem consueta et propria significatio est necessarii. 
Nunc autem singulorum modorum dictis significationibus, quœ sit 
eorum modificatio inspiciamus, et qualiter simplicem déterminent, 
ut aiunt, inhœrentiam. 

Cum ergo dicimus : Socrates est episcopus, simplicem inhaerentiam 
episcopiad Socratem ostendimus; cum yoto possihilitervel necessario, 
adjungimus non solum quod inhaereat, sed etiam qualiter inbaereat, 
aliquo modo inhaereat, et ita inhaereat. AitinTopicis Boethius^ quod 
aliquod cum modo propositum , pars accipiatur, et simpliciter accep- 
tum, totum intelligatur, ut : cito currere, et currere. Ciirrere enim 
totum est : cito currere autem pars; unde et dicitur quod si cita 
currit, currit; sed non convertitur. Similiter autem , et si possihiliter 
modus est inhaerendi , ad ipsum, veluti pars ejus, videtur antecedere. 
Quare, si aliquis possibiliter sit episcopus, tune est episcopus; quod 
omnino a veritate alienum est. Sunt namquç multa possibilia quœ 
tam ad'non esse quam ad esse se habent, et plura sunt in*quibus 
nunquam esse contingit , ut in supraposito exemplo quod rusticum 
sive laicum episcopum possibiliter esse confirmabat. At vero possi- 
hiliter, si veritatem attentius inspiciamus, non est in sensu modus, 
sed in voce. Quantum enim ad enuntiationem , episcopus eX Socrates, 
qui duo sunt nominativi, per est verbum conjunguntur in construc- 
tione. Quantum vero ad sensum, accidentaliter praedicatur episco- 
pus, id est, non per se, sed gratia possibilis. Invenimus autem sae- 
pissime taies modos, qui quidem, quantum ad enuntiationem, npn 
quantum ad sensum , modi vocantur, ut : vere \e\falso. Neque enim 
cum dicimus : Plato vere est philosophus, vere inhaerentiam philosophi 
déterminât, cum videlicet quidquid inhœret, vere inhaereat , nisi 
forte per quamdam expressionem et excellentiam vere apponatur. 

' Ô. Boelh. de differenliis Topicis (éd. Basil., i5A6), pag. 867. 






PARS SEGUNDA. ANALYTICA PRIORA, II. 267 

Falso autem inhaerentiain omnino perimit, lanquam si negativa ap- 
ponatur particula. Qui enim : Socrates est falso asinus, idem dicit 
quod non est asinus. Non ergo falso inhœrentiam déterminât , sed 
enecat. Necessario autem proprie modus videii potest, cum partem 
in natura faciat, ut scilicet necessario esse hominem, pars sit in na- 
tura esse hominem. Unde si necessario est homo, consequitur ut sit 
homo; sed non convertitur. In natura autem partem diximus,' eo 
quod, si actum rei consideremus, nihil esse hominem necessario 
inveniemus. Est itaque necessario quantum ad sensus proprietatem , 
recte modus, cum videlicet esse necessario sit esse aliquo modo. 

Restât autem nunc qualiter modales propositiones ex simpiicibus 
descendere confiteamur. Est autem Magistri riostri sententia eas ita 
ex simpiicibus descendere, quod de sensu earum agant, ut cum di- 
c'imus : possibile est Socratcm currere, vel necesse, id dicamus quod 
possibile est, vel necesse quod dicit ista propositio : Socrates currii. 
Sed, si ita omnes exponant modales, miror quare conversiones in 
modalibus recipiant, aut quodammodo pro vera teneant hanc: pos- 
sibile est omnem hominem esse non hominem, id est, possibile est quod 
dicit ista propositio : omnis homo est non homo. Insuper juxta hanc 
sententiam expositionis, contingit veras illas quœ falsee sunt, et aflir- 
mativas esse quae negativœ sunt, ut in ista apparet : nullum hominem 
possibile est esse album. Si enim ita exponamus : possibile est quod 
dicit hœc propositio: nullus homo est albus, affirmatio est de non esse, 
et vera, nec etiam modalis, dici débet, quia non est ibi modale prae- 
dicatum; non enim modi, sed simplicis praedicati. Ibi enim possibile 
attribuitur simpliciter essentiœ quam simplex propositio loquitur. 
Sed nunc quidem smgula quœ adversus sententiam Magistri noslri 
proposuimus, persequamur. Miror, inquam, cum modales de sensu 
simplicium agere faciat, non de rébus ipsis de quibus simplex agit, 
cur non in istis, sicut in simpiicibus, conversiones omnes recipiant. 
Neque enim, secundum eorum expositionem , conversiones in istis 
magis deficiunt quam in illis, nec, si sensum suœ expositionis atten- 
dant, unam veram inconversionibus, etaliam falsam , sicut œstimant. 



268 PETRI AByELARDl DIALECTICA. 

Invenient. Qiiod tam in conversione simplici , qiiam in conversione 
|)er contrapositionem licet inspicere. Cum enim possibile sit esse quod 
dicitunaaequipoUentium, possibile est esse etquod aliaproponit; etde 
impossibili simiiiter, et necessario. Nihil ergo est quod in quibusdam 
con versionibus opponunt, si sua&attendant expositiones. Opponunt au- 
tcin tam in simplici conversione , quam in simplici etiam contrapositio- 
ne sic : aiunt quidem istam propositionem : omnem non lapidémesse non 
hominem possibile est, veram esse , et eam quidem sic confirmant a parti- 
bus, quia omnem hominem et omnem non hominem possibile est esse 
non hominem. De non homine aùtem patet, cum scilicet jam sit non 
liomo; de homine etiam patet quia non homo erit. Quod enim futurum 
est, possibile est; aliter enim futurum non esset, nisi scilicet possibile 
esset; neque enim futurum est quod natura non patitur. Cum autem 

- e veram teneant istam : omnem non lapidem possibile est esse non homi- 

nem, falsam tamen ejus conversam per contrapositionem non dubi- 
tant, id est, omnem hominem possibile est esse lapidem. Sed, si quidem 
suae sententiae expositionem attenderent, et primam falsam dicerent, 
hanc scilicet: possibile est omnem non lapidem esse non hominem, id est, 
possibile est quod dicit haec propositio : omnis non lapis est non homo. 
Sed nec simplex, secundum eorum expositionem, fallit conversio, 
♦ quam tamen in istis fallere putant : nullam cœcum possibile est videntem 

* Fol. i4i r". esse, nullam* videntem possibile est cœcum esse, \e\, peraccidens, quemdam 
videntem non est possibile cœcum esse. Rursus : nullum mortuum possibile 
est hominem esse, nullum hominem possibile est mortuum esse , vel omnem 
hominem possibile est mortuum esse , et quemdam mortuum possibile est 
hominem esse. Amplius: nullum cenpus necesse est hominem esse , nullum 
hominem necesse est esse corpus. In bis enim omnibus alteram partem 

^ • conversionis veram, alteram falsam concedunt. Sed, si secundum 
sententiam suam de sensu propositionum , non de rébus , eas ex- 
ponant, invenient easdem hoc modo : si nullum corpus necesse est esse 
hominem, et nullum hominem corpus, id est, si necesse est quod dicit ista 
propositio: nullum corpus est homo , necesse est quod ista dicit : nullus 
homo est corpus. 



PARS SECONDA, ANALYTICA PRIORA, 11. 260 

Restât autem nunc post conversiones